De Lubuntu à Kubuntu et autres réflexions

05/01/2019 Non Par cborne

Il y a un vaste mensonge qu’il faudra régler de façon collective, c’est la notion de distribution pour vieux PC ou de distribution légère. Il est évident qu’une slitaz sera plus adaptée à une vieille machine qu’une Ubuntu, mais on oublie tout simplement l’usage. À partir du moment où tu lances ton navigateur moderne c’est-à-dire Firefox ou Chrome, la machine ancienne n’existe plus, car elle ne tourne plus, écrasée sous la masse de gigas de RAM que réclame la navigation en 2019. Il faudrait un jour que je me lance dans des tests avec des navigateurs alternatifs, des navigateurs dits légers mais comme les gens veulent du confort, ça ne sert pas à grand-chose. On finit toujours par coincer quand ils veulent regarder du Youtube en HD sur un PIV. Un vieux PC c’est désormais le recyclage.

À partir du moment où c’est dit, on peut tous respirer un grand coup et se dire qu’il n’y a finalement plus qu’à choisir la distribution de son choix, puisque le résultat sera le même, la machine est assez puissante pour faire les taches usuelles ou pas, le gestionnaire de fenêtres n’étant qu’une simple histoire de goût. Gnome, KDE, LxQt, Xfce, Mate ou je ne sais quoi encore, quand on vous conseille de vous orienter vers un DE plutôt qu’un autre pour une question de légèreté, souvenez-vous que ce n’est qu’une question d’esthétique, une fois que vous avez lancé le navigateur, vous êtes tous égaux devant allocine.

J’avais fait le choix de Lubuntu car j’utilise majoritairement des applications codées en QT et je cherchais un bureau sans fioriture. D’un point de vue légèreté, comme je l’évoquais plus haut, du fait d’avoir souvent de nombreux onglets ouverts dans Firefox en attente de lecture, il m’arrive régulièrement de flirter avec les 6 Go de RAM occupés sur les 8 dont je dispose. Comprenez dès lors que les 400 Mo de différence qu’on peut avoir d’un DE à l’autre ne pèsent pas lourd dans la balance. LxQt fait plus ou moins bien le job mais va être pénible pour au moins quatre points qui posent quelques problèmes au quotidien :

  • la gestion des notifications est mauvaise. J’ai installé mailnag, ça marche mal, et on reviendra plus loin sur le problème que ça me pose.
  • la gestion des fichiers n’est pas bonne non plus avec PCManFM. Par exemple, si vous prenez 100 fichiers d’un coup pour les déplacer vers un répertoire, il ne les réduit pas si bien que vous avez une colonne monstrueuse de fichiers qui vous empêche de viser le bon répertoire. Avec Dolphin j’ai fait l’essai, on a de petites miniatures qui ne cachent pas le curseur de la souris.
  • Le montage MTP de mon téléphone se passe mal une fois sur deux, comme les clés USB ou encore la navigation à travers le réseau. Le problème est encore en lien avec PCManFM certainement.
  • L’interface est austère, le réseau par exemple, qui fait penser à du CICS, et comme je l’indiquais plus haut, ce n’est pas pour les 4 Mo de mémoire qu’on va économiser en faisant une interface dégueulasse que ça va changer grand-chose.

Partant du postulat que j’utilise principalement du QT, que je veux rester sur une base Ubuntu, il n’y a pas trop de choix, Kubuntu ou Neon. Kubuntu comme son nom l’indique c’est la variante d’Ubuntu sous KDE, Neon quant à elle c’est un peu plus compliqué. Il s’agit d’une distribution basée sur Ubuntu LTS développée par Jonathan Ridell, qui est un sacré bonhomme, puisque pendant des années il a été le principal ou le seul mainteneur de Kubuntu. La démarche de Neon c’est donc de s’appuyer sur la stabilité de LTS mais en contrepartie de proposer des mises à jour régulières de KDE. Attention quatre lignes de troll ou plus. On peut comprendre l’intérêt d’avoir des mises à jour régulière de KDE, parce que KDE depuis le passage dans la version 4, c’est l’anarchie, c’est la rolling release du gestionnaire de fenêtres, des ambitions, des bugs à la pelle, la sensation que le travail n’est jamais fini et qu’il ne le sera jamais. KDE c’est la Sagrada Familia.

KDE, toujours en construction

J’y vois tout de même un oxymore. Se baser sur une distribution stable pour proposer un environnement instable, j’ai un peu de mal à comprendre. Je dois être le seul, Kubuntu n’en finit pas de mourir, Neon est largement devant au classement distrowatch, j’irai bien mettre une couche sur le billet de Frédéric avec Manjaro première, en ajoutant que c’est une illustration du besoin de nouveautés permanent. Rassurez-vous, ça passe avec l’âge. J’ai donc joué la carte de la facilité en faisant le choix de Kubuntu.

Le problème des notifications est un vrai problème car je n’ai plus mon mail office365 dans thunderbird. Mailnag doit faire le job, sauf qu’il ne le fait pas. La gestion des mails office365 me pose des problèmes dans thunderbird, la synchronisation de certains répertoires imap ou l’accès au carnet d’adresses d’entreprise, il apparaît malheureusement que pour faire du Microsoft, il faut du Microsoft. Je préfère donc passer par le navigateur et avoir accès à l’ensemble de mes applications en ligne disponible dans mon compte office. Pour être informé que j’ai reçu un message, deux possibilités, avoir un onglet ouvert en permanence sur outlook, avoir mon téléphone dans la poche ou en sonnette sur la table. Oui je suis un workaholic, je dois répondre aux mails dans la minute.

Et c’est ici qu’intervient la killer feature, KDE Connect, le truc qui ferait presque passer à Linux. Sur votre smartphone Android vous installez par le biais de F-droid, l’application KDE Connect.

Et de l’autre côté sur l’ordinateur vous avez l’équivalent, l’appairage se fait comme pour deux appareils bluetooth. La seule condition c’est que les appareils soient dans le même réseau.

Les possibilités sont assez nombreuses et surtout bilatérales. On peut évidemment échanger des fichiers dans les deux sens, on peut utiliser le smartphone pour piloter l’ordinateur ce qui donne une autre dimension. On peut donc être au fond de la classe, le smartphone allumé et piloter son ordinateur sous KDE depuis le fond de la classe. Et l’une des fonctionnalités qui m’intéresse particulièrement c’est la possibilité d’avoir l’ensemble des notifications du téléphone sur le PC. Par le fait, lorsque je reçois un mail, l’application outlook de mon téléphone Android va pousser la notification sur mon PC et le fait bien, tout comme si je reçois un SMS ou un appel téléphonique. Je résous donc de façon élégante mon problème de notification pour outlook et je peux même m’octroyer le luxe de supprimer thunderbird pour me contenter de roundcube livré avec o2switch pour ne plus avoir de client sur mon PC. J’évoquais dans le billet d’hier la refonte de thunderbird, elle arrive trop tard, s’il y a quelques années la gestion des mails par le PC était névralgique, aujourd’hui le mail ça peut être sur le téléphone, ou encore sur ma session au lycée pour laquelle je n’ai pas installé thunderbird sinon ce serait pour l’ensemble de mes collègues du fait d’être en TSE.

KDE mérite sa réputation de gestionnaire de fenêtres simple qu’on peut paramétrer de façon très complexe. L’apparence n’est pas si différente d’un Windows à l’ancienne, et on peut configurer de nombreux paramètres de façon fine. C’était certainement l’une des raisons pour lesquelles je cherchais un bureau simple. Par exemple, KDE permet de paramétrer chaque dossier de façon individuelle, j’ai dû chercher sur web pour paramétrer dolphin de façon à avoir le même comportement pour chaque dossier. C’est dans le menu configuration, configurer dolphin, onglet général, utiliser des propriétés communes pour tous les dossiers.

Au moment où j’écris ces lignes, je n’ai pas assez de recul sur cet environnement, il faudra que je refasse le point dans quelques mois quand je serais passé sous Gnome. Non faut pas rêver non plus, mais il est vrai qu’à chaque fois que je fais un tour sur KDE, je trouve que c’est séduisant. Les effets graphiques sont nombreux, mais propres, et utiles. Par exemple lorsque vous passez la souris sur VLC dans la barre des tâches, il vous propose la miniature avec la possibilité de changer de piste audio. Oui c’est du gadget et ils sont nombreux mais c’est un confort d’utilisation, une souplesse de bureau que je ne connaissais plus après avoir passé tellement d’années sur Xfce et ces derniers temps sur LxQt. Un jour j’évoquais que le problème n’était pas d’avoir des centaines de possibilités, mais l’intelligence de faire le tri, de faire les bons choix, c’est donc à moi de les faire sans passer des heures à customiser le bureau.

Il y a par contre une fonctionnalité que je trouve assez énorme et qui peut faire méditer sur pas mal de choses. Souvenez-vous, j’évoquais il y a quelque temps mes problèmes de synchronisation entre mes différents appareils, à savoir Android et Linux et la problématique de trouver un service qui permettrait d’assurer cette synchronisation. Dans ma philosophie, je veux éviter la multiplication des services, même si pour cela je dois passer par un service propriétaire que j’utilise déjà. Dernièrement, mon épouse avait besoin d’envoyer une vidéo, j’aurai pu lui faire créer un compte à 5 € chez yourownnet par exemple, mais ça aurait été un service de plus qu’elle ne maîtrisera pas, car elle va l’utiliser une fois tous les 36 du mois. Je lui ai fait utiliser Google Drive, car possédant un smartphone, elle a nécessairement le compte Android associé et donc un compte Google Drive avec 15 Go d’espace. Elle a expédié sa vidéo en passant par l’interface web. Et curieusement voici ce que je découvre dans mon Dolphin

De façon native, le compte est géré par KDE et ça fonctionne très bien. Si on en revient à la problématique expliquée plus haut de synchronisation des appareils, avec Google Drive, j’ai donc un client natif sous Linux, bien sûr sous Android et je reste conforme à mon cahier des charges de ne pas ajouter un service de plus. Dans la logique des choses, c’est yourownnet qui sauterait chez moi, ce fameux service de plus que je peux facilement compenser par : le cloud chez Google, la partie dav chez o2switch, il ne manquerait plus que l’agrégateur de nouvelles, news est quand même très puissant et bien plus agréable que tous les agrégateurs que j’ai pu croiser pour l’instant. Je n’en suis pas encore à cette problématique parce que j’ai d’autres chats à fouetter en ce moment mais elle est dans les tuyaux.

Je ne peux conclure décemment sur « je vais filer mes données à Google » sans évoquer ce qui se passe en Allemagne. Damien a écrit un billet sur le thème, et c’est un bon billet de bon père de famille et pas de libriste intégriste, ce qui prouve qu’on se prend tous un coup de vieux. Le propos de Damien n’est pas de pointer les services propriétaires qu’utilisaient ces gens-là, mais de rappeler que quel que soit le service, on finira à poil sur internet. Le problème n’est donc pas tant l’utilisation de services propriétaires, c’est plutôt ce qu’on y met. Il est en effet une erreur de penser que l’internet est un espace privé. Si je devais utiliser Google Drive, ce serait uniquement par confort pour assurer la synchronisation de mes cours qui sont déjà publics, mes sauvegardes se font sur des disques durs déconnectés du net.