Elfes, nains, orcs et gobelins l’univers de Jean-Luc Istin

03/02/2019 Non Par cborne

V1 du mois de février 2018

V2 du mois de février 2019

La bande dessinée elfes est actuellement composée de vingt tomes et ce n’est pas fini, et c’est presque dommage, on a une première fin au tome 17. Le concept est le suivant, plusieurs scénaristes, plusieurs dessinateurs, les tandems prenant en charge chacun un univers de la bande dessinée, cinq univers. En gros, les albums 1, 6, 11 etc … sont en lien avec les elfes bleu, les elfes de l’eau. Les albums 2, 7, 12 avec les elfes verts, ceux des forêts. 3,8,13 pour les elfes blancs, 4,9,14 pour les demi-elfes et les multiples de 5 pour les elfes noirs. Ce qu’il faut déjà préciser c’est que le scénario est certainement l’un des mieux ficelés que j’ai eu l’occasion de lire dans le domaine de la fantasy et que la bande dessinée se hisse au niveau des meilleurs bouquins de fantasy, pulvérisant au passage une série comme les chroniques de la lune noire qui était un peu la référence de la « grande bataille ». Le dessin n’est pas mis de côté, les albums sont de grande qualité, pour un univers parfaitement cohérent car c’est l’illusion de cinq univers, tout finit par se rejoindre, la différence se faisant du point de vue de la narration, la même histoire focalisée sur telle ou telle couleur. Les cinq premiers tomes sont cruciaux ils plantent le décor, avec les elfes bleus on a une enquête policière sur un village elfe qui a été entièrement massacré. On va découvrir rapidement qu’il y a de la nécromancie là dessous. Avec les elfes verts, c’est l’union entre les hommes et les elfes dont il est question, les vieilles alliances du passé qu’on aimerait faire ressurgir. Pour les elfes blancs, on ne va s’intéresser principalement ou presque qu’à un chasseur qui parvient à dompter un dragon blanc. Les semi-elfes sont des êtres qui sont rejetés de tous et qui cherchent la terre promise. Enfin pour les elfes noirs, le traitement est innovant, être un elfe noir c’est une tare génétique dans les différentes espèces, des enfants de toutes les races elfes qui finissent par devenir des psychopathes et qui sont envoyés dans la cité des elfes noirs pour devenir des assassins. Passé un certain nombre d’albums, le monde est envahi par les goules dirigées par une nécromancienne qui cherche à se venger, on ne sait pas trop de quoi. Il est difficile dans le traitement de ne pas penser à un savant mélange de walking dead pour le comportement des zombis et de game of thrones pour les interactions politiques.

Comme je l’ai précisé plus haut, il est assez étonnant d’avoir une telle cohérence scénaristique, artistique, alors que tant d’auteurs différents interviennent. Les albums sont prenants, les personnages sont très bien travaillés, on finit même par s’étonner alors que c’est la maladie de la bande dessinée francophone de ne pas tomber dans l’allongement inutile de l’histoire pour vendre davantage d’album. A part un album sur le destin d’une cité demi-elfe qui n’apporte vraiment rien à l’histoire mais qui reste très bien écrit, chaque tome apporte sa pierre à l’édifice. Au tome 17 une partie de l’histoire se finit avec une grande bataille très épique et on part vers de nouvelles aventures, on en continue certaines qui n’avaient pas trouvées d’issue. Je suis moins convaincu, mais il paraît complètement évident qu’il faut laisser leur chance aux auteurs. En effet, au départ je pensais que chaque série était parfaitement isolée dans un même univers, quelle surprise de voir tout ce beau monde se réunir, si bien qu’il n’est pas impossible que dans dix tomes, on redémarre sur un tronc commun. Elfes est indiscutablement le renouveau de la bande dessinée fantasy francophone.

Forcément quand vous avez une bande dessinée qui cartonne, il est plus que tentant de faire des séries parallèles, le premier exemple qui me vient en tête c’est Lanfeust et tous les petits qu’il a laissé derrière lui : les conquérants de Troy, Trolls de Troy, Gnome de Troy. Il se trouve que finalement cette deuxième série est meilleure que la première, ce qui est tout de même assez exceptionnel. On va retrouver cette même notion de cycle, à savoir cette fois, les nains assassins, les nains de la forge, les nains errants qui ont été déchus, les nains soldats, les nains un peu magicien. Pour moi, avec les deux albums sortis autour de Redwin de la Forge, et plus précisément le tome 6 Jorun de la forge qui fait intervenir son fils on a certainement le meilleur album de Fantasy que j’ai eu l’occasion de lire depuis une décennie, et certainement l’un des albums les plus forts pour expliquer les relations père fils. Redwin est d’ailleurs un personnage tellement charismatique qu’il fait partie des héros de la série Elfe. La force de la série Nains est encore une fois scénaristique, dans la maîtrise de l’univers par ses auteurs, mais surtout le travail réalisé autour des personnages. Alors que les elfes sont des êtres qui ont l’éternité devant eux qui sont détachés du matériel, une certaine noblesse, du mépris pour les hommes, les nains sont cupides, revanchards, calculateurs, déterminés, toute la bande dessinée est construite autour de ces préceptes. Chaque album, on est face à des nains qui veulent gravir l’échelle sociale, se venger, ou comme c’est le cas pour les errants, qui payent le prix de leur cupidité. Un nain qui trahit son roi pour lui voler son argent et qui finit par perdre tous ses avantages. C’est une véritable réussite car chaque personnage de nains n’est pas franchement bon, n’est pas franchement beau, le glamour par exemple même s’il est présent est plus difficile à amener du fait de la forme des personnages. Ce que j’essaie d’exprimer c’est qu’il faut ramer deux fois plus fort, car finalement un nain n’est pas vraiment le personnage qui fait rêver, auquel on aimerait, on voudrait, on pourrait s’identifier. La performance est donc remarquable, dans le tome dix un premier rapprochement apparaît entre deux personnages qui interviennent dans des cycles différents, on s’attend donc à une fusion de l’ensemble ou peut-être pas, tant les surprises sont nombreuses sur ces séries.

J’aurai pu rajouter orcs et gobelins, mais déjà à 10 tomes pour nains, on n’a pas vraiment de certitudes pour savoir où on va, à deux tomes, il serait pour moi malvenu d’écrire. Il s’agira donc d’un billet que je mettrai à jour, on va laisser le temps aux auteurs très prolixes de sortir la suite.

La boucle est donc bouclée avec la série manquante sur les « culs verts », si vous regardez l’image au-dessus et si vous êtes un peu gamer, vous trouverez une sacrée ressemblance entre le jeu styx et le character design. Et quand je dis sacrée ressemblance, c’est quasiment du copier coller, y compris certaines attitudes, certaines positions sur les gargouilles, c’est particulièrement troublant. Avec la série Elfe on avait des personnages nobles, à part les elfes noirs et encore, plus victimes de leur nature que de véritables méchants, avec les nains on a des êtres cupides mais avec quand même certaines valeurs, de l’héroïsme et des castes, on finit donc en toute logique avec les anti-héros, les orcs et les gobelins. Voleurs, menteurs, l’ambiance est donnée dès le premier tome avec Turuk qu’on va retrouver dans Elfe, qui n’hésitera pas à trahir ses compagnons de route au point des les donner en pâture aux goules pour pouvoir s’échapper. Cinq tomes pour l’instant, c’est bien, c’est prenant, mais ce n’est pas aussi passionnant qu’Elfe, peut-être du fait qu’il ne s’agit que du premier cycle, ça ne prend pas autant aux tripes que nains qui sont pour moi les véritables héros de cet univers. On est sur du classique, les codes sont toujours parfaitement maîtrisés, c’est très joliment dessiné, je ferai peut-être une remontée en V3 de ce post si ça bouge vraiment.