La théorie de la tarte tatin

15/01/2020 Non Par cborne

Il y a deux trucs dont j’apprends à m’affranchir : la culpabilité et les règles à la con. À une époque, je commençais un film, je commençais un livre, je commençais quelque chose, je le finissais. Règle à la con qui consiste à finir ce qu’on a commencé. C’est injuste, parce qu’il y a dans cette règle qu’on m’a enseignée, que j’ai enseigné à mes enfants, une notion de persévérance. Néanmoins, cette règle ne devrait pas être livrée de la façon suivante, c’est trop brutal, c’est trop binaire. Il faut certainement faire comprendre qu’il ne faut pas abandonner trop vite, faire preuve de pugnacité, mais qu’il ne sert à rien de persévérer si on réalise qu’on n’aime vraiment pas ou que c’est mauvais. S’entêter n’est pas signe de persévérance, c’est signe de bêtise. La véritable difficulté, et notamment pour les plus jeunes, c’est de réussir à trouver le juste équilibre.

Le gars qui en est à la neuvième saison des Walkings Deads et qui continue de regarder jusqu’au bout

De cette façon-là, j’arrive à éviter les mauvais bouquins, les mauvais films, les mauvais jeux ou plutôt ceux qui ne m’accrochent pas. Le gain de temps est assez considérable. La culpabilité c’est le mal et c’est d’ailleurs intéressant de se rendre compte que c’est une technique qui ne fonctionne pas. Là encore c’est un problème de juste milieu.

Je continue de perdre du poids, néanmoins je me suis envoyé un bout de tarte tatin avec une boule de glace de vanille. J’ai conscience que c’est mal, néanmoins à force de vivre dans la privation, je finirai par exploser. Et puis c’était le bon moment, un goûter en famille, il fallait le faire. Ce n’est pas grave, je compenserai. C’est certainement l’une des explications de l’échec du logiciel libre, se priver de tarte tatin.

Si vous lisez les discours des libristes, le logiciel privateur est une abomination et si tu en utilises tu es la pire merde de l’humanité, tu devrais te flageller pour expier tes péchés. Vous allez certainement dire que j’exagère, comme toujours, mais rien que l’expression logiciel privateur porte le poids de la culpabilité. Tu utilises un logiciel privateur, un logiciel qui te prive de quelque chose, enfin lui te privera pas de tarte tatin d’un air culpabilisateur. L’échec du logiciel libre c’est le purisme. Les puristes, ce sont ces jeunes de 17 ans qui vont expliquer que le RAP actuel c’est de la merde, parce qu’avant c’était mieux. Les puristes sont ces gens qui vont dire que dans le RAP il y a trop de blanc, trop de bourgeois, parce que le RAP, il faut venir du 93, faut le mériter, limite si tu pouvais avoir fait de la prison ce serait mieux. Dans le logiciel libre c’est pareil. Tu n’utilises pas TOR, tu as tort, et le tort tue. Ce ne sera certainement pas mon meilleur jeu de mots de 2020 celui-là, mais je viens de poser une base. Boutade mise à part, le positionnement sectaire de certains, tellement culpabilisants, mettant la barre tellement haut, il suffit de voir les discours délirants de RMS pour se rendre compte qu’on décourage les gens avant même qu’ils aient pu commencer.

Ici encore il s’agit d’un juste milieu. Si je m’envoie de la tarte tatin tous les jours il est certain que je vais avoir du mal à perdre du poids, il est même certain que je vais finir par en reprendre. De la même manière, si je ne fais qu’utiliser des logiciels privateurs sur Linux, que je mets Wine pour pouvoir faire tourner Photoshop et qu’enfin je m’abonne à Office365, il y a fort à parier que je mette du temps à me libérer, j’ai même plutôt tendance à m’enfermer. Pour trouver ce juste milieu, ce juste équilibre, il me paraît évident qu’il faut :

  • Avoir son propre rythme et en aucun cas se le faire dicter par les autres. Sinon ce sera trop rapide, trop lent, ça ne fonctionnera pas. Après tout c’est vous qui voulez changer, progresser, aller vers autre chose, il est bien normal que c’est de vous que cela dépend.
  • Ne pas faire preuve de mauvaise foi si cela ne fonctionne pas parce qu’on fait n’importe quoi, avoir conscience qu’on fait n’importe quoi. J’entends par là que tous les matins je suis sur ma balance, la mesure de mes efforts est purement mathématique, si je bouffe comme un goret je grossis. Je ne vais pas éviter la balance sous prétexte que j’ai fait un gros repas la veille, je ne me cache pas, j’assume la vérité en face, j’assume la tarte tatin sur mes hanches.

Ce que j’ai écrit pour le logiciel libre, s’applique à tous les domaines, j’ai écrit sur ce thème parce que je le connais bien. À l’instar des tartes tatin, j’ai fait plusieurs fois des retours sous Windows parce que j’en avais marre, parce que c’était trop compliqué. J’ai eu raison. Parce que de la même manière que du fait d’avoir une alimentation plus équilibrée je me sens mieux physiquement, moins ballonné, plus léger, mes retours à Windows m’ont rappelé que je ne voulais plus de ça, et qu’il faut se remettre au régime Linux.

Dans son livre Florence-Léa Siry sur le zéro déchet, un livre de plus, mais c’est une autre histoire, il y a un point que je trouve intéressant, c’est sa sobriété. Elle invite les gens à faire de leur mieux, de faire preuve de bon sens et de rappeler que chaque petit geste réalisé c’est quand même un geste. Par exemple, elle explique qu’on va pas crever de soif pour ne pas boire dans une bouteille en plastique. Tu feras mieux la prochaine fois en prenant une gourde. Le zéro déchet c’est comme les végans, les libristes, ou les écologistes, quand ils sont passés du côté puriste de la force ou des gardiens du temple, ils deviennent imbuvables.

Si vous voulez mobiliser les gens, les faire adopter un nouveau positionnement en les brutalisant. Sauf dans un cas bien précis, l’urgence. Numerama pose la question dans un très long article : Peut-on sauver la planète sans mettre la démocratie en péril ? Lorsqu’il s’agit d’une question de vie ou de mort, c’est marche ou crève, mais je m’éloigne du sujet, je ne voulais pas non plus éluder cette notion de parfois on n’a pas le choix. Pour l’heure, mieux vaut me mettre au régime maintenant avant de faire une crise cardiaque et que ça devienne une question de vie ou de mort, mieux vaut apprendre à changer ses habitudes alimentaires, arrêter d’utiliser certains produits avant que ce soit obligatoire. Anticiper, avoir un tour d’avance, l’une des clés de la survie.

En ce qui concerne le zéro déchet, le sujet m’intéresse mais effectivement, j’ai vu trop de positionnements radicaux, trop de pistes à suivre en même temps, si bien qu’il est difficile d’adhérer. Le modèle proposé c’est une vie monastique. La réutilisation systématique des objets en devient parfois ridicule, inciter les gens à se transformer en petits chimistes, dangereux.

À la maison, je me focalise en ce moment sur un axe très précis, passer derrière tout le monde et ranger. J’ai découvert qu’on avait 5 litres de Sanex. Il apparaît qu’à chaque fois que ma femme en voit à prix cassé, elle en achète, mais ne les met pas au même endroit. J’ai de la même façon quatre produits neufs pour nettoyer les toilettes. Bon avec moi, c’est pas perdu, mais quand même. C’est un cercle vicieux. Le foutoir fait croire qu’on n’a pas certains produits, on finit par les racheter, et ces produits qu’on a déjà prennent de la place, si bien qu’on a besoin de plus de place pour stocker, on achète des meubles supplémentaires, ou les gens changent de maison. Mieux ranger, liquider l’existant, limiter les grosses courses, je passe assez devant les supermarchés pour pouvoir m’organiser.

Mon épouse quant à elle est passée à la fabrication de son produit pour laver le sol. L’enjeu est limité. Ce que j’entends par là c’est que lorsque dans les bouquins on vous invite à faire votre propre lessive, il y a un enjeu, celui de tuer l’intégralité de votre linge.

Nous terminons ce soir avec le grand retour de EUN JIWON que vous ne connaissez absolument pas et c’est rassurant. Alors que la jeunesse mondiale découvre la KPOP, le rappeur Koréen se faisait connaître avant 2000 alors que le marché n’avait pas émergé et qu’il était dominé par la JPOP. EUN JIWON je pense a dû abandonner toute forme de culpabilité depuis bien longtemps. 41 ans, habillé comme un thug, des chorégraphies des années 2010 pour un son de 2000. Et pourtant aussi curieux cela puisse paraître, ça passe comme une lettre à la poste. Le rappeur a quand même un sacré flow.