L’article de trop

07/09/2017 Non Par cborne

Il est bien sûr évident que l’écriture relève d’un plaisir personnel ou d’une volonté de gagner quatre sous. Par conséquent si on écrit quelque chose, il faut le faire avant tout pour son plaisir ou pour gagner quatre sous. Nous allons balayer du revers de la main la façon de gagner quatre sous. Vous avez désormais quelques écoles qui sont les suivantes, elles sont en lien étroit avec l’audience que vous pouvez générer :

  • la masse d’articles : plus vous écrivez plus vous êtes lus, quelle que soit la qualité de l’article que vous pouvez écrire
  • le racolage : les dix plus …, vous ne devinerez jamais … bien connus
  • le troll : plus votre article sera violent, sordide, plus il agacera de gens, plus il fera parler de lui, plus il sera commenté ce qui fera venir encore plus de monde. Il s’agit d’une stratégie sur laquelle j’ai misée non pas pour gagner quatre sous mais pour m’amuser. C’est une stratégie qui est payante mais elle entache sévèrement votre réputation, c’est le prix à payer.
  • et le dernier, qui je pense sera l’avenir : faire de la qualité.

Je mettrai bientôt du liberapay, du patreon et du tipeee sur ce blog, je n’en suis pas encore là. Comme vous le savez je suis un insatisfait permanent, je dois renouer d’abord avec moi-même, présenter un produit Bornien honorable avant d’arriver au passage en caisse. Je me situe donc pour l’heure dans la partie plaisir comme Herbert Léonard. Quand bien même vous auriez la possibilité de me donner de l’argent, cela n’infléchira en rien sur ma manière de faire, car ce qui compte avant tout c’est la fierté du travail accompli. Comprenez que je ne sais pas faire autrement que ce que je fais, tout casser, tout recommencer, jusqu’à tendre vers ce que je qualifierai de mon idéal, ma perfection.

Je lis en ce moment le blog de Boulet, et vous le savez, non seulement je suis insatisfait mais je suis obsessionnel. Je lis l’intégralité du blog de Boulet. J’ai démarré par les derniers dessins, je suis remonté jusqu’en 2013, certains détails m’échappaient, j’ai donc démarré en 2004 pour lire l’intégrale. Je serais Boulet, j’aurais poubellisé l’intégralité de ces années. A une époque je voyais dans un blog une nostalgie, un témoignage d’une époque perdue, aujourd’hui je vois surtout le témoignage de notre médiocrité, le travail de quelqu’un d’autre, celui que nous pouvions être il y a dix ans ou même deux mois. Deux mois en temps chien ou en temps Borne c’est énorme. Quand certains conservent leurs cahiers d’enfance, j’ai tendance à tout jeter. Vous vous voyez sérieusement regarder votre tête d’adolescent au quotidien ? De temps en temps pour faire marrer vos parents, mais affichée à la vue de tous sur internet en permanence ? Surtout à notre époque où l’internet n’existait pas, les enfants d’aujourd’hui sont parfaits et prennent la pose, tellement habitués par ce genre d’appareils, ce n’était pas notre cas. Vous me ferez remarquer que le propre d’un blog c’est justement ce suivi historique, et que si je refais dix fois le même article, ou que je change d’avis, que je fasse évoluer un texte, c’est que je ne me situe plus dans le blog mais dans le wiki. Certainement, sauf que ce genre d’articles, celui que vous lisez en ce moment même, l’imaginez-vous sérieusement dans un wiki ? Je détourne donc l’usage d’un objet pour l’adapter à mon besoin, ne supportant plus certaines de mes productions que je qualifierai d’erreur de jeunesse, j’avais parfois à peine 42 ans, pardonnez moi Monsieur le juge, j’en ai aujourd’hui un peu plus, 42 ans et trois mois. Je serai donc Boulet, je détruirai une partie de mon blog. Les dessins ne sont pas bons, certains sont à peine lisibles, les textes sont anecdotiques, les progrès réalisés par cet homme en une dizaine d’années sont colossaux, je n’ai plus l’impression de lire le même homme, et si j’osais, cette année 2004 est un boulet qu’il se traîne au pied (J’ai osé). N’étant pas Boulet, et étant désormais dans la positive attitude, je saluerai son courage de tout assumer et je vous inviterai pour ceux qui ne veulent pas lire 13 ans de blog de démarrer plus tard.

La perception des uns n’est pas la même que les autres, je rajouterai tout de même que ma vision des choses sur Internet est destructrice, mettre un lien vers un de mes articles, c’est prendre le risque d’alimenter son blog de liens morts. En terme de référencement, n’en parlons même pas, c’est bien pour cela que j’écrivais que je n’étais pas bon.

je cherchais une image pour caractériser l’obsession, je n’ai pas trouvé, je me suis rabattu sur la collection. Finalement la collection, c’est une forme d’obsession, il faut tout avoir. Je n’ai jamais joué aux Pokemons, je les aurais vraiment attrapé tous.

En ce moment dans le forum, on me demande de rouvrir une section culturelle. Les gens sont extraordinaires, jamais un commentaire ou rarement, souvent pour me dire qu’on ne lisait pas, et puis aujourd’hui mon public qui est aussi insatisfait que moi me réclame le retour de cette rubrique à corps et à cri. J’avais commencé à rédiger un petit article sur The Last Girl – Celle qui a tous les dons, dans le forum, j’ai arrêté.

Comme je l’ai écrit plus haut, on fait les choses pour son plaisir personnel, et dans mon plaisir personnel j’ai ajouté quelques critères supplémentaires aux trois passoires de Socrate : la qualité, l’utilité, l’originalité, c’est bien sûr purement personnel. Quelqu’un qui écrit cent fois mieux que moi trouvera certainement à juste titre mes textes médiocres. L’utilité est discutable, mon article pour le publipostage n’apportera rien à celui qui le maîtrise, tout comme son originalité, il doit y en avoir des tonnes sur la toile (mais le mien c’est le meilleur). Je ne m’interdis rien, si ce n’est de ne pas me satisfaire. Si à l’heure actuelle je tombais dans la brève de cinéma ou de bande dessinée, je ne serais pas satisfait. Car si on réfléchit bien, faire une courte synthèse du film, expliquer ce qu’on a aimé, mettre un like ou pas, quel intérêt par rapport à l’existant ? Allocine propose déjà le résumé, on peut éventuellement se caler par rapport à mon avis. Je pense que d’autres le font mieux que moi, et que c’est vers eux qu’il faut se tourner. Je ne dis pas que je ne ferai pas de billet culturel, j’ai envie de partager, mais je ne veux plus le faire comme aujourd’hui. Vous verrez passer bientôt un ticket qui s’appelle de l’art ou du cochon qui vous permettra d’appréhender un peu mieux mon état d’esprit.

Il y a je pense des billets à ne pas écrire, le billet de trop. Je regardais le billet d’Angristan sur le shadow. Angristan explique de façon très longue son expérience pas très convaincante avec le Shadow qui est le fameux ordinateur dédié au jeu vidéo en « streaming ». Si demain je prenais une machine similaire, si j’avais une expérience similaire, si j’ai connaissance de ce billet, si j’avais la volonté d’écrire un billet pour écrire la même chose, j’aurais sérieusement l’impression d’écrire un billet de trop. Si par contre, j’avais une expérience différente, je citerai bien sûr le billet et je relaterai mon expérience pour apporter un complément, ma pierre à l’édifice.

J’ai sorti mon PI 3. J’ai fait quelques expériences, RecalBox la distribution qui émule les vieilles consoles, j’ai fait l’essai aussi d’une distribution qui fait désormais officiellement partie du projet Nextcloud du nom de NextCloudPi, mais c’est mal ficelé si bien que j’ai repris mon pi pour le remettre dans mon tiroir où il prendra la poussière jusqu’à ce que je trouve un projet un peu plus excitant. Si écrire sur NextcloudPi qui a l’air inconnue en France aurait éventuellement du sens, à quoi bon écrire un énième article sur Recalbox ? Pour remplir des espaces vides, pas plus, je n’aurai rien apporté de plus que ce qui a déjà été écrit.

Et donc dans mon grand chemin de la rédemption, je suis obligé de reconnaître au jdh son utilité.

A l’époque, j’avais écrit un article de mauvaise foi qui devait être en gros, pourquoi je n’aime pas le journal du hacker et pourquoi il me le rend bien. J’expliquais de façon simple que le journal du hacker ne me respectait pas car il diffusait mes billets y compris les plus problématiques sur la toile sans me demander mon autorisation, qu’il détournait des commentaires en déplaçant la conversation dans ses colonnes, et surtout qu’il ne produisait rien. La mauvaise foi c’était surtout pour les commentaires, car je n’étais convaincu que par les deux autres points. Qu’est ce qui a changé aujourd’hui ?

Si on produit quelque chose et qu’on le rend public sur la toile c’est qu’on l’assume. Mon message a été le suivant et je pense qu’il était cohérent, même s’il ne correspond plus aujourd’hui. Inviter quelqu’un à lire mes articles sans un minimum d’avertissement c’est inutile. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, je n’irai pas dire que j’ai fait le choix du consensuel, j’ai fait le choix d’évoquer d’autres choses que celles qui ne fonctionnent pas et même j’ose évoquer ce qui fonctionne. Par le fait, il est plus difficile de fâcher le monde entier. Néanmoins, en sachant les réactions que j’allais provoquer avec des articles du genre « pourquoi votre distribution Linux ne sert certainement à rien », et d’ailleurs ça a été le cas puisque des gens ont relayé l’article, je n’avais pas le droit de biaiser les règles du jeu de l’internet, il aurait fallu ne pas écrire l’article ou ne le diffuser que lors d’une conversation privée. Si un article est publié, s’il n’y a pas de contrainte comme un copyright, oui il est légitime de le diffuser en s’arrêtant à l’URL vers le site propriétaire, je suis contre la prise d’otage des contenus d’autrui au nom de l’effet Streisand.

J’avais fait la comparaison entre le planet-libre et le jdh et je trouvais que ce qui était intéressant dans le planet-libre c’était que le choix était laissé au blogueur de diffuser ou nom son article sur la plateforme. Je trouvais donc que le jdh ne laissait pas la place aux blogueurs, il me paraissait injuste que ce soit le lecteur qui décide selon son bon vouloir de ce qu’on veut mettre en avant ou pas, quand, et c’est toujours le cas, le blogueur produit le contenu. La situation a évolué dans un sens qui m’amuse, certains blogueurs utilisent désormais le jdh comme outil de promotion pour mettre en avant chacun de leur billet. Il s’agit d’une méthode qui me laisse perplexe. D’un côté ce n’est que rendre la monnaie de la pièce à un outil qui ne vit que des écrits des autres et donc, bien content d’avoir pu linker le blogueur qu’il le veuille ou non, de l’autre ces mêmes blogueurs ne diffusent que leurs articles, ce que je trouve malaisant. Considèrent-ils que seuls leurs articles sont pertinents ? N’ont-ils pas d’agrégateur RSS ? De lecture ?

Car si on relit ce que je viens d’écrire, s’il existe un très bon article quelque part, pourquoi récrire un article de plus quand il suffit de faire la promotion de l’existant ? Bien sûr, chacun pourrait faire un shaarli et diffuser le travail de l’autre, mais si on veut rester cohérent avec une visibilité la plus grande possible, la meilleure lisibilité de l’offre d’article, il vaut mieux viser un outil qui permet de centraliser le lien. Le journal du hacker remplit cette fonction de distribution centralisée plutôt que de faire sa veille chacun dans son coin.

Ce billet illustre une fois de plus que l’on a le droit de se tromper, que l’on peut changer d’avis et je ne trouverai pas mignon d’allait déterrer le billet sur le jdh que j’ai pu écrire pour me montrer que j’écrivais le contraire. Les gens changent, je l’espère pour eux, la pensée s’affine, les billets s’envolent.