Discipline 2

02/10/2019 Non Par cborne

Au mois de février de l’année 2019, j’écrivais le premier épisode de discipline. C’était globalement orienté sur le rangement, la réparation, la discipline qui consiste à ranger le maximum, à n’acheter aucune connerie.

Notre héros revient sur une autre forme de discipline. J’ai franchi dans les vacances la barre des 101 kilos. Ça surprend tout le monde parce que je ne les fais pas, mais le poids quant à lui est bien présent. Ma relation à la nourriture est assez catastrophique, c’est au croisement de l’éducation, des nerfs et des mauvaises habitudes.

L’éducation, gamin j’avais une grand-mère qui embarquait les petits pains dans les restaurants, les mayonnaises. C’est un peu le problème de cette génération qui disparaît, des gens qui ont franchi le cap des 85 ans, des gens qui ont connu la faim et les difficultés, qui savaient vraiment ce qu’était la merde et qui aurait considéré comme un sacrilège qu’on ne finisse pas son assiette.

Orelsan définit quasiment parfaitement ce que je tente de communiquer

L’éducation. Ma mère aurait dû nous taper dans la gueule avec mon frère pour nous faire manger des légumes, j’ai franchement mangé des pâtes et des frites quand j’étais gamin. Je pars donc avec de très mauvaises bases, il faut réapprendre à manger correctement, même si ça fait des années que je mange beaucoup de légumes, j’ai le pâte en sauce qui peut revenir très rapidement.

Les nerfs. Une mauvaise journée de boulot, un coup de nerf, Nutella me voilà. C’est ici où tout se joue, car je n’ai pas vraiment faim, c’est le cerveau qui me commande. Je vous invite à lire cet article même s’il est sur Medium, la force implacable de la routine, ou comment j’ai perdu 47 kilos en un an. L’auteur explique à raison comment pour perdre du poids, il faut essayer de feinter son cerveau, changer les vieilles habitudes pour en avoir de nouvelles plus saines. La moralité c’est qu’entre une mauvaise éducation alimentaire, des nerfs, des mauvaises habitudes et un manque de volonté conséquent, tu finis gros.

Du fait d’avoir une année sur le papier plus tranquille, même si comme je l’écrirai un jour, ça n’est pas si simple, c’est une année où je profite d’une diminution du stress pour prendre le problème à bras le corps. Voici les stratégies mises en place :

  • Changement de taille d’assiette. Les quantités sont diminuées.
  • Augmentation de la quantité de légumes de façon drastique
  • Apprendre à résister aux tentations. Aussi étonnant que cela puisse paraître, ça se fait. La volonté se travaille, tout est une question de mental. Pour faciliter encore plus l’aspect cérébral, vider les placards des sucreries aide encore plus, malheureusement avec les enfants à la maison, il est difficile de ne pas avoir de Nutella ou de trucs dégueulasse sucré.
  • Je me fais des sandwichs pour manger entre midi et deux. Je suis en effet incapable d’aller à la cantine de mon établissement, c’est un self, j’aurais tendance à me resservir douze fois.
  • Je ne me ressers pas même si j’ai l’image de ma grand-mère qui apparaît pour finir les plats. NON MÉMÉ !

C’est à ce moment où ce billet va prendre un tournant un peu dégueulasse, aller au fond des choses, et quand je dis au fond, c’est vraiment au fond, mais comme vous le savez, l’important c’est le partage et je n’ai honte de rien.

Le problème c’est que la méthode fonctionne j’ai perdu six kilos assez rapidement. Il faut que j’arrive à en perdre dix de plus. À force de manger beaucoup de légumes, excessivement de légumes, pour un estomac pas vraiment habitué, j’ai commencé à avoir de plus en plus de problème de transit. Quand tu vas bosser et que tu sais que tu as cinquante kilomètres de route à faire il faut bien qu’à un moment tu prennes les dispositions pour arriver à stopper la fontaine à caca. La moralité c’est que j’ai pris des doses de lopéramide. Le lopéramide stoppe effectivement le flux, mais a le problème de constiper derrière. Attends public, je vais t’en donner plus. Et nécessairement quand tu as un médicament qui va te constiper pendant un certain temps et que de l’autre tu continues à boire des litres de café, et manger tes légumes, il finit par se produire un drame.

Jeudi dernier j’étais tellement en train de me vider, que j’ai dû appeler mon CPE pour lui dire que je n’arriverais pas à assurer ma première heure de cours, j’ai perdu 1.2 kilo en deux heures de vidange et je pense, mais c’est à confirmer, que je suis désormais victime de ça :

C’est la première fois que ça m’arrive et après avoir passé quelques jours à en baver un peu j’ai désormais le problème de saignement. Si je n’arrive pas de façon naturelle à faire passer le truc, il va falloir que j’aille voir un toubib et peut-être investiguer avec une coloscopie, ce que je préfère éviter pour l’instant. Néanmoins c’est toujours surprenant à 44 ans d’avoir ses premières règles. Je sais c’est le billet de la classe.

J’ai donc ajusté le tir de la façon suivante :

  • Remis des féculents dans mon assiette
  • Arrêter le café au lycée. À raison de 5 ou 6 par jour, je fais en plus des économies
  • Je bois de l’eau, beaucoup d’eau
  • J’essaie de marcher le plus régulièrement possible.
  • Arrêter totalement le lopéramide

L’idée étant d’arriver à des selles moins dures afin d’éviter de se déchirer les fesses, d’avoir un transit régulier. Cela fait donc une semaine que je suis un peu dans la galère, et que sans m’inquiéter, j’espère que ça va se tasser et que je ne finirai pas à l’hôpital pour me faire cautériser, si j’y vais, je vous promets un billet sans photo, juste avec de belles paraboles en vidéo.

Ma future opération ?

Était-il nécessaire d’écrire tout ceci ? Oui de façon évidente. Je suis un homme de 44 ans, civilisé, pas totalement débile et pourtant j’ai sauté à pieds joints dans tous les pièges que m’a tendu la société. J’ai consommé n’importe quelle connerie sous prétexte que ce n’était pas cher, j’ai acheté tous les gadgets chinois du monde, j’ai pris toutes les têtes de gondole, je me suis fait avoir par la société de consommation pour avoir des tonnes d’objets inutiles. Je me suis fait berner par les supermarchés qui m’ont donné toutes leurs saloperies à bouffer. Je l’ai fait de mon propre chef, personne ne m’a obligé, et c’est certainement cela le pire.

Nous vivons tout de même dans un monde absurde. On nous matraque à la télé avec des produits dégueulasses à manger qu’il faut absolument consommer, pour finir par se retrouver obèse et prendre un régime comme j’aime. On bosse pour avoir prétendument le bonheur, on travaille tellement qu’on finit dans un lit d’hôpital, alors que le temps qu’on a passé à bosser on aurait pu le consacrer à faire autre chose, être heureux par exemple. Nous marchons de façon délibérée sur la tête, nous nous enfermons nous-même dans la cage du hamster, pour tourner jusqu’à épuisement au profit des grosses boîtes.

Nos comportements stupides, ce conditionnement, nous les devons à la société de consommation avec la complicité de l’état. Si l’état veut réduire la facture santé, qu’il taxe à fond les produits sucrés, qu’il interdise la clope, et qu’il donne des primes pour les gens qui utilisent des vélos ou qui font du sport pour s’entretenir. C’est assez terrible ce que j’écris mais c’est un peu la société que dépeignait Jean-Van Hamme dans la bande dessinée S.O.S. bonheur, mais à l’envers, à savoir qu’on taxait les individus qui mangeaient trop de sucre ou qui ne pratiquaientt pas assez de sport.

Il apparaît avec les années, avec l’expérience, que de plus en plus, ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à le dire qu’ils ont forcément raison, même si parfois ils finissent par avoir raison. Les gens qui tirent l’alarme depuis des années sur le réchauffement climatique, n’étaient qu’une poignée au départ pour représenter aujourd’hui une majorité. On les prenait pour fous.

Il faut apprendre et c’est certainement en lien avec la diminution de l’infobésité dont nous faisons preuve, à penser autrement, à imaginer les choses autrement, en bref, sortir de la matrice et commencer à regarder ailleurs que ce qu’on nous propose.

Malheureusement à mon âge, même s’il n’est jamais trop tard, j’ai conscience que les dégradations que j’ai infligées à mon corps finiront par me jouer des tours, que ce soit au niveau de l’intestin ou du colon comme j’en ai les conséquences directes ou le cœur et les articulations qui finiront par me demander des comptes. Maigrir trop vite n’est pas une solution, il faut réussir à trouver la bonne façon de le faire, j’essaie de faire de mon mieux, en étant concentré, et à ne pas laisser les automatismes reprendre le dessus. Comme pour beaucoup de choses, il apparaît que c’est le mental qui dirige l’ensemble.