La trop classique fin d’année

06/06/2018 Non Par cborne

C’est un peu tendu ces jours-ci et je n’évoque pas le fait que Microsoft vient de racheter Github mais c’est la fin de la saison pour les troisièmes. J’aime à revenir sur cet épisode, et c’est la seconde fois que je vais le refaire car il montre l’un des problèmes majeurs du monde éducatif. Souvenez-vous.

Il y a quelques temps, on se dit que la notion de compétence c’est franchement mieux que la note, maîtrise satisfaisante, insuffisante plutôt qu’un 14 ou 15 dont on comprend mal la différence. On se le dit d’ailleurs vachement moins depuis que Blanquer est arrivé, comme on ne parle plus de tablettes, de classes inversées, d’innovations pédagogiques mais d’arrêt du smartphone et du retour de l’uniforme. C’est ça la méthode Blanquer, faire du vieux avec du vieux mais passons. On se retrouve donc avec un système de compétences et ces compétences doivent être écrites dans le LSU, le livret scolaire unique. Je trouve que ce livret est une bonne chose, un tracé de la scolarité d’un gamin du CP à la troisième, comme un casier judiciaire. C’est une demi boutade en fait, tout dépend comment on l’utilise. En fin de troisième grâce à son super logiciel éducatif, genre pronotes, le collège peut déverser l’intégralité des résultats accumulés de l’enfant dans le LSU, sachant que pour l’instant et si je ne m’abuse, les parents n’ont toujours pas le code. Cette procédure automatisée permet d’éviter de faire une saisie des compétences de l’élève pour le DNB, diplôme national du Brevet des collèges.

Il y a deux ans, on a dit banco, sauf que les gens nous ont oublié. On a oublié que le ministère de l’Agriculture fait passer le brevet de l’éducation nationale. Il faut vraiment comprendre la particularité de mon statut, je ne suis pas à la sécurité sociale, je suis à la mutualité sociale agricole, le prof de l’enseignement agricole est un vrai frère des paysans jusque dans ses remboursements maladie, nous sommes dans des ministères bien séparés. Et du fait de ne pas être prof de l’éducation nationale, nous n’avons pas d’identifiant de l’éducation nationale si bien que l’automatisation décrite plus haut est totalement impossible. Admettons. Voici le dos de la fiche d’orientation d’un élève de troisième, j’aimerai attirer votre attention sur la partie encadrée.

On a donc les compétences qui sont à saisir, et plus bas on a des notes, dont vous pouvez voir le calcul. L’an dernier en début d’année scolaire, nous avions voulu jouer le jeu de la compétence et malheureusement embrasser la double notation, une erreur fatale, mais je vais y revenir. A la fin de l’année, nous nous sommes rendus compte que nos compétences devaient être reconverties en notes, si bien qu’on marche sur la tête. Le problème de la double notation, c’est que c’est une perte de temps. Le problème c’est que le système dans l’état actuel, impose une double notation car le bulletin scolaire est encore fait avec les notes. Si on sort du contexte très particulier de l’enseignement agricole, on peut voir que même dans l’éducation nationale ça ne fonctionne pas. Mes deux enfants sont au collège, ont peu d’enseignants en commun, sur l’ensemble de l’équipe pédagogique, il n’y en a qu’un qui joue la carte de la compétence et seulement de la compétence. Il est d’ailleurs pénalisé car il est obligé d’expliquer aux parents en réunions parents-professeurs qui ne comprennent rien, à la limite de le culpabiliser parce qu’il ne fait pas comme ses copains avec les bonnes vieilles notes rassurantes. Il est encore plus pénalisé car il est forcé pour obtenir son bulletin scolaire de transformer sa compétence en notes. Vendredi dans le collège de mes gosses, tous les gamins sont mis dehors pour permettre aux enseignants de faire les compétences pour les élèves, ce qui montre que le système ne marche pas. En effet, si tous les enseignants étaient en compétence, ils n’auraient pas besoin d’être réunis puisque les compétences auraient été saisies au fur et à mesure de l’année. Et c’est ici qu’on voit que le système ne marche vraiment pas, car quand la compétence est quelque chose de très précis et qui ne peut parfois s’évaluer que sur un chapitre précis, l’enseignant se retrouve le 8 juin pour faire l’évaluation qui sera faite à la louche sur des souvenirs ou des impressions et pas sur des critères d’évaluation précis.

C’est le système que nous avions essayé de faire l’an dernier, se réunir autour d’une table, et on a eu tendance à confondre compétence et capacité. En gros vous prenez un glandeur, on avait tendance à surnoter car on savait qu’il était capable de faire. Paradoxalement, il pouvait nous arriver d’être injuste avec la brave gamine assidue qui n’a aucun talent mais qui fait tout au travail. Nous sommes ici dans un des travers de l’éducation nationale, on a poussé une réforme mais on ne l’a pas menée jusqu’au bout, si on avait voulu vraiment le faire, il aurait fallu éradiquer purement et simplement les notes. L’enseignant se retrouvant face à une zone de saisie où il ne peut pas rentrer 14 aurait bien dû réfléchir à la façon de faire autrement.

On nous a expliqué en début de cette seconde année après la réforme que le coup des compétences en direct dans le LSU ça allait venir. Et puis au fur et à mesure, comme on pouvait s’en douter ça n’est pas arrivé, nous sommes donc au manuel pour la seconde année. Connaissant un peu l’informatique, connaissant un peu les lenteurs de l’administration, connaissant surtout mes collègues nous sommes donc restés 100% en notes. En même temps je dois vous reconnaître que ça ne s’est pas trop vu, nous n’étions que trois à être passés aux compétences, enfin le mix compétences et notes. J’ai donc sorti le tableur et réalisé la conversion qui nous est demandée dans la fiche d’orientation à partir des trimestres en notes puis transformé les notes de l’année en compétence. On a quelque chose de très cohérent, finalement plus cohérent que de se retrouver autour de la table pour décider à la louche des compétences des élèves.

Il sera impossible pour l’éducation nationale ou pour toute forme d’éducation d’avancer tant que les réformes seront faites à l’arrache et que l’informatique dont nous dépendons très largement ne sera pas optimale. Parcoursup est un très bon exemple de réforme ratée et faite à l’arrache, on décriait un système injuste de tirage au sort, nous sommes passés à de l’algorithmique opaque. Il faudra vraiment faire comprendre à nos dirigeants qu’il faut s’inspirer du système Debian et sortir une réforme quand tout est prêt plutôt que de créer une usure de plus, un gâchis de plus avec notre jeunesse en première ligne de front mine de rien.

Si aujourd’hui je devais évoquer la difficulté du métier, ceci en fait partie, l’usure administrative, le manque de finition, la sensation de coller un pansement sur une jambe de bois, l’impression qu’on n’écoute pas les enseignants et que les problèmes sont ailleurs que ceux qu’on pense urgent de régler, le portable ou le retour de l’uniforme dont on se fout complètement. Cela ne réglera pas la baisse de niveau, cela ne réglera pas le manque d’envie des élèves, cela ne réglera pas les carences éducatives, la démission des parents. Lorsque je lis ce matin qu’on pense à ramener le niveau de BAC +5, très mauvaise idée du président Sarkozy à l’époque à BAC +3 comme avant, je me dis qu’il y a quand même un malaise très profond, plus personne ne veut enseigner. L’état de plus, a la même politique que les opérateurs téléphoniques. On peut imaginer une prime pour les nouveaux arrivés mais malheureusement la fidélité et l’engagement dans le métier n’ont pas trop d’importance. J’attends avec grande impatience qu’on touche aux vacances, qu’on nous explique que passer 35 heures dans l’établissement par semaine c’est mieux pour tout le monde. Non seulement ça sera encore moins attractif, ça fera fuir les gens présents qui réaliseront qu’ils ont peut-être d’autres talents, l’école sera l’endroit le plus simple à contractualiser, avec des gens qui pendant une période de leur vie iront enseigner quelques années en job alimentaire en attendant de trouver mieux, des gens qui ne sont pas faits pour le métier comme j’en vois de plus en plus. Se retrouver face à 25 gamins qui vous scrutent et réussir à captiver leur attention n’est pas à la portée de tout le monde.

Les journées de lundi et de mardi ressemblaient donc à un 7 heures dans la voiture pour rentrer à 20h30. Il me reste un conseil de classe, j’ai fait le gros de l’administratif, je commence à m’occuper de l’informatique en cette fin d’année. Mon jeu du moment c’est eux.

Des icore5 ou 7 payés à 120 €, 4 Go de RAM, 250 Go de disque dur. Il est fou quand même de se dire que les Dell E4300 finissent par lâcher à cause des chocs, et pas à cause de la mort naturelle du matériel. J’avais besoin d’un fond de stock, c’est désormais chose faite et je suis en train de migrer ces ordinateurs vers Windows 10 de la façon la plus légale au monde, en utilisant Windows Mediacreation Tool 1803. La machine passe sans aucun problème et récupère une licence matériel. Souvenez-vous, l’arrêt de la gratuité de Windows c’était en juillet 2016, nous sommes en juin 2018 …

J’ai encore pas mal de tâches à faire pour cette fin d’année, je devrais commencer à y voir plus clair dans le courant de la semaine prochaine avec les premiers élèves qui partent en stage. Dans mes chantiers, les mises à jour de Debian, remplacer les vieux PIV par des tours en dual core, récupérer les disques durs, les barrettes de RAM, ramener le reste à mon fournisseur de matériel. Ranger comme toujours, ce sera la petite Borne qui s’y collera, l’aîné étant au DNB, on y revient à chaque fois.