Janvier à ma fenêtre, je … ah mince, c’est février !

03/02/2020 Non Par cborne

Je me rends compte que cela fait quelques jours que je n’ai pas écrit, je n’ai pas eu le temps. Disons que je n’ai pas pris le temps pour écrire, pas mal de chats à fouetter. Je me rends compte aussi que j’ai raté l’anniversaire des dix ans de la mort de Mano Solo, on va réparer en chanson :

Et si la caravane s’en va, je m’en vais avec elle.

Le gars chante six mois avant sa mort, cinq avant la mort de son père Cabu dans les attentats. Il a le sida, il est ravagé par la maladie mais il tient encore debout. Dans une bande dessinée, je crois que ce n’est pas la première fois que je la place, mais on ne m’en voudra pas d’être gâteux à mon âge, l’un des protagonistes dit qu’il écoute du Mano Solo parce que Mano a souffert pour nous, je le pense un peu. Il est certain que lorsque Mano Solo chante l’amour, les enfants qu’il n’a pas eut, la mort et le corps qui se décompose, ce n’est pas une midinette de 17 ans qui pleure son premier chagrin d’amour. À peine quelques milliers de vues quand Jul fait des millions en chantant de la merde, on vit quand même une triste époque. On trouve peu de covers de Mano Solo par rapport à la taille de son œuvre, c’est regrettable. Je trouve que c’est important de perpétuer le souvenir. Si j’avais un peu de talent je chanterai du Mano Solo pour respecter sa volonté. Le chanteur a dit, tant qu’on chantera mes chansons, je serais vivant dans votre monde à la con. Peut-être qu’on ne les chante pas trop parce que sa maman Isabelle Monin a fait le nécessaire pour éviter les albums posthumes et le commerce réalisé autour de la mort d’un homme.

C’était donc mardi dernier la dernière fois que je prenais la plume numérique. L’Aude commençait à rentrer dans l’ordre, je vous évoquais le niveau catastrophique de mes élèves, mais je garde espoir. À force de travail, à force de tentatives, avec l’aide de mes collègues car il est totalement inimaginable d’y arriver seul, je finirai par arriver à quelque chose. Nos enfants le méritent, entre le monde de merde qu’on leur laisse et l’avenir qu’ils doivent changer, on leur doit bien ça.

J’ai 44 ans et j’apprends tous les jours. Je crois, j’espère que j’apprendrais jusqu’à ma mort, sauf si je suis atteint d’une maladie dégénérative. La dernière leçon que j’ai reçue, c’est de ma sous-directrice. C’est une petite dame avec qui j’ai des relations qui sont souvent houleuses, certainement parce qu’on se ressemble trop. Elle m’a dit : « Cyrille, c’est biblique, si tu veux quelque chose il faut le demander. Seulement tu ne demandes rien parce que tu manques d’humilité ». C’est tout à fait ça, je préfère crever la bouche ouverte que de demander quelque chose dans certaines circonstances. Comprenez que de demander, d’appeler avant de faire une connerie, ne me pose aucun souci. Je n’ai pas honte de ne pas savoir faire. Je n’ai pas honte de dire à ma classe que ça faut que je demande à des experts python, je n’ai pas honte de me tromper ni d’être ridicule. Par contre quand je réalise plus de 40 heures de bénévolat dans le domaine de l’informatique, j’attends qu’on se rende compte que certaines choses ne se font pas toutes seules et que tout travail mérite salaire. À priori tout le monde ne fonctionne pas comme moi, à tort ou à raison, ce qui est certain c’est que faire sans récompense, c’est la porte ouverte à toutes les frustrations.

Mon collègue d’informatique est venu me chercher, et s’il est venu me demander quelque chose c’est qu’il y a gros souci. Depuis plus d’une semaine, le PC d’une des secrétaires débloque. J’ai regardé pour quatre raisons :

  • Je ne sais pas dire non parce que je suis faible.
  • J’ai toujours une curiosité malsaine par rapport aux problèmes informatiques.
  • J’aime bien la secrétaire en question dont j’ai eu la fille en classe et qui se rappellera pendant longtemps de sa préparation à l’oral du DNB. Très timide de nature, je la faisais réciter trois à quatre fois par jour à n’importe quel endroit du lycée avec parfois cinq profs pour l’écouter. Elle a sorti son oral d’un jet, sans une once d’hésitation.
  • C’est un ordinateur de Tony, et quand on me dit qu’il faut changer une tour parce qu’elle est pourrie, j’aime bien regarder.
Je suis le vieux pot.

La machine de ma collègue est tellement au ralenti qu’elle finit par se bloquer. Le « jeune », alias le prestataire a un énorme défaut : c’est un prestataire de service. Nous travaillons avec du vieux, tout est relatif bien sûr, pour moi de l’i3 ce n’est pas vieux, je vous écris d’un i3, et déjà c’est un problème pour le jeune, pour qui toute machine de plus de trois ans est un ordinausore. Du fait d’être taillé comme un prestataire de service, jeune en plus, de ne pas avoir d’expérience dans la réparation individuelle, parce qu’il est jeune, sa réponse universelle pour ne pas se casser la tête c’est de racheter du neuf. Quand on est dans cette dynamique, on n’a pas envie de s’investir. Il a donc posé comme diagnostic la carte vidéo ce qui n’a absolument rien changé.

Il m’a fallu exactement 10 secondes pour faire le diagnostic. Je n’ai aucun mérite, j’ai réparé toutes les merdes du monde, j’ai 44 ans, je suis un homme d’expérience. J’ai vu qu’il y avait chromium d’installé sur le PC, il n’y a aucune raison d’avoir chromium d’installé, c’est un virus. Oui, tu vas installer Firefox, tu vas installer Chrome, mais tu ne vas pas installer Chromium, même si tu es un pervers. 700 fichiers décontaminés par Malwarebytes plus tard, la machine continue de bloquer. La première chose que j’ai constatée, c’est qu’il s’agissait des processus Windows qui bouffaient l’intégralité des ressources. Quand vous avez une machine à genou, faut pas souvent chercher bien loin quand la cause virale a été éliminée, c’est Windows Update. Microsoft n’a jamais su faire dans la dentelle, Windows 10 n’aide pas plus qu’avant. Il apparaît que le poste restait bloqué à 27 – 28 % en boucle. Débrancher le câble réseau permettait de retrouver un comportement normal de Windows. Vidage de l’ensemble des fichiers temporaires, Utilisation de Mediacreationtool de Microsoft pour avoir la dernière version de Windows 10, problème résolu. La seule énigme c’est l’origine virale, la collègue est une utilisatrice avertie, je ne sais pas comment elle a pu se contaminer.

J’ai demandé une compensation en temps à mon chef d’établissement, avec aménagement de mon EDT, ça a été exaucé dès le lendemain. Je ne compte pas reprendre du service, j’ai déposé ma mutation, mais j’ai appris, j’ai appris qu’avec certaines personnes si tu ne demandes pas tu n’as pas. Cette belle histoire nous montre aussi que le jeunisme absolu, que les solutions propriétaires, que les professionnels de l’informatique, ce n’est pas la panacée.

Le temps c’est bien plus que de l’argent, le temps c’est devenu pour moi mon principal enjeu.

Monter des étagères de plus dans le garage, couper des rondins de bois pour ma femme, refaire de l’enduit dans certaines pièces de la maison, cuisiner, lire de la bd, promener, tuer des monstres sur la Wii et sur la PS3, mon temps vaut largement plus que de l’argent que je filerai aux impôts.

Comme je l’ai écrit, je pense que j’ai fait le tour des bouquins d’instropection, de réflexion, de zénitude, je suis content de les avoir lus sans pour autant avoir été transcendé, sans vraiment avoir l’impression d’avoir appris quelque chose. Je pense surtout que cela m’a permis de poser des mots sur certaines actions que j’entreprenais de façon « naturelle ». Si vous avez un moment, l’article sur la cuisine de Slate est assez intéressant et je partage un bon nombre des propos qui sont tenus. La méditation, ce truc qui consisterait à se mettre dans la position du lotus, qui pour moi évoque le papier toilette, ce n’est pas pour moi. Je suis un homme de terrain, un homme d’action, et j’arrive à la plénitude du moment présent quand je tronçonne des bûches, quand je range tout dans la maison, quand je vous écris cet article ou quand je cuisine. Je crois que j’ai pas trop mal choppé le coup désormais, il faut que je travaille sur d’autres aspects de ma personnalité comme arrêter de me comporter comme un gros con. J’ai quelques circonstances atténuantes toutefois, même si ça n’excuse pas tout, je suis un homme blanc dans la quarantaine des classes moyennes.

Ne pas se comporter comme un con, je vous le dis c’est délicat. Il faudrait à la limite que je fasse vœu de silence, j’ai quasiment le don pour mettre les pieds dans le plat, pour être blessant. Tout m’énerve, je suis intolérant, je n’ai pas de patience. L’exemple plus haut, où j’ai demandé à mon chef, est significatif. J’ai ruminé, j’ai pesté tout en réparant, à m’en rendre malade mais j’étais finalement seul responsable de mon état mental. J’avais quelques options :

  • Ne pas faire. Je commence à trouver la force de dire non mais ça reste compliqué.
  • Faire avec le sourire en assumant ne rien avoir en retour. J’essaie de le faire de plus en plus mais ça reste encore compliqué même si j’ai fait des progrès.
  • Faire avec une contrepartie.

J’ai la tendance à faire en râlant ce qui entache l’action de faire. Concrètement, si c’est pour faire les choses mais emmerder tout le monde pour dire qu’on est en train de le faire, autant ne pas le faire. J’ai 44 ans, et je me dis que je n’ai pas toute la vie devant moi. N’allez pas croire que je fais la crise de la quarantaine, enfin une sorte, une vision plutôt positive, comment essayer de s’améliorer sur la fin du parcours ? Le chemin est long, celui qui me sépare de l’amélioration, moins celui qui me sépare de la mort, et malheureusement on n’est pas dans Dark Souls, je ne me réveillerais pas au feu de camp le plus proche pour recommencer et terrasser l’un de mes monstres.

J’ai essayé de lire quelques bouquins sur la communication non-violente. Nous avons eu d’ailleurs à ce sujet deux jours de formation au lycée, avec une formatrice qui était qualifiée, compétente, et qui portait vraiment son message en elle. Tu imagines bien public, que les jeux de rôle à la con, le pays des Bisounours et ce genre de choses, tu me mets au milieu et ça donne ça :

Jamais on n’a vu autant de bouquins sur les étagères sur la permaculture, le développement personnel, la communication non violente, l’écologie, le DIY. Tout est lié, vous pouvez même y rajouter Linux et le matériel d’occasion. Comment vivre mieux avec les autres, et on a quand même l’impression que ça passe par un mode de vie plus simple, plus éloigné de la société.

Comme évoqué plus haut, ma relation aux autres reste difficile. Je ne trouve pas mon compte dans les bouquins, j’ai conscience qu’on peut forcer sa nature, j’ai bien perdu dix kilos mais je peine à en perdre plus en ce moment parce que je suis fatigué. C’est une difficulté permanente, changer c’est lutter contre soi-même. Si pour le poids, j’ai la sonnette d’alarme avec la balance le matin, pour la communication avec les autres, c’est beaucoup plus difficile. On n’est pas seul, on est face aux autres, on est en temps réel, on est soi-même. Et puis j’ai l’impression que dans le fond ça ne marche pas. Je lisais cette série d’articles : le versant sombre des bons sentiments, l’empathie ne suffit pas à faire de vous quelqu’un de bien.

J’ai surtout l’impression de voir des gens qui essaient, comme pour le minimalisme, l’écologie, de mettre les bons sentiments en effet de mode pour vendre des bouquins ou des conférences. Je n’ai pas l’impression de voir de vrais gentils dans mon entourage, des gens qui comme moi essaient mais sans trop de succès, la nature reprenant rapidement le contrôle de nos attitudes.

S’il y a par contre une certitude désormais pour moi, c’est la notion de quantité / qualité. Partant du principe que pour moi, les relations avec les autres représentent un effort, il faut que je limite le nombre de personnes avec qui j’entretiens des relations. Il ne faudrait pas que la phrase soit déformée, sortie de son contexte, je vais donc préciser. Je suis quelqu’un de très sociable, comme tous les gens du sud. J’ai la tchatche, je suis à l’aise avec les gens, j’ai un côté sympathique quand je veux bien faire mon effort mais tout ceci m’emmerde profondément. J’ai plus de plaisir dans ma solitude qu’au milieu des autres où écouter les banalités d’usage m’ennuie profondément. Pourtant, j’ai conscience du besoin d’autrui, mais pas tout le monde en même temps. Les relations très superficielles ne m’intéressent pas, et la construction de la relation de qualité s’entretient. Il faut d’ailleurs féliciter les réseaux sociaux pour avoir assassiné la relation, ça parmi d’autres choses. Aujourd’hui souhaiter son anniversaire à quelqu’un parce que Facebook vous le rappelle, est un acte qui ne nécessite absolument aucun engagement. Faites le calcul de la dernière fois que vous avez pris votre téléphone pour appeler les gens que vous considérez comme vos amis, savez-vous réellement où ils en sont dans leur vie, les difficultés rencontrées, les situations qu’ils affrontent certainement sans vous ?

Plus de 2000 mots pour digresser totalement, ce n’est pas bien grave, le prochain article sera bien plus concret. Que serait-ce blog sans de l’informatique, des hommes qui vieillissent et du n’importe quoi, je vous le demande ?

Parmi la masse de chanson de Mano Solo, j’avais l’embarras du choix, néanmoins, une cover talentueuse de « j’ai soif de la vie » me paraît une bonne conclusion.