Esprit embrumé, anesthésié

24/11/2018 Non Par cborne

Mon dernier billet remonte à mardi, j’étais dans un état second, nous sommes aujourd’hui samedi c’est pire. J’écrivais que je commençais à saturer de la loi de Murphy qui s’acharne, je suis dans le même état d’esprit. J’en ai ras le bol, je file paranoïaque, je réagis au quart de tour, je suis tendu comme l’arc de Robin des bois, je perds le sens de l’humour, il va falloir que ça se tasse.

La crise des gilets jaunes me mine. Cela peut vous paraître idiot, mais d’une région à l’autre les choses ont l’air de se passer différemment, par ici on déguste. J’avais une semaine de trois heures de cours du fait que mes élèves de troisième soient en stage et encore heureux, pour trois journées de travail j’ai passé 10 heures dans la voiture. Jeudi je suis parti à 5h50 du matin de chez moi pour être sûr de pouvoir assurer mes deux heures de cours du matin démarrant à 8h05. Les gars étaient déjà sur le rond-point à 6h20. S’il y a quelque chose qu’on ne peut pas rejeter, c’est la détermination des gens qui tiennent les positions, même si je ne partage pas leurs opinions, encore faudrait-il comprendre lesquelles. Je lis beaucoup sur le sujet, je m’informe, trop certainement, et cela fait partie de mon caractère, après tout si j’arrive en retard au boulot, j’arriverai en retard. D’autres collègues se posent moins de questions et ont rebroussé rapidement chemin. Je suis en permanence en train d’analyser ma timeline Facebook qui reste le meilleur moyen d’information pour savoir si ça passe, le reste du temps je lis les actus sur la thématique. Facebook pour s’informer correctement, Google pour se déplacer correctement, il y aurait long à dire.

Il est certain que le discours hypocrite de la taxation des carburants pour faire croire que saigner les gens va les faire passer plus rapidement à la voiture théoriquement moins polluante, c’est une provocation. Je ne me leurre pas, avec le président qu’on a, celui qu’on mérite puisqu’il a été élu démocratiquement, les mesures qui seront annoncées mardi et qui en aucun cas ne correspondront à un arrêt de l’augmentation des taxes, raviveront certainement un brasier qui est aujourd’hui très difficile à apaiser mais aussi à comprendre. Des interrogations quant aux accointances de certains leaders avec l’extrême droite, des actes de violence jusqu’à l‘intrusion dans le domicile d’un député, vous noterez que ça se passe dans l’Aude, des journalistes agressés, le mouvement est largement entâché. Le quotidien est difficile, on sait quand on part, on ne sait pas quand on arrive, le soir c’est la même chose, pareil pour les transports en commun pour les enfants, les rayons des supermarchés vidés, des gens plutôt louches qui font la circulation, on a la sensation de se retrouver dans un film post-apocalyptique, où plus rien n’est sous contrôle.

Vendredi matin, j’ai eu le monsieur de Carglass qui est passé pour changer mon pare-brise. Je vous rappelle que ce jeudi c’est le changement du silencieux du partner qui menace de tomber, et c’est le contrôle technique, se présenter avec un pare-brise explosé aurait fait un peu désordre. Le monsieur très sympathique m’explique qu’il le sent passer, Carglass ferme désormais le samedi, les salariés sont ramenés à 32 heures et la prime de fin d’année est annulée. Ce pauvre homme qui ne doit pas faire partie des nantis mais de la classe moyenne ne doit pas avoir droit à travailler normalement et recevoir son chèque de fin de mois. La situation commence à devenir réellement difficile à comprendre, si certaines actions visent à faire perdre de l’argent à l’état avec les radars par exemple, ou la levée des barrières d’autoroute, c’est directement le porte-monnaie du voisin qui est atteint.

J’écrivais dernièrement la phrase de Besancenot, « Le comble du comble, c’est qu’on vit dans un monde où ceux qui gagnent 150.000 euros par mois en exploitant les autres arrivent à convaincre ceux qui vivent avec 1500 que la cause de leur problème sont ceux qui vivent avec 2000 ou avec 500 ». Si la phrase trouvait tout son sens et qu’elle continue à s’appliquer, s’appliquera demain encore et pour longtemps, tant que nous n’aurons pas changé de façon drastique de vivre, il apparaît que les gens qui gagnent 500 €, 1000 ou 1500 n’ont pas besoin d’attendre que le patronat, les gens riches nous divisent, ils le font très bien tout seul.

En s’en prenant à ce que représente le black friday, c’est l’illustration de ce que j’écris plus haut. Car concrètement qui est pénalisé dans le blocage de la grande surface ? Le patron qui ne va pas vendre et qui risque de fermer boutique. Le salarié qui risque de perdre son emploi, celui qui voulait consommer. D’une revendication précise sur la taxation, l’action concrète c’est celle du gars malheureux qui a décidé de pourrir la vie de son voisin pour que lui aussi se retrouve dans la même détresse.

Et pourtant il y en a quelques bricoles à dire sur le black friday, sur le symbole que cela représente. Les fausses promotions, le consumérisme à outrance, ces grandes sociétés qui utilisent tous les artifices pour nous faire dépenser. Un état qui ne fait rien ni pour la vaste escroquerie, ni pour la pollution engendrée, ni pour les impôts non payés, ni tout simplement pour l’état d’esprit, l’éducation de la population qui doit arrêter de répondre de façon systématique aux sirènes de la consommation pour embrasser un autre mode de fonctionnement. Tant que les gens iront dépenser des fortunes dans des fausses promos, dans des produits dont ils n’ont pas besoin, dans des smartphones à 1200 €, il sera difficile de parler d’écologie, de circuit court ou de transition. 

j’achète donc je suis

Comme chaque année on voit quelques articles qui dénoncent ce comportement, des ONG qui invitent à faire autrement, ou le propos de cette créatrice que je rejoins. La bonne affaire c’est le juste prix, c’est l’achat raisonné, le bon prestataire, le bon service, l’homme honnête.

Les gilets jaunes en s’attaquant au black friday ne s’attaquent pas au problème de fond : l’éducation. Je ne vous ferai pas le discours de bobo gauchiste écolo, ce n’est pas le genre de la maison, mais c’est un fait. La planète crève, les comportements sont incohérents, la consommation à outrance c’est du grand n’importe quoi, et il faut éduquer les populations pour apprendre à mieux consommer, mieux vivre, plus en harmonie avec le monde et avec les autres. Malheureusement lorsqu’un élu évoque les restaurants parisiens à 200 € on comprend que les grandes lois du mieux vivre ne viendront pas d’en haut mais de nos comportements, de nos décisions, à titre individuel pour espérer qu’un jour la multiplication entraîne une vision collective.

Didier évoquait le bruit dernièrement, j’écrivais que j’avais sabré les sites d’actualité bas de gamme, je n’ai pourtant pas échappé au matraquage du black friday. J’évoquais aussi le fait qu’il fallait que je sabre dans les sites d’actualités, déjà que je vis mal la situation, un flux continu et anxiogène n’est pas fait pour arranger les choses. La déconnexion est impossible, c’est un leurre, mais je vais continuer à essayer de réduire la voilure, pas que dans ce domaine d’ailleurs.

Je me consacre beaucoup à l’informatique du lycée ces derniers temps et je me rends compte que je n’y arrive pas et qu’il faut que j’éradique désormais ce mauvais penchant de vouloir faire par moi-même pour faire des économies. Sur le principe vous me ferez remarquer que c’est bien, que c’est une bonne chose, que l’argent que je fais économiser au lycée c’est autant d’argent qui peut-être utilisé pour faire autre chose, c’est sûr, mais ça va s’arrêter. Dans les précédents établissements que j’ai fréquentés, le manque de moyen entraînait non seulement une confiance totale des équipes mais aussi un véritable enthousiasme quant aux solutions proposées. Grâce au logiciel libre, à du hardware à pas cher, on passait du rien à tout. Dans mon lycée, la problématique est différente, on a des gens qui ont été habitués à tout avoir, des gens qui ne veulent pas faire d’effort et qui refusent de penser autrement. Si je cherche à me désengager de cette responsabilité, alors je devrais avoir mis le moins de moi-même dans l’infrastructure de l’établissement.

Plutôt que de me plonger dans la technique en ce moment je reçois les commerciaux. J’ai reçu mardi un prestataire technique, j’écrivais à ma sous-directrice qu’il fallait que je commence à méditer sur la veste et la cravate plutôt que sur le jean et les baskets. Ma connaissance informatique me permet de discuter de tous les sujets et de savoir exactement ce que je veux. J’ai dit ceci à la commerciale qui s’était déplacée avec son technicien : « si mon garagiste m’annonce qu’il faut 48 heures pour faire une vidange, je change de garagiste, j’ai suffisamment de recul en informatique pour savoir le temps qu’il faut pour faire les choses et je ne supporte pas de me faire prendre pour un imbécile ». Ils ont tenté de me proposer un contrat de maintenance, j’ai dit que j’attendais d’abord de voir leur efficacité sur ma demande précise pour le faire confiance.

Je passe donc beaucoup de temps au téléphone, par mail, à étudier des propositions, et je dois me forcer à sortir partiellement de mon rôle de technicien.

J’imaginais dernièrement passer l’intégralité de mes postes en mode kiosque avec le mode invité d’Ubuntu, je vais faire totalement marche arrière pour toute forme de projet. Mon collègue est ravi du système TSE qui fonctionne correctement, nous resterons dans ce mode. Je ne prendrai même pas le temps de bricoler un serveur de cache ou un serveur pour régénérer les isos debian des postes clients, je vais arrêter de me prendre la tête même si à terme j’aurai perdu moins de temps que de lancer des upgrades à la main.

Le problème de l’informatique de mon lycée est très simple, il est à l’image de mon lycée d’ailleurs de façon générale : la boîte noire. Avec mon ancien chef d’établissement je ne mettais pas le nez dans la compta, dans les contrats, aujourd’hui c’est différent. On a découvert dernièrement que nous payions depuis des années un logiciel de comptabilité que personne n’utilise dans le lycée depuis des années. La priorité est donc désormais de mettre à plat, de documenter et de faire propre. Je teste donc les prestataires informatiques et je vais prendre la liberté de faire intervenir différentes sociétés sur des parties qui n’ont pas de lien. J’ai par exemple mandaté une boîte pour faire le plan du réseau, des switchs etc … et une autre pour faire propre sur le serveur et régler entre autre mon problème de profils provisoires sur le TSE des profs

Il faut que je souffle. J’en ai pris conscience cette semaine, l’opération de mon épouse, les inondations du mois dernier, la cheville de ma fille, la voiture, les gilets jaunes, ma vie de façon générale qui n’est qu’une succession d’emmerdements, souvenez-vous l’an dernier on rigolait avec les camions à caca et les canalisations, et pour souffler il est urgent de ralentir. Si ma volonté de vouloir tout contrôler est louable surtout quand on est fêlé comme moi, si j’accepte de confier ma voiture au garagiste, alors je dois accepter de confier certaines parties de l’informatique du lycée à un prestataire de confiance que je vais bien finir par trouver. J’ai de plus clairement identifié le travail à faire, un travail qui amènera à une simplification supplémentaire et qui permettra de récupérer une certaine forme de contrôle que nous n’avons plus vraiment. L’informatique du lycée fonctionne correctement, et j’ai envie de dire qu’il y a trop de hasard, presque que c’est un coup de chance. Sans documentation claire, au moindre problème on risque de passer pas mal de temps.

Se rajouter du travail supplémentaire avec du Linux dont tout le monde se moque dans mon bahut où on aurait pu rester avec des postes en Windows XP comme à mon arrivée, n’est plus à l’ordre du jour.

En ce moment je dois faire clair dans ma tête, récupérer mon corps, gérer comme j’ai l’habitude de le faire les problèmes qui se présentent les uns à la suite des autres pour espérer survivre et arriver vivant aux vacances de Noël. L’informatique est devenue une corvée, j’ai perdu une part de plaisir que je compte retrouver, pour l’instant j’ai plus de bonheur dans des choses très simples comme faire un gratin de courgettes.

Complément :