La 5G et l’arbre de Bordeaux sont sur un bateau

16/09/2020 Non Par cborne

Manu notre bon président a dit :

« Nous allons expliquer, débattre, lever les doutes, tordre le cou à toutes les fausses idées, mais oui, la France va prendre le tournant de la 5G parce que c’est le tournant de l’innovation. Et j’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile, je ne crois pas au modèle Amish et je ne crois pas que le modèle Amish permet de régler les défis de l’écologie contemporaine ».

Manu

Le souci est multiple. L’utilisation du cynisme, dénigrer les gens, c’est un langage de politicien et cela ne devrait pas être celui d’un président de la république qui doit de façon générale être plus grand que ça. La fonction présidentielle en prend un coup, Manu d’habitude sait mieux faire. Car ici c’est de façon claire les écologistes qui sont dénigrés, mais c’est plus profond je trouve, ce sont les gens qui s’inquiètent de voir un emballement de la société dont je fais partie. Et c’est ici le problème de la caricature, c’est qu’à force de manquer de nuance, on finit par rater la cible.

Je suis convaincu que la technologie est indispensable comme je suis convaincu que la technologie doit être maîtrisée.

Il y a deux débats à considérer, il y a l’écologique et l’écologique, ce n’est pas une faute de frappe. Le premier débat écologique porte sur l’idée qu’on va se retrouver avec des tumeurs grosses comme des pastèques à cause de la 5G du fait qu’il n’y a aucun recul sur les ondes balancées. Et c’est ici qu’il y a certainement une part d’obscurantisme chez les cons, à savoir qu’on a pu voir dans les réseaux un lien entre la 5G et le COVID. Fake news quand tu nous tiens. C’est certainement un débat qu’il faut avoir, car on a tendance à balancer un produit sur le marché puis se poser les questions après. Non seulement sur l’aspect sanitaire physique mais désormais on devrait s’interroger sur l’aspect sanitaire intellectuel. La multiplication des cas de suicides, d’auto-mutilations, d’opérations de chirurgie esthétique en lien avec les réseaux sociaux devraient nous interpeller sur l’impact intellectuel qu’ont les réseaux sur les gens. Force est de constater qu’il y a une véritable question de fond écologique, sanitaire, scientifique et sur le papier, qui d’autres que le parti écologiste est le mieux placé pour se positionner sur ces questions, pour être les garants du changement. Seulement, ce qui est médiatisé chez les écolos actuellement c’est ça :

Je ne tomberai pas dans la caricature pour dire que les maires écolos ont une idée à la con par jour, car l’idée n’est pas de faire de la caricature, je me contenterai de souligner que les décisions politiques qui sont mises en avant par la presse font bien les affaires du discours présidentiel. S’attaquer à un symbole familial comme le sapin de Noël c’est obligatoirement une décision qui ne passera pas, c’est une décision qui ne se discute même pas, elle sera impopulaire, contestée, raillée, quoi qu’il arrive. On ne manquera certainement pas de dénoncer des éclairages, ou d’autres décisions bien plus polluantes que l’arbre de Noël.

Je n’ai pas envie de dire que le débat sanitaire ne m’intéresse pas, ce débat sanitaire, car j’ai envie de dire qu’à l’instar de la 4G, de toutes les ondes qu’on se balance et certainement les pires, le téléphone dans la poche ou à proximité du cerveau de façon régulière, il y a bien des chances pour qu’on meure d’autres choses que de la 5G. C’est le second débat qui m’intéresse davantage.

Aujourd’hui, pour mes usages, mes usages de bon père de famille, la 4G est largement suffisante pour moi. À l’instar de la 4K en vidéo, de la 8K, des téléviseurs 3D, on a la curieuse sensation sur ce dossier, qu’il s’agit d’une technologie de plus qu’on pousse sans que le besoin soit présent. Il est bien sûr évident que le besoin ça se crée, nos industriels sont très bons à ce jeu-là. On pourrait me faire remarquer que je pourrais encore aujourd’hui me contenter de la PS2, j’attends sans impatience la PS5 mais je dois reconnaître que la PS3 a pris un sacré coup de vieux. Et pourtant, dans le cas présent, j’ai la sensation que c’est du superflu. Poussons donc la 5G pourquoi pas, mais il faut tout de même s’interroger sur l’existant. À l’heure actuelle la couverture 4G n’est pas totale, la fibre optique est loin d’être déployée de partout. Pousser la 5G quand la génération précédente n’a pas été déployée de partout me gêne. Avec la 5G, ce sont tous les téléphones actuels qui partent à la poubelle, ou disons qui finiront par devenir obsolète. Bien sûr, on peut toujours se cacher derrière le fait que le citoyen lambda change son téléphone tous les deux ans et que par le fait, c’est difficile de jeter la pierre à la 5G, et pourtant.

La 5G c’est certainement la première fois que des gens ouvrent publiquement, et qu’ils sont entendus, le débat sur l’utilité de la course en avant. Est-ce qu’on a réellement besoin d’avoir autant d’objets connectés ? Est-ce qu’on a vraiment besoin d’aller plus vite sur le net, pour des usages qui seront certainement dédiés à encore plus de vidéos, pour de gros consommateurs. C’est un débat qu’il faut avoir aujourd’hui, un débat qu’il faut accompagner d’un autre, les inégalités numériques qui se creusent et l’éducation.

Dans mon billet précédent, j’évoquais que dans les familles, il y avait peu d’ordinateurs, souvent un vieux téléphone pourri, peu de forfait, de plus en plus de gens qui n’ont même plus de box. Alors que nous avons vécu un épisode de confinement, que la seule passerelle ou presque vers le monde extérieur aura été la technologie, les habitudes n’ont finalement pas changé. Je fais un travail de fond auprès des enfants en ce moment pour les fidéliser à l’ENT et à Teams, pour être prêt au cas où. Comme j’aime à le rappeler à chaque billet, on y va, et on y va très vite, la situation dans les établissements que je fréquente devient de plus en plus tendue, complexe. Une complexité qui vient de la maladie car il y en a, une complexité qui vient des cas contacts qui doivent sortir de l’école, une complexité qui vient du gamin qui éternue et qu’on demande de faire tester, des tests qui dans le sud voient leur résultat arriver au bout de 10 jours. On pourrait donc imaginer que les parents vont faire un effort de connexion, afin de ne plus voir leur gamin ne rien faire à la maison pendant six mois et prendre l’information où elle est.

Il apparaît que pour chaque mail envoyé aux familles, j’ai moins de 40% de lectures. Alors on n’a pas le choix et on prend le téléphone, les gens ne savent plus où est le code, ne comprennent pas comment aller sur l’ENT, sont perdus face à nos technologies éducatives quand ils maîtrisent pleinement les usages des réseaux sociaux américains.

Et c’est donc ici le fond du problème, cette société qui n’en finit plus de créer de l’inégalité dans chacune de ses décisions. Quand Emmanuel Macron voit dans les détracteurs de la 5G des Amish, des gens qui voudraient se couper du monde et revenir à la lampe à huile, c’est oublier qu’actuellement c’est la majorité de la population française qui vit à la lampe à huile des technologies.

Dans mon établissement scolaire, il faudrait suspendre le temps une bonne quinzaine de jours pour les profs. Vérifier que chacun d’eux sait aller sur sa boîte mail, compléter son cahier de texte numérique, utiliser le TBI, réaliser des opérations simples en informatique, pointer pour voir s’il a une machine adaptée à son travail. Il faudrait ensuite imposer des habitudes et ça, la rigueur ne s’apprend pas en deux semaines. Et c’est de la même manière qu’il faudrait en faire autant avec les familles, montrer où se trouvent les informations pour leurs enfants, prendre l’habitude d’aller pointer tous les soirs, mettre une alerte quand un événement est en lieu avec les établissements scolaires. Nous nous épuisons aujourd’hui pour informer des parents pour des messages que nous avons déjà envoyés par la messagerie de l’ENT.

Avec cette course en avant, ce qui se produit est évident. Les familles structurées où les parents suivent la scolarité de leur enfant en utilisant les outils qui vont bien sont dans le train, les autres ne sont même pas montés à l’intérieur. Bien sûr on va téléphoner, on va rappeler que l’action se passe sur internet, mais au bout d’un moment on va arrêter, car on s’épuise. L’inégalité a bien sûr commencé avant, mais elle se continue aussi ici.

Il est évident que c’est une question d’éducation, une éducation parentale, la volonté de s’occuper de son gosse. Néanmoins, à la décharge des familles, lorsque je me situe du côté de la barrière parentale, à savoir avec mes deux gosses au lycée, suivre le fil n’est pas simple, les outils ne sont pas toujours intuitifs, sont souvent plantés, ne sont pas totalement au point.

Un exemple parmi d’autres, la tête de mon fils qui n’est pas la sienne depuis 3 ans maintenant comme une très grande partie des élèves de son lycée. Lui ne se plaint pas, d’autres gamins ont une fille à la place. De la même manière, certains enseignants mettent sur Pronotes, d’autres sur l’ENT de la région. Information partout, facilité nulle part.

À vouloir courir vers l’avenir, on finit par se manger les pieds dans le tapis. C’est déjà le cas pour l’IA, la robotisation qui détruisent les emplois, les réseaux sociaux qui rendent fous les gens. Se poser pour construire la société qu’on veut et ne pas embrasser toute nouvelle technologie qui se présente, ce n’est pas forcément être rétrograde, ce n’est pas forcément vouloir s’éclairer à la lampe à huile. Et d’ailleurs l’exemple est assez bon, est-ce que j’ai réellement besoin d’une ampoule connectée, si les ampoules actuelles sont suffisantes ? Est-ce qu’embarquer toute l’électronique du monde dans les voitures les as rendues plus fiables ? On connaît la réponse avec une multiplication des pannes.

Plutôt que de créer du besoin au travers de mauvaises innovations, il faut s’arrêter, éduquer et équiper les populations. Il faut aussi avoir le courage de s’interroger pour savoir ce qu’on veut demain, des puces dans le cul ou un monde meilleur, plus juste, plus égalitaire, mais aussi plus simple et plus accessible pour que tout le monde en profite.

Nous nous quittons sur « le monstre », celui que nous avons créé et que nous nourrissons tous les jours.