Chemins

octobre 2020 modifié dans Blog / Forum
La première période d’un point de vue sanitaire a finalement été plutôt correcte. Alors qu’on s’attendait à un véritable drame, tout se passe plutôt bien dans l’ensemble et je dois vous reconnaître mon étonnement. Mes élèves sont âgés de douze à plus de vingt ans. Comme on ne redouble plus en France nous avons des…

Réponses

  • Cohérent, implacable...Mais effet de bord, = décrochage de certains qui se diront que zero + zero...
    En effet, la clé me paraît quand même chez les parents, des gens qui sont de notre génération et celle d'après, si je ne me trompes, non ? Donc j'ai du mal à comprendre ce qu'il se passe à ce niveau. J'aimerai bien les réunir tes parents problématiques et les interroger sur la raison de leur désintérêt, tout de même.
    D'autres témoins à la barre, ici ?
    Y'a pas un forum des mauvais parents à conseiller? Sur JV.com peut être ?

  • @Iceman je peux t'expliquer très simplement ce qu'il se passe. A l'heure actuelle, les parents de mes élèves c'est souvent des femmes seules, des familles recomposées, des gens qui se séparent, des gens qui se retrouvent au chômage, la maladie, les problèmes et j'en passe. Avec une société qui se casse la gueule, les gens sont préoccupés par leur propre vie et n'ont pas le temps pour gérer leurs gosses.

    Tout est lié. Si tu prends mon exemple, on est marié, même si la maladie a frappé, continue de bien s'occuper de la maison, on tient quand même pas la route, deux parents pour s'occuper des enfants, on est à l'abri. Du temps aussi. S'occuper d'enfants quand tu es dans ma situation c'est déjà particulièrement prenant, alors comment font les gens qui peinent à joindre les deux bouts, que ce soit financier, pour le boulot, sentimentalement et j'en passe.

  • @Iceman et l'effet de bord bien sûr, l'échec scolaire entraînant l'échec scolaire, les élèves qui verront qu'il est trop tard pour remonter la moyenne, ne trouveront pas les moyens de la remonter. Seulement le problème c'est qu'à force de faire preuve de bienveillance, de donner des chances supplémentaires, on ne peut pas non plus faire crédit à l'infini, à un moment faut que ça tombe.

  • @cyrille a dit :
    @Iceman je peux t'expliquer très simplement ce qu'il se passe. A l'heure actuelle, les parents de mes élèves c'est souvent des femmes seules, des familles recomposées, des gens qui se séparent, des gens qui se retrouvent au chômage, la maladie, les problèmes et j'en passe. Avec une société qui se casse la gueule, les gens sont préoccupés par leur propre vie et n'ont pas le temps pour gérer leurs gosses.

    Tout est lié. Si tu prends mon exemple, on est marié, même si la maladie a frappé, continue de bien s'occuper de la maison, on tient quand même pas la route, deux parents pour s'occuper des enfants, on est à l'abri. Du temps aussi. S'occuper d'enfants quand tu es dans ma situation c'est déjà particulièrement prenant, alors comment font les gens qui peinent à joindre les deux bouts, que ce soit financier, pour le boulot, sentimentalement et j'en passe.

    Je plussoie. Pas de soucis pour nos enfants mais on s'en occupe à plein temps, un toit, de quoi payer les factures, à manger, un boulot, ...
    Je comprends que quand y'a pas tout ça, ça peut lâcher plus facilement.

  • Oui, évidemment, il y a la situation familiale mais le problème ensuite c'est qu'on raye alors toute chance pour toute une catégorie sociale, si je peux dire ainsi. Certains réagissent quand ils sont au pied du mur et ça fera son effet ... D'autres sombrent et entraînent d'autres. Donc entre la bienveillance aveugle telle qu'on la pratique et le fait de sanctionner, c'est compliqué. Tu parles effectivement de ceux qui réagissent ou à qui on peut donner un coup de pouce parfois... Je n'aimerai pas être à ta place. J'ai déjà vécu des cas difficiles avec des alternants et même des gens qui volaient au boulot, par exemple.
    Deux, trois chances... et puis rien n'y fait.

    A t'entendre, j'ai l'impression que tu es prof dans une ZEP....agricole. Les parents sont tous dans cette galère de l'agricole ? Les pères des familles recomposées s'en foutent ?

  • @Iceman j'avais cette discussion avec une de mes collègues, et je disais je ne comprends pas pourquoi les parents ne réagissent pas. A part certains cas en lien avec les filières professionnelles, la plupart du temps nous sommes dans la remédiation. Ma collègue me disait que si les parents ne réagissent pas c'est tout simplement parce qu'ils sont déjà content d'avoir trouvé un établissement dans lequel on conservait leur enfant. Et c'est certainement ici la limite du système de mon type d'établissement c'est qu'à recruter tout le monde, à donner sa chance aux laissés pour compte de l'éducation nationale on en vient à oublier l'exigence. L'absence d'exigence entraîne une baisse de réputation et la baisse de réputation une baisse d'effectifs. Mon lycée dans le Cantal a fermé, mon précédent lycée ne va pas fort, celui-ci est plus solide mais ça ne durera pas sur le long terme.

    Ce qu'il faut aussi comprendre et ça va dans la conclusion de mon article, l’ascenseur social reste encore ouvert car il y a des aides, des bourses et j'en passe, la véritable difficulté c'est que les gens ne le voient même pas ou n'imaginent même pas qu'il existe. C'est certainement ici le plus inquiétant, la volonté de rester dans un état végétatif, comme nos jeunes qui s'abreuvent de conneries à la télé et qui pensent que la révolution française s'est déroulée pendant les années 80, les nôtres.

  • Des chiffres sur la répartition public privé et l'évolution ?

  • quel type de chiffres ?

  • Ça,
    https://www.lemonde.fr/education/article/2017/01/06/education-les-reformes-de-la-gauche-ont-elles-fait-le-jeu-du-prive_5058462_1473685.html

    Si on suppose que l'implication d'un parent mettant son enfant dans le privé est plus forte...ce qui ne me paraît pas automatique. Tu en as la preuve.

    Mais comme tu parles aussi de réputation, désaffection d'un établissement. Le fait est que le privé gagne du terrain depuis 20 ans après avoir longtemps stagné avec14, 15%.

  • le problème c'est qu'une image ça se travaille et certains établissements privés le font très bien. Pour intégrer certains établissements, c'est un rendez-vous un an à l'avance avec un niveau de fou. Tout dépend de ce que tu veux comme établissement. Notre image dans l'agricole est différente. En même temps et à notre décharge, nous sommes établissements professionnels, on sait qu'on n'accueille pas des enfants qui ont un gros niveau pour les matières générales.

  • f6kf6k
    octobre 2020 modifié

    Oui je rejoins @cyrille sur ce point. Au lycée pro et technologique où j'étais (EDIT : je précise, j'étais AED) on avait une bonne proportion d'élèves en difficulté. Si on essaye de remonter aux parents, on voit assez vite que l'on ne va pas y trouver une solution parce que le contexte familiale et social lui-même part à vau-l'eau. Les parents pris dans des difficultés personnelles, économico-professionnelles ne vont pas être aussi efficaces qu'un petit couple sympa sous tout rapport de la classe moyenne qui vit dans une jolie maison avec barbecue entre amis les samedis soirs. Je n'ai jamais bossé dans le général mais j'avais des collègues qui y avaient fait un passage où ils m'expliquaient qu'il suffisait de faire les gros yeux pour que les élèves se reprennent (inimaginables pour moi avec nos gamins ; quand ils nous racontaient ça, ça nous faisait marrer tellement ça nous paraissait incroyable). Bref quand ces collègues arrivaient chez nous ça leur faisait un choc.

    Le lycée où j'étais avait une bonne image vendeuse : la région (avec subventions nationales et européenne) a mis beaucoup d'argents pour des ateliers modernes, performants et d'une taille impressionnante. Ce point était vraiment la chance qu'on avait dans le lycée. On avait des élèves d'autres régions qui venaient même exprès chez nous, et des visites du Rectorat en grande pompe une fois par an (quand je dis en grand pompe c'est vraiment en grande pompe : voiture noire avec chauffeur et tout le cabinet qui suit).

    Bref, gros lycée, fierté de la région, avec beaucoup d'élèves de beaucoup d'horizons très différents. Au point qu'on avait 3 CPE pour une quinzaine d'AED. Ça c'est pour le lustre.

    Mais comme dit @cyrille, à cause de décrochage scolaire, de mauvaises orientations, etc., on avait beaucoup de gamins qui ne savaient pas ce qu'ils foutaient là. Et oui, ça restait quand même un lycée pro et techno. J'ai appris petit à petit que ce lycée pour certaines sections professionnelles (notamment celles autour des équipements industriels) était un peu le lycée de la dernière chance, avant une sortie définitive du "système normal". On en avait même une particulière où aucun des gamins n'avaient en réalité fait vraiment le choix d'être là. Imaginez le public difficile. On avait aussi (fait rarissime si j'ai bien compris) une 3ème prepa-pro pour ceux qui s'étaient fait sortir du système collège classique. On avait donc aussi des élèves de 13, 14 ans. L'un des CPE (un vieux de la vieille qui doit être en retraite depuis un deux ou trois ans maintenant) m'avait même soufflé que le lycée aurait dû être ZEP. On cochait toutes les cases mais 1) problème de gros sous et 2) surtout problème d'image pour le lycée avec ses ateliers modernes.

    De façon générale, de supers gamins, mais une bonne partie d'entre eux englués avec leur famille dans un milieu social très compliqué, économiquement malade, parfois violent, au mieux démisionnaire ; de toute façon bouffé par le système. On avait aussi des parents qui essayaient malgré tout mais complètement largués pour les raisons évoquées. J'ai des histoires à ce propos qui démontreraient bien la complexité de la situation, mais c'est le genre de choses qui ne se racontent qu'entre quatre murs.

    Pour terminer, je dirais que les enfants sont pas bêtes, ils voient bien ce qu'on leur propose et voit leur avenir dans le présent de leurs parents. Parents qui n'ont pas assez d'énergie pour être réellement 24h/24h derrière leurs enfants afin de redresser la barre.

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