État des lieux

29/07/2018 Non Par cborne

Je me suis lancé en cette belle journée très venteuse dans le tri de mes papiers. Parfois ça me prend, je fais le grand ménage. Je vous rappelle le site du gouvernement qui permet de référencer la durée de conservation des documents. Aujourd’hui je suis allé un peu plus loin dans la démarche, j’ai scanné quelques documents que j’ai jetés et puis je suis allé à la recherche de notices d’utilisation, j’ai viré de cette façon plus de 200 pages de papier. Il faut savoir par exemple qu’Électrodepot propose pour l’ensemble des appareils qu’il vend, qu’il a vendus, l’intégralité des notices au format PDF.

Le site Mitsubishi est très riche, j’ai pu récupérer les documentations de mes climatisations sans aucun problème y compris pour un modèle un peu ancien. J’essaie de plus en plus d’éviter le format papier, c’est vraiment de l’encombrement, inutile de surcroît, peu pratique, CTRL F ira plus vite quand j’aurai besoin d’une information dans une documentation de 90 pages. On notera que certains sites se sont spécialisés dans le partage de notice, un peu trop de communautés à mon goût mais c’est ainsi.

Qui cherche trouve, c’est un peu la loi sur internet. Dans un échange avec Cascador sur le forum voici mon point de vue, qui conforte l’importance d’une recherche quasi permanente pour trouver de nouvelles sources d’informations. Comme vous le savez, on va tous mourir. On pense que c’est un de mes running gags favoris pour me donner un style mais je peux vous le démontrer en au moins un coup et demi.

Après 14 ans d’existence, le site QuebecOS qui reprenait pas mal de distrowatch en français ferme ses portes. De moins en moins de nouvelles, le site avait fermé une première fois, puis est revenu pour terminer à la fin du mois. Au moment où j’écris ces lignes, le site Linuxpedia ne répond plus à l’appel. Linuxpedia était, est un beau projet, qui vise, visait à condenser le maximum d’information sur Linux. Pas idiot, dans le sens où l’utilisation d’un logiciel sous Ubuntu ou Arch est exactement la même, une mutualisation des efforts sur un Wiki Francophone commun aurait certainement évité un essoufflement inévitable. Si vous regardez le wiki ubuntu-fr, il est truffé d’erreurs et de pages obsolètes, tout le monde se plaint de la difficulté de trouver des contributeurs, un peu de jugeote permettrait pourtant de limiter la casse. Ça c’est le monde francophone tel que je le connais, c’est à dire que la production que je consulte depuis des années est en train de disparaître, l’usure, l’argent, des mots, des maux, qui reviennent régulièrement. Du point de vue du consommateur, si je ne renouvelle pas mes flux RSS, je vais indubitablement me retrouver sans rien à lire.

Pour renouveler ses lectures, Cascador dit que le journal du hacker c’est suffisant et pourtant je trouve que le raisonnement est pernicieux. Je n’ai découvert aucun nouveau blog ou presque par ce biais. Je pense pouvoir donner l’explication. Nous avons tous les mêmes sources d’informations ou presque, nous sommes tous en train de moins chercher, je pense que c’est une tendance forte en tout cas chez les gens de mon âge, les réseaux sociaux sont passés par là pour les générations plus jeunes qui préfèrent les conversations de comptoir aux billets de blogs bien remplis. Concrètement, ce que j’annonce depuis des années, s’il n’y a pas de blogueurs, il n’y a pas de journal du hacker, il faut aussi rajouter en parallèle si les gens n’ont pas la curiosité, si les gens n’ont pas le besoin, il n’y a pas de découverte, il n’y a pas de renouvellement. J’ai découvert de nouveaux sites en faisant des recherches sur les éditeurs d’images, sur les logiciels de capture, je lis les commentaires, comme le dit Didier dans le même thread, on suit tous les liens, en espérant qu’ils nous mènent quelque part. Je reste convaincu qu’il faut faire de plus en plus d’efforts pour faire du backlink, afin de faire exister les collègues, ceux qui se lancent, comme je le fais maintenant avec le blog de Romain qui traite de sujets aussi variés que la musculation, l’informatique, les vieux, ou le permis de conduire. Je pense qu’il faut aussi faire vivre les blogs, en participant aux commentaires. En gros faut refaire la maille, faut le faire à l’ancienne, en old school même s’il faut le reconnaître c’est très contraignant. Oui, il faut avoir la rigueur de lire en entier le billet du copain, laisser un commentaire si on est convaincu d’avoir quelque chose à dire, suivre la conversation, apporter les réponses, je décris tout ce que plus personne ne veut faire. Instagram c’est quand même franchement plus facile, on poste une photo, on met des cœurs, et puis c’est fini, l’engagement d’un réseau social centralisé c’est quand même autre chose que de gérer dix conversations différentes à travers des blogs.

J’aimerai synthétiser ce qui précède car cela me paraît fondamental :

  • le jdh a son utilité car la veille organisée de dizaines de personnes amènera tôt ou tard des sites qu’on n’aurait pas lu. Le jdh est un bon outil, mais ce serait une erreur de penser qu’il est suffisant.
  • sans curiosité, sans besoin, point de renouvellement. Je vais découvrir des sites car je suis en recherche d’une information, si je ne cherche pas, je ne trouve pas, CQFD.
  • les gens qui écrivent, qui communiquent, ont la responsabilité de faire connaître les sites qu’ils apprécient, car c’est une façon de découvrir un besoin qu’on n’avait pas imaginé. Je vais peut-être lire un article sur un sujet qui m’est inconnu, une idée à laquelle je n’avais pas pensée, comme aujourd’hui je suis sûr que vous allez être nombreux à faire le ménage dans vos documents pour numériser et télécharger des notices, et je vais vouloir appliquer cette idée.
  • il me paraît important de participer aux échanges car lorsqu’ils sont concrets, c’est un enrichissement pour tout le monde.

Je pense que le problème est quand même francophone. Les américains ont l’air d’avoir pas mal de gros sites Linux avec une réelle visibilité, mes recherches d’ailleurs ne m’amènent que rarement vers des blogs anglo-saxons, l’audience étant certainement captivée par ces gros sites. Les américains n’ont absolument aucun complexe avec leurs articles qui relèvent parfois du clickbait comme on peut le voir ci-dessous.

Les quatre manières de rendre plus beau Xfce, il s’agit d’un article qui doit peser 500 mots avec des gros titres et des images, pour expliquer seulement comment changer des icônes ou les meilleures terminaux en ligne, il est certain que cela ne fait pas rêver, en tout cas pour un power user, néanmoins, il y a une réflexion à faire quant au fait que l’internet est en temps différé, si je sais comment rendre moins moche Xfce, celui qui se lance et qui débute dans Linux sera certainement content de découvrir ce genre d’astuces. On peut donc imaginer une roue de déterrage des articles qu’on remettrait au goût du jour, des petites astuces, des listes de logiciels, des traductions de Distrowatch car tout le monde ne parle pas l’anglais et ça vous fait un site. En France, l’extrémisme dans le logiciel libre finit par scier la branche sur laquelle on est assis. Si vous reproduisez un contenu de Distrowatch pour vulgariser, vous êtes un salaud, si vous publiez un changelog avec un peu de contenu un fainéant, il est par contre de bon goût d’écrire un tap tempo dans tous les langages de programmation, bienvenue en France. Le clickbait c’est peut-être une marque de professionnalisme même si ça peut choquer, la différence entre le gros site structuré et le blogueur écrivaillon comme je le suis qui se lance dans des billets de plus de 1000 mots de façon systématique. Les gens qui me suivent depuis de si nombreuses années, remarqueront que je suis en train de tenir un discours contradictoire avec ce que j’écrivais il y a peut-être sept ou huit ans, à une époque où l’offre d’information était bien plus importante qu’aujourd’hui. Oui je préfère le contenu original, oui j’aime savoir que le type a sué sur sa page de blog, mais la présence d’un Clubic, jdn ou un site qui vit de la publicité avec souvent des articles au rabais, est un manque dans notre univers francophone où plus personne n’annonce les nouveautés logiciel, les nouvelles distributions, ou des listes de logiciels pour un usage donné, c’est une carence.

Le déplacement des contenus vers la vidéo est une logique, la jeune génération n’aime pas lire, on aurait pu imaginer une arrivée massive de chaînes Linux, ce n’est pas le cas. Les chaînes Linux francophones ne M’apportent pas grand chose, JE les trouve techniquement mauvaises à bien des égards, dans la présentation, dans l’expression, c’est de l’amateurisme. Je n’ai rien contre l’amateurisme, si je dois refaire de la vidéo, je ferai comme d’habitude en une seule prise dégueulasse au smartphone, à partir du moment où on n’a aucune prétention, ça ne se discute pas, on est libre de faire ce qu’on veut de son temps libre. Dès lors quand on voit ça, on se dit qu’il manque aussi en France des Youtubeurs semi-professionnels avec une orientation Linux et logiciel libre.

Alors effectivement si on continue comme ça, on va tous mourir. Comme l’a plus ou moins écrit Cascador dans notre échange, on a quand même la sensation que la vulgarisation Linux n’est plus une préoccupation, et que le Linux Francophone est le terrain de jeu des élites et des administrateurs systèmes. Il est certain qu’il y a beaucoup moins à dire sur le bureau Linux sauf si on le décide, si on se répète, qu’on n’a pas honte de le faire, bien au contraire, qu’on le revendique. Il est tout aussi certain qu’il y a davantage à dire sur l’administration système, sur l’installation des serveurs, des logiciels qui font le cloud, et qui renvoient Linux à une situation d’il y a quinze ans, un outil pour les geeks et les professionnels.

On a beau dire que les américains sont des abrutis, qu’ils ont voté pour un président qui appuiera sur le bouton rouge et pourtant les américains ont encore des choses à nous apprendre, en terme de communication, mais surtout de rigueur. Regardez la qualité des sites internet ou des vidéos, nous sommes franchement loin derrière.