La vie normale de Cyrille BORNE dix jours avant l’apocalypse

20/08/2020 Non Par cborne

Souvenez-vous. Le 22 juillet, j’achetais un lit par l’entremise du market de Conforama chez le vendeur tiers habitat et jardin. Après une expédition particulièrement rapide, il apparaissait que le numéro communiqué ne correspondait à rien chez le transporteur. Après m’être fait balader par tout le monde, être passé par la Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations de l’Aude Service Concurrence Consommation et Répression des Fraudes, deux associations de consommateurs, j’ai enfin fini par faire annuler ma commande. À priori. J’avais fait un paiement en quatre fois sans frais par le biais de Cetelem qui vient de me rembourser mon premier paiement. Je vais voir si je suis prélevé dans les prochains jours, puisque nous arrivons à la date fatidique du 22.

J’ai fini par avoir le fin mot de l’histoire avec une des personnes du SAV de chez Habitat et Jardin. En fait c’est comme dans les avions ou presque, ils font du surbooking. Ils s’engagent sur des commandes sans avoir la marchandise. Ce qui est totalement stupide dans ce positionnement, c’est de ne pas être franc avec le client. Pourquoi ? Jamais dans ma vie, je n’ai fait ce genre de démarches qui n’ont d’ailleurs servi absolument à rien et que je ne referai plus, sauf peut-être la dénonciation pour pratique pas claire aux services de l’état. À partir du moment où j’ai commencé à sentir l’arnaque, je me suis en position défensive / agressive, ce qui m’a poussé à réagir. Finalement c’est un peu comme les distributions Linux. On vous promet qu’Ubuntu sort en avril et en octobre, si elle ne sort pas, c’est scandale. Parallèlement à ça, Debian sort quand c’est prêt, et tout le monde trouve ça normal d’attendre, car il s’agit des règles du jeu. Il aurait suffi de me dire qu’il y aura du retard, un retard qui peut être important et de me proposer le remboursement ou l’attente, tout aurait été différent.

J’insiste bien ici sur l’inutilité des associations et de l’énervement car en fait tout le monde s’en fout. Si vous avez un problème, c’est en appelant régulièrement, en faisant des mails, en faisant des courriers, tout seul comme un grand que vous finirez par résoudre votre problème. Il faut faire preuve de pugnacité, certains clients sont dans l’attente de leur commande ou d’un remboursement depuis le mois de mai. Parallèlement à cela puisque je n’allais pas rester dans l’attente de façon infinie, j’ai commandé un lit sur le site Beliani qui a plutôt bonne réputation. Expédition le 14 avec une prévision de livraison pour le 20 c’est-à-dire le moment où j’écris ce billet. La société de livraison que je vais me permettre de citer en grand :

Kuehne + Nagel Road

Champions du monde !

Prend rendez-vous avec moi et m’informe que je serais livré en début d’après-midi. Alors comme tu le sais Cyrille BORNE fait les choses en grand. Je démonte l’ancien lit que je remonte dans la chambre de ma fille. Je démonte son lit que je benne. Je file mon matelas à mon fils, je descends le matelas de mon fils que je benne. Soit deux démontages, deux allers-retours à la déchetterie, dans des conditions plutôt pourries comme en témoigne cette photo.

Pour ceux qui se demandent ce qui rend ma conduite agréable, c’est un sommier en 140 défoncé à coups de marteau.

Je suis donc content, j’ai tout fait en une matinée plus les courses puisque ma femme peine à conduire ce qui nous promet d’autres bons moments. Il est 15 heures je suis au téléphone avec ma cheffe parce que les fainéants de profs travaillent aussi le 20 août, ma femme et mon fils me coupent, il n’y a qu’un colis. Il est évident que ce serait quelqu’un d’autre qui écrirait ceci, personne ne le prendrait au sérieux, on se dirait, il nous fait marcher c’est pas possible. Le gars il se fait enfler par un premier magasin, il met quatre semaines pour récupérer son pognon, peut-être, et sa deuxième commande il manque la tête de lit et les lattes.

J’appelle pour faire un scandale au transporteur mais il apparaît bien sûr qu’ils ne savent pas où se trouve le colis. Je rappelle Kuehne + Nagel Road qui est une entreprise de transport dont c’est le métier de faire transiter des colis, histoire quand même de bien être sûr du contexte. Il ne s’agit pas d’amateurs mais d’une très grosse entreprise. Le chauffeur a dit à mon épouse et mon fils, on vous amène la suite demain, certainement un grand optimiste qui pense qu’on va le retrouver alors que nous savons vous et moi que tout cela finira très mal. Je devrais faire ça, rendre seulement la moitié des copies, le lendemain le reste. Mon fils dormira sur le canapé ce soir, certainement d’autres soirs, car rien n’est simple sauf chez Amazon.

Ma centrale vapeur a rendu l’âme en début de semaine, ça devait être lundi ou mardi. Plutôt satisfait du modèle qui a dû tenir peut-être pas loin de dix ans, nous avons opté pour le modèle suivant à moins de 50 balles. Un tracé du colis précis, on vous envoie régulièrement des messages pour vous donner l’avancée, je viens de le recevoir entre midi et deux comme prévu, des mains de mon facteur. Plus de 20 ans que j’achète chez Amazon, les quelques fois où il y a eu souci, tout s’est déroulé à mon avantage, avec même des bons d’achats à la sortie. Aujourd’hui crier haut et fort qu’Amazon est une société de voleurs qui exploite ses salariés sans payer l’impôt en France, c’est oublier de dire qu’Amazon fait un job irréprochable quand ça part très régulièrement en sucette ailleurs. Quand on voit ce type de situation, il ne faut pas s’étonner que les gens achètent chez Amazon.

Il est 16h30, Amélie de Kuehne + Nagel Road m’appelle et se félicite parce qu’on a retrouvé mon colis. J’arrive. Ah oui tu t’en doutes, Cyrille BORNE et son Partner ne sont pas arrêtés par le nombre de kilomètres et me voilà sur la route avec mon fils qui se réjouit de passer une si belle journée.

Le parcours du combattant.

Ce qui paraît sur le papier à peine une heure trente de route pour aller chercher son colis chez une entreprise de livraison qui n’a pas su vous livrer, enfin à moitié, c’est autre chose en pleine période estivale. Et pourtant, avec la récupération du colis incluse, je n’ai mis que deux heures. Ça y est, les gens sont un peu partis ailleurs pour ramener leur COVID chez eux, afin que leurs enfants contaminent leurs enseignants. Il faut quand même se dire que les cinq derniers kilomètres qui séparent Narbonne Plage de Saint-Pierre, j’ai mis 20 minutes. Arrivé sur place, je vois Amélie qui fait comme si de rien n’était, ça doit paraître quelque chose de tout à fait banal dans cette société, me donne un endroit pour me garer, le type qui porte mon colis est mort de rire. Je me permets de lui faire remarquer que ça ne me fait pas rire, il part en marmonnant dans sa barbe que ce n’est pas sa faute. Amélie finit par s’excuser, à la façon de « pardon vous avez fait 100 bornes à cause de notre incompétence, mais je m’en fous complètement ».

J’y étais !

Et c’est ici que ça commence à poser problème, le je-m’en-foutisme global. Lorsqu’Amélie après l’avoir appelée au bout d’une heure, m’explique qu’elle n’a pas eu le temps d’aller chercher mon colis, quand un gars de la société me rit au nez, l’opprobre est jeté non seulement sur l’intégralité de la société située à Lezignan, mais aussi sur le groupe et par ricochet pour le vendeur de mon lit qui a fait un mauvais choix de transporteur.

De façon générale, j’ai conscience que d’habitude ça se passe bien. À l’instar des internautes qui vont se jeter sur tout ce qui ressemble à un mur de lamentation pour crier leur haine contre une transaction ratée, si je devais être honnête, je devrais faire le calcul du pourcentage de mes échecs, il ne doit pas être si élevé. Néanmoins mes histoires sont tellement magnifiques, mémorables, merdiques, qu’on a dû mal à croire d’une part que nous sommes en 2020, monde de l’informatisation, et d’autre part dans un capitalisme sauvage où seul le plus fort arrive à tirer son épingle du jeu. Preuve certainement que face à la masse d’incompétents que nous sommes amenés à croiser, que la situation ne doit pas être si dramatique que cela.

Le principal c’est que j’ai récupéré mon lit, après une journée commencée à 7 heures le matin et finie à 19h30. Il fait chaud, je suis sur les rotules, je suis ravi de pouvoir l’étrenner dès ce soir et me mettre en PLS.

Le bilan de cet été est assez médiocre, ma femme ça ne s’arrange pas, même si ce n’est pas grave, la reprise se précise et pour l’instant conduire se rapproche du suicide. Ce sera long, c’est douloureux, et psychologiquement ce n’est pas bon. Ma femme est taillée dans le même bois que moi, vivant dans la culpabilité bien française du présentéisme même si elle a mal. Ne pas rentrer serait un échec pour elle, en même temps se prendre un carton parce qu’on n’arrive pas à conduire ou se retrouver tordue de douleur dans une salle de classe avec 28 gamins en face, c’est certainement plus grave. Elle apprendra à ronger son frein et poursuivre ses « vacances ».

Pour ma part, je suis plus lassé que fatigué, je reste satisfait d’avoir géré le gros des merdes même si tout ceci aurait pu être allégé et tout n’est pas réglé. La rentrée scolaire qui s’annonce n’est pas bonne, le nombre de malades est de plus en plus important, l’état à essayer de ménager l’économie en essayant d’éviter les contaminations s’embourbe dans des paradoxes dont l’école va faire les frais. Les enfants sont contaminants mais les enfants ne peuvent pas mettre de masque, plus jamais trente-cinq élèves par classe mais avec un masque ça passe. Nous allons nous orienter vers des clusters dans les écoles et jouer à ouverture puis fermeture. La seule solution pour sortir de cette crise sera la vaccination, en espérant qu’on évite le mauvais scénario de film d’horreur où l’on finit tous en zombis, Russes, de toute évidence.