Je crois que tout a commencé quand Kevin a éternué.

27/08/2020 Non Par cborne

Nous sommes désormais à moins de une semaine de l’apocalypse, je suis toujours confiant, même si comme vous pouvez le voir, tout le monde essaie d’exister au détriment de l’actualité. Les syndicats de profs qui étaient en vacances pendant deux mois, les syndicats de parents qui espèrent se débarrasser de leurs gosses parce qu’ils n’en peuvent plus, les présidents de région qui donnent des masques pour montrer qu’eux c’est des gens bien, les médecins qui après avoir dit que les gosses ça passe crème, que finalement les gosses c’est un problème ont tellement noyé le poisson que plus personne ne sait sur quel pied danser. Je reste pour ma part toujours confiant, en sachant que je vais quand même m’engager dans une grosse année de merde, et pas forcément à cause du COVID.

Il est bien évidemment qu’avec le protocole sanitaire obscur, il y a de fortes chances pour que je me fasse curer le nez trois fois par semaine. J’ai vu ma femme et ma fille se faire tester, ça donne pas vraiment envie, je ne sais même pas d’ailleurs si c’est légal de tester les gens comme ça, mais c’est pas grave, s’il faut se faire casser le nez, j’irais. Je dis ça tout simplement parce qu’à priori on a bien compris que la fermeture d’école ça serait vraiment si on avait un cas façon Cap d’Agde, et qu’avant d’en arriver là, il faudra se faire casser le nez à chaque fois qu’un gosse est malade dans une classe. Du fait de n’enseigner que dans quatre classes, ça passe, j’ai un grand moment de compassion pour mes collègues de dessin ou de musique qui ont plus de 400 élèves, je me demande à quoi ressembleront leurs narines à la fin de l’année.

Même pas mal, une enseignante qui a oublié qu’elle avait été testée douze fois du COVID dans la quinzaine.

Comme je l’écrivais plus haut, le problème en tout cas parmi les nombreux problèmes comme la gestion du masque en classe, si le COVID arrive bien sûr en pôle position avec le bonus passage par la case réanimation ou six pieds sous terre, la récupération d’enfants qui n’ont rien fait depuis six mois est une perspective pédagogique très réjouissante. Surmonter ce nouveau défi avec des enfants qui ont déjà un niveau de plus en plus catastrophique chaque année, qui pour certains seront revenus à l’état sauvage en s’étalant leur caca sur le corps, le tout avec un masque sur le visage, je crois qu’on pouvait difficilement espérer mieux.

On comprendra d’ailleurs qu’il s’agira d’un des enjeux de cette année, enseigner à tout prix, et c’est pour cela que je ne m’étonne pas qu’on veuille éviter impérativement les fermetures d’école. Le télé-travail avec ce public ne fonctionne pas, les propos rassurants de l’éducation nationale sur les 4% de décrocheurs sont complètement détachés de la réalité, ou disons que c’est un peu comme quand Poutine dit qu’il a trouvé le vaccin, on essaie de rassurer la population comme on peut. Je suppose d’ailleurs que si on n’évoque pas les fermetures mais bien des procédures de test c’est qu’on a quand même conscience qu’on a tout intérêt pour les gosses à ce qu’ils étudient, mais aussi que les parents ne se retrouvent plus dans une situation de garderie. On ira bosser avec une cage de plexiglas ou avec un respirateur, mais je vous garantis qu’on gardera tout ce beau monde. Et comme en France on ose tout, on ne s’étonnera pas qu’on n’envisage aucune baisse de niveau ou remise à plat des programmes, on fera du deux années en une, simply the best.

Vous comprendrez que le volet pédagogique cette année, j’ai peu d’espoir, ce sera l’occasion de tester quelques trucs, mes cours de SNT, mes capacités à gérer des situations de crise, ma résistance physique, ce genre de choses. Ce n’est pas au niveau de l’informatique que je trouverai du réconfort, il suffit de m’y plonger quelques secondes pour y trouver un profond dégoût. On nous a interpellé sur le forum sur un problème dans une installation de Nextcloud et de Onlyoffice.

J’ai fait quelques essais qui se sont tous soldés par un échec. Dans les grandes lignes voici ce qu’il faut comprendre.

  • Nextcloud est devenue la solution numéro 1 pour tout faire et tout concurrencer. Nextcloud a besoin de s’installer sur un serveur.
  • Onlyoffice est une suite bureautique en ligne qui se veut concurrencer les ténors Google ou Microsoft. Il est fortement recommandé d’installer un serveur néanmoins dans les dernières versions de Nextcloud, on a commencé à packager des binaires pour une utilisation personnelle.

L’installation de Nextcloud et de Onlyoffice est décrite ici : Comment déployer ONLYOFFICE avec Nextcloud sans effort. Ce n’est pas moi qui l’invente, c’est la documentation officielle, de Onlyoffice datée de 2018, la préhistoire en informatique. La mise en œuvre est basée comme souvent sur une image docker, on suit la doc. Lorsque vous arrivez à la ligne docker-compose up -d, ça ne fonctionne pas, vous avez une erreur de type : ERROR: Couldn’t connect to Docker daemon at http+docker://localunixsocket – is it running? J’ai parcouru des tonnes de pages anglophones sans succès avec des tas de gens qui rencontrent la même erreur. Je vous donne la solution, il faut redémarrer le service docker, sans être sûr de la commande ça doit être ça : service docker restart. Je me suis arrêté pour une autre erreur, pour essayer d’aborder le problème sous d’autres angles. On trouve des images virtuelles directement et là encore ça ne fonctionne pas. Je pense que comme je n’avais pas encore tout compris, je serais peut-être capable de le faire tourner, mais ces images sont particulièrement lourdes et mal foutues. Il y a en effet un autre problème avec l’intégration, c’est le fait que les certificats auto-signés ne sont pas acceptés, il faudrait en fait un domaine avec let’s encrypt derrière.

Ma tentative avec Yunohost n’a rien donné non plus. J’ai finalement opté pour la solution la plus logique, l’utilisation des paquets snap pour Ubuntu Server. En effet, et Nextcloud, et Onlyoffice existent sous forme de snap. À nouveau sans succès. J’ai finalement décidé de me résoudre au service minimum, à savoir l’installation seulement de Nextcloud puis de télécharger depuis le store d’applications la fameuse version compilée du serveur Onlyoffice. Une erreur de timeout …

Comprenez déjà qu’après avoir essayé pas mal de solutions, la solution la plus évidente qui ne marche pas laisse perplexe, mais elle mérite d’être un peu creusée. Il apparaît que le serveur Onlyoffice pré-compilé pèse aux environs de 300 Mo. Il y a une limite de temps sur les fichiers de configuration de 120 secondes, ce qui explique que les gars qui ont monté ça tournent sur fibre optique et n’imaginent pas qu’on ne puisse pas télécharger 300 Mo en 120 secondes. Il suffit alors d’éditer le fichier  lib/private/Installer.php pour changer le 120 secondes en ce qu’on veut. Sauf que les fichiers snap sont des fichiers read-only, retour à la case départ.

Je lisais un article de Djan GICQUEL qui écrit « Parce que je ne suis pas adminsys » qui explique que ça commence à devenir de plus en plus tendu pour faire de l’installation d’applications web à titre personnel. Il s’agit d’un propos que je martèle depuis un moment maintenant. Il faut d’ailleurs aller plus loin. Installer Linux sur un poste client c’est facile, mais demain à quoi bon. Si vous prenez le cas de Nextcloud, il répond à vos problématiques de gestion des fichiers, des mails, des contacts, des calendriers, de l’édition des documents et plus encore. Il serait donc à lui tout seul, le futur et le remplaçant de logiciels comme Libreoffice, Thunderbird, et d’autres.

Avec un nombre de documentations fausses ou non mises à jour, avec des bugs conséquents, avec une installation complexe, à laquelle il faut rajouter l’entretien du serveur quant à la sécurité, nous sommes passés d’une informatique où l’amateur pouvait faire des trucs sans trop de difficultés à une demande professionnelle et c’est ici que pour moi ça coince. Sans rentrer dans les débats stériles, libre égal gratuit, nous avons été nombreux à nous orienter vers le libre pour au moins éviter de passer à la caisse et certainement plus si affinités. Aujourd’hui, il est nécessaire pour rester « libre » dans une conjecture cloud qui ne va faire que s’accroître de prendre un prestataire et c’est ici pour ma part que s’arrête l’histoire.

Être libre n’a du sens que si vous êtes libre, vous êtes chez un prestataire, vous n’êtes pas libre. Cette notion de liberté il faudra arrêter de l’employer parce que c’est de la trompette. Si demain les développeurs de Nextcloud cessent le projet, vous êtes libre de le reprendre et de le coder, vous êtes donc libre de chercher une autre solution. Nous sommes trop dépendants des développeurs pour être autre chose que des gens qui subissent sans possibilité d’influencer. À partir du moment où vous êtes dans une relation de prestation de services, vont entrer en compétition de nombreux paramètres : qualité, prix, relation. Si on fait le parallèle à la voiture parce qu’on aime bien ici, mon garagiste est à même de s’occuper aussi bien de mon Partner que le garage Peugeot, ce n’est peut-être pas le cas pour tous les véhicules. La comparaison n’est pas très bonne mais elle fera l’affaire, car Office365 et Nextcloud ne sont pas les mêmes produits, la comparaison s’oriente plutôt entre BMW et Peugeot. Car quand je vois les bugs, le fait de mettre les mains dans le code pour ne serait-ce que télécharger une application du market, je me dis que je n’ai vraiment pas le même produit.

Dès lors, quand on a balayé la philosophie et qu’il ne reste que la prestation, l’offre libre ne tient pas la route face à l’offre propriétaire. S’il fallait payer pour un service, je vous inviterai certainement à vous orienter vers Office365. Pour ma part, mes documents sont trop complexes, il faudrait que je fasse une passe pour avoir un véritable Libreoffice en ligne, je vous rappelle que mon souci c’est le langage mathématique où j’utilise le pseudo-code de Libreoffice. Le cloud même si on connaît ses défauts a tout de même quelques avantages, et dans le cas précis de Libreoffice, le fait de ne pas retrouver ses documents en vrac à chaque changement de version et / ou de système d’exploitation en fait partie. Je me suis rendu compte que depuis mon passage à Windows, j’ai certains documents qui ont bougé, les copains me diront que cela ne se produirait pas avec LaTeX, ils ont certainement raison.

De toute façon, l’informatique personnelle est condamnée, je pense qu’il faut désormais s’y résoudre et passer à autre chose comme cultiver des patates dans son jardin.

Tony mon revendeur m’appelle pour me dire qu’il a des NAS en pagaille à vendre. Il s’agit de Tandberg Data BizNAS D400 vendus au prix de 60 € avec des 2 To à l’intérieur, si vous êtes intéressés, envoyez-moi un mail ou demandez dans le forum. Comme souvent, il me demande de prendre un modèle pour regarder ce que j’en pense. Il s’agit de modèles professionnels qui acceptent quatre disques, avec l’ensemble des protocoles RAID qui vont bien, FTP, SSH, NFS. On trouve une possibilité d’accéder à Dropbox mais illustration que l’informatique personnelle et locale c’est mort, le NAS date de 2013, le dernier firmware de 2014, aucun firmware alternatif, si bien que ce service était déjà mort avant d’être né.

Alors que le NAS date de 2013, qu’il possède un port USB 3, cet appareil n’est utilisable que par ceux qui savent. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’à l’instar de la NB4 la box de SFE, le protocole samba c’est du SMB V1. SMB V1 il faut l’activer à la main et dans Windows 10 et Ubuntu, c’est cette passoire qui a été utilisée pendant la vague de crypto-virus qui est passée il y a quelques années. La moralité, c’est que pour une utilisation simple, il faudrait activer SMB V1 dans Windows, ça se fait, je le déconseille ou passer par SSH ou FTP ce qui se fait sans aucun problème.

Une bien belle interface

Sept ans et déjà obsolète, cela ne se produit pas avec le cloud où les gars vous livrent un service toujours à jour et dont vous n’avez pas à vous soucier. Ce que j’écris est valable pour les serveurs qui vieillissent mal, les NAS, le hardware de façon générale. Alors bien évidemment c’est se positionner dans d’autres règles du jeu, avec de gros débits, miser tout sur l’internet, sur le réseau mais aussi accepter une forme de prise d’otage du prestataire de service. Car bien sûr, il faut accepter de voir la note grossir, de plus en plus, ou de voir ici ou là un illimité raboté pour ne plus être si illimité. Néanmoins le calcul qui consistait à dire, je suis propriétaire de mon serveur, demain si je veux partir ailleurs, je fais ce que je veux, ou même encore mieux je mets du logiciel libre et je suis indépendant, c’est le même principe qui consiste à croire qu’on est maître de son logiciel libre.

La liberté logicielle, c’est de la poudre de perlimpinpin, l’informatique c’est désormais l’histoire des professionnels d’un côté, des consommateurs de l’autre, car c’est certainement l’une de nos seules possibilités, décider à qui on donne notre argent.

Je dois vous laisser, je dois faire mes exercices d’écartement de narines. Nous nous quittons avec le rappeur Dooz Kawa. Il s’agit d’un gars dont j’aime bien sa définition de faire du son car je me retrouve aussi dans ma façon d’écrire :

C’est comme aller faire un basket le dimanche après-midi. Quand tu as fait du street ball toute ton enfance, tu te dis que t’aimerais bien aller claquer quelques ballons de temps en temps. Ça fait plaisir mais t’es moins à fond en train de travailler ta détente, tes doubles pas, tes dribbles. Mais tu as une base solide qui fait que tu as quand même envie de montrer un petit peu ce que tu vaux. C’est un petit peu pareil avec la musique pour moi.

Dooz Kawa

Pour la petite histoire, le type est fils de militaire qui a passé un certain temps dans les bases en Allemagne. Les inspirations musicales sont tournées vers l’est, nous sommes à des années lumières de la trap qui aura assassiné le rap. Je ne me permettrai pas de parler de rap à l’ancienne, car le style est bien trop personnel pour être catégorisé.

Nous nous retrouvons la semaine prochaine pour une bien belle année, il paraît que c’est l’année du putois dans le calendrier Chinois.