Demain j’arrête

10/10/2018 Non Par cborne

J’ai beaucoup hésité avec un titre du genre on va tous mourir mais je pense que vous auriez un petit sentiment de lassitude. Le Partner n’est pas tout neuf, vous le savez, l’enjeu de cette fin 2018 c’est de lui faire passer le contrôle technique et d’essayer de le tirer le plus loin possible afin d’acheter derrière un véhicule électrique. Il y a une grosse vanne derrière car cela signifierait qu’il faudrait traîner la voiture aux environs de 2040 pour avoir un véhicule à prix honnête et aux capacités qui vont bien. La transition vers l’électrique est une évidence, malheureusement ce n’est pas pour demain.

En attendant il se produit des trucs idiots comme les poussoirs de la clé qui partent en sucette, laissez-moi vous emmener dans l’univers passionnant de la clé plip. La clé plip ou boîtier plip c’est la coque en plastique qui avale la clé avec les boutons dessus. Une illustration plutôt qu’un long discours

Dans la première photo on voit les deux boîtiers côte à côte sauf qu’en fait je n’ai pas acheté le bon boîtier. Vous avez deux types de boîtiers, il faudra faire attention, ceux qui se clipsent, ceux qui se vissent. Bien évidemment, le mien se clipse et celui que j’ai acheté à 2 €, somme pharaonique en Chine par le biais de cdiscount se visse, destination poubelle. On ne m’y reprendra pas, j’achète donc toujours par le biais de cdiscount une clé plip où l’annonce mentionne que ça se clipse. Le modèle arrive rapidement, est livré avec une clé vierge qu’on peut retailler. Le boîtier n’est pas exactement à la bonne taille, si bien que cela ne clipse pas parfaitement sur la partie d’origine. Comprenez que moi garder le lion de Peugeot, c’est le but de ma vie, ma vie est un échec, je vais devoir utiliser un boîtier générique. Je fais donc mon deuil du lion, je déplace la partie électronique sans problème, je déplace le petit truc noir qui ne se voit pas et qui sans lui vous ne pouvez pas démarrer la voiture, on dirait une espèce de petit aimant et enfin je me rends compte que la clé est scellée dans la coque en plastique. Il faut donc défoncer le boîtier d’origine avec le lion pour déplacer la clé si bien qu’il n’y a pas de retour arrière. La faute à pas de chance le boîtier n’est pas exactement à la taille si bien que la clé ne rentre pas intégralement. On peut considérer qu’elle rentre suffisamment pour ne pas trop se stresser, mais moi je suis maudit et vous savez pertinemment qu’un matin, un vendredi certainement, la clé restera dans le contacteur. J’ai donc noyé l’ensemble dans la super glue 3 ce qui devrait me laisser un peu de marge.

Cdiscount, la vente en ligne, demain j’arrête. La vente en ligne, ses faux avis, ses produits jamais parfaits, ses frais de port qui commencent à me pomper l’air. A une époque on franchissait le cap des 25 € sur n’importe quel site, on avait droit à l’expédition gratuite. On avait dès lors tendance à acheter une bricole de plus pour passer le cap, un truc plus ou moins inutile mais un truc quand même. Aujourd’hui avec les boutiques virtuelles dans les sites, il faut faire le tour du web pour éviter de se prendre 5 à 7 € de frais de port ce qui est d’autant plus rageant sur un produit qui va coûter moins cher. Dans le forum je ne sais plus où, quelqu’un avait lancé un commentaire sur la difficulté de retourner à la boutique physique et pourtant. J’en ai eu pour environ 10 €, pour un produit qui est loin d’être parfait, et qu’il faudra certainement que je finisse par changer pour éviter un drame. Le produit est vendu aux environs de 14 € chez Norauto avec un interlocuteur qui aurait pu constater que ce n’est pas parfait ou me vendre au contraire le produit qui va bien. On sent quand même que les sites internet après avoir réussi à crever le commerce physique essaient de nous faire passer comme information que le transport a un prix, qu’il faut désormais s’abonner à des formules premium pour payer moins cher. On sent qu’on essaie de façon très significative de nous apprendre qu’il faut payer pour payer, un peu comme si dans un magasin on nous demandait 2 € à l’entrée juste pour regarder. Avec le modèle économique du gratuit en ligne qui s’effondre, c’est toute notre façon de considérer l’argent qui est à repenser, pour preuve le retour du piratage parce que Netflix et ses copains ça commence à faire cher l’ardoise multimédia à la fin du mois.

L’enjeu est ici, changer sa façon de vivre, sa façon de consommer, peut-être sa façon d’être. J’achète depuis plus de 1 an je pense exclusivement des légumes chez mon maraîcher, quand il n’est pas là parce qu’il est en vacances et que je n’ai d’autre choix que d’acheter dans un supermarché, non seulement ça coûte un bras mais en plus le goût n’y est pas. Alors effectivement c’est moins évident que d’être dans un temple de la consommation et de rajouter un peu plus dans le chariot, il faut se déplacer, viser les bonnes heures, j’essaie en plus d’y aller à pied pour me forcer à bouger. Du temps de pris quand on passe notre temps à courir, du temps pour ça c’est moins pour d’autres, mais vous le savez, tout reste une question d’organisation.

Je crois que pour faire une bonne transition, il faut la faire à son rythme, pas brutalement. Je lisais l’expérience de déconnexion de Ploum, elle est dans l’air du temps. Nous réalisons tous à notre façon que nous perdons le contrôle, que nous perdons du temps pour des futilités, qu’il y a bien mieux à faire ailleurs. La palme du mieux ailleurs revient à Nicolas qui est devenu maire de sa commune laissant à d’autres Wallabag. De là à dire qu’il y a plus utile que les combats libertariens autour du logiciel libre il n’y a qu’un pas que je ne franchis pas totalement. Je suis convaincu que lorsqu’il s’agira d’équiper l’école de la commune, monsieur le maire prendra le temps d’y coller des Linux sur du matériel d’occasion. Le libre est une partie de la solution, ce n’est pas la solution.

Revenons en à l’initiative de Ploum. Il y a deux choses qui me « gênent », le mot gêner est fort, c’est juste une expression, les gens sont libres de faire ce qu’ils veulent, je ne porte pas de jugement, je donne mon ressenti. La comparaison avec Thierry Crouzet est judicieuse, Ploum se décrit comme quelqu’un de plus modéré, et pourtant il coupe, il déconnecte, ce qui me paraît un acte excessif, binaire. Comme je l’écrivais plus haut, je pense que tout est une question de rythme, d’éviter la brutalité. Vous savez chaque année on vous présente des gens qui ont fait un régime drastique, miraculeux, qu’ils ont perdu dix kilos pour se rendre compte qu’ils en ont repris vingt plus tard. La difficulté n’est pas la coupure sur le court terme mais la maîtrise du long terme. A tout couper on aurait l’impression d’une incapacité à se modérer comme un alcoolique qui n’a pas d’autre choix que de ne plus boire. Le deuxième point qui m’interpelle, je vous la fais en une image :

Déconnecté mais pas trop, en tout cas pas pour raconter l’histoire de façon payante sur tipeee même si 1 € c’est dérisoire. La rémunération en prix libre en prend un coup, on se demande dès lors s’il s’agit ici d’une expérience dans l’expérience. Oui la comparaison avec Thierry Crouzet est juste, l’auteur en avait fait un bouquin derrière qu’il a vendu.

Si la façon de faire ne me correspond pas, j’ai même viré le lien Paypal sur la droite, je rejoins parfaitement Ploum dans le gros du propos. Difficulté de concentration, on est moins bon qu’avant, on perd notre temps à se disperser plutôt que de faire des articles conséquents. Il apparaît quand même clairement que l’investissement dans les réseaux sociaux c’est un investissement à court terme, et c’est peu de le dire. La fermeture de Google + même si c’est un réseau secondaire est là pour nous rappeler que tout ceci n’est qu’éphémère, cyclique. Lorsque je vois des gens qui vivent d’Instagram aujourd’hui, d’autres de Youtube, je suis admiratif devant leur insouciance, ou peut-être de l’extraordinaire confiance qu’ils ont en eux, persuadés qu’ils auront la capacité de rebondir, effrayé peut-être par leur inconscience. Alors que ce sont les sociétés qui font les règles du jeu, qu’elles se comptent sur les doigts d’une main, comment imaginer un avenir possible, une reconversion ? C’est peut-être ça être une vraie star, comme ces chanteurs qui font un éternel come-back, persuadés qu’ils retrouveront le succès, ces stars de télé-réalité qui croient qu’il y a une suite derrière, l’influenceur Instagram ou le youtubeur imaginent ou n’imaginent pas une suite dans dix ans, vivant à fond l’instant présent.

Et c’est ici que j’arrive à l’article le plus drôle de cette fin 2018 : Régulation des contenus : quelles obligations pour les géants du Web ? Avec mon morceau préféré qui fait office de conclusion : 

L’économie de l’attention, devenue hégémonique sur Internet, est au centre du problème que le gouvernement prétend vouloir résoudre : la sur-diffusion de propos anxiogènes ou violents et notre sur-exposition à des interactions non-souhaitées. Seul le développement de services ouverts ou neutres permettra d’en contenir les dérives – ce qui, au passage, permettra au juge de se recentrer sur les infractions les plus graves.

Concrètement la quadrature du net pense que si les réseaux sociaux sont des poubelles, c’est parce que ça fait bien les affaires de tout le monde. Alors que le monde Linux est en ébullition suite au retrait de son leader qui se juge trop violent, je pense que l’auteur de l’article n’a pas assez fréquenté les réseaux de libristes décentralisés pour réaliser que ce n’est pas vraiment ce qu’on appelle le monde des bisounours et que le problème de fond vient des gens qui participent quels que soient les acteurs.

Demain j’arrête les réseaux sociaux, c’est une évidence. Enfin je les arrête un peu, c’est à dire que je continue à faire ce que je fais. Concrètement pour moi Facebook est l’équivalent de mon fil RSS des événements locaux. Par exemple en ce moment chez moi je vis ça :

Narbonne plage ce matin

Comme je l’ai déjà expliqué, si je veux avoir les informations qui vont bien, la préfecture de l’Aude diffuse uniquement sur les réseaux sociaux ses informations. Quand on voit ce type d’épisode, il est intéressant d’avoir ce fil. Je pense qu’à terme avec le gros ralentissement de la fréquentation des jeunes notamment, Facebook s’il est malin éclatera en plusieurs services, emploi, market, événement locaux, le web dans le web en quelque sorte. Pour Instagram c’est le réseau social dont je pourrai me passer mais qui est confortable pour communiquer avec les enfants de façon rapide. J’ai réunion parents professeurs vendredi et je ne peux rencontrer tout le monde, les gosses m’envoient les numéros de téléphone des parents par Instagram, c’est rapide et efficace, plus que l’ENT pour eux. A une époque j’aurai culpabilisé parce que j’utilise un outil d’une boîte américaine, et puis finalement c’est un peu comme le reste, on s’en fout.

En parlant de boîte américaine, je crois que c’est officiel, j’arrête les blockbusters. J’ai dernièrement lancé Solo qui fait office de dernier Star Wars, j’ai tenu une trentaine de minutes. Moi tu m’aurais expliqué il y a 20 ans que j’aurais été écœuré par la franchise Star Wars, je t’aurais ri au nez, je t’aurais découpé au sabre laser, j’aurais utilisé la force. La musique énervée, les scènes qu’on imagine servir dans un jeu vidéo, l’ambiance survoltée, je ne peux plus. Les films de super héros ce n’est pas mieux, c’est l’overdose, j’ai lancé les avengers, pas plus de vingt minutes. La pauvreté de ces films n’est plus compensée par la richesse des effets spéciaux.

Voilà, je crois qu’on a fait le tour de la question pour cette journée, je pense qu’il est important d’arrêter des trucs quand on sait que ça n’apporte rien. La véritable difficulté ce n’est pas d’arrêter, c’est de s’y tenir, et moi de ce côté là aucun risque, je n’en finis plus d’arrêter. Peut-être que le plus difficile sera d’arrêter d’arrêter une fois qu’on est lancé.

PS : durant l’écriture de ce billet, le vendeur de la clé plip où j’ai dû mettre de la super glue 3 vient de me faire un remboursement non pas de 50 cents, non pas de 1 € mais bien de 2 € !!! Ce qui correspond à la clé plip que j’ai jetée parce que ce n’était pas le bon format. Je suis comme un fou, c’est comme si j’avais récupéré le lion !