Des choix qui deviennent trop cornéliens

14/09/2019 Non Par cborne

Un homme ayant une triple fracture du pied peut-il parcourir un 100 mètres juste pour éteindre une chanson d’Aya Nakamura?

reddit

Dernièrement, il faudrait que je retrouve l’article, je lisais des gens qui s’interrogeaient sur leur mode de vie, sur le sens des choses, le tout teinté d’un juste équilibre avec la vie, tout simplement. Un exemple.

Vous avez un magasin bio à vingt bornes de chez vous. Vous avez une grande surface en face de chez vous. Est-ce qu’il vaut mieux faire travailler le magasin bio même si on met quarante kilomètres de gasoil ou faire travailler une entreprise maléfique ? La réponse n’est pas forcément évidente, mais elle n’est certainement pas la plus complexe. Il va apparaître à un moment une balance dans laquelle on va faire peser des éléments, comme la grosse flemme, la volonté d’un monde qui change vraiment, son opinion sur le capitalisme, ce genre de choses.

La balance sans son chevalier

Le petit déjeuner est il vraiment si indispensable ou il est promu par les vendeurs de céréales ? Est-ce qu’un lave-vaisselle est vraiment plus économique que le lavage à la main ou est-ce qu’il s’agit d’enquêtes menées par des vendeurs de lave-vaisselles. Ici c’est plus subtil, mais pas si différent que le cas précédent. Pour le magasin bio et la grande surface, il y a dans notre balance le poids de la consommation, et surtout l’idée qu’on se fait de la consommation. Pour ma part, si je peux faire travailler le magasin bio, je le ferais, parce que je crois dans le pouvoir de l’argent, je pense que c’est un de nos derniers pouvoirs, celui de décider à qui on donne nos sous. Une forme de vote du quotidien en certainement plus puissant plus efficace que celui des urnes. Vous voulez voir fleurir des magasins bios de partout, achetez dans les magasins bios, la demande va créer l’offre.

Pour le petit déjeuner et le lave-vaisselle, c’est plus délicat car on entre directement dans le problème de l’information et de la théorie du complot. Et force est de constater qu’on a quelques raisons de se méfier, la preuve en image.

POPEYE Film ‘POPEYE THE SAILOR’ (1960) 13 July 1960 CTC5751 Allstar/KING FEATURES (TV-Serie, USA 1960–1962

Les épinards ne contiennent pas particulièrement de fer, il s’agit d’une des plus vieilles fake news de l’histoire destinée à faire acheter des légumes aux Américains dans les années 30. Comment, avec des histoires comme Cambridge Analytica pour l’exceptionnel ou des produits comme les climatiseurs magiques avec de l’eau à l’intérieur qui sont des escroqueries pour le quotidien ne pas mettre tout en doute ? Où trouver la bonne information ? Qui croire ?

À partir de ce constat, ça devient difficile. Pour le petit-déjeuner j’aurais tendance à dire qu’il faut écouter son corps. Je prends le petit-déjeuner quand j’ai le temps, pas quand je suis sur la route à 7 heures où ça me rend malade. Je ne prends donc le petit-déjeuner que lorsque j’ai le temps, pour ne pas faire un pâté devant mes élèves en classe. Pour le lave-vaisselle, c’est plus compliqué, il faudrait que je trouve un blogueur ou un type dans un forum qui s’est lancé dans une véritable étude comparative. Voici typiquement pour moi l’exemple même du mauvais article, dans lequel on peut lire :

Les lave-vaisselle les plus récents consomment environ 12 litres d’eau par lavage alors qu’une vaisselle faite à la main nécessiterait 42 litres d’eau en moyenne, selon l’étude citée. Un lave-vaisselle récent permettrait ainsi à chaque lavage de réduire sa consommation d’eau d’environ 85 %.

consoglobe

42 litres en moyenne pour nettoyer quoi ? 12 litres pour nettoyer quoi ? Avec un karcher pour envoyer 42 litres ? Un lave-vaisselle pour deux personnes plus rentable qu’un lavage à la main ? Vraiment ? On prend trop l’habitude de ce genre d’articles, pas assez complets, aux allures scientifiques, quand seuls plusieurs retours d’expériences chiffrés permettraient de se faire une idée.

J’évoque les blogs plus haut, malheureusement les blogs c’est un peu comme tout, c’était mieux avant. Sous couvert des blogs, vous avez désormais des vendeurs qui ne valent guère mieux que le site que j’ai donné plus haut. Pseudo-experts qui vous vendent des méthodes et vous invitent à vous abonner à leur newsletter. J’aimerais bien de temps en temps avoir des gens qui échouent, des gens qui écrivent qu’ils se trompent, pourquoi ils se sont trompés, qu’ils évoquent leurs doutes et leur hésitation dans un domaine plutôt que de mettre une photo avec la banane marquant l’assurance et la certitude de ceux qui savent.

Faute d’une information réellement fiable, d’une information sur le long terme, comme ma fameuse BROTHER où l’on découvre deux ans plus tard que nous sommes plusieurs à avoir le rouleau qui fond, il faut à un moment se fier à son instinct, son expérience. Il faut se jeter à l’eau. Jeter à l’eau, lave-vaisselle, ce sera certainement notre meilleur jeu de mots de septembre 2019. Pour moi, avec mon expérience, ce sera non, je n’ai pas besoin d’un appareil supplémentaire de plus qui me fera acheter des produits de plus qui finira par avoir des problèmes à plus ou moins long terme. C’est une décision simple, que j’assume au quotidien sans la faire trop assumer aux autres puisque je fais la vaisselle à la maison, une décision sans trop d’enjeu. Pour le changement de véhicule, c’est typiquement le choix cornélien auquel il faudra trouver une réponse, c’est pour cela que je fais vivre le Partner le plus longtemps possible.

On ne sait absolument pas où l’on va pour les voitures, pour l’énergie, on sait qu’on ira forcément vers la fin des énergies fossiles, pour toutes les bonnes raisons du monde, pollution, fin de ces énergies tout simplement. Mais aussi pour les plus mauvaises, forcer le renouvellement du parc pour vendre des voitures, qui ne sont pas forcément plus propres, qui sont à l’état de beta et pas de versions définitives. Si dans vingt ans, acheter un véhicule sera certainement une évidence, électrique de façon assurée, autonome certainement, changer sa voiture en 2019, c’est du feeling. À l’instar des téléphones, je m’orienterai certainement vers une occasion à pas cher sur une énergie diesel ou essence qui me permettra d’avancer un peu jusqu’à ce que la situation s’éclaircisse.

La photo n’est pas forcément contractuelle

Voici typiquement un choix qu’il va falloir faire, sur lequel je vais donner mon avis sans savoir si la solution est la bonne ou non. Notre serveur au lycée, oui je ne suis plus responsable informatique mais on me demande quand même la marche à suivre, arrive en bout de course ou presque. Nous avons sept machines virtuelles, trois en 2008, 4 en 2012. Windows 2008 arrive en bout de course dans le courant de 2020, si bien qu’il faudra plus ou moins rapidement, si on est sérieux, remplacer par du 2016 ou du 2019, on dira peut-être 2016 pour éviter d’essuyer les plâtres. Dans ces 7 machines, on a une machine métier, qui va dégager au profit d’une nouvelle puisque le logiciel métier change. Par le fait, quoi qu’il arrive, il faut changer une machine. La question qui se pose c’est de savoir si le serveur que nous avons, une machine qui doit avoir 5 ou 6 ans, sera capable d’encaisser la charge d’un passage de 2008 à 2016. Je suis en train de faire un devis.

Et puis je réfléchis, parce que je ne peux m’empêcher de toujours réfléchir. À l’époque, l’ensemble du parc qui était proposé c’était des PIV. La solution TSE apparaissait comme une évidence, à savoir qu’il va valait mieux investir dans un serveur plutôt que de changer l’ensemble des machines. Et puis je suis arrivé, tous les clients sont sous Linux, des dual core avec deux gigas de RAM qui sont largement suffisants pour les usages des élèves, Libreoffice, Firefox pour la grande majorité des besoins.

TSE se justifie-t-il encore ? Ne faudrait-il pas imaginer une autre solution, basée sur Linux et qui permettrait de faire l’économie d’un serveur. Travailler en TSE quand il serait possible d’avoir un serveur qui éventuellement ferait du Nextcloud ou serveur de session serait l’idéal pour un établissement comme le nôtre, je sais que c’est globalement le service que propose Microlinux, le backlink est offert. Seulement et c’est bien le problème que soulève ce billet, prendre une décision dans le cas présent n’est pas nécessairement le problème, c’est surtout d’assumer le choix et les conséquences qui vont derrière.

Je suis quasiment certain que partir sur TSE est une véritable connerie sur le long terme, quelques arguments :

  • Nos clients tiennent la route
  • Une session en 2019 sur un serveur pour un élève n’a plus de sens.
  • Il faudrait miser à fond sur le cloud mais comme nous sommes très limités par la bande passante, avoir du Nextcloud permettrait de compenser et de faire une bonne préparation aux usages de cloud.
  • On va payer un bras un nouveau serveur quand dans deux ans on pourra payer du icore3 à 40 €
  • Toutes les applications ne passent pas en TSE pour des applications qui sont de plus en plus web

Je pourrais en rajouter, une longue liste. Le problème c’est que c’est une décision que je ne devrais pas prendre seul. Il faudrait déclencher une réunion entre différents interlocuteurs dont mon collègue d’informatique qui fait l’ensemble des cours du lycée et qui est le principal intéressé. Le prestataire informatique qui a peut-être aussi son idée, pour autre chose pour mieux. Malheureusement j’ai la conviction que personne n’a vraiment envie de réfléchir, parce que le système actuel fonctionne.

Je ne peux pas jeter la pierre, je m’inscris aussi dans la démarche de tant que ça marche. Néanmoins, lorsque je suis dans la contrainte du changement, mon imprimante par exemple, j’essaie de regarder ce qui se fait, pour savoir si on continue dans la même direction ou s’il y a mieux.

On croise de plus en plus de gens, de gens à responsabilités, mais aussi des profs qui plaquent tout et qui partent vivre au fond de la forêt pour élever des chèvres ou faire un retour à la terre, c’est logique. Élever des chèvres c’est certainement plus simple que de choisir un programme informatique, la chèvre a des besoins simples.

Le temps passe, tout devrait être plus simple grâce aux outils, grâce à l’expérience de l’humanité, au progrès, les erreurs qu’il ne faudrait pas faire. Et pourtant tout est de plus en plus complexe, on a la sensation d’aller droit dans le mur, de ne jamais être à la hauteur. Décider est devenu tellement compliqué que j’ai fait le choix d’éviter la prise de décision autant que je peux, même si ne pas décider c’est faire un choix.

Je viens d’envoyer un message à mon collègue pour savoir ce qu’il en pense, je demanderai aussi au prestataire, histoire d’avoir des opinions qui me permettront de me défiler, de ne pas m’engager.

On peut trouver triste, moi le premier, de se dire qu’à un âge où je devrais être en plein boum, prendre des décisions, que la société m’a bien castré. Ils sont nombreux dans mon entourage à être dans le même état, à ne plus vouloir en faire plus, à calculer l’heure supplémentaire parce que le temps c’est de l’argent. Le pire là-dedans c’est de voir les gosses manquer d’ambition, ne plus vouloir faire d’étude, essayer de s’engager le plus rapidement dans la vie active quel que soit le métier, pourvu qu’il soit simple, et évite de s’engager.