Faut-il faire le deuil de la propriété intellectuelle, y compris de sa propre image ?

20/08/2017 Non Par cborne

Thèse (ce que je pense)

Il y a quelques temps j’avais évoqué ceci :

Quelqu’un qui prend le temps de regarder quelques minutes mon blog se rend compte que l’adresse est en http://cyrille-borne.click/ que ce n’est pas mon style d’écriture ni ma thématique, il s’agit donc à proprement parler d’une usurpation d’identité. J’ai essayé quelques démarches, des sites étrangers, des sites Anglais que je maîtrise plutôt mal si bien que je suis impuissant. Je dois donc compter sur l’intelligence des gens pour discerner le vrai du faux et comprendre qu’il ne s’agit pas de moi. Une usurpation d’identité qui vous fait vanter les bienfaits de la groseille, je dirai que ce n’est pas bien grave, chaque jour des gens se font passer pour d’autres pour tenter d’arnaquer son prochain, les Youtubeurs ont quotidiennement leur lot. Que dire de ce pauvre garçon, qui s’est retrouvé taxé de pédophilie et menacé car ses amis ont utilisé un générateur de fake news, que malheureusement les gens sur qui on compte pour discerner le vrai du faux, et bien ils ont échoué. L’éducation aux médias est une bataille qu’il faut mener de façon urgence, ce sera l’objet d’un prochain billet. Ouf il blogue encore.

J’ai laissé tomber, je vais relancer par question de principe, car il faut quand même quand on est lésé, obtenir réparation, et puis je ne peux pas vanter indéfiniment les vertus de la groseille que je ne consomme même pas, je devrais peut être en tout cas c’est ce que je raconte dans la page. Ce qui me gêne d’avantage, c’est ceci :

Il s’agit d’une ferme d’autoblogs et comme il m’a été demandé ce qu’est un autoblog, je vais expliquer. Un autoblog est un site internet qui duplique un autre de façon automatique en utilisant son flux RSS. Il s’agit d’un script qui a été créé, par Sébastien Sauvage, voici ce qu’on peut lire sur son site :

Les gouvernements, organisations et entreprises mettent de plus en plus de pression légale, morale et financière sur les citoyens, entravant leur liberté d’expression. Des sites connus comme Wikileaks bénéficient facilement de l’effet Streisand, mais c’est rarement le cas des sites plus petits. Mais l’information doit circuler. Le projet autoblog a pour but d’aider à répliquer automatiquement les articles partout sur le web, bien sûr à une échelle plus modeste que ce qui a été fait pour Wikileaks. Voyez cela comme un effet Streisand automatisé. Comment VroumVroumBlog est un autoblog. C’est un logiciel très simple capable de répliquer les articles d’un autre blog. Si l’article source est supprimé, et même si le site d’origine disparaît, les articles restent lisibles sur l’autoblog. L’idée est de mettre en place le plus d’autoblogs possible, afin que tout article publié soit automatiquement répliqué partout, rendant sa censure bien plus difficile.

Et pour comprendre, il faut savoir ce qu’est l’effet Streisand. Barbara Streisand en 2003 a poursuivi un journaliste et le site qui a diffusé une photo de sa propriété privée. Internet a réagi en diffusant de façon massive la photographie, si bien que quelque chose qu’on ne voulait pas voir diffusé a été propagé en masse. L’idée sous-jacente derrière le projet c’est d’empêcher qu’on étouffe une vérité en la multipliant à l’infini de façon à ce que le plus de personnes soient au courant de son existence. C’est comme souvent dans le monde du « libre », utilisé sans parcimonie, sans une once de réflexion et de coeur.

L’effet Streisand porte assez mal son nom car l’histoire me paraît tendancieuse. Le photographe a pris une photographie d’un site privé pour dénoncer un aménagement de la côte. C’est tendancieux car sur le principe la chanteuse a le droit de protéger sa vie privée, mais à partir du moment où la photo n’est pas un simple vol de paparazzi, mais un exemple pour étayer une théorie dans laquelle la côte est menacée, elle devient un objet de vérité, et c’est différent.

Ce qui n’est certainement pas un objet de vérité ce sont les photos de moi la tête pleine de poussière en train de couper à la disqueuse les dalles de la terrasse. Ces photos apparaissent sur l’autoblog ci-dessus et ce n’est pas ce qui me pose problème, même si l’internaute qui les diffuse est en infraction avec la loi française, enfin je suppose, car tout est devenu tellement compliqué. J’ai diffusé ces photos, je n’ai pas donné mon accord à l’individu pour qu’il les réutilise sur ses espaces personnels ni celle de mes gosses d’ailleurs. A aucun moment il ne m’a demandé si cela me posait problème, à aucun moment il ne m’a demandé si j’étais en accord pour voir dupliqué mon blog, c’est une décision qu’il a pris de son propre chef. Ce qui me pose réellement problème, c’est qu’il s’agit d’articles que je trouve mauvais, si je prends la décision de brûler mon blog de façon définitive un jour, ce n’est pas pour que d’autres s’octroient un droit qui n’est pas le leur mais le mien, de juger que mon travail est mauvais et de le détruire.

Et c’est ici toute la difficulté de l’internet, si Léonard de Vinci avait décidé de faire un feu de joie avec la Joconde, non seulement c’était son droit, mais il n’y aurait personne pour le narguer et lui montrer une copie de son tableau. Si je devais vulgariser, être synthétique, je dirai que dès qu’on publie quelque chose sur internet, on en n’est plus propriétaire. On pourrait me faire remarquer que mon schéma est simpliste, qu’il existe la lutte contre le piratage, que je pourrai par exemple passer les abuse des propriétaires des autoblogs pour me rendre justice, ce que je risque d’ailleurs de faire car ces gens n’ont pas de page de contact ce que je trouve sidérant quand on s’octroie ce genre de liberté.

La lutte contre le piratage est intéressante, les lois et les institutions se suivent, rien n’y fait sauf une chose : l’offre légale. Il apparaît que si une offre est financièrement attractive, qu’elle est variée, les gens vont renoncer à obtenir l’oeuvre de façon illégale. Malheureusement toute la « culture » ne peut être ramenée à l’offre légale, si bien que des gens vont arriver à des méthodes parfois radicales, renoncer à distribuer sur internet, ce fut le cas de Manu Larcenet.

Il y a des hommes avec qui on se sent lié, avec lesquels on trouve parfois des affinités, des points communs qui en sont parfois troublants. Didier m’écrit pour me dire que mon billet sur l’immédiateté va le forcer à retravailler celui qu’il était en train d’écrire sur le même thème, de la même manière nous écrivons sur le même film dans la même semaine sans aucune concertation. Que dire d’Alterlibriste qui a un parcours très similaire au mien, jusqu’au COBOL que nous avons partagé. Quand je lis le combat ordinaire, le lien est pour moi plus que palpable, les angoisses de son personnage Marco, la peur de l’engagement, je l’ai connue. Le côté bipolaire de Larcenet, capable de passer de bandes dessinées qui croquent la vie à la perfection à des délires complets au travers de Donjon pour n’en citer qu’un, j’ai ça en moi. C’est donc sans surprise que l’auteur, grande gueule, généreux, tenait un blog qu’il a suicidé en 2014 de façon définitive. Il explique à l’époque qu’il lui était insupportable de partager son travail sans contrepartie et de voir ce même travail réutilisé, détourné. Ce qui est intéressant dans la réaction de Larcenet c’est sa violence, l’absence de contrepartie mais aussi le fait que l’homme n’évoque pas le respect du droit d’auteur mais le respect de l’auteur.

L’individu doit être plus important que le droit, ce qui compte ce sont les hommes derrière les écrans, la sensibilité, laisser la porte ouverte aux autres pour l’échange, pour corriger le tir, pour réparer la faute car nous faisons tous des erreurs sans nous en rendre compte. Le droit, à l’état pur et toute la bêtise qui va avec c’est ça :

Cette photographie a été « réalisée » par un singe. Les guillemets car l’appareil, les retouches, l’opportunité, tout vient de David Slater. Je rajouterai enfin que si on considère que le singe est l’auteur de la photo, il est alors conscient de faire cette photo. Dès lors si les animaux ont cette conscience, nous mangeons des animaux dotés d’intelligence, et nous devrions tous devenir végétariens. Fallait-il débattre de la propriété intellectuelle ? Fallait-il remettre en compte ce qui devrait sembler comme une évidence, Wikipédia pense que oui. Wiképedia tranche de façon simple, l’encyclopédie s’octroie le droit de diffuser la photographie car elle considère que c’est le singe qui a fait la photo, et par le fait le singe de son état de … singe ne possède pas de droit à l’image. Cette vision entre en contradiction avec celle de la PETA, association bien connue des défenseurs des animaux qui quant à elle attaque en justice le photographe pour lui demander de lui verser des droits d’auteur. Que faut-il retenir de cette histoire ? Un photographe veut mettre en avant une race de singe qui est poursuivie pour sa chair, elle est mangée. Son intention est donc parfaitement louable. La photo est une réussite, par simple question de principe il aurait été logique qu’il soit le propriétaire de cette photographie. Le droit s’en mêle, et même s’emmêle en bafouant les droits de cet homme devenu dépressif et ruiné par les frais de justice. Beau joueur, il ne regrette rien, heureux d’avoir pu mettre en exergue une situation qui lui paraissait honteuse mais il ne photographie plus, tant pis pour lui, tant pis pour les autres.

Eric Schmidt ancien PDG de Google écrivait « Si vous voulez qu’on ne sache pas ce que vous faites, peut-être qu’il faudrait commencer par ne pas le faire ». La loi l’a contraint à modifier ce point de vue puisque Google est obligé de désindexer des liens et d’accorder le droit à l’oubli, qui n’a de droit que le nom, Internet n’oublie rien. Il n’empêche qu’effectivement en 2017, où derrière chaque individu se dissimule un média sur pattes avec son smartphone et ses réseaux sociaux, c’est un peu la contrainte comme une réplique Jedi à pas grand chose, fais le ou ne le fairs pas. Et si vous le faîtes, qui respectera votre volonté de secret, de ne pas distribuer, vos droits ? Pas grand monde, car la complexité de l’Internet est tellement importante, aussi grande que son étendue qu’il est difficile d’atteindre le contrevenant, quand ce n’est pas une impunité que donne un réseau social qui tolère le racisme, la haine, imaginez à quel rang ce trouve votre petite oeuvre ou votre droit à l’image. La seule chose qui peut changer la donne c’est le respect des autres, et de leur volonté, mais ça, c’est de l’utopie.

Antithèse (même avec de la mauvaise foi, je ne pouvais pas faire l’impasse)

Il aurait été malhonnête de ma part de ne pas évoquer Pepper & Carrot le site et l’oeuvre de David Revoy.

David Revoy est un homme de goût, il utilise pluxml, et diffuse sa bande dessinée de façon libre et gratuite dans une licence Creative Commons très ouverte, au point de pouvoir s’enrichir avec son propre travail. C’est ce que l’éditeur Glénat a fait en vendant les albums et en passant par un financement « libre ». Pour un article complet, je vous renvoie vers Silex. Cela veut dire qu’en donnant tout, David Revoy s’enrichit, il y a de nombreuses expériences du même type, néanmoins je vois une limite que j’appellerai : la qualité de l’homme orchestre, jouer de tous les instruments. Un restaurateur aujourd’hui ne peut plus se contenter de faire la meilleure cuisine du monde, il se doit de gérer son identité sur les réseaux sociaux et c’est une situation qui me gêne. Si on embrasse ce système basé sur la promotion, le travail dans les réseaux sociaux, en bref, la communication, cela excluerait des gens particulièrement talentueux mais qui n’auraient pas le talent pour se vendre. Il est alors évident que de la même manière que les Youtubeurs qui devaient casser le vieux modèle de la télévision, appartiennent à des écuries, avec des agents. On aura certainement si ce n’est pas déjà fait, des sociétés pour gérer l’image, les tipeee, les patreon et autres crowdfunding des auteurs.

Le fameux système de producteur au consommateur peut paraître plus juste, il a juste déplacé le problème, ce n’est pas nécessairement le plus talentueux qui « vendra » le plus, simplement le meilleur communicant, le gars qui saura toucher votre coeur.

Conclusion

On le sait, je suis un psychopathe. Si vous suivez mes aventures depuis que je blogue en mon nom propre ce qui nous ramène à 2008, je me suis fâché avec la terre entière. J’ai demandé à me retirer du classement Wiko devenu ebuzzing devenu un cimetière car j’estimais que je n’entrais pas en compétition avec d’autres blogueurs. J’ai demandé au journal du hacker de ne pas me linker car j’estimais que c’était inviter les gens dans un univers qu’ils ne comprendraient pas et je remercie de respecter cette demande montrant que dans cette institution on respecte les hommes avant de respecter ce qu’il est possible de faire techniquement. Je demande aujourd’hui qu’on n’archive plus mes vieux articles, car quand je me tombe dessus, j’ai la sensation de lire un brouillon, un sentiment d’inachevé, d’imperfection, et ça m’irrite.

Il aurait été plus simple de ne pas les écrire, il aurait été plus simple de ne rien écrire. Ne rien écrire, c’est comme si je n’avais rien essayé et d’après vos quelques mails que je reçois de façon quotidienne ces derniers jours, il semblerait qu’il vaut mieux que j’écrive que je garde le silence.