Google J’arrive !!!! Ou pas.

30/10/2018 Non Par cborne

J’aimerais vous montrer quelque chose aujourd’hui.

cette fraction fait saigner les yeux de n’importe lequel de mes quatrièmes

ça c’est l’éditeur mathématique de Libreoffice. C’est un logiciel que j’affectionne parce qu’il a un langage simple pour faire des maths. Je vois déjà mes collègues se mettre à hurler « passe à LaTeX », mais j’ai toujours préféré travailler mes contenus pédagogiques plutôt que de passer des heures à maîtriser un langage de programmation pour faire mes cours. C’est un peu comme l’exemple du dernier billet, plutôt que d’apprendre à compiler Gentoo, je préfère mieux utiliser Ubuntu, c’est ici qu’on voit que je prends un coup de vieux. En même temps, à chaque âge ses priorités, je laisse ça désormais aux petits jeunes, j’en ai fini avec les mains dans le cambouis, je suis vieux, j’ai relativement de l’argent, je préfère même payer pour un service qui fonctionne mais nous y viendrons plus loin.

Donc Libreoffice et son module mathématique c’est pas mal, sauf sur un point particulier, il s’agit d’un objet qui ne répond pas aux changements de police de caractère et de taille. Il y a 15 ans quand j’ai débuté, on avait un quota de photocopies qui était limité, j’écrivais beaucoup pour mes cours, mes exercices, et pour faire des économies de place, je tombais en taille 10. J’utilisais encore des polices Microsoft qui ont dégagé depuis pas mal de temps. Je retouche mes cours assez régulièrement et notamment dans la présentation. En vieillissant, non seulement tu n’as plus les yeux capables de lire du 10, mais tu te dis qu’en termes de lisibilité c’est une catastrophe, alors tu fais les choses à minima en 12 et même certains documents tu les montes en 14. Mes longs textes ont fondu comme neige au soleil, pour laisser la place à des cours plus aérés, très sommaires, presque de la taille d’un sommaire en fait, plus en correspondance avec le public d’aujourd’hui.

Maintenant revenons en à ce que j’ai écrit plus haut :

il s’agit d’un objet qui ne répond pas aux changements de police de caractère et de taille

Ce qui veut dire que si tu as écrit un long document et que tu veux changer la police de caractère ou même la taille, tu es obligé de reprendre un par un les objets et d’opérer les modifications. Je l’ai fait pour des vieux documents de BAC PRO que je voulais mettre à jour, j’ai perdu beaucoup de temps. Il existe une solution pour contourner le problème, c’est d’utiliser le module dmaths. J’ai utilisé dmaths pendant de nombreuses années et j’en paye encore le prix. dmaths permet en effet de changer la taille et la police de l’ensemble d’un document, néanmoins c’est bugué pour certains points, notamment le créateur de graphiques. Le créateur de graphiques de dmaths alourdit les documents de façon considérable si bien qu’ils finissent par crasher, même sur un poste à 8 Go de RAM. Aujourd’hui je préfère mieux utiliser un site quelconque et faire un copier coller ou une application de maths extérieure comme Geogebra même si ça a l’air moins homogène, les documents ne crashent pas.

Il y a aussi quelque chose qui m’agace particulièrement chez Libreoffice c’est la présentation qui explose d’un poste un à l’autre, avec le décalage du texte, de certains objets, même si pour les objets je vais désormais travailler autrement, on le verra plus loin. Alors effectivement, et c’est ainsi que je contourne le problème, en passant par la génération de fichiers PDF que je balance à la main sur mes autres appareils. Vous noterez que le BORNE a l’art de revenir sur le lieu du crime. Ce qui m’agace encore plus chez Libreoffice c’est l’explosion de mes documents lors d’une mise à jour de Libreoffice et ça c’est complètement insupportable. La dernière fois j’ai repassé trente minutes mon cours suite à une montée de version.

Du fait que j’en sois toujours à explorer les pistes dans les services, j’ai jeté un coup d’œil à Google Docs.

Voyez comment c’est pas mal, et ça répond parfaitement au changement de taille, pas de police par contre, à priori pour le langage mathématique c’est bloqué. L’utilisation est moins évidente parce qu’entièrement à la souris, c’est donc plus long, il est possible de rajouter un module pour écrire en LaTeX, ce qui me ferait presque réfléchir, ça y est j’ai réfléchi. Plus haut la capture de Libreoffice c’est ce document que j’ai exporté en odt, cela signifie que Google docs a l’air d’être plutôt compatible avec le format ouvert. J’y suis donc allé comme un Cyrille et j’ai importé mon cours de mathématiques de troisième au grand complet.

Pas si catastrophique que ça, quelques points à arranger mais le travail à faire ne serait pas si important que ça. Il y a un problème pour les images, il n’existe pas de notion d’objet au-dessus ou au-dessous, si bien que je vais devoir travailler mes images en amont. Je suis encore dans cette phase de réflexion où je me tâte pour tout faire sauter et dans la foulée remettre mon ordinateur portable sous Cloudready avec une synchro de fou entre tous mes appareils.

Techniquement donc, Google c’est plutôt pas mal, on va quand même essayer de faire une réflexion non pas philosophique parce qu’on n’est plus en 2010 mais plutôt pratique.

Si je pousse ma démarche jusqu’au bout je passe l’intégralité de ma vie sous Google. Les documents, je synchronise en même temps les contacts et le calendrier, ce qui me règle mon problème de synchronisation webdav et par le fait je peux passer à un hébergeur plus basique. Voilà c’est fait, je suis totalement chez Google.

Abordons rapidement le problème de la vie privée, et nous sommes dans la vaste blague qui me fait rire depuis que j’ai des gens qui me disent utiliser des logiciels libres sous Windows. Windows c’est le gros programme qui fait de la télémétrie, de toute façon tout le monde fait de la télémétrie me direz-vous, Windows c’est un gros espion qui envoie nos données à Microsoft. Utiliser un logiciel libre sur Windows c’est comme faire pousser une rose dans un sol en béton, on a bien une rose, mais tout autour c’est du béton. À partir du moment où je suis un utilisateur Android, utiliser du logiciel libre sur Android c’est comme avoir réussi à faire pousser une rose au milieu d’un champ radioactif, dans lequel on aurait posé des mines et qui aurait été un ancien cimetière indien mais maudit. Je pousserai même le vice plus loin, tout aussi Linuxien que je sois, du fait d’avoir un téléphone Android, je suis certainement dépouillé de l’intégralité de mes données personnelles jusqu’à mes mails ou le navigateur, même s’il s’agit respectivement de K9mail et de Firefox pour les outils.

Ne voyez pas ici un côté défaitiste, mais simplement un côté réaliste. Je ne tomberai pas dans le rien à cacher, je tomberai juste dans le, ils m’ont déjà tout pris. À part les cryptolinux gauchistes qui passent leur temps dans TOR où ils abreuvent directement la NSA et ceux qui vivent sans technologie, je pense qu’on nous a déjà pompé plutôt pas mal. C’était donc ici pour l’aspect philosophique ou la moralité c’est qu’il est déjà trop tard, que nos paradoxes technophiles qui nous poussent à utiliser du libre sans se passer du confort d’un smartphone montrent quand même quelque part qu’on n’est pas très sérieux.

Au niveau de l’aspect technologique, le problème n’est pas de tout donner à Google puisque de toute façon je lui donne tout par le biais de mon smartphone Android, le tout c’est de pouvoir faire marche arrière à n’importe quel moment sans aucune complexité et ce n’est justement pas bien difficile. Les contacts, il suffit de faire un copier-coller ou un export, l’agenda c’est pareil, les documents il suffit de les exporter au format odt et c’est terminé. Concrètement si demain Google changeait sa politique au point de la rendre payante, ça ne me prendrait pas plus de trente minutes pour revenir à d’autres habitudes. L’enjeu n’est pas la liberté qui est un leurre, l’enjeu c’est la facilité à rebondir vers d’autres solutions. Le seul véritable risque c’est un jour de se retrouver avec le compte fermé parce que Google vous a dans le nez pour une raison qui vous échappe et de ne pas avoir pris le temps de faire les backups nécessaires, pour le reste, rien de bien dramatique.

À mon âge avancé et avec le peu de petits plaisirs de bricolage que la vie me réserve à part les canalisations et le canapé de la voisine, je vais peut-être me laisser tenter par l’expérience, mais pour l’instant j’explore d’autres horizons.

Il est totalement évident que Nextcloud c’est l’élu. Nextcloud c’est Néo dans Matrix, c’est lui seul qui peut lutter contre les forces du mal. Et d’ailleurs tout le monde l’a bien senti puisque le cloud aujourd’hui se résume à Nextcloud ou Nextcloud. Dans mon précédent billet je parlais de la plaisanterie de la gestion de son Nextcloud par le biais de Snap, je me suis donc payé un hébergeur Nextcloud. Je crois que c’est important pour être signalé, une journée à marquer d’une pierre blanche, sans être le plus grand crevard de l’humanité je n’ai pas tendance à payer pour n’importe quoi. Voici mon fournisseur Nextcloud : yourownnet.net

Le site est assez horrible, il est particulièrement lent et c’est une société qui est installée à Niort. Petit cours de géographie, en haut tu as la Bretagne, en dessous tu as Bordeaux entre les deux tu n’as rien, il y a Niort. Tu me connais public, je suis allé au culot comme d’habitude, en corrigeant des fautes de français et en posant deux questions stratégiques : sont où tes serveurs, c’est qui tes clients. J’ai eu plus ou moins mes réponses, c’est-à-dire que j’ai un contact, avec quelqu’un qui répond, pas aussi vite que j’aimerai qu’on me réponde (24 secondes pas plus) mais qui répond quand même. On commence à sympathiser, je viens de lui donner les stats de mon blog.

Il y a ici un enjeu que Framasoft ne comprend pas ou ne veut pas comprendre. On va oublier le volet du monde des bisous qui voudrait que tout le monde se transforme en jardinier quand il s’agit aujourd’hui de se transformer en expert informatique pour installer ses solutions et les sécuriser, pour évoquer le problème des CHATONS et de la confiance. Je vais confier mon agenda, mes contacts, mes fichiers, à terme ceux de ma famille à un parfait inconnu dont je ne connais ni la compétence, ni les faits d’arme. C’est d’ailleurs la remarque que je faisais à mon interlocuteur, j’aurais bien voulu avoir des témoignages clients, savoir de qui ils s’occupent.

Le paradoxe aujourd’hui c’est que j’ai davantage confiance en Microsoft, en Google, en toutes ces grandes sociétés car elles ont fait leurs preuves dans un sens ou dans l’autre. Confier ses données à un CHATON c’est tout donner à un parfait inconnu. Et c’est d’ailleurs ici qu’on comprend l’intérêt pour QWANT d’afficher la bouille de Nitot ou l’air plus triste de Champeau, tout comme aujourd’hui Pyg est le visage de Framasoft, un visage barbu et chauve qui met en confiance. Les CHATONS ne peuvent pas s’en sortir pour un simple problème d’image, on ne confie pas ses gosses au premier gars qui passe, on ne confie pas ses données au premier site internet qui se présente. Par le fait, le CHATON ne pourra pas s’en sortir, le libre et ses services n’arriveront à s’en sortir que par l’image, la qualité et la publicité qui va autour.

Là par exemple, je suis le premier blogueur à faire de la pub pour yourownnet.net et même si j’ai la réputation de gars bizarre qui me colle à la peau, j’ai surtout la réputation du rat testeur. Vous prenez une peuplade de rats, et vous avez le rat testeur. C’est le rat qui va tenter de voir si la graine rouge ça passe avant que les autres aillent manger, on le reconnaît à son audace ou à son air idiot. Je vous ai vendu du FirefoxOS, je vous vends du yourownnet.net et je sais que vous m’aimez pour ça parce que Cyrille BORNE c’est à ça qu’on le reconnaît, il ose tout. J’évoquais plus haut qu’on ne prenait pas le premier site qui passe pour y mettre ses données, c’est le cas. Je suis passé par la liste des fournisseurs officiels Nextcloud, j’ai regardé les offres et j’ai choisi celle-ci. Mon premier critère, la France, parce que les hébergements au Canada chez Maven Hosting c’est fini, je salue les gens qui ont connu l’épopée dotclear où je me suis retrouvé avec un serveur mort pendant plusieurs semaines. Mon second critère le prix car je suis l’enfant caché d’oncle Picsou. Le prix est attractif, j’ai pris une offre à 5 €, vous comprenez que niveau engagement ça limite quand même franchement la casse, même si ici le problème n’est pas tant l’argent que les données. Ce qu’il y a d’indéniablement le plus intéressant chez ce fournisseur, c’est la formule qui coûte une vingtaine d’euros pour 50 Go, ce n’est pas tant la quantité ici qui m’intéresse mais le fait qu’on est propriétaire de son instance et qu’on peut donc faire des comptes multiples, important dans mon cas quand on est un bon père de famille.

Nextcloud, y a pas à dire c’est quand même la grande classe, je ne connaissais pas le lecteur RSS, il est parfait ou presque, il est suffisant en tout cas.

un petit backlink chez l’ami Odysseus

Il serait indécent d’aller plus loin, j’essaie, je vais faire migrer mes contacts, mes fameux cours que je voulais synchroniser, ce sera chose faite puisque Nextcloud me permet d’avoir le client Linux tellement espéré et je vais prendre le temps de voir venir. (@Jean-Marie, c’est bon tu peux continuer à respirer).

Deux chemins s’ouvrent donc à moi, deux chemins que je vais certainement emprunter histoire de rire :

Un parcours propriétaire à la solde de Google, intégralement gratuit.

Un parcours plus libre et payant avec de façon évidente un Nextcloud en pierre angulaire de notre « liberté ».

Ce qui est évident c’est que dans un cas comme dans l’autre, la séparation entre mon activité privée et publique va se faire au détriment de mon hébergeur actuel o2switch à terme, avec deux points de chute, sauf si je me trouve un hébergeur qui m’offre tout au même endroit. Ma partie publique en effet, si je reste sur Nextcloud va se limiter au forum et à WordPress, je n’aurai même plus besoin de mon FreshRSS. La seule chose c’est quand même trouver un hébergeur qui encaisse un peu la charge, même si on est plus à la grande époque où je tapais à plus de 5000 visiteurs par jour, je franchis désormais tous les jours les 3000 avec un trafic qui va entre 50 et 80 Go par mois.

J’écrivais que cette journée était à marquer d’une pierre blanche et c’est bien le cas, je suis arrivé à maturité pour payer un service autre qu’un hébergement. Je suis même arrivé à payer pour qu’un gars s’occupe d’un truc qui ne m’intéresse absolument plus, la sécurité, le bricolage, ou disons cette sécurité, ce bricolage.

À suivre les amis !