En attendant la fin du monde

07/05/2020 Non Par cborne

Avec du recul, à quoi devait ressembler le déconfinement du 11 mai ? On faisait rentrer tout le monde parce que c’est la catastrophe pour les gosses qui sont à l’abandon et qui ont décroché. Seulement 5% selon la police, même si Jean-Michel dit qu’on est passé de 10% environ à 4% alors que dès le départ, il avait quand même sorti 4. On doit être franchement plus fort dans l’éducation nationale que dans l’agricole, hier je n’ai reçu que 40% du travail pour mes élèves de troisième. On part pour être à la maison jusqu’au 4 juin au mieux, ça va devenir compliqué d’aller jusqu’au 4 juillet.

Qu’est-ce qu’on annonçait dès le début ? Que c’est une vaste hypocrisie, que si on avait voulu s’occuper des gosses à problèmes, ce n’était pas la période du COVID qui allait changer quelque chose, mais avant. Un enfant avec des problèmes en lien avec sa scolarité, n’a pas attendu le COVID. Néanmoins force est de reconnaître que cette période a tendance à tout démultiplier. On annonçait aussi que s’il fallait garder les enfants pour que la France puisse redémarrer et éviter de sucer les cailloux qu’on finira par sucer quand même, nous garderions les enfants.

Et finalement ça va ressembler à quoi ?

Même s’ils sont prioritaires les enfants « défavorisés » ne viendront pas à l’école car on ne s’est pas donné les moyens d’aller les chercher. Nous avons des enfants qui sont effectivement sortis des radars, d’autres qui sont en train de le faire avec des familles qui ne répondent pas. Mon côté de droite profonde enverrait bien la police et les assistantes sociales pour aller faire un petit pointage. Je pense que les forces de l’ordre ont d’autres chats à fouetter quand les services sociaux déjà noyés dans la masse des dossiers et se préparent à une nouvelle vague. Le confinement démultiplie tout, y compris la violence dans les familles. L’absence de notes, l’absence de pression, l’absence de carotte et de bâton, tout nous a été retiré. Nous aurions pu par exemple maintenir les troupes en expliquant qu’un élève que nous n’avions pas vu pendant 4 mois c’est un élève qui ne passe pas en classe supérieure. Le cadre de la note d’assiduité n’est toujours arrivé. C’est le temps de la préparation pour l’orientation des troisièmes par exemple, les élèves portés disparus ne seront pas sanctionnés, les élèves et leurs familles qui ont fait le maximum pendant toute cette période ne seront valorisés certainement que par des appréciations. On sait bien que les appréciations ne nourrissent malheureusement pas l’homme, disons pas plus que les cailloux.

Alors qu’on sait que les pauvres gosses de maternelle et même de primaire ne sont bons qu’à se chopper pour se marave ou se faire des bisous, que les sixièmes et les cinquièmes se tapent dessus, et je vous raconte pas si l’un d’eux à l’idée d’amener un ballon, ils seront les premiers à rentrer. C’est normal, ils ne sont pas capables de se garder tout seul à la maison. Le fait que les plus grands ne rentrent pas, est particulièrement significatif, ils savent se débrouiller.

Je crois qu’on peut dire sans trop se tromper qu’après avoir tenu un beau discours de gauche pour sauver les 5% d’enfants pour qui ça débloque dans le système, on a réussi à basculer dans le doux monde du MEDEF où désormais l’école va contribuer à l’effort de guerre et sauver ce qu’il reste de l’économie française. Il aurait fallu commencer par là.

L’inquiétude pour ma part n’est pas vraiment le virus, 0.5% de morts, 0.6, ce n’est pas la reprise que je ferai ou que je ne ferai pas, c’est l’organisation du mois de septembre. Car, si on table ici sur 30% des effectifs à tout casser, dans un objectif de garderie, c’est tout le système qu’il faut repenser l’an prochain. Il apparaît que de nombreux enfants ne sont pas capables de travailler de cette manière et pas seulement mes élèves de l’enseignement agricole qui se destinent à un parcours professionnel mais bien l’ensemble des élèves dont les problèmes que toute l’éducation soulève depuis des années : manque d’autonomie, de curiosité, de volonté, et j’en passe. Livrés à eux-mêmes, avec les technologies, à devoir chercher d’autres façons de chercher l’information que de lever la main, ça tourne à la catastrophe. Pas que chez les élèves, les enseignants sont concernés et certains auront fait six mois de vacances. On n’est pas rendu.

Alors que les entreprises pour beaucoup vont se pencher sur la norme du télé-travail, l’école doit y réfléchir de façon maîtrisée et partielle. Maîtrisée parce que certains enseignants tournent encore sur discord ou sur zoom, maîtrisée parce que le discours ambigu sur le logiciel libre et les services temporaires ne peut plus durer et l’état français doit mettre en place ses propres outils collaboratifs pour travailler. Partielle parce que nos jeunes vont finir par péter les plombs à cause de la coupure sociale. Il n’est possible de faire de l’enseignement à distance uniquement parce que vous avez créé un lien en présentiel. Il faut donc construire une relation forte entre les élèves et l’enseignant pour que cela fonctionne à distance. Ce lien passe par une présence en classe avec de vrais personnages qui ont peut être du sens actuellement virtuellement parce qu’on les a côtoyés en vrai. Il faudra donc réussir à trouver la combinaison magique permettant de faire venir les élèves à l’école mais pas trop et d’assurer les cours à distance.

Quand les syndicats réclamaient des augmentations de salaire, de meilleures conditions de travail, nous participerons à l’effort de guerre, pour ceux qui auront compris les enjeux, je ne parle pas de ceux qui pensent être en vacances depuis le mois de mars. Déjà que le métier d’enseignant n’était pas le plus rigolo du monde, où tu comptais peu tes heures de travail, avec ce nouveau rythme qui se profile où tu vas devoir faire cours en présentiel et à distance en même temps, ça va devenir franchement chaud patate. Si tu as un gros diplôme va surtout pas enseigner et va télé-travailler dans une boîte qui ne dépend surtout pas du transport.

Pour l’heure, le déconfinement va accélérer le processus de mort rapide de cette année scolaire 2019-2020. Nos jeunes sont à bout, parce que c’est différent, c’est pas bien, mais sont surtout dans une rupture sociale dont ils ne veulent plus. Comprenez que coincé à la maison, déjà qu’on se retrouve avec trois classes à 60% qui ne font rien parce que les parents ont repris le travail ou les parents ne regardent pas ce que font le jeune, alors qu’il a déjà vu Netflix trois fois et devenu champion du monde de Fortnite ou a épuisé toutes les positions possibles et les tenues du placard pour les selfies, lorsqu’on va appuyer sur le bouton open, l’école sera finie pour de bon. Les gamins iront traîner ce qui leur donnera une raison de plus de ne rien faire.

Je suis pour ma part dans ces périodes de transition que j’abhorre. D’un côté des gamins qui ne font rien dans des conditions qui ne sont pas vraiment au top avec une incertitude complète sur des tas de domaine : rentrera rentrera pas, mutation ou pas mutation. En effet, si je suis muté, j’ai des cours de sixième, cinquième et quatrième à faire ce qui n’est pas rien. Si je ne suis pas muté, de bonnes chances pour que je fasse chauffer la PS3. J’ai pris du poids, je ne suis pas productif comme je le voudrais, même si ce n’est pas si dramatique. On s’occupe :

Je cuisine, je fais des gâteaux avec ma fille. On a commencé à désherber l’intégralité de la rue, le village est laissé à l’abandon. Si la limite des 100 kms est respectée nous devrions être seuls dans la rue sachant que nos voisins les plus proches sont de Toulouse et que même à vol d’oiseau, ça passe pas. Je vous laisse trouver quelle est la rue Borne. On en a profité pour faire les terrasses des voisins, c’est un bon défouloir.

J’ai installé un ordinateur portable pour ma femme pour aller bosser. Elle a un ordinateur dans la classe mais d’une part, il n’y a pas l’intégralité de ses documents, d’autre part y accéder avec un sens de circulation sans s’approcher de trop d’un gamin ça va être tendu. Pour récupérer l’intégralité d’un Firefox et d’un Thunderbird, vous procédez à l’installation des deux logiciels, vous videz ensuite les répertoires dans appdata local et roaming puis vous faites un copier coller des répertoires que je viens de citer, ça passe comme une lettre à la poste, vous récupérez l’intégralité des mails et des répertoires.

Ils sont certains à me prédire un retour sur Windows 10, ça ne se fera pas, même si c’est mal de dire fontaine je ne boirais pas de ton eau. Le nombre de mise à jour, le paramétrage, Windows c’est quand même un truc qui vous file le vertige, ça bouge dans tous les sens. Je rajouterai de plus que l’approche de Windows 10X laisse présager encore du changement.

Je vais moi-même profiter du déconfinement pour relancer deux trois bricoles restées en suspend. Les dents de sagesse de la jeune, l’opération était prévue au mois d’avril, ne te déconfine pas d’un fil, ses heures de conduite pour passer à la conduite accompagnée, le permis de conduire du jeune. Sachant que pour l’ensemble cela reste un gros point d’interrogation, et pour les conditions d’opérations sachant que l’intervention sera planifiée quand on peut en espérant ne pas se retrouver en pleine seconde vague dite de l’apéro et pour l’ouverture des auto-écoles qui n’étaient pas déclarées comme prioritaires. À part m’acheter une paire de pompes, je n’ai pas de raison particulière de changer le gros de mon mode de vie, à savoir aller marcher en bord de mer et faire mes courses au supermarché du coin. Peut-être me laisser tenter par un tour à Bricodepot pour acheter du crépi. Je suis sérieux pour le crépi et c’est pas pour placer le crépi c’est la vie, le crépi a pris un coup, c’est l’occasion.

Je vais vous montrer pourquoi il y a de fortes chances pour que je ne fasse plus jamais de documentations écrites et que je peux comprendre pourquoi les gens s’orientent vers la vidéo. En un écran, celui-ci :

Cette fenêtre Libreoffice a son interface qui vient encore de changer. Ce n’est pas la première fois que je le constate dans le logiciel avec des éléments qui se déplacent y compris dans les menus. Jusqu’à maintenant, pour mes cours d’informatique notamment, je faisais des captures d’écran, des annotations dessus, etc … À partir du moment où des devs s’amusent à bouger les interfaces dans tous les sens sans pour autant améliorer les fonctionnalités, se lancer dans un travail à l’écrit est beaucoup plus long que de faire une vidéo avec un engagement beaucoup plus faible, de quelques minutes. À la sortie, avec toute une génération qui est orientée uniquement vers l’image, des interfaces qui changent tout le temps, l’écrit n’a de sens que pour la ligne de commande et les fichiers de conf, et encore. Si Libreoffice reste vraiment un excellent logiciel, de plus en plus complet, son interface vagabonde ne donne pas envie de le documenter.

Puisque j’évoque la ligne de commande, je vous montre celle-ci :

Il s’agit du logiciel Ventoy qu’a présenté le blogueur Korben. C’est l’équivalent d’un multisystem pour faire des clés USB bootables. À la grosse, très grosse différence, c’est qu’une fois la clé installée en ligne de commande (petit moment de stress comme quand on fait un dd), on fait directement un copier coller des isos. J’ai fait l’essai avec Clonezilla et Gparted, ça passe :

L’intérêt est évident, les procédures sont longues, il faut de façon systématique modifier la clé USB pour supprimer l’iso puis passer la moulinette qui va décompresser l’iso au grand complet pour la mettre sur la clé. Ici c’est différent, puisqu’il suffira de supprimer l’iso d’origine dans l’explorateur de fichiers et de faire un copier coller. Ceux qui ont l’habitude de la gestion de ce type de clé savent qu’on a souvent tendance à en faire une jolie au départ qui finit par prendre la poussière au gré des sorties TRÈS répétées des versions.

Pour finir, j’ai trouvé une utilité à mon abonnement 4G en cette période et mes 20 Go de data. J’ai pondu deux vidéos de maths à l’arrache dont une magnifique sur les probas avec les couverts de la maison. Avec mon petit upload de mon ADSL et avec la qualité du téléphone de mon fils, aux environs de 1 Go les 10 minutes de vidéo, il me faut 2h30 d’upload. Moins de 10 minutes en 4G. Bien évidemment l’upload et le download sont confondus au niveau d’un forfait mobile si bien que c’est 2 Go que je viens de me prendre dans la tête. Du fait d’être encore confiné, du fait de ne plus avoir aucun réseau social, à part Youtube, l’utilisation en bande passante est donc particulièrement faible, à l’heure actuelle proche de zéro. J’étais tellement content de la rapidité du débit que je suis allé regarder du côté de la box Bouygues 4G. Malheureusement, alors que je suis abonné chez eux pour le forfait mobile, on ne me le propose pas sur le fixe. Les autres opérateurs proposent uniquement des enveloppes à 200 Go de DATA, on attendra le déploiement de la fibre.

À bientôt pour de nouvelles aventures.