En être ou ne pas en être telle est la question

17/11/2017 Non Par cborne

Il y a une question fondamentale que le libriste devrait se poser, parmi tout un tas de questions fondamentales et notamment celle-ci : est-ce que le message n’est pas plus important que le messager ? Dernièrement on a vu passer une alerte de 15000 scientifiques pour évoquer que nous allions tous mourir si on ne faisait pas quelque chose. Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme car nous faisons n’importe quoi et à outrance. Le message a été véhiculé de façon massive, mondiale, et ce sans se préoccuper de l’empreinte carbone qu’ils allaient générer ou de savoir si les groupes de presse qui ont diffusé l’information, n’appartenaient pas à des multinationales qui exploitaient des enfants ou parmi les plus gros pollueurs au monde. Quand il y a le feu on crie à l’incendie, on fait avec les moyens du bord, l’idée étant de sauver le maximum de personnes.

Pour aller droit au but, pour avoir une communication réellement efficace, ne faut-il pas utiliser les moyens à notre disposition même si ce sont ces mêmes moyens que nous dénonçons. C’est une question qui est souvent arrivée sur le blog, avec le recul, je pense avoir quelques éléments de réponse.

Il y a à mon sens trois axes qui sont à privilégier pour avoir une communication efficace :

  1. être efficace, ce qui est quand même la base
  2. être crédible,
  3. trouver le juste équilibre avec les paradoxes inhérents à la situation ce qui peut remettre en cause la crédibilité.

Voici pour ma part ce que j’appelle une mauvaise communication

J’ai installé Quantum sur un PC et j’ai eu droit à un message que je n’arrive pas à retrouver où l’on explique qu’il n’y a pas de notion de profit, de tracking, enfin ce genre de chose qui doit faire partie du fond de commerce de Firefox. Pour mémoire, la situation actuelle de Firefox n’est pas bonne, Chrome a tout dévasté sur son chemin pour au moins ces quelques raisons : chrome s’installe quasiment tout seul si on ne fait pas attention puisqu’il accompagne d’autres logiciels dans les installateurs et que les gens ne font pas attention, chrome est un navigateur très rapide, Mozilla a fait un travail catastrophique en terme de performance, de communication et de dispersion. Moi vous m’excuserez mais quand j’ai lancé 40 onglets et que je me rends compte qu’après en avoir fermé 39, j’ai encore 3 Go de RAM qui sont occupés, que le problème dure depuis des années, on ne me fera pas croire que Firefox est plus performant que Chrome. Pour quantum, je n’ai pas encore assez de recul, la version tablette est arrivée ce matin, il me faut quatre secondes pour ouvrir une page de la bedetheque, ce n’est donc pour l’heure pas très positif. Je vous évite les FirefoxOS, les pocket et quelques autres drôleries comme le Thunderbird abandonné puis repris, on va penser que je suis aigri.

La communication de Firefox sur le principe est la bonne, jouer sur une rapidité qui lui manque, jouer sur une sécurité renforcée quand on sait qu’on ne le voulait plus dans les concours de pwn2own, jouer sur la vie privée quand ce sera certainement l’un des enjeux demain. C’est donc efficace sur le principe, la crédibilité quant à elle a été largement écornée par ce qui précède, le paradoxe se trouve ici : Firefox: après trois ans d’absence, Google redevient le moteur de recherche par défaut. En gros, votre moteur de recherche désintéressé, qui respecte votre vie privée, vous présente Google comme moteur de recherche par défaut.

C’est un paradoxe idéologique mais une réalité financière. Payer des locaux parisiens une fortune, des développeurs c’est un budget, on sait que l’économie du don ne fonctionne pas, à un moment il faut bien se salir les mains et trouver un modèle économique. Le paradoxe devient donc compromis mais la conséquence directe c’est de ne pas trop raconter n’importe quoi dans sa communication, d’être irréprochable pour le reste. Quand est-ce que le paradoxe qui entraîne le compromis devient trop lourd à porter ? Au cas par cas de façon indéniable. Dans le cas de Firefox, la fondation en fait trop, si le passif n’était pas si lourd, si on avait qwant comme moteur par défaut, j’aurais envie d’y croire, j’y crois de moins en moins.

Quel est en cette mi-novembre 2017 mon message ? Acheter des ordinateurs d’occasion et installer Linux dessus. J’ai d’autres messages, celui-ci j’arrive quand même à le tenir pas trop mal et sur la durée, ce qui n’est pas forcément simple chez moi dans le domaine de la technologie où les choses évoluent trop vite.

Ma communication n’est pas efficace en tout cas pour l’instant : ce blog est lu par ceux qui le connaissent, avec un pourcentage de 52% de Linuxiens dans les lecteurs, Windows ne représentant que 25% (le reste c’est de l’inconnu, donc des crypto libristes) on peut donc dire sans trop se tromper, que les gens sont déjà au courant du message. C’est un peu comme le gars qui conseillerait d’utiliser des toilettes sèches à des gens qui vivent dans un village autonome, on rate le cœur de cible c’est à dire l’homme politique qui défroisse ses vêtements en faisant couler l’eau bouillante pendant trente minutes et qui a failli être notre président de gauche.

Pour être honnête, j’ai de plus en plus la sensation qu’écrire ne sert à rien, la seule action qui a du sens c’est l’action de terrain, l’action locale, comme une AMAP. Dans ce monde où tout va trop vite, où on a accès à trop de choses, j’ai la sensation que l’avenir passe par les petites communautés et les regroupements. L’écriture qui ne sert à rien, je dois mettre un bémol dessus, si quelqu’un fait une recherche sur internet il doit pouvoir trouver de quoi le dépanner, les wikis, les documentations, les tutoriels, les astuces, l’actualité, sont importants, pour le reste, ça n’est que du vent. J’ai écrit dans le billet comprendre que la suite serait agir, je vous avais fait le teaser, je vais vous expliquer en fait de quoi il s’agit, même si ça n’est pas encore réalisé. J’ai rencontré un membre d’Emmabuntus qui vit à Pézenas, dans un premier temps il va faire une intervention dans ma classe de seconde pour expliquer un peu le monde dans lequel on vit, la raréfaction des matières premières, les empreintes carbone et expliquer l’intérêt de faire vivre les appareils électroniques. J’aurai pu le faire moi-même, mais je pense que le message sera mieux entendu s’il provient d’une personne extérieure. A terme, je veux lancer de la récupération de vieux ordinateurs soit en don, soit les recycler en collant emmabuntus directement sur les PC. Là je suis dans le concret, la fameuse éducation pour les jeunes avec le discours, la reconversion du matériel avec en plus un rapprochement avec une association, si tout se fait et se met en place, jamais je n’aurai été aussi bon, organisé, utile et tous les mots que vous voulez pour aller avec. J’ai longtemps cherché comment être utile de ce côté là, j’avais pensé approcher un café de Saint-Pierre pour faire un repair café une fois par mois avec les vieux du village, mais finalement je me dis qu’il vaut mieux taper dans les jeunes, et sur mon lieu de travail où je passe mine de rien la majorité de mon temps.

Je vais donc faire le nécessaire du côté local, avec une communication qui sera faible mais de qualité. C’est un peu le problème des personnes qui ont 2000 amis sur facebook et qui se retrouvent seules pour faire un déménagement. Il vaut mieux avoir quelques personnes solides sur qui s’appuyer. J’ai aidé pas mal de gens de mon entourage sans faire le discours Linux, aujourd’hui je change de démarche en faisant désormais de l’explication, on m’a d’ailleurs donné un PC portable qui traînait dans un placard, le second je suis en train de mettre Debian dessus pour remplacer un vieil XP et coller Scratch pour le fils de ma collègue, un petit qui veut programmer. La qualité, c’est simple, l’aide est palpable, on a les gens en face, la main tendue. Si le lycée agricole de Clermont l’Hérault continue de vivre tel que je l’ai laissé avec ses machines sous Debian, c’est d’une part parce qu’un de mes anciens collègues a été convaincu par Linux, d’autre part parce que j’assure la formation du dit collègue qui se déplace de temps en temps sur Pézenas pour avoir un coup de main.

Je suis encore parti dans toutes les directions, je vais essayer de remettre la balle au centre

Je crois au lien, à la relation humaine, à la poignée de main qu’elle soit virtuelle ou réelle. On pourrait penser que je dénigre la relation virtuelle au profit du réel, ce n’est pas le cas, je privilégie la relation de qualité par rapport à la relation de masse. J’ai dernièrement eu des nouvelles de Stéphane Gibault. Pour les plus jeunes d’entre vous ça n’évoquera pas grand chose, pour les vrais aventuriers, vous vous rappellerez de 2ManDVD et de Smile les outils de réalisation de menu DVD et de diaporama vidéo un peu fous. Cela faisait un long moment que je n’avais pas eu de nouvelles, cela fait partie de la vie, mais ma porte reste toujours ouverte, enfin mon mail. Stéphane s’est lancé dans une application de mathématiques pour les gosses sur android que vous pouvez télécharger ici. (libre, gratuit tout ça). Du fait d’être enseignant en collège et lycée, à part dire que le logo était affreux et que le nom faisait penser à la barre d’outils pour Libreoffice, je n’ai pas pu aller plus loin, si bien que j’ai passé le bébé à Matronix et Cyrille Largillier dont c’est le métier. Cyrille a pondu un pavé conséquent qui va pouvoir aider Stéphane à faire un meilleur programme. Le lien virtuel est aussi important que le lien réel surtout quand dans notre cas nous sommes isolés dans notre sujet complexe, l’internet permet de franchement abolir les distances.

Il est certain que le réseau local, libre à moi de me lancer et de le développer comme je suis en train de le faire en allant frapper aux bonnes portes. J’ai envoyé un mail à Montpellibre pour avoir un intervenant, et c’est Patrick d’Emmabuntus qui a répondu, et qui m’a mis en relation, voyez encore le virtuel au service du réel, pour le virtuel c’est plus difficile. Je suis indéniablement connu dans le milieu et j’ai de nombreuses relations mais ce n’est pas nécessairement suffisant surtout quand à l’heure actuelle je n’interviens sur aucun réseau social, j’ai des commentaires fermés, j’ai pris certaines distances avec le monde du libre.

Faisons une synthèse. Je suis très perplexe sur les réseaux diaspora* et mastodon. Je pense qu’il y a un réseau de trop, que la décentralisation est un leurre car on reste finalement toujours sur le serveur de quelqu’un. Les installations sont complexes, nécessitent des compétences notamment en sécurité, il ne faut donc pas s’étonner que tout se joue entre quelques instances. Bien sûr la différence se joue dans la non exploitation des données privées, l’absence de tracking, de pub, mais mon combat pour l’instant ne se situe pas ici, moi comme précisé plus haut, ce sont les ordinateurs à sauver en les faisant migrer sous Linux. J’ai de mauvais souvenirs de diaspora*, et même s’il faut reconnaître que je n’ai pas fait grand chose pour être raisonnable sur ce réseau, j’ai trouvé que l’ambiance était trop révolutionnaire à mon goût et n’était pas en adéquation avec ce que je recherche : un réseau de gens compétents pour se dépanner les uns les autres ou un réseau dans lequel porter la bonne parole.

Reste deux réseaux sur lesquels on peut s’interroger : Twitter et Facebook. L’arrivée de Mastodon n’a pas été et c’était prévisible le bouleversement tant annoncé. Si certains ont joué le jeu comme Tristant Nitot qui ont abandonné leur profil Twitter au profit de Framapiaf (voyez encore le problème de centralisation), la très grande majorité des gens continuent d’alimenter leur compte Twitter. L’intérêt de Twitter par rapport aux autres réseaux sociaux c’est que vous trouvez tout le monde, pas que l’informatique, un monde qui de façon très théorique est plus éduqué qu’ailleurs, de façon mais vraiment très théorique. Facebook doit être pris en considération, plus d’un milliard d’utilisateurs, toutes les couches de la société, pour certains l’internet s’arrête aux réseaux sociaux qui ne consultent que ces sites. Par le fait comment vouloir porter la bonne parole si on ne fait pas l’effort d’aller chercher les gens où ils sont ?

Ce très long billet de blog va s’arrêter ici car je n’ai pas les réponses, je peux vous dire globalement vers quoi je compte m’orienter sans me précipiter puisque c’est mon nouveau mot d’ordre.

  • aller à la rencontre des gens. Un de ces quatre il faut que je me fende d’aller à Montpellier même si ça me gonfle de faire de la voiture pour aller voir du monde là bas.
  • trouver un moyen d’être en contact avec des gens pertinents. J’ai la chance d’en avoir quelques uns qui me font le plaisir et l’honneur d’être sur le forum, il est certain que je n’arriverai pas à faire venir la terre entière, c’est à moi de faire l’effort d’aller vers les autres.
  • trouver un moyen de faire passer son message à un maximum de gens et par le fait réfléchir à passer par une page facebook, que je ne serai pas capable de gérer pour l’instant sachant qu’en plus ce serait un nombre important de mes élèves qui viendraient s’y coller et je ne pense pas que ce serait efficace, je me trompe peut-être.