Discipline

07/02/2019 Non Par cborne

Je suis à deux semaines des vacances et il serait trop facile d’écrire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Néanmoins, si on fait le parallèle avec la période d’avant Noël, on est quand même à des années lumières de l’apocalypse que j’ai pu vivre. Pas d’opération, pas de gilets jaunes, pas d’intempéries, pas de gosse dans le plâtre, pas de problème de voiture même si je pense que je recommence à perdre légèrement de l’huile. Que serait un partner qui ne fuit pas, je vous le demande ?

Je suis dans une phase obsessionnelle compulsive où je range, je jette, je nettoie, je répare, je fais à manger. Dans cet article il est écrit pas mal de choses que je pense quant au rangement, quant au fait de se déposséder, une fois qu’on a commencé, il est difficile d’arrêter, c’est presque une drogue. Il y a dix jours c’était une période bizarre, ma femme faisait fondre la nappe, la moitié des ampoules de la maison se mettait à griller, mon chargeur de PC rendait l’âme et en tirant le bac du haut du congélateur il s’est cassé la gueule. Un mélange de trop plein de nourriture, de mon incroyable puissance musculaire et du fait que la glace ça glisse. Voici le résultat :

J’ai mis plus d’une heure à trouver la pièce sur le web. Ce n’est pas la première fois que je fais cette réflexion, mais il est étonnant de voir à quel point l’internet est pourri, mal fait, peu précis. Quand on lit que 83% des boutiques en ligne sont rentables, on se dit que le consommateur est peu exigeant. Mon congélateur a trois blocs différents pour le congélateur avec des façades qui n’ont pas la même hauteur. Même avec les mesures précises, les références, je n’étais pas totalement sûr de mon coup. J’ai fini par trouver sur le site sos-accessoire, l’un des sites meilleur marché et qui affiche pour libellé Facade du tiroir congélateur du haut Réfrigérateur, congélateur, plutôt clair avec les dimensions de la façade. Meilleur marché, 40 € la façade quand même sur un frigo payé 400 € il y a quelques années. Alors que la France est singulièrement en train de se rendre compte qu’il est urgent d’arrêter de laisser les marques mener le bal de notre quotidien, d’arrêter le gaspillage, de prolonger la vie des appareils, je me dis que ce n’est pas gagné.

Mon frigo est un Indesit, ce qui laisse supposer qu’on peut trouver facilement la pièce. Une heure pour un power user habitué à la recherche internet, pour payer une simple plaque de plastique 10% du prix du frigo, ça n’encourage pas à la réparation. Le bac en lui-même a un léger impact, tellement léger que si on ne le sait pas on ne le voit pas, mais s’il avait été plus atteint, c’est 40 € supplémentaires qu’il aurait fallu rajouter, soit 80 € le bac complet avec sa façade. Curieusement, 20% du prix d’un frigo pour un bac, je dois vous reconnaître que je suis un peu dubitatif. Alors certes, on me fera remarquer qu’il faut bien que le site internet vive, néanmoins pour le consommateur on peut se demander si ça vaut la peine de remplacer une pièce sur un frigo de cinq ans ou s’il ne vaut mieux pas changer l’intégralité pour prendre un nouveau modèle.

On aura beau expliquer au monde entier qu’il faut réparer mais pour quelqu’un comme moi qui est systématiquement dans cette démarche, qui sait quand même faire pas mal de choses, qui paye rarement la main d’œuvre, l’acte de réparer reste une prise de risque. Les pièces sont chères, les références complexes à trouver, la garantie de réparation n’est pas évidente. Dernièrement une collègue a fait tomber son téléphone portable dans les toilettes, un appareil payé une petite centaine d’euros, le téléphone s’allumait mais pas l’écran, la dalle à 30 € je n’ai pas pris le risque de réparer.

J’ai vu que dans le grand débat l’UFC que choisir avait fait des propositions, j’attends celle des associations du libre mais ce n’est pas le sujet, parmi elles la prolongation de la garantie des appareils jusqu’à 5 ans contre 2. Il est évident que cette extension de garantie obligerait les fabricants à repenser leur modèle économique basé sur du jetable, sur du non réparable, mais il faut aller plus loin. Il faut faire baisser la TVA sur les services qui réparent, il faut imposer des pièces détachées sur 10 ans, il faut favoriser la création d’entreprises dans le secteur de la réparation. Peu de chance que cela fonctionne, l’un des problèmes majeurs de la mondialisation, il faudra donc prendre le problème à l’envers et mettre en avant les marques qui s’engagent, les marques qui facilitent la réparation, les marques qui prennent le risque de garantir un produit de qualité pour cinq ans même s’il doit être plus cher. Si je dois payer 600 € mon prochain frigo plutôt que 400 mais que c’est la marque qui s’engage sur le remplacement des pièces, j’irai payer plus cher.

Pour l’heure je continue à faire du DIY pour ce qui est à ma portée, il est certain que si le marché de la pièce détachée explose, que le produit est moins remplacé, les marques finiront par céder de façon naturelle à cette nouvelle façon de consommer. Mon propos tient la route, quand on voit par exemple le changement complet d’identité de la CAMIF qui pour les enseignants représentait le catalogue des trucs qu’on paye trois fois plus cher que dans le monde réel et qu’on comprend pas pourquoi il est encore proposé dans les lycées ou les collectivités, la vieille enseigne rachetée alors qu’elle était en faillite axe désormais son image sur le durable.

Vous verrez, bientôt ils se battront pour nous faire croire qu’ils sont plus écolos les uns que les autres, plus bios, plus réparables, plus durables, il faudra que le consommateur soit encore plus vigilant pour ne pas se faire embobiner par des effets marketings. Pour l’heure ma façade réparée ressemble à ça, 40 € pour ne pas avoir l’original, le modèle Indesit je l’ai vu aux environs de 57 €, je vous passe mes commentaires.

Je ne vous les passe pas tant que ça. Les imprimantes 3D qu’on annonçait comme une véritable révolution, il serait peut-être temps que ça commence à révolutionner un peu plus fort que pour des petites pièces minuscules comme mes rails de placard, même si ça dépanne. Il est évident que si dans ces fameuses lois, on imposait de libérer les plans pour pouvoir fabriquer à la demande, les entreprises pourraient travailler davantage en flux tendu.

C’est tout de même hallucinant de savoir qu’on possède les solutions pour vivre mieux mais qu’on va tous crever pour des considérations consuméristes, de façon à ce que les actionnaires puissent nager avec les dauphins. Ce n’est pas de moi, c’est du Saez.

J’écrivais plus haut que cela frisait l’obsessionnel et c’est le cas. Le rangement, la purge est une drogue dure, tout est lié. Je cuisine car la cuisine me permet de vider mes placards, je fais attention de cuisiner avec ce qui reste pour éviter d’avoir des trucs qui vont finir à la poubelle. Je fais les courses de plus en plus régulièrement, de façon à ne pas surcharger les placards. J’attends avec impatience qu’il commence à faire beau pour faire une descente dans le garage. Dernièrement j’ai fait la purge dans des vieux manuels de mathématiques qui ne sont plus au programme, que je gardais au cas où je serais tenté de reprendre certains articles ou certaines activités. Je n’ai jamais eu le temps, je ne suis pas d’ailleurs dans une phase créative, je suis dans une phase de tri profond pour mieux m’organiser. J’étends cette pratique à tout un tas de choses, à tout un tas d’endroit. J’ai vidé encore une fois la salle des serveurs en supprimant le matériel obsolète, dont nous ne ferons rien, je jette des trucs en cachette dans la salle des profs qui ressemble à une poubelle. La dernière fois j’ai jeté des panneaux sous les yeux médusés de mes collègues, il y en a toujours un qui dit que ça pourrait servir, cela fait 15 ans que cela ne sert pas et que ça prend la poussière. Dans toutes les salles de classe où je passe, je fais le balai pendant que les élèves sont en contrôle, ils lèvent les pieds de façon machinale et poussent les sacs.

Ce que je fais pour le matériel, je le fais pour le virtuel. À une époque j’aurai été angoissé de voir que le soir après une journée bien remplie, je peux purger l’intégralité de mes nouvelles dans mes flux RSS, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Au contraire, je trouve que j’ai encore trop d’informations inutiles, que je peux faire mieux.

Comprenez qu’il ne s’agit pas de se lancer dans un mode de vie à la Fumio Sasaki, je trouve que le concept va trop loin, on a la sensation d’une volonté masochiste ou celle de battre un record. Néanmoins s’il y a bien un point sur lequel je rejoins le japonais minimaliste, les objets, les conneries ça prend du temps et de l’énergie, qu’on pourrait consacrer à autre chose. J’ai dernièrement des périodes de désœuvrement où j’attends qu’il se passe quelque chose devant mon écran. Cela peut vous paraître complètement stupide mais pour le moment je suis encore dans cette phase de transition. Ça me fait penser à un collègue qui il y a quelques années s’était arrêté de fumer. Il m’expliquait que le temps dégagé par l’arrêt de la cigarette lui donnait une sensation d’ennui, presque trop de temps qu’il fallait apprendre à réinvestir.

Le chemin de la purge et de l’organisation est encore long, mais je suis sur la bonne voie. Mon mode de vie réclame une discipline agréable, rassurante, un peu comme un art martial. Faire des tâches ménagères, cuisiner, ranger, c’est une façon de se vider la tête, de façon utile en plus.

Une fin à la iceman avec un clip vidéo mais pas vraiment les mêmes goûts musicaux.