Fin d’année

02/07/2019 Non Par cborne

Le brevet c’est pas vraiment tabou, tout le monde s’en fout.

Nous sommes dans cette dernière semaine bien lourdingue, cette semaine où la canicule n’est plus sur Paris, donc plus sur la France et pourtant chez nous on crève de chaud. L’épreuve de maths a donc eu lieu lundi et je vais me contenter de vous montrer le premier exercice :

Première question, il fallait compter les carreaux. Les élèves ont été capables de le faire. Deuxième question, il fallait réussir à centrer une image avec 0.5 en haut et en bas, 1.5 à gauche et à droite, ils n’ont pas été si nombreux à le faire. Question trois dite de la question de la déprime, la grande majorité de mes élèves, à qui j’ai fait recopier les formules des aires et des volumes qu’ils doivent savoir depuis la primaire, ont fait longueur fois largeur divisée par deux, parce qu’en lisant hauteur, ça leur fait penser à la hauteur du triangle. Et forcément j’ai dit que pourcentage c’est obligatoirement un produit en croix avec 100%, peu ont réalisé la question alors qu’on l’a vu aux environs de 4 milliards de fois.

Quand tu en es à ce niveau-là, que tu as fait, que tu as refait, que tu as fait refaire et que tes élèves font le calcul de ne pas réfléchir, bien le seul calcul qu’ils ont fait pour la plupart, de se barrer au bout d’une heure, c’est difficile. Le problème de fond et sa remédiation, je vous les donne.

Le DNB c’est 42% d’élèves qui l’ont vraiment quand ils passent les épreuves sans tenir compte du contrôle continu. Forcément quand on monte à 90% de réussite dont un quart à la mention très bien, on comprend qu’il n’y a pas besoin d’être un grand mathématicien pour voir que le jeu est biaisé. Des élèves qui baissent les bras, des élèves qui savent qu’ils ont le DNB avant même de le passer, des élèves qui veulent partir en vacances, des élèves qui n’ont pas l’envie de bien faire, qui rendent des copies dégueulasses.

La remédiation est une évidence, on arrête la fête du slip du contrôle continu, on fait un véritable examen où tout le monde se rétame joyeusement et le ministre de l’éducation national ouvre enfin les yeux sur le drame de notre quotidien, une réalité maquillée par des artifices pour faire croire au monde entier que nous avons l’élite de la nation quand les gamins savent à peine lire ou écrire. À partir de ce moment-là papa et maman vont peut-être réaliser que Kevin ne mérite pas un scooter pour sa mention AB mais plutôt un détour par un camp chinois pour lui apprendre la discipline. Après des années de franche rigolade, on remet tout le monde au boulot avec trois tonnes d’exercices à faire à la maison depuis le CP.

Malheureusement ceci ne se produira jamais, on finira bien par révoquer ce diplôme tôt ou tard, le plus tôt sera le mieux, et pour preuve la présence de ce fameux examen d’entrée en classe de seconde, qui tendrait à prouver qu’après deux mois de vacances l’adolescent oublie tout alors qu’il avait de si bons résultats scolaires.

En finir avec l’informatique

Avec la canicule, le déplacement du DNB, je suis resté quasiment toute la semaine chez moi à répondre au téléphone et à jouer à Batman. Enfin quand je dis jouer c’est une façon de parler, je suis BATMAN. L’informatique était donc restée en suspend. Mon fils, ma chose, ma bataille, rayez la mention inutile pour obtenir éventuellement du Balavoine, a fini son stage vendredi dernier et il sait qu’après avoir été exploité par son patron, il y a pire que le patron, papa. Il peut d’ailleurs me remercier, il sait que lorsqu’il a un patron exigeant, il y a encore plus exigeant, son père, je l’entraîne. Lundi c’était jour de fête, des enfants de collègues qui traînaient par là c’était Noël. Nous avons fait du nettoyage, pointer la petite centaine d’ordinateurs sous Debian, liquidé les derniers PIV au profit de tours plus récentes. Du nettoyage du rangement, acheter un lot de 22 Athlon X2 avec 4 Go de RAM pour 440 € les tours, aller à Coursan les chercher, les ramener. Nous avons vécu un lundi et un mardi de foufou, et c’est là que je me rends compte que mon gamin fera un très bon professionnel, à bientôt 17 ans, il est totalement autonome dans les tâches que je lui demande.

Il a cloné l’intégralité des postes pendant que je faisais ma réunion, et puis on a ensuite réparé pas mal de tours qui avaient des problèmes, parfois simples. Souvent ouvrir, et retirer une barrette de RAM, souffler, remettre et ça redémarre.

Il y a quand même la satisfaction de le voir complètement autonome sur des tâches informatiques courantes, des trucs qu’on n’apprend pas à l’école. Il présente en plus plutôt pas mal, pour l’embêter j’ai envoyé une secrétaire le chercher pour installer sa nouvelle imprimante, un peu gêné au début, il l’a fait en faisant la conversation. S’il continue à faire tourner son cerveau un peu plus, on va réussir à en faire quelque chose.

Au niveau des salles informatiques, je laisse une situation totalement propre, pour le reste aussi dans les grandes lignes, je reste inquiet, ma démission m’inquiète. Cela peut vous paraître étrange mais c’est la sensation de quitter le navire, un peu comme un rat, mais en plus gros, la sensation de ne pas faire ce que j’ai à faire. Je ne suis pas du tout dans la même situation que Bronco avec ma hiérarchie et mes collègues, même si le quotidien n’est pas simple, qu’on ne comprend pas ce que je fais, qu’on m’appelle à 7h30 le matin parce que l’internet a planté, que ça n’arrête jamais, qu’il faut prendre des décisions et que ça devient de plus en plus difficile.

Dans l’ensemble ce sont des gens que j’aime bien mais qui ne veulent pas faire assez d’efforts à mon sens, qui ne se rendent pas compte de l’engagement, des enjeux. N’allez pas croire que je suis en train de rentrer dans le triangle de Karpman, même si je joue quelque part les trois rôles.

Je suis la victime, j’en ai marre qu’on me gonfle, je suis le sauveur parce que j’ai l’intime conviction qu’à part moi personne ne comprend la stratégie, les échéances, comme l’arrêt de Windows Serveur 2008, la RGPD, la nécessité de changer de fonctionnement dans le traitement des documents des élèves, je pourrais être le le bourreau, parce que si tout plante et que je ne fais rien, ça pourrait me faire jubiler.

Non, ni victime, ni sauveur, ni bourreau, un peu de réalisme. Personne n’a la vision d’ensemble, car elle revêt à la fois l’aspect technique mais aussi l’aspect pédagogique. Pas le sauveur, ou le sauveur le mieux orienté et le moins cher. On peut être mal conseillé par un tas d’intervenants, on peut être orienté par la société de prestation de service qui nous vendra son produit le plus performant, sur-dimensionné, par des pédagos qui croient encore que les tablettes vont changer le monde.

Au moment où j’écris ces lignes, je sais encore ce qu’il faut faire, bientôt ce ne sera plus le cas. Je me rends compte qu’en quelques années, j’ai pris une claque technique que je mets sur le compte trois points :

  • J’ai pris un sacré coup de vieux, je dirais que c’est l’aspect physiologique de la chose. Plus de mal à me concentrer, moins envie de me casser la tête, plus réellement mon centre d’intérêt, arrivé à saturation aussi.
  • La technologie va extrêmement vite et il faut je pense désormais être un professionnel de l’informatique pour gérer de l’informatique. Docker, kubernetes, la blockchain, pas un matin où il n’y a pas une nouveauté qu’il faut impérativement maîtriser. Vous allez me faire remarquer que ce ne sont pas des nouveautés, mais il commence à devenir loin le temps de la vulgarisation et de la simplification où l’on avait moins à s’impliquer pour se lancer. Je trouve que c’est à l’image du monde, des téléphones irréparables, des petits garagistes qui dans quelque temps ne pourront faire leur métier, verrouillés par les marques et toute l’électronique intégrée qui ne pourra se faire que chez le créateur de la voiture. Une informatique de moins en moins accessible à monsieur tout le monde qui voudrait bricoler.
  • Une opposition avec mon mode de vie : less is more. J’ai de plus en plus tendance à me dire que le bonheur est loin de tout ça, de cette technologie à outrance, de cette infobésité, de ce trop plein de tout. En évoquant l’infobésité, depuis que j’ai viré quelques flux d’actus, je ne suis pas moins informé et je tombe à moins de 300 nouvelles à lire par jour. Il y a plus de 10 ans, une journée de ratée c’était 1200.

Arrêter l’informatique du lycée est une bonne décision, il faut juste que j’arrive à m’en convaincre, si le cerveau sait ce qui est bien, les tripes pas encore.

Y’avait du soleil et du soleil. Y’en avait dans ma chemise. Y’en avait à  l’époque du soleil à  la toque. Et la vie n’était pas grise

Dire que j’en ai plein le cul est un euphémisme. Pas eu le temps encore d’aller à la plage parce qu’il y a des tas de choses à faire, à peine le temps d’aller au lâcher de percussions qui se fait chaque année dans ma commune parce qu’on s’est fait un mariage jusqu’à deux heures du matin. Ces fins d’années sont horribles, tout ce qui était prévu ne l’est plus, mon épouse après six mois de préparation du spectacle de fin d’année avec l’ensemble de l’école se retrouve avec une climatisation qui ne fonctionne pas, spectacle annulé.

Tout est comme ça, tout est devenu compliqué, tiens pour rigoler j’ai le partner qui recommence à faire de l’huile. J’aspire au calme, la tranquillité, me poser au bord d’une serviette, ce n’est pas encore possible.

Demain, la grande réunion générale qui devait avoir lieu vendredi mais qui est déplacée ce mercredi, pour la simple et bonne raison qu’une grande partie des enseignants est convoquée à la correction du DNB, jeudi et vendredi. Je me doute que les barèmes seront particulièrement indulgents, il fait chaud, on a décalé les dates, on a peut-être annulé des vacances, il ne faudrait pas contrarier les enfants et continuer de faire rêver les parents.

S’il arrivait qu’on joue au drôle et qu’on essaie de me faire venir sur deux jours, j’y crois peu mais désormais je sais que je ne suis à l’abri de rien, je garderai ma dernière copie jusqu’à 17 heures le vendredi, pour que tout le monde commence son week-end plus tard.

Il est temps que cela cesse, de clôturer cette année 2018-2019 particulièrement mauvaise et d’espérer que 2019-2020 sera meilleure. Je vous laisse, je trépigne d’impatience de me retrouver un 4 juillet sur l’autoroute des vacances pour aller corriger un examen que l’on donne.