Du libre dans mon propriétaire ou du propriétaire dans mon libre ?

26/04/2020 Non Par cborne

Comme souvent les changements de version chez moi se passent mal, allez savoir pourquoi. Il suffit de faire un écran de HTOP pour déchaîner les passions, et d’avoir globalement les réactions suivantes : Gnome est un aspirateur à mémoire. Firefox est un aspirateur à mémoire. Ubuntu c’est de la merde. Manjaro Rules.

Je vais citer Adrien D, avec qui je suis plutôt d’accord :

Concernant la mémoire et le disque, mon PC dispose de 16Go de RAM et 512Go SSD, et j’ai la fibre, donc au pire je m’en fiche mais…. Ceux qui ont de l’ADSL c’est plus long. Un PC standard aujourd’hui, c’est 4Go mini, 256SSD ou un HDD de 500Go donc ça passe. Sur des configs plus basses, les gens n’iront pas vers Ubuntu mais vers des Debian Xfce, qui seront plus légères et qui n’ont pas de SNAP (A voir avec Xubuntu).

Mon avis sur les SNAPS de Canonical

Comme Adrien D est le garçon modéré que je ne suis pas, je vais en rajouter une couche. Avec l’arrêt du 32 bits, avec une interface comme Gnome et ses effets totalement inutiles mais qui ont été choisis par Canonical comme bureau officiel faisant des autres spins ou saveurs des distributions de second ordre, avec des snaps qui bouffent une place pas croyable et qui sont pourtant une bonne idée, j’ai quelque part envie de dire quelques trucs :

  • Ubuntu ça commence à devenir de la merde. L’intégration de SNAP par défaut pour certaines applications alourdit de façon inutile la distribution. C’est d’ailleurs valable pour ma Xubuntu à vide qui pèse 900 Mo. Oui vous avez bien lu, Xubuntu, je viens de faire un saut en installant xubuntu-desktop et si c’est mieux, certainement en lien avec le fait d’avoir dégagé Gnome, ce n’est pas nécessairement formidable, notamment avec Snap qui bouffe de la RAM de base. Le fait que Lenovo installe des Fedora me laisse particulièrement perplexe et aurait certainement tendance à me faire dire que Ubuntu c’est vraiment de la merde. Cela dit, installer Fedora sur des machines grand public je trouve que c’est une idée un peu suicidaire mais c’est très personnel. Pourquoi pas installer Opensuse pendant qu’on y est.
  • Mais Manjaro c’est aussi de la merde parce que se retrouver un bon matin en carafe parce que la mise à jour qu’il était urgent de pousser a planté.
  • Il faut arrêter d’évoquer le mythe du Linux sauveur de vieilles machines en tout cas l’arrêter clairement en ce qui concerne toute forme de variante de *buntu. Effectivement au lycée les CORE 2 tournent correctement avec Debian Xfce à condition bien sûr que vous n’alliez pas sur le net. Il faut considérer que Linux sauf pour certaines distributions à vocation particulière sont une alternative libre au monde de Microsoft et d’Apple.

Et c’est certainement sur ce dernier point que j’aimerai revenir, et illustrer par mon comportement, le ridicule d’utiliser Linux. Même si j’ai particulièrement réduit la voilure en supprimant l’intégralité de mes réseaux sociaux sauf Youtube, je vous rappelle que mes outils du quotidien en ce moment c’est ça :

On peut tourner le problème dans tous les sens, Teams est obligatoire pour mener à bien mon travail, c’est un outil conforme à la RGPD et autorisé par ma fédération du fait d’avoir un contrat avec Microsoft. Le client de Microsoft pour Linux est incomplet, Firefox est encore plus limité, si je veux donc faire mon travail, je suis dans l’obligation d’installer Google Chrome.

J’aimerais aussi préciser un point qui me paraît important en cette période. Il vaut mieux trahir ses principes que ses élèves et leur famille. Je ne me vois pas commencer à faire le rebelle en faisant ça pue, c’est pas libre. Et c’est d’ailleurs certainement l’un des nerfs de la guerre, comme je l’écrivais la dernière fois, si manger avec des couverts en plastique sauve des vies sur le court terme, on est tout à fait en droit de s’interroger sur le sens des priorités. C’est une période de réflexion, de remise en question, c’est une période où il faut se poser les bonnes questions. Je regardais à la télé, les gens qui s’étonnaient de l’augmentation de 10% du prix des légumes et des fruits, notamment des fraises. Ben voilà, c’est le prix de la fraise française puisque c’est l’agriculture française qui fait tourner la boutique. En France, le salarié a un salaire minimum, le patron a des charges, en Espagne c’est différent. Et cela fait donc partie des véritables questions à se poser, est-ce qu’il vaut mieux payer plus cher son alimentation, donner du travail à un agriculteur et des salariés, garantir son autonomie alimentaire, plutôt que de gratter au plus pour pouvoir se payer un iphone à 1300 balles.

Alors effectivement avec mon libre ridicule, je me prends à philosopher. Je ne le vous cache pas, je vais virer Ubuntu, et je vais certainement faire un retour à Debian. J’évoquais le fait qu’il fallait désormais arrêter avec Linux sauveur de vieux PC, mais aussi sauveur de vieilles technologies. Avec ce passage à la 20.04, j’ai eu la surprise de voir ceci en essayant d’accéder à mon disque partagé sur ma box. J’avais en effet renoncé à toute forme de serveurs en utilisant cette astuce simple. Malheureusement surprise.

Il apparaît assez rapidement que c’est un problème de protocole. SMB v1 n’est plus supporté dans Ubuntu 20.04. Je ne jette pas la pierre à la distribution, le problème vient de SFR, la NB6 qui est utilisée chez RED et contrairement à cet article de Clubic écrit en 2015, le protocole de la NB6 est du SMB v1, en tout cas pour la mienne. Et d’ailleurs à la lecture de quelques threads d’entraide dans le forum RED, je ne suis pas le seul dans ce cas. On notera la catastrophique participation de « Virginie Chan » qui doit faire partie des ambassadrices de la marque et qui avec ses 20.000 réponses, arrose, sans savoir ce qu’est le protocole samba. Le problème d’ailleurs ne vient pas de Linux, puisqu’en réactivant dans Windows 10 pour ma femme et mon fils le protocole SMB v1 on récupère bien l’accès au disque partagé.

Il faut savoir qu’il est possible de remettre le support de SMB v1 dans Ubuntu en éditant le fichier /etc/samba/smb.conf et en rajoutant dans global et en rajoutant la ligne : client min protocol = CORE

Malheureusement si j’arrive bien à récupérer l’ensemble de mon disque dur, j’ai l’affichage suivant :

Les fichiers sont vus comme des dossiers, impossible de se dépatouiller que ce soit en utilisant Gnome ou Thunar. Vous comprenez bien que ça commence à m’agacer. Alors effectivement, il faut jeter la pierre à SFR, et encore, d’un point de vue sécurité, utiliser SMB v1 est une hérésie. Il faut donc passer à autre chose et c’est ici que ça commence à coincer. Si, tout de même, jetons la pierre à SFR, le décodeur est mauvais, la box propose des fonctions intéressantes mais ça ne marche pas dans la grande majorité des cas. Le partage de fichiers c’est désormais terminé, comme le serveur DLNA est en bois.

Je me servais de cette astuce pour faire un backup externe à nos PC, cela veut dire que je dois remettre une machine de plus dans la partie, ce que je me refuse à faire, j’ai donc acheté une pourriture de produit Chinois que je me ferai une joie de vous présenter si je ne suis pas mort du Corona entre temps.

Je suis donc mécontent de ma Ubuntu, je fais un saut sur Xubuntu et j’ai désormais deux nouveaux problèmes si je veux dégager la distribution de Canonical, ce que je compte faire :

  • j’ai installé comme un goret mon serveur radicale.
  • il va falloir que je voie comment gérer la sauvegarde du paramétrage de syncthing.

Pour le second, soit je repartirai de zéro ce qui n’est pas forcément compliqué, pour le premier, je ne me suis pas cassé la tête, j’ai tout foutu dans le compte Google associé à mon téléphone Android. C’est ici qu’on peut se poser la question de qu’est-ce que ça change et du compromis.

J’aime beaucoup l’analogie entre l’écologie, la voiture et le logiciel libre. Si je ne prends pas ma voiture pour aller chercher le pain, je fais du bien à la planète, je fais du bien à mon corps. Aussi infime soit le geste, je fais ma part. Si tout le monde fait sa part, on sauve le monde.

La transposition au logiciel libre est plus ambiguë. Si j’utilise radicale les développeurs s’en tamponnent le coquillard. Sauf si bien sûr je contribue, je fais de la publicité, je donne de l’argent. Car finalement on se contrefout du nombre d’utilisateurs d’un projet ou d’un logiciel, ce n’est plus suffisant. Un projet aussi libre soit-il, doit être bankable, doit offrir un service pour exister. L’économie du don c’est de la foutaise. Et je peux vous dire que dans les temps qui vont arriver, les associations qui ne sont pas prioritaires vont sucer des cailloux parce qu’on préféra donner à des causes plus nobles ou à la recherche que pour un logiciel libre.

Finalement, le choix de l’utilisation d’un logiciel, d’un service propriétaire, se fait ailleurs. Mes contacts et mon calendrier sont passés chez Google. Avant j’utilisais radicale sur mon PC et les applications de Google pour gérer sur mon smartphone au travers d’un téléphone dont l’OS est la propriété de Google. Ce n’est donc pas un véritable enjeu que Google possède mes contacts et mon calendrier qu’il possédait déjà. L’enjeu c’est finalement ma dépendance à un service. Si demain je veux faire autrement, je sais que je peux le faire. Je regrette toutefois que les alternatives à Carddav, Caldav sont tout bonnement inexistantes, qu’il n’existe rien pour du mutualisé et qu’une fois de plus tout doit passer par un serveur qu’il faut administrer ou faire administrer un autre qu’on espère compétent.

On pourra parler de volonté de libérer les populations du joug de l’oppresseur privateur quand le simple quidam pourra gérer ses outils sans avoir la compétence d’administrateur système et réseau. Malheureusement et comme on le voit, la volonté du tout cloud n’est pas seulement l’apanage du monde privateur qui a tout intérêt à ce que les utilisateurs aient moins la main sur les choses pour mieux les enfermer, elle est désormais la stratégie du libre. Collabora avec Nextcloud qui cannibalisent désormais l’univers du libre pour offrir une alternative aux suites Microsoft / Google.

Pour ma part, devoir partir chez un CHATON c’est exactement la même démarche que de payer un prestataire professionnel, Microsoft et Office365 pour ne citer que lui. La différence bien évidemment réside dans la confiance, dans l’utilisation des données, mais aussi dans la robustesse des solutions. J’en reviens donc à dire qu’il vaut mieux en avoir le moins possible, le moins dans le cloud, le plus en dur à la maison.

Pour l’heure, je vais prendre le temps avant de faire sauter ma distribution, car comme on le sait, ce n’est pas la période pour la gaudriole avec douze heures de télétravail par jour. Il n’est pas impossible que je fasse l’essai de Fedora même si ça ne m’emballe pas ou que je m’oriente vers une solution Debian + Flatpak sachant que dans un cas comme dans l’autre, ce sera la source de nouveaux problèmes. Un retour à Windows n’est bien évidemment pas envisagé, un peu de propriétaire dans mon libre plutôt qu’un peu de libre dans mon propriétaire, j’ai fait mon choix.

Et comme je suis joueur, je vous laisse avec un htop.

Je n’ai bien sûr qu’un seul onglet de Firefox ouvert, il correspond à celui qui me permet de vous écrire ce billet … Pour le reste, je n’ai qu’audacious qui tourne avec la bande originale de Nier, je vous fais partager mon morceau du moment.