Douze milliards de fois sur le métier remettez votre ouvrage

22/06/2019 Non Par cborne

Je lisais le billet de Iceman, qui déprime un peu, et je comprends ses inquiétudes. L’inquiétude du blogueur, c’est un jour de n’avoir plus rien à dire, d’enfiler le costume une fois de trop, de faire le match de trop. Je comprends aussi son souci du gâchis, la sensation d’avoir fait tout ça pour rien et pourtant je ne suis pas du tout d’accord avec lui car Mano l’a dit :

C’qui compte c’est pas l’issue mais c’est l’combat.

Mano Solo « le monde entier »
Mano Solo avait bien raison, il est toujours vivant dans notre monde à la con, tant que quelqu’un reprendra ses chansons.

Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais à une époque dans les grandes idées à la con de Cyrille BORNE, il y avait eu une tentative de rapprochement avec l’association Montpellibre. Je vais m’autocensurer par respect pour ces gens-là, mais on dira que je ne suis pas taillé du même bois. On va même en remettre une couche, je dois certainement faire partie de ces êtres asociaux qui sont incapables de collaborer. On m’a donc à l’époque renvoyé un monsieur habitant à proximité du lycée que j’avais dépanné sous Linux, le seul. Montpellibre porte bien son nom, Montpellier, c’est comme Paris mais en Occitanie. Il s’agissait de quelqu’un qui avait été pris en otage par un ami et qui s’était retrouvé sous Linux. Développant un syndrome de Stockholm particulièrement violent, il y a pris goût. Jeudi soir, il m’appelle, et me dit qu’il s’est fait cambrioler, qu’il aimerait racheter un PC et que ça serait sympa de ma part de le basculer sous Linux.

J’avais il y a quelques-temps acheté un ordinateur à tarif dérisoire pour lequel il fallait changer la dalle. C’était une commande d’un collègue qui voulait un ordinateur à pas cher et qui finalement s’était rétracté. Finalement, cet ordinateur dont je n’avais pas pris le temps de m’occuper, je lui ai vendu configuré sur mesure avec Xubuntu. J’ai fermé, je pense, le premier sujet du forum où ça a commencé à partir en sucette, avec un duel stérile Windows / Linux. J’ai conclu en tant que patron mais aussi en tant que philosophe, que tout ceci n’était qu’une question d’expérience, et que de toute façon nous ne pouvions que relater nos expériences. Il s’agit d’un monsieur qui a un tout petit niveau d’informatique et qui a trouvé avec Xubuntu, une facilité d’utilisation qui l’arrange. Et puis j’ai écouté l’homme parce que j’avais un peu de temps.

Il s’agit d’un plombier qui vit dans la forêt dans l’arrière-pays Clermontais (Clermont l’Hérault pour toi le non sudiste), avec une maison qui est auto-alimentée en énergie solaire. Pour lui tout se calcule, il a même modifié le transformateur de sa box pour avoir le minimum possible. C’est un homme doux, gentil, et il est intéressant de constater que pour lui Linux, ce n’est pas un moyen de s’opposer aux GAFAM mais c’est tout simplement un bureau facile. Comme il galère avec ses abonnements à payer plus cher pour rien, je vais lui donner un petit coup de main.

De cette histoire je retiens que j’ai fait une rencontre sympa, que j’ai appris des choses, et que finalement l’aventure du logiciel libre n’a pas servi à rien. Et si d’ailleurs on pousse le truc encore plus loin, c’est grâce à Linux et au logiciel libre que j’ai rencontré les trois quarts de mes lecteurs qui sont des gens sympathiques. Je crois aussi que c’est un peu aussi en partie grâce à moi que je rencontre des gens sympathiques et j’ai envie de croire à un truc qui m’aurait fait marrer et dégueuler des torrents d’ironie : la bienveillance. Sur mon blog, même si ça ne voit pas toujours, j’essaie de faire de gros efforts pour ne pas retomber dans mes vieux travers de pyromane, qui fera tout pour placer un bon mot sans se poser la question des conséquences. Même si face aux urgences, l’écologie pour ne citer qu’elle, on peut se dire qu’il faut un militantisme violent, actif, et pourtant je n’ai pas l’impression que de s’attaquer aux boucheries parce qu’on est végan donne plus de crédit à sa cause. Aujourd’hui, c’est personnel, j’ai tendance à être plus attentif à un gars sympa qui sait faire qu’à un connard qui veut changer le monde dans la violence. C’est un peu bisounours dit comme ça, mais autour de vous, sans emmerder le monde, des gens changent leurs habitudes sans prosélytisme et c’est certainement de leur côté qu’il faut regarder. Quand un monsieur humble, m’explique qu’il fait tourner l’intégralité de sa maison au solaire, j’ai envie d’être attentif.

Alors quand Didier se cherche une nouvelle passion pour relancer la machine, pour ma part je me dis que le seul moteur, celui qui m’anime, c’est le partage d’expérience, quel qu’il soit, toutes les expériences sont bonnes à partager, voici la dernière en date. Il apparaît que lorsque tu as 44 ans, tu vois de plus en plus mal, saleté de presbytie. J’avais acheté à l’époque un Archos 60S parce que je n’ai honte de rien. Et après tout pourquoi pas, l’Archos 60S c’est un téléphone 6 pouces avec 2 Go de RAM et 16 Go de stockage, un APN à 13 Mo, c’est tout ce dont j’ai besoin et pas plus. Lors de notre virée à Toulouse au mois d’avril je m’étais rendu compte du problème, lorsque je suis allé chercher mon dernier NAS je me suis encore plus rendu compte du problème, et ce matin avec mon gamin avec qui j’utilise l’application coach AAC, qui permet de comptabiliser les kilomètres réalisés en voiture, les manœuvres et le reste, j’en ai ras le bol du problème : le GPS n’accroche pas.

Il suffit de lire un peu dans les forums pour se rendre compte qu’il y a un problème de GPS sur différents modèles Archos. On en revient toujours à la même question, vous savez, cette grande question qui me tient à cœur, est-ce-qu’un téléphone c’est minimum 200 balles pour avoir quelque chose qui fonctionne. Je sais qu’en payant 89 € un téléphone avec les caractéristiques telles qu’elles sont décrites, je ne vais pas faire tourner des jeux de foufous, mais est-ce qu’il est normal pour autant de n’avoir le GPS qui fonctionne que 10% du temps. J’ai fait un test avec l’application GPS Status & Toolbox, qui à priori est la boîte magique du GPS, chez moi à Saint-Pierre qui n’est quand même pas le trou le plus perdu de France au moins pour une localisation GPS, et j’obtiens le résultat très satisfaisant de 0 satellite sur 17.

il s’agit d’une capture d’écran qui n’est pas la mienne, le mien c’est pour ainsi dire le calme plat, la tranquillité.

Alors que d’habitude je serais tombé dans la fatalité, que j’aurais acheté un nouveau téléphone à bas prix, j’ai pris mon téléphone fixe et j’ai appelé Archos. J’ai décrit mon problème à un monsieur qui devait vivre dans un pays bien lointain et j’ai donné les manipulations que j’ai faites, il m’a envoyé les étiquettes de retour directement sans me proposer quoi que ce soit. Un coup de mondial relay plus tard et le téléphone est parti. J’ai pu voir qu’à ce jeu-là, des gens avaient déjà renvoyé leur téléphone deux fois.

Mon fils ce philosophe m’a dit ce matin alors que je l’engueulais parce qu’il prenait le rond-point en troisième, au lieu d’acheter des téléphones de merde à 100 balles qui t’ont déjà coûtés 400 € dans les deux dernières années, il serait peut-être temps que tu t’en payes un bien à 200. Je ne vais certainement pas suivre son conseil parce que ça serait moins drôle mais il a certainement raison.

Mon billet est appelé douze milliards de fois sur le métier remettez votre ouvrage parce que je me connais, et qu’il faut que je fasse attention à toutes mes tentations, à mes faiblesses. Voyez par exemple dans le dernier billet, je décrivais que j’étais en train de bouger le site WordPress du lycée, que j’allais trouver un nouveau template et faire des tas de choses extraordinaires. Je ne vais pas le faire beaucoup. C’est mon collègue qui voit les évolutions des sites internet des autres lycées qui payent des sociétés professionnelles qui se voit pousser des ailes et qui aimerait bien que je déploie les miennes pour nous emmener dans un terrain qui en fait ne m’intéresse pas. Aujourd’hui, de nombreux sites scolaires sont des WordPress avec une grosse one page qui défile sur des kilomètres, une énorme image en accueil, cette grosse page construite avec des sites builders ou des outils équivalents. Alors que j’étais en train de regarder comment ça marche, je me suis arrêté net, et j’attends de le voir pour lui dire que je ne le ferai pas. S’il veut que ça se fasse, qu’il fasse appel à une société de prestation qui nous refera l’ensemble, on en prendra 2000 € pour une structure qui sera valable pour trois ans grand maximum, après il faudra à nouveau changer l’ensemble des codes.

Il faut que je me surveille, parce que j’ai perdu quarante-huit heures à regarder ce qu’on pourrait faire, faire le tour des outils, voir comment ont évolué les autres, cela ne m’intéresse absolument pas, sachant que même sur Internet, je reste dans une démarche minimaliste, le moins j’en ai, le mieux je me porte. Il faut que je me surveille, parce qu’après cette expérience particulièrement positive, avec ce monsieur que j’ai aidé sous Linux, j’ai envie de monter un LUG. Il faut que je me surveille parce que l’ennemi c’est moi.

Je dois garder ma ligne de conduite, celle que je me suis fixé, à savoir faire le moins d’informatique possible, en virer le maximum pour arriver à une espèce de 1.0 extraordinaire qui ne correspondrait qu’à mon besoin pour après pouvoir en rajouter un peu. Je dois faire de la pédagogie, parce que c’est bien la pédagogie. Je ne l’ai pas abordé dernièrement, mais cette année encore pour mon fameux concours de réalisation de une de journal, on a raflé comme l’an dernier le national, les trois prix régionaux et le prix national pour la vidéo réalisée par un de nos élèves dans la catégorie Youtubeur. J’avais dit aux gamins que cette année on serait mort, et puis finalement, comme le concours est anonyme, c’est passé tout seul. Cela fait partie des satisfactions, la gamine qui a gagné le concours a réalisé son affiche quasiment seule en un délai très courts, et s’est tapée un bon délire sur les licornes, ce qui prouve bien que c’est une de mes élèves.

Oui elle a gagné en mettant Macron et sa licorne, preuve que l’humour n’est pas mort dans l’agriculture

Pour la troisième année je pense, depuis la réforme du DNB, l’élève présente son oral sur les EPI, un parcours culturel, un parcours en lien avec la santé ou professionnel. Au bout de trois ans, chaque élève désormais présente un diaporama réalisé sur impress, même si certains élèves se laissent aller à des solutions plus dynamiques proposées en ligne. Nous avons réalisé avec mes collègues qu’alors qu’au départ, un seul élève sur l’ensemble des trois promos, s’était lancé dans un diapo, aujourd’hui tous le font, la qualité des oraux a fortement augmenté, nous étions plutôt satisfaits du résultat. Preuve d’ailleurs pour moi, que l’éducation a besoin de temps, que les professeurs ont besoin de temps pour intégrer et mieux recracher, comme une grosse chouette mais avec du savoir. J’évoquais dans un billet que plus j’étais exigent plus on obtenait de résultat, c’est vraiment vers ça que je veux tendre, en demander un maximum aux gosses pour les tirer vers le haut. C’est de ça que j’ai envie, faire de la pédagogie, faire de l’informatique au service de la pédagogie et pas me dépatouiller avec des serveurs ou du matériel qui ne m’intéresse pas.

Pas besoin de nouvelles passions pour alimenter ce blog, j’en ai déjà bien trop. J’ai envie de conclure ce billet par là où je l’ai commencé, en revenir à Didier. Je crois qu’il ne faut pas trop se faire de souci sur ce qu’on raconte, sur l’audience, mais plutôt sur ce qu’on a envie de raconter. Pierre Lecourt se fait plaisir sur sa série hors sujet sur les trottinettes électriques, et il aborde en introduction que ça va être pénible pour ceux qui s’en foutent, qui ne viennent que pour les petits ordinateurs et il a raison de le faire. Car en fait l’important, ce n’est pas forcément ce qu’on raconte mais surtout qui le raconte. Les blogueurs en se professionnalisant, en balançant de l’actu insipide se sont suicidés, ils ont retiré ce qu’on attend d’eux, leur expertise, ou leur expérience. Qu’importe donc ce qu’on raconte, il suffit de le raconter, quand je vois les nouvelles agrégées dans mon lecteur de flux, je réalise qu’on ne raconte plus grand-chose. On s’agite beaucoup, on crie, on ne dit plus rien.