Jusqu’au-boutiste pas jusqu’au bout. Les outils.

01/03/2020 Non Par cborne

Il y a parfois des moments où tu as honte, des moments où tu te dis qu’il faudrait que tu arrêtes d’écouter du vieux rap pour écouter du Jul et sa beuh magique. J’ai une fascination pour cette chanson, ce clip, ce garçon plein d’énergie sautillant avec ses gestes bizarres, qui tient sur une roue avec son scooter. Cela dit, et à y réfléchir, ce n’est, avec le recul, pas moins caricatural que les gars qui rappaient devant leur tour de béton il y a 20 ans, avec des dizaines de petits frères armés de nunchakus et des capuches sur la tête. La différence c’est le contenu, quand on exprimait à l’époque, le mal de vivre de la banlieue, Jul raconte autre chose, de plus festif, qui touche toute la jeunesse dans l’indifférence du contexte social. Un jour il faudra que je vous fasse un billet de 10.000 mots sur l’évolution du rap, du cri social à musique populaire. Vous verrez on se régalera.

Des envies d’être tendance, des envies d’être à la mode, de suivre le mouvement. C’est une erreur. Les technologies, c’est finalement comme la mode, c’est finalement comme tout, tu finis un matin par voir des « ok boomer » et tu culpabilises des méthodes que tu utilises, des logiciels que tu utilises, il suffit parfois d’une nouvelle pour raviver le feu en toi et l’éteindre très vite. La suite collabora est sortie sur Android, la nouvelle est en anglais, désolé, la francophonie morte. Ce n’est pas anodin, du fait d’être vieux j’ai peu suivi les histoires de onlyoffice, collabora, je sais juste qu’associé à un Nextcloud on aurait l’équivalent de Libreoffice. C’est un peu le rêve, celui qui laisse imaginer qu’on peut se passer complètement du logiciel pour au local pour avoir son outil de travail quelle que soit l’OS utilisé.

Ce qui est certain, c’est que les liseuses de documents Libreoffice n’ont jamais fonctionné sur Android correctement, il est donc toujours intéressant de se dire qu’on peut avoir le document en natif, sans avoir besoin de faire l’export en pdf. Deux captures :

L’odt est parfaitement retranscrit, on a donc atteint l’objectif de diffusion depuis un téléphone depuis une tablette ou un téléphone, peut-on envisager alors de travailler intégralement avec un appareil Android. Sur la seconde capture d’écran, vous voyez que j’ai essayé de modifier ma fraction. Pas d’édition possible, on repassera.

Mon problème principal reste l’utilisation que je fais de Libreoffice pour mes contenus mathématiques. J’ai fait un peu le tour pour regarder les solutions, c’est assez rapide.

Libreoffice qui est la solution que j’utilise actuellement. C’est pour ma part le meilleur compromis avec LaTeX. Du fait de faire aussi des cours d’informatique avec des images, du fait de ne pas vouloir m’investir non plus dans un nouveau langage, c’est pour moi le must. Un langage script qui se rapproche de LaTeX qui me permet de travailler rapidement mais aussi des outils d’images et de textes plus classiques. J’aurais 20 ans de moins et je devrais me lancer, je recommencerai certainement avec LaTex et PStricks pour faire les graphiques. Malheureusement l’énergie que je mettrais dedans serait certainement trop importante par rapport au gain que j’en retirerai. C’est une question de fond, et il est important d’y réfléchir un peu, même si ce n’est pas « LA » bonne solution. Dernièrement Tony a rentré une cargaison de 60 ordinateurs, il me demandait comment monter un serveur PXE pour brancher 20 ordinateurs et réaliser le formatage de façon automatique, d’un. Je lui ai fait remarquer que le temps de montage, de configuration du serveur, l’investissement personnel n’en valait pas la peine par rapport à un formatage manuel qui montre en main prend trois minutes avec une seule clé USB. 60 fois 3 minutes, c’est trois heures de temps, je pense que c’est plus de trois heures de temps pour la réalisation du serveur, temps auquel il faudra rajouter l’allumage de chaque ordinateur, la configuration du BIOS pour qu’il démarre sur la carte réseau, le gain de temps n’est pas significatif. Je lui ai fait une clé Linux.

Je sais que c’est mal. Je vous ressors en fait un laïus que j’avais déjà écrit plusieurs fois, à savoir qu’il aurait fallu que je m’investisse un peu dans un serveur debian qui au moins récupère l’ensemble des mises à jour pour éviter d’avoir à re-télécharger à chaque fois depuis les dépôts, tout comme il aurait fallu que je m’intéresse à un serveur Clonezilla de façon à éviter de devoir cloner des ordinateurs à la main. Et c’est ici qu’intervient la notion de gain de temps, il est certain que lorsque vous répétez l’opération un certain nombre de fois, ou si vous le faites de façon ponctuelle, ce n’est pas pareil. J’aurais certainement gagné du temps à m’investir dans un serveur compte tenu du nombre de fois que j’ai pu réaliser cette opération. J’aurais non seulement gagné en temps, en organisation, mais aussi en connaissances. Eh bien ce n’est pas si sûr même pour cette opération et encore plus en faisant le calcul que je n’ai plus à le faire puisque je n’ai plus de responsabilité informatique.

Lorsque je vois que 43% des entreprises en sont toujours aux feuilles de calcul pour gérer les parcs informatiques, je suis perplexe. Entre l’adoption immédiate de toute nouvelle technologie qui sort sans recul qu’il faudrait s’imposer, et utiliser des logiciels qui ont fait leur preuve comme OCSinventory je suppose qu’il faut certainement trouver un juste milieu. J’ai lancé un peu ce qui se fait, j’avais déjà écrit un article à ce sujet, j’ai fait un tour de passe sur onlyoffice, les éditeurs de maths ne sont pas intéressants. Il s’agit en fait d’une utilisation similaire à celle de l’éditeur de Word. Sur Libreoffice, si j’écris 4 over 5 + 3 over 5, j’ai la somme des deux fraction, écrire, c’est facile, ça va vite. C’est finalement l’équivalent je pense de \frac{4}{5}+frac{3}{5} en LaTex sauf que je trouve que c’est plus galère à écrire mais plus rapide que d’aller chercher le symbole de la fraction, de faire un clic sur le numérateur écrire 4, cliquer au dénominateur pour faire 5, faire le + au clavier, aller chercher le signe de la fraction, enfin bref, vous m’aurez compris. Même si les gosses n’aiment pas Python, ils finissent par trouver que c’est plus efficace que scratch quand tu fais quelques bricoles avec des calculs, le raisonnement est ici le même le clavier est plus efficace que la souris.

Au lieu donc de céder à la panique, il est nécessaire de re-contextualiser :

  • Si tu es prof de maths tu utilises LaTeX. Je ne rentrerais pas dans un mauvais débat mais la phrase que je vais écrire va faire réagir. C’est un peu comme à l’époque, tu es Linuxien tu utilises Gentoo, parce qu’Ubuntu c’est pour les faibles. Il y a une sensation parfois que les choses doivent se mériter pour en être. Je n’irais pas plus loin parce que ce n’est pas le cas de tout le monde. Alain utilise Lyx depuis des années, c’est lui qui corrige mes maths et qui sera certainement un de ses quatre mon inspecteur. Arnaud utilise LaTeX parce que c’est un mutant, et qu’il gagne du temps. Tout ne se ramène pas à une histoire de prétention. Libreoffice me permet de faire des documents propres, certainement moins jolis que LaTeX mais propres quand même.
  • Libreoffice est un projet qui fonctionne très bien, des mises à jour très régulières et de véritables améliorations. C’est un projet qui va donc bien, pourquoi alors vouloir le quitter pour aller dans le cloud quand 95% de ma production est réalisée depuis ma tour ? Lorsque le moment sera venu, je suis persuadé que le programme proposera sa formule dans les nuages, mais pour l’instant c’est inutile, comme il est inutile de vouloir tout « cloudiser » même si c’est la tendance lourde. Tendance lourde surtout chez les entreprises qui peuvent ainsi externaliser et arrêter d’être emmerdé avec leur informatique. Néanmoins la création de dépendance fait qu’ils finiront par s’en mordre les doigts tôt ou tard.

Il me parait donc important de faire le point sur les outils utilisés, ne pas mettre au rebut les vieilles méthodes, ne pas forcément imaginer qu’il faut avoir la rolls rolls des installations, ne pas sortir le marteau pour tuer une mouche sans pour autant négliger les nouvelles technologies. Il faut savoir faire le tri entre ce qui apporte réellement et ce qui ralentit, le juste équilibre entre l’investissement, le temps passé, et l’argent investi.

On pourrait donc penser que je vais continuer d’utiliser les mêmes services, les mêmes logiciels jusqu’au bout, ce n’est pas le cas, j’essaie de me remettre de temps en temps en question. Je suis assez actif sur Instagram, j’expliquerai pourquoi dans le prochain billet « J’apprends à perdre, mais pas trop », et je publie quelques trucs qui me font marrer, notamment des punchlines de rappeurs en lien avec la scolarité.

Oui bon ça va, on rigole comme on peut.

Il y a quelques années d’un point de vue pédagogique, j’aurais dit :

Il est important d’utiliser un logiciel au local, béni par RMS lui même, un logiciel libre seulement parce que dans la vie on ne sait jamais ce qui peut se produire avec un logiciel propriétaire ou pire un service propriétaire. RMS protège-moi de cette infamie et veille à ce que je n’ai pas de paquet propriétaire dans ma Trisquel.

Cyrille BORNE, période gardien du temple

Dernièrement ma chef avec qui je fais le magasin école, m’a dit qu’il fallait faire des affiches pour un repas réalisé avec du commerce équitable. Le Cyrille période gardien du temple aurait fait réaliser l’affiche avec Draw ou Writer de Libreoffice. Le problème c’est que ce savoir à communiquer à nos élèves, est-il réellement pertinent en 2020 ? Je ne le pense pas. Le public ne travaille plus sur ordinateur, Libreoffice est du côté de la production, notre jeune public utilise des smartphones avec des interfaces simplifiées et de nouveaux codes qui ont du sens pour eux. Exemple type de la notion de sens, une disquette dans les logiciels montre que Libreoffice est un logiciel pour une génération d’un autre âge. La production désormais est éphémère, elle se partage, elle ne se sauvegarde parfois même pas ou de façon automatique.

Mon besoin de création d’images rigolotes sur Instagram m’a fait découvrir le service adobe spark. Adobe Spark est un service propriétaire assez intéressant puisqu’il permet de choisir le format de destination avec le format d’image adapté à une story instagram ou un post instagram. Par le fait on ne s’interroge pas sur la résolution. Le service permet de réaliser des affiches, des formats facebook, beaucoup de « sorties » sont référencées. Comme on peut le voir l’interface est très intuitive et se rapproche des standards des applications mobiles.

Les élèves ont très rapidement adhéré avec un véritable problème, notre bande passante entraînant des temps de chargement importants. L’adhésion est telle, qu’ils m’ont demandé quel était le service utilisé pour pouvoir le réutiliser ce qui à mon sens est un véritable objectif pédagogique d’atteint. Les productions qu’on peut voir ci-dessous, sont simples et propres.

Il s’agit ici de production à court terme. Si le service disparaît ou si le service change sa façon de fonctionner, l’élève n’est pas pénalisé comme je pourrais l’être si je réalisais l’intégralité de mes cours sur un service et qu’il disparaissait du jour au lendemain. Même si ce service venait à disparaître, il est fort à parier qu’il en existe d’autres, capables de réaliser le même travail. L’idéal serait de réaliser la production directement depuis les téléphones portables mais inégalitaire car il ne s’agit pas d’un outil fourni par l’établissement.

Je vous invite donc à vivre sans culpabilité vos habitudes même si elles sont vieilles, même si on vous explique qu’elles sont désuètes. N’oubliez pas que rien n’est gratuit et si demain on vous veut dans le cloud c’est parce qu’on a du cloud à vendre. Restez toutefois ouvert d’esprit, faîtes régulièrement des « passes » sur les alternatives, essayez les nouveautés pour voir si elles ont du sens pour vous.

Voyez qu’on peut changer des habitudes. Pour moi, le RAP s’était arrêté avec l’âge d’or. J’ai pris le temps dernièrement d’écouter des gens que je n’écoutais pas, par préjugé. En ce moment je suis en train de me descendre toute la période entre 2000 et 2010 avec des choses très intéressantes ne serait ce que pour dire qu’on les a entendues. La chanson entourage de Youssoupha est l’un des rares titres que j’arrive à écouter. J’ai du mal avec les mélodies que je trouve difficilement accessible, mais cet homme produit des textes qui sont franchement intelligents. Nous allons garder tous en mémoire cette phrase qui dit : on peut avoir le bon message tout en restant un mauvais messager qu’on pourrait aussi traduire par le fait qu’on peut apprendre de n’importe qui.