Escrocs, voleurs, tout ça, et après ?

16/02/2020 Non Par cborne

Envoyé spécial et Élise Lucet sont désormais les représentants d’une nouvelle forme d’inquisition, le journalisme qui dénonce les dysfonctionnements de notre société. Je crois que c’est effectivement l’un des rôles du journalisme, écrire quand ça ne va pas. Je réfléchis très sincèrement au moment où j’écris ces lignes si le métier ne se résume qu’à remuer la merde en attendant que d’autres trouvent la solution ou si le métier de journaliste c’est aussi apporter une réflexion quant à ce qu’on pourrait faire.

Avec Envoyé spécial. SAV, si les clients savaient… on s’est clairement arrêté à la dénonciation sans chercher à aller plus loin.

Vous aurez plus ou moins dans l’ordre, les extensions de garantie c’est pas bien parce que les vendeurs sont des voleurs. Le marketplace c’est pas bien parce que les vendeurs externes c’est des voleurs. Vous noterez d’ailleurs que ça commence à faire déjà beaucoup de voleurs. En effet, si vous allez acheter en magasin, le vendeur vous raconte fièrement ses meilleures techniques pour faire acheter à la petite vieille la télé la plus chère du magasin et comment refiler une extension de garantie sur des bouilloires à 40 balles qui ne tomberont jamais en panne. De l’autre côté, le marketplace c’est pas bien et l’enseigne qui offre la possibilité de le faire c’est pas bien, parce que le premiers n’offre aucun SAV quand l’autre n’aide pas le consommateur qui a pourtant acheté sur le site de l’enseigne même si ce n’est pas l’enseigne. Continuons.

Les réparateurs, ben c’est des voleurs. Les reportages d’envoyé spécial, c’est du grand journalisme. Comprenez qu’on fait des caméras cachées, avec des gars qui expliquent le système, les commissions et on piège des réparateurs pour tester leur compétence. Le premier réparateur prend 90 € pour rebrancher deux fils, le troisième en prend 60 € et le dernier explique que c’est la carte du lave-linge qui est mort. Le type explique qu’elle vaut 170 € et qu’à ce compte, il vaut mieux changer le lave-linge, il lui indique le magasin dans lequel il travaille en toute logique. C’est une panne que tous les informaticiens connaissent, le coup de la panne de la carte mère. Le PC démarre pas, c’est la carte mère. Il y a des messages bizarres, c’est la carte mère. Il y a toutefois dans cette partie un vrai problème de fond et je vais m’y arrêter, je dirais même au moins douze problèmes de fond :

Le prix de la réparation est variable et souvent très important par rapport au prix de l’appareil. Le prix initial de l’appareil n’est plus non plus un gage de qualité ou de garantie. J’entends par là et pour rester sur le domaine de la machine à laver, la mienne payée 250 € chez Electrodepot dans la marque Bellavita est celle qui me tient le mieux depuis quasiment 7 ou 8 où j’ai changé 4 fois d’appareil. L’information sur les pannes ne manque pas mais à posteriori. Souvenez-vous de mon imprimante Laser où le rouleau avait fondu, la panne avait été diagnostiquée mais après.

Le choix de l’appareil est complexe, les sites de vente où le premier demeuré vous met un message au bout de trois jours pour dire qu’elle est super bien mais n’apporte pas de recul nécessaire, montre le manque de forum, de blogs, de gens qui relatent comme moi (même pas honte), leur expérience sur le long terme. On se prend alors à rêver à des machines plus solides, des machines durables et réparables, malheureusement quand certains se lancent, ils échouent :

Voyez quand je disais qu’on soulevait uniquement dans le tarif de la réparation douze problèmes, je suis loin du compte. On pourrait évoquer ces gens qui veulent changer le monde, trop amateurs ou trop bloqués par les grandes compagnies qui jouent sur l’obsolescence programmée. Quand on voit qu’on en est aux balbutiements des indices de réparabilité ou de durée de vie, on se rend compte qu’alors qu’il fait 20 degrés en antarctique, que la fin du monde est à nos portes, et pourtant que la route est franchement longue.

On jette facilement l’opprobre dans le reportage sur le commerçant, escroc voleur tout ça, mais quelle réflexion porte-t-on sur le consommateur. Dans la partie sur le SAV du market place, la jeune femme est effectivement une victime, et pourtant je considère qu’elle est doublement responsable. Sa première responsabilité c’est de ne pas se renseigner avant. Qu’une dame d’un certain âge ne fasse pas la distinction entre le market place et le site de la marque, je peux le comprendre, et encore, la vieille dame n’achète pas en ligne. Une femme dans la trentaine qui a grandi avec les nouvelles technos, doit à mon sens apprendre à lire avant de se plaindre. Et forcément j’en viens au second point de culpabilité, si elle a fait trois clics sans se poser de questions c’est certainement parce que son appareil devait coûter moins cher qu’ailleurs. Le consommateur, le « consomacteur » désormais, court après le prix le plus bas sans s’interroger sur le comment, le pourquoi, on est moins cher ici qu’ailleurs.

Dans ma région, en tout cas je peux en parler à Narbonne, vous pouvez voir ce type d’affiches de partout :

Je trouve la campagne juste et pourtant honteuse à la fois, je m’explique. Dans le sud de la France, je ne sais pas si chez vous c’est pareil, pour encaisser un maximum de pognon les maires ont donné l’autorisation d’ouvrir des centres commerciaux gigantesques dans les périphéries des villes. Moralité, les centres-villes sont assassinés, on a tué le petit commerce. Quand on voit le carton que fait Amazon, ce n’est plus monsieur Michu petit commerçant qui est menacé et dont on se foutait mais c’est Carrefour et compagnie et là ça ne rigole plus.

Les habitudes de consommation sont déplorables mais la faute à qui ? Les supermarchés n’ont pas été construit par hasard, les sites internet où on laisse vendre tout et n’importe quoi sans contrôle non plus, la responsabilité est partagée par tout le monde, producteurs, pouvoirs politiques et la société et ses codes à la con. Je regardais cet article sur la Saint-Valentin où une femme rentre chez elle en larmes parce qu’elle n’avait pas eu de cadeaux et que ses copines en avaient. Bon dieu, dans quel monde on vit. Je suis souvent critique vis-à-vis de nos jeunes, certainement le fait d’être trop avec eux, j’espère qu’ils changeront tout ce foutoir de traditions à la con. Je lisais cet article sur le self-care, que je vous conseille, si on fait abstraction à nouveau de tout l’aspect commercial et de ces sociétés qui essaient de profiter de tout, le refus des conventions, la liberté de choisir ce qu’on veut et pas sous la pression, fera, je l’espère changer les choses. Et toujours dans cet esprit positif, Big Flo et Oli qui filent un demi-million au secours populaire, ou Lomepal et ses lundi simples, qui va donner à manger aux sans-abris dans la rue. Une information peu relayée, l’affaire Griveaux étant certainement plus importante pour les journalistes que les gens qui crèvent de faim dans la rue.

Nos sociétés sont malades, malades de consommation, malades de buzz, malades du paraître. Le jour où l’on commencera à se poser les vraies bonnes questions, à réparer nos cerveaux, on pourra alors réparer les objets.

La réparation c’est compliqué, le vieux c’est compliqué. Je vous avais dit qu’aujourd’hui, en ce samedi c’était journée de travaux, et je me suis rajouté un truc de plus, changer le robinet de la salle d’eau dont le chrome ou la matière brillante qu’il y a dessus était en train de pourrir. Lorsqu’on voit les tutos de bricolage, on voit que c’est fait en 15 minutes. Seulement c’est la théorie, la vérité est souvent différente. Le gars qui vous fait le changement de robinet en démo, le fait à partir d’un robinet neuf. La réalité c’est que votre eau que vous pensez avoir coupée, vous avez toujours un filet de flotte, que les cheveux de votre femme et de votre fille ça pue la mort, que c’est dégueulasse. Et puis accessoirement le gars oublie de vous dire que vous pouvez tomber sur un problème de rouille parce que tout ça vit quand même dans l’humidité.

Si vous regardez le boulon sur la gauche, dans les vidéos de démo vous prenez votre clé de 8 ou de 10 et ça passe tout seul. Comme vous pouvez le voir, le boulon est rouillé comme c’est pas permis. La corrosion fait que le truc est gonflé juste assez pour la clé ne passe pas. Vous vous retrouvez donc dans un tiroir qu’il a fallu retirer, à même le sol avec une visibilité pas terrible à devoir tordre les fixations. C’est l’architecte qui a commencé, j’étais en train de changer son SSD de PC pour passer à plus grand, quand on a vu le temps qu’il perdait, je m’y suis collé, on a perdu 1h30 pour changer un robinet contre 15 minutes théoriques. Ça c’est la réalité du bricolage, c’est la réalité de la réparation informatique, c’est la réalité du vieux.

Imaginez que je fasse appel à un artisan, le gars a un forfait de départ et si le forfait est dépassé, il va prendre nécessairement plus cher. Le premier réflexe serait de traiter le type de voleur, parce que c’est le premier réflexe quand on ne sait pas le temps que prennent les choses pour les faire. De moins en moins de gens veulent se lancer dans les réparations, dans le vieux, dans la rénovation parce qu’on sait quand on commence on ne sait jamais quand on finit.

Je vous montre le deuxième exemple, qui ne nous a pas fait rire non plus mais c’est ainsi.

À l’origine on partait pour changer deux carreaux seulement, on a dû en faire quatre. Vous pouvez faire ce que vous voulez, le burin n’est pas un outil chirurgical si bien que la faute à pas de chance, ça a explosé par deux fois les carreaux du dessous. La couleur sombre avec le blanc, idée de ma femme, moi personnellement si ma femme est contente que la salle de bain ressemble à Tétris, je suis ravi.

Je reste convaincu par quelques bricoles.

  • La consommation débile il faut arrêter, il faut changer sa façon de vivre, sa façon de penser.
  • Le DIY c’est le bien. Plus vous en faîtes par vous-même, plus vous apprenez, plus vous êtes fort, plus vous avez confiance, plus vous pouvez en faire.
  • Le DIY c’est le bien, on ne peut toutefois pas être compétent en tout. Il faut être généreux, si vous avez des compétences, partagez-les. Les survivalistes qui ne sont peut-être pas si fous quand on se dit qu’on va tous mourir et plus vite que prévu, se répartissent le travail selon les compétences de chacun. Même si j’en fais de plus en plus par moi-même, je fais toujours appel à l’architecte quand j’ai des doutes. Ça nous permet de partager un repas, et de repartir avec un SSD neuf et son PC à jour. Plutôt que de dire que Linux c’est de la merde, donnez de votre temps pour ceux qui veulent l’utiliser, même les distributions pourries comme Manjaro. J’ai reçu un message des parrains Linux qui demandent de faire de la promotion, comme je suis le roi du placement produit c’est chose faite.
  • Ne négligez pas les honnêtes réparateurs et acceptez de payer le prix s’il est juste. Mon garagiste est un homme de confiance qui a su le prouver plusieurs fois, je ne me pose pas de question, je paye.
  • Ne négligez pas les marques de confiance. Avec ma collègue de mathématiques, nous avons les premiers modèles de Numworks parce qu’ici et encore je peux en parler sans honte, nous avons fait partie des premiers à avoir confiance, à avoir envie de faire confiance dans cette marque qui a cassé les codes de ce marché que se partageaient deux acteurs. Ces premiers modèles rencontrent un problème d’impression des touches ce qui donne la photo que vous trouverez ci-après. J’appelle ça la calculatrice baveuse. J’ai posté sur le compte Facebook de la marque, très rapidement nous avons été pris en charge et nous avons des étiquettes de retour. Non seulement Numworks propose un bon produit, un vrai support, des évolutions, mais affiche une image positive en proposant des contenus de façon régulière et en copinant avec les profs de maths un peu visibles. Je pense notamment à Arnaud de chez Mathix qui un de ces quatre va recevoir des menaces de mort des syndicats parce qu’il travaille trop. Vous noterez que la stratégie est tout de même payante, je suis en train de faire l’éloge gratuitement d’une marque alors qu’on sait quand même que je suis un gros connard qui crache sur tout et sur tout le monde (on va tous mourir).

Ce billet de blog a été réalisé avec la musique de Boris Brejcha en concert au grand palais. Je ne suis absolument musique électronique, que voulez-vous que je fisse sinon du hardcore, mais je dois reconnaître que le gars vous transporte. Je salue son énergie, son style reconnaissable avec son masque de carnaval, le type est une machine, son public par contre est une véritable honte. Certainement trop transportés par la musique, ils sont open pour faire la sieste. Non ne soyons pas totalement injuste certains sont capables de lever leur téléphone …