La tablette, ah, ah, ah …

25/08/2018 Non Par cborne

Et plus si affinités. En conclusion on évoquera l’achat d’un ordinateur d’occasion. 

Jean-Michel, un prénom old school pour une école à l’ancienne. 

Jean-Michel Blanquer l’a dit : “le but n’est pas d’arroser le pays de tablettes”. Ça c’est du Jean-Michel,  le type qui veut l’interdiction du portable à l’école, qui ne crachera certainement pas sur l’uniforme, qui vous met du calcul mental et le retour de la grammaire et de l’orthographe au programme. Certes il faut remettre la phrase dans un contexte politique car malheureusement nos dirigeants font de la politique, celui qui avait arrosé son département avec des tablettes c’était François Hollande, ancien président. Une façon toujours élégante qui permet d’expliquer que la tablette n’a pas sauvé l’éducation nationale, et que si nos enfants ne savent ni lire ni écrire, c’est la faute de l’ancien gouvernement et qu’il faudra de très gros efforts pour relancer la machine. 

Sortons toutefois du contexte politique pour ne rester que sur du concept pédagogique : c’est un désaveu sur l’utilité des tablettes ou plutôt sur le côté indispensable qu’on a voulu leur donner.  Il n’y a pas si longtemps, souvenez-vous, on enterrait l’ordinateur au profit de la tablette qui allait révolutionner la pédagogie. Malheureusement, il faut comprendre le schéma de fonctionnement de ce genre d’annonces. Des constructeurs ont de nouveaux appareils à vendre, ils en mettent au pied du sapin de quelques pédagos qui n’ont pas vu d’élèves depuis 20 ans et c’est le début d’une révolution. Un commercial bien rodé de chez Microsoft ou de chez Apple, n’aura aucun mal lors d’un happy hour, dans une ambiance décontractée, des cadeaux plein les bras à bluffer tout le monde.

L’école étant basée sur la culpabilisation des enseignants face à un système scolaire qui se casse la gueule, on a envie alors de croire dans le dernier maillon de la chaîne que la tablette pourrait sauver le monde surtout quand ça vient d’en haut. Malheureusement, ce n’est pas nécessairement l’outil idéal, et c’est d’ailleurs le mot outil qui est important, il ne s’agit que d’un outil, un moyen, la pédagogie c’est avant tous les profs, et le moyen avec lequel ils sont à l’aise pour véhiculer l’information. Comprenez que le passif de l’enseignant, ses loisirs, sa personnalité, seront déterminantes dans sa façon d’enseigner. D’anciens élèves dans le Cantal se rappelleront qu’on allait mesurer la porte de l’église en utilisant le théorème de Thalès, la règle jaune et le décamètre du prof de sport à la main. Ça correspond à ma personnalité, j’ai ce côté bricolage, l’envie de faire des maths avec des bouts de ficelle. 

Et d’ailleurs si on interprète le propos du ministre, il remet les pendules à l’heure :  « le numérique n’est pas une fin en soi, c’est un outil dont on ne doit ignorer ni les bons ni les mauvais aspects ». Je connais certains collèges qui sont passés intégralement à la tablette, et j’ai envie de dire qu’on a franchi un cap dans la notion d’outil, si on fait tout à la tablette c’est une fin en soi, puisqu’on ne tient pas compte de la volonté de l’enseignant et de sa liberté pédagogique. 

l’école qui fait vraiment rêver

Parce que la tablette c’est pas si top que ça et peut-être même au contraire

Vous allez dire que je suis un individu de mauvaise foi, parce que j’utilise des dual-core sous Linux et je vous dirai que c’est vrai, mais qu’il y a des chiffres qui le prouvent. Une enquête a été réalisée auprès de 1372 professionnels basés en Amérique du Nord et en Europe, sur les usages, sur le hardware, ce genre de choses. Sans surprise on découvre que l’ordinateur de bureau c’est à la louche 70% d’usage, 29% pour l’ordinateur portable et 1% pour la tablette ce qui est dérisoire. On pourrait dire que ça va franchement changer parce qu’il faut attendre le passage d’une génération, sauf que non. Les chiffres de vente des tablettes se cassent la gueule depuis des années, les nouveaux modèles se font rares, les appareils qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu sont ceux qui ont ajouté un clavier, et les chromebooks qui ne vont pas tarder à faire très mal. Et d’ailleurs quand on réfléchit pour les nouvelles générations de tablettes à s’orienter vers ChromeOS, on comprend que pour la productivité, android n’est pas adapté.

Si d’ailleurs on suit cette enquête, il apparaît que le renouvellement des ordinateurs de bureau se fait pour 70% des entreprises après 5 ans, pour 25% des entreprises c’est après 7 ans. On lit plus loin : À l’inverse, les smartphones et les tablettes sont présentés comme les équipements IT les moins durables en entreprise. Ils ne durent généralement que deux à quatre ans : 83 % des smartphones et 72 % des tablettes sont remplacés au bout de quatre ans, contre 42 % et 20 % au bout de deux ans. On peut se douter qu’il ne s’agit pas de la tablette android de base qu’on aura payé 100 € à Carrefour mais plutôt de l’Ipad à 800 € ou de la surface à 1000 € et plus.

Concrètement, la tablette est un appareil cher, qu’il faut renouveler régulièrement, qui n’est pas utilisée en entreprise ou peu. C’est un peu le clou qui ferme le cercueil de la tablette à l’école. Si l’école ne prépare pas à l’entreprise mais quand même, quand on n’hésite pas à sortir comme argument que Libreoffice n’est pas utilisé en entreprise donc il faut payer des licences Microsoft,  il faut pousser le raisonnement jusqu’au bout. Se focaliser sur la tablette est une hérésie puisqu’elle n’est pas représentative de l’écosystème informatique de l’entreprise, il faut donc rester sur ce bon vieux PC de bureau qui est l’outil de production par excellence. 

Et c’est bien parce qu’elle n’est pas indispensable, qu’elle est coûteuse, qu’on évoque le BYOD. Bring Your Own Device, ou amène ton propre matériel pour bosser. C’est une pratique qui se produit en entreprise et qui arrange bien les gars qui veulent travailler sous Linux ou sous Mac. C’est d’ailleurs ce que nous faisons avec mon collègue d’informatique au lycée, réciproquement d’ailleurs sous Linux et Mac. Et même s’il n’y a aucune précision sur ce qui tombera certainement à l’eau car c’est n’importe quoi, c’est remettre une couche sur le fait que la dépense de tablettes c’est trop cher et que la fête est finie. Le BYOD ce n’est pas une si mauvaise idée et d’ailleurs nous la pratiquons très souvent au lycée. On fait prendre des photos aux élèves avec leurs propres appareils. La différence fondamentale avec un BYOD conventionnel c’est qu’ici il n’y a aucune obligation de venir avec son propre matériel, c’est un matériel qu’ils prennent en permanence et qu’ils ont toujours dans leur poche. Comprenez qu’appliquer du BYOD avec une tablette, c’est très délicat, les assurances, les vols, la responsabilité, la gestion du matériel déléguée à un gamin de 15 ans qui ne gère rien, c’est de l’utopie. Rajoutons à cela que si quasiment tous les enfants ont un smartphone sauf mes gosses, tous les enfants n’ont pas d’ordinateur ou de tablette à la maison.

Concrètement, si on voulait vraiment faire du BYOD, aller à l’économie et surtout l’efficacité, c’est vers le smartphone qu’il faudrait se tourner, cet objet qu’on a interdit dès cette rentrée sans donner vraiment les moyens de l’interdire. Débrouillez-vous, c’est un peu la synthèse de la méthode Blanquier.

en or massif et avec des diamants

Acheter un ordinateur professionnel d’occasion

Des professionnels vont conserver jusqu’à 7 ans un ordinateur, imaginez il y a 7 ans votre téléphone et l’utiliser aujourd’hui, ce serait presque impossible. Bloqué par les logiciels, une batterie certainement HS, un hardware qui aurait bien fini par lâcher. La robustesse du monde PC n’est pas la même que le reste à partir du moment où on achète un matériel professionnel. 

Il vaut mieux acheter une machine d’occasion que vous allez payer moins cher qu’un PC actuel bas de gamme qui vous offrira des performances moindres, une durée de vie plus courte. 

A 250 € vous avez ça : 

Je m’arrête au processeur, un AMD E2, ça va ramer. Sans chercher et à un tarif similaire j’ai ça : 

Il y a effectivement 500 Go de différence, mais comme on remplacera par un SSD, je dirai que la question ne se pose pas vraiment. Il suffit d’aller regarder sur CPU Boss pour voir la différence entre les processeurs, c’est sans ambiguïté que le vieux processeur l’emporte sur le récent, sauf sur la consommation et encore ça peut se discuter. En effet, si vous mettez plus de temps à réaliser vos tâches, vous allez consommer davantage d’électricité, CQFD.

Dernièrement je regardais des téléviseurs 32 pouces. Vendus neufs à 120 € sur cdiscount, l’occasion est plus cher. Si dans certains domaines l’écart de prix entre le neuf et l’occasion a du mal à se justifier, dans la tour ou le portable, tous les arguments penchent pour l’occasion. Des machines de meilleure qualité qui dureront plus longtemps. J’exclue toutefois de mon raisonnement le jeu, qui reste un domaine particulier et qui pour ceux qui veulent profiter des dernières nouveautés, ont intérêt à se positionner sur le marché du neuf et du très haut de gamme. 

Où acheter, comment acheter sa machine d’occasion ?

Acheter sa machine d’occasion est à la portée de tout le monde, il faudra toutefois distinguer deux types de personnes : ceux qui osent, ceux qui n’osent pas. On imaginer plutôt ceux qui savent, ceux qui ne savent pas, mais c’est un peu plus profond que ça. Comprenez qu’acheter un ordinateur à 30 € dans un vide-grenier, c’est une prise de risque que quelqu’un qui ne sait pas prendra certainement moins que quelqu’un qui sait et qui a une confiance parfois déplacée dans sa capacité à dépanner. Par le fait, même quelqu’un qui est pétri de connaissances n’ira pas nécessairement tenter sa chance sur le boncoin ou sur le facebook market qui sont mes points d’entrée réguliers.

Je vous donne quelques règles qui me conviennent, elles ne s’appliqueront pas à tout le monde.

Avoir une tour d’avance et faire preuve de patience. (@cascador, c’est bien une tour d’avance et pas un tour d’avance même si ça pourrait se discuter). Alors que je suis bien équipé à la maison, je cherche toujours. Je fais le tour régulier du Facebook Market ou de leboncoin pour voir s’il n’y a pas une bonne affaire à faire. Les gens qui majoritairement vendent sur ces sites n’ont pas forcément conscience de la valeur des choses ou cherchent à s’en débarrasser. C’est à double tranchant, certains bradent pendant que d’autres vendent 150 € un PIV car ils y ont un attachement sentimental ou le souvenir d’avoir payé le prix fort il y a quelques années. C’est par le boncoin que j’ai trouvé le broker informatique avec lequel je travaille pour le lycée et où je risque de prendre ma prochaine tour. 

Les sites internet que j’utilise : 

  • ebay c’est par lui que j’ai acheté ma dernière tour et c’est certainement le site le plus intéressant, j’ai acheté un PC en Allemagne à pas cher par exemple 100 € un icore 3 avec 8 Go de RAM. ebay a cette dimension européenne non négligeable et des tarifs très attrayants. 
  • plus un endroit qu’un site plusdepc à Béziers. J’ai mis le lien de la boutique Béziers, les gens sont sérieux, l’enseigne compte de nombreuses boutiques à travers la France. Pour connaître un peu l’envers du décor, je peux vous dire qu’il y a des batteries de stagiaires en BAC PRO SEN qui testent et nettoient les machines. Alors vous me direz que ce sont des BAC PRO, certes, mais c’est la garantie que la machine a été testée, vérifiée, nettoyée même si on sait qu’un test c’est à l’usure qu’on se rend compte des problèmes. 
  • Nous avons ouvert un fil dans le forum où nous évoquons nos différentes expériences. 

La seule chose qu’il me paraît important de contrôler avant l’achat c’est la forme de l’alimentation et par le fait celle du boîtier. Une alimentation spécifique pour un boîtier spécifique, ça peut être parfois plus de 80 €. Tant pis pour le blasphème, 15 € c’est le prix d’une alimentation no-name.

En conclusion

Le plus difficile ce n’est pas l’achat du matériel d’occasion, le plus difficile c’est de passer le cap. Se convaincre qu’un appareil qui a déjà eu une première vie, est de meilleure qualité qu’un appareil sorti d’une usine, et pourtant c’est le cas. Jean-Michel, si tu lis ce message, d’abord sache que tu ne peux pas me donner quelque chose mais éventuellement intervenir pour que j’obtienne l’ordre national du mérite agricole, sache que tu as bien raison de ne pas ruiner la France en tablettes. Je pense qu’il faut toutefois pousser la démarche plus loin, des partenariats avec les grandes entreprises pour récupérer les stocks, créer des emplois en France dans la filière réemploi et maintenance, du logiciel libre bien sûr. Oser imaginer la France pionnière dans le domaine, ça nous vaudrait bien plus qu’une victoire au foot.