Jeu vidéo, l’impossible notation

18/09/2017 Non Par cborne

Comme vous le savez ou ne le savez peut-être pas, à l’heure actuelle je ne suis que joueur de PS4, si bien que j’achète au gré des promotions disponibles sur le Playstation Store. Le prix des jeux est cher et j’ai du mal à m’affranchir de la barrière symbolique des 10 €, que celui qui n’a jamais acheté n’importe quoi dans Steam me jette la première pierre. J’ai acheté le jeu Unravel noté 19 sur le site jeuvideo.com par le testeur professionnel, les lecteurs ont donné une note de 16. A moins de 10 €, 7 € certainement, la prise de risque est quasiment nulle, quoi que. En effet, 7 € dans un mauvais jeu, c’est la moitié d’un bon jeu à 14 € si bien que même sur un petit achat, ce n’est pas être pingre, mais juste imaginer qu’avec quelques gouttes on pourra réussir à terme à faire une rivière.

On incarne un bonhomme de laine qui parcourt les souvenirs d’une dame âgée. On est donc face à un jeu de plateforme dont la particularité est de gérer son propre fil, comme atout bien sûr car on peut se servir de soi-même comme d’un grappin, mais aussi comme désavantage car quand on n’a plus de soi-même, c’est à dire plus de fil, on n’avance plus.

En moins d’une heure j’étais lassé. Le jeu est joli, agréable, mais il se vit sans passion sauf certainement pour les amateurs du genre. Il me fait penser par certains côtés à Trine ou à Limbo, pas si éloignés des antiques Mario et Wonder Boy, le concept du fil ne représentant qu’un petit plus dans le concept du jeu de plateforme, l’essentiel se ramenant à aller d’un point A à un point B. Revenons tout de même sur la note : 19. Sur le même site, 19 pour moi c’est ça :

j’aurai pu prendre d’autres exemples mais la série des God Of War représente à elle seule une justification de l’achat des consoles de Sony, c’est certainement l’une des meilleures séries existantes : action, gigantisme, grandiose, une série de jeux où l’on n’en finit pas d’utiliser des superlatifs. Est-ce qu’il est judicieux de présenter ce jeu ? Non, c’est évident, God Of War est un beat them all qui s’il comporte quelques parties plateformes, n’a aucun rapport avec Unravel. Pourtant ces deux jeux ont bénéficié de la note de 19 ce qui prouve que la note ne veut rien dire. Pour Unravel, le testeur a voulu valoriser l’aspect onirique, le côté indie. C’est un problème que l’on rencontre de plus en plus dans le monde du jeu vidéo et qu’on connaît bien dans le monde du libre, une sorte d’indulgence liée au contexte qui protège le développeur de la qualité ou de l’objectif. Concrètement un logiciel libre peut se permettre d’être mauvais car il est libre, il ne faudra surtout pas le dire, le jeu indépendant jouit de la même forme d’impunité, on apprécie la performance de la petite équipe qui a su réaliser un jeu vidéo sans réellement s’interroger sur sa qualité au point de donner une notation similaire à un blockbuster. La note contrairement à une copie de mathématiques n’est pas un système adapté car elle ne tient pas compte de la catégorie de jeu et au sentimentalisme du rédacteur.

Comparer deux jeux, plusieurs, serait plus judicieux. J’ai joué dernièrement à Just Cause III et Infamous Second Son. Ces jeux sont comparables, ce sont ce qu’on appelle des open world. Dans Just Cause III vous êtes un agent secret qui doit délivrer une nation de son dictateur, il faudra donc prendre possession de villes, d’usines, à coup de lance missiles, de fusils, de tank et d’autres armes de guerre. Les territoires sont variés, on peut se perdre dans la forêt, dans les villes, prendre un jet ski faire le tour des mers ou prendre un hélicoptère. Le héros est doté d’un grappin qui lui permet de se propulser vers les hauteurs, une fois arrivé en haut, on peut sauter en parachute ou en tenue « d’écureuil », si bien que vous pouvez vous échapper dans les airs après avoir fait sauter un pont. Le jeu offre une véritable liberté, est jubilatoire, du fait d’être totalement décomplexé, vous prenez des rafales de balles mais ce n’est pas grave vous continuez à tirer en faisant sauter une statue au bazooka ou au tank.

Nous sommes en plein dans la caractéristique des open world et on ne s’étonnera pas de la répétitivité de l’action inhérente avec ce genre de titre. Néanmoins, quelques détails deviennent rapidement insupportables. Les missions de la trame principale n’apportent rien, il n’y a en fait pas de véritable effort scénaristique si bien qu’on n’en vient à passer les cinématiques de piètre qualité. Pour déclencher certaines missions qui permettent l’avancement du jeu, on doit délivrer des territoires, la carte est gigantesque ce qui en soit est un argument de durée de vie. Malheureusement pour prolonger de façon artificielle le jeu, on n’aura pas de mini cartes permettant de trouver le dernier lieu pour débloquer le territoire. On pourrait arguer que c’est positif car cela pousse le joueur à explorer le territoire, mais c’est incohérence avec un jeu plaisir, irréaliste dans lequel on veut tout faire sauter. Plus on avance dans le jeu plus les villes sont difficiles à délivrer, et c’est dans l’une d’elle que j’ai abandonné la partie. Il est nécessaire de désactiver des systèmes sur les toits et le joueur devra pour se faire aller le plus rapidement possible d’un point à l’autre. Si au départ c’est trois systèmes qu’il faut faire, avec une certaine marge pour le joueur, vers la fin le timing devient trop serré pour une jouabilité souvent douteuse. Au final, impossible de délivrer la ville tant que l’action n’est pas menée, et lorsqu’on voit le nombre de villes restantes, on se décourage. J’évoque plus haut le manque de précision du personnage, que dire du temps de chargement, parfois une minute pour revenir à la partie quand on s’est fait tuer, ce qui arrive particulièrement souvent.

Je peux juger ce jeu de par mon ressenti mais aussi de par mon expérience, j’ai terminé just cause 2 à l’époque. Les deux jeux sont très similaires et ce numéro 3 n’apporte que peu d’améliorations. L’ennui dans le précédent opus n’était pas présent, car il privilégiait le défouloir sans chercher à bloquer le joueur de façon stupide qui plus est.

Et je peux donc comparer avec Infamous Second Son. Le monde d’infamous commence à s’installer, il s’agit du troisième opus. Dans le premier opus, un coursier dépose une bombe, il devient donc un terroriste mais au lieu de mourir, il devient un mutant aux pouvoirs électriques. Il s’oppose aux forces de l’ordre qui cherchent à l’arrêter, avec la possibilité d’essayer de préserver la vie ou de jouer les méchants mutants. Cette dualité manichéenne se traduit par des pouvoirs réservés au côté bon, d’autres au côté mauvais, permettant alors une rejouabilité complète en changeant de décision. Avec cet épisode sur PS4, le contexte a changé, des mutants apparaissent et sont enfermés par un organisme dans des prisons, afin qu’ils ne soient pas nocifs pour la population. Un camion comportant trois mutants explose à proximité d’un camp indien et on incarne un jeune déliquant, irresponsable qui va s’avérer être une « éponge » à pouvoir. Il doit récupérer le pouvoir de la chef de la section qui capture les mutants pour soigner son peuple sur qui elle l’a utilisé. L’open world se déroule dans la ville de Seattle, dans laquelle on aura bien sûr des missions répétitives à réaliser comme arrêter des traficants de drogue, soigner des gens, libérer des quartiers des forces armées etc …

Pourquoi Infamous est meilleur que Just Cause ? Malgré les univers différents, le principe de jeu est le même, on peut toutefois dire que :

  • Techniquement Infamous est plus réussi que Just Cause : précision du personnage malgré des pouvoirs de super héros qui vous font aller très vite, et des temps de chargement quasi immédiats si bien qu’à peine mort (ce qui arrive souvent), on reprend la partie sans cassure.
  • La narration n’a aucun rapport et elle est parfaitement amenée, Delsin va se lancer à la poursuite des évadés pour récupérer les pouvoirs ce qui donnera à des combats contre des boss particulièrement bien réalisés. La récupération des nouveaux pouvoirs relance le jeu s’il pouvait y avoir lassitude car le joueur est contraint d’utiliser le nouveau pouvoir un certain temps, et de changer sa stratégie de jeu.
  • Le scénario est puissant, bien écrit, avec des planches de bandes dessinées façon comics qui racontent le passé des personnages montrant la volonté des scénaristes d’écrire une histoire. Les relations entre le héros et son frère sont fortes et profondes, le frère policier considère que la mutation est une maladie qu’il faut soigner, de façon générale à l’instar des films des X Men, on insiste sur la différence, la peur de ce qu’on ne comprend pas.
  • Le jeu est relativement court, moins d’une quinzaine d’heures pour le terminer mais il est intense et n’impose pas au joueur des actions répétitives pour rien, elles symbolisent ici la possibilité de faire évoluer l’arbre de compétences des pouvoirs de Delsin. On peut aussi citer les missions où il faut se contenter de faire des tags, on apprécie de voir les oeuvres réalisées.

Je peux donc facilement conclure pour les raisons évoquées qu’Infamous est meilleur que Just Cause. Une partie de cet avis reste objectif quant à la partie programmation ou la trame scénaristique, il est en outre plus discutable sur la durée de jeu de vie. En vieillissant, un jeu trop long aura tendance à me décourager, car je n’ai pas assez de temps à consacrer au jeu vidéo. Quelqu’un de plus jeune pourra trouver au contraire qu’un investissement doit lui permettre de passer le cap des 60 heures de jeu et lui, n’éprouver aucune lassitude.

Pour moi donc, il est impossible de noter un jeu, et même si on aura beau expliquer que la comparaion ne devrait pas avoir lieu car chaque jeu possède sa personnalité, du haut de mes 35 ans de gaming, je peux vous dire qu’on passe quand même pas mal de temps à réinventer la roue. On vante les mérites du jeu indépendant sans réaliser qu’à 80% du temps il s’agit de jeux de plateformes, techniquement plus facilement à gérer. Certes, ici une touche de poésie, là une nouveauté, mais finalement c’est un peu comme la twingo et la Ferrari, même si le fossé est grand, cela reste des voitures.

Les sites de jeu devraient arrêter de noter pour classer, opposer un Uncharted à un Tomb Raider n’est certainement pas une hérésie, et si le consommateur doit payer 60 € l’un des deux, il est nécessaire pour lui de savoir quel est le meilleur des deux. Il faudrait même aller plus loin, en retirant certains jeux, en déclassant certains. L’une des références de l’open world est indiscutablement Skyrim. Le jeu a rencontré un tel succès qu’il a été moddé de façon profonde au point qu’on voit même ressortir une nouvelle version embarquant les mods. Avec du recul, Skyrim est un jeu qui offre des possibilités, très nombreuses même puisqu’on peut adopter des enfants ou construire sa maison, mais est-il un si bon jeu que cela ? J’ai passé je pense plus de 150 heures de jeu pour réaliser que le plaisir ne tient qu’à la façon de jouer et de gérer son personnage, l’histoire, les quêtes, sont toutes fades, au point qu’avec du recul, je peux dire que le jeu est décevant.

Le jeu vidéo est un art où chaque titre se nourrit d’un titre précédent, où le joueur voit son expérience évoluer au nombre d’heures. L’immédiateté impose malheureusement aux testeurs de pondre un article, l’honnêteté pourtant imposerait un laps de temps bien plus important de plusieurs joueurs du même site pour avoir un test un temps soit peu objectif.

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