De battre mon cœur s’est arrêté

23/12/2018 Non Par cborne

Ce n’est pas à vous que je vais expliquer que ça me pendait au nez et vous auriez raison de me dire que je ne l’ai pas volé. Néanmoins si on fait le résumé de cette dernière période sur le trimestre, en faisant même abstraction de l’année complète et accessoirement des dix dernières années où cela ne s’arrête pas, dans les derniers temps on peut noter :

Ma fille qui se casse la gueule et qu’il faut plâtrer avec une gestion du quotidien complexifiée entre les béquilles, le kiné, l’amener se faire ouvrir le plâtre le jour de l’alerte rouge. Se prendre une bagnole après avoir fait 200 bornes suite à une formation pourrie à 50 mètres de chez moi pour lui éviter de remonter à pied. Les inondations bien sûr avec de grands détours, le stress de la route c’est toujours rigolo. L’opération de ma femme, la surcharge mentale qu’elle a pu entraîner pour gérer encore plus de choses à la maison et le stress qu’elle induit, sa deuxième anesthésie totale de l’année tout de même. Les gilets jaunes avec des détours de 30 km pour aller bosser, vivre collé au GPS, l’angoisse de se retrouver bloquer, de ne pas pouvoir passer. Le partner, à faire des kilomètres avec un pot qui va se casser la gueule, le contrôle technique qu’il faut passer. Et puis tout simplement le quotidien, cent kilomètres pour aller bosser, des collégiens dont il faut s’occuper, des ordinateurs à réparer, une vie de bon père de famille où les enfants n’épargnent rien. Je souligne les enfants comme je pourrai souligner le reste du monde, les gens n’ont pas de pitié. Mais c’est pour moi le plus insupportable, partager son quotidien avec des gosses pour qui vous devez être présents pour tout et qui vous regardent crever à petit feu sans lever le petit doigt. Curieusement je tombais sur cet article ce matin, comment apprendre à ses enfants à se soucier d’autrui, j’ai survolé l’article et je pense que c’est un tissu d’inepties. J’ai beau passer mon temps à tendre la main à beaucoup de gens, me comporter correctement, montrer à mes gosses qu’il faut en faire autant et qu’on ne peut pas vivre comme un crevard, je pense que cette génération nous conduira à l’apocalypse. Je ne sais pas encore comment, leur bêtise qui amènera l’un d’entre eux à appuyer sur le mauvais bouton, ou l’extinction de la race de façon naturelle, trop égoïstes, trop nombrilistes, ils n’auront pas de place dans leur vie pour des enfants, ils ont trop besoin de s’occuper d’eux-mêmes et que le reste du monde se focalise sur eux.

Depuis trois semaines environ, j’ai des douleurs à la poitrine, des difficultés à respirer. Ces derniers temps, cela a empiré. Il faut dire qu’en ce moment je ne fais pas semblant, j’ai mis un coup de turbo au boulot, arriver à 7h00 le matin cela veut dire à 6h20 dans la voiture, c’est l’un des rares moments pour avoir la paix. J’évoquais dernièrement un poste récalcitrant sur lequel je n’arrivais pas à installer un point msi, j’ai réussi à m’en sortir en deux minutes. Il est certain que seul à 7 heures dans un bureau c’est plus simple qu’avec quatre personnes qui racontent des conneries autour pendant que vous essayez de vous concentrer. Le problème provenait d’une clé de registre : HKEY_LOCAL_MACHINE\Software\Policies\Microsoft\Windows\Installer. Créer un REG_DWORD au nom de DisableMSI et le positionner à 1. Dans la foulée j’ai passé les autres clés à 1 et j’ai pu enfin effectuer ma migration. Comme je l’ai écrit régulièrement, du fait d’avoir un emploi du temps pourri, à savoir des journées de libre et des journées de sept heures de cours, je saute le temps de repas de midi pour avancer, sinon ça voudrait dire remonter sur le lycée sur les journées de libre qui me permettent d’avancer à la maison. Parce qu’on rigole, on rigole, mais il apparaît quand même que le métier d’enseignant c’est une occupation et que corriger le brevet blanc ça ne se fait pas tout seul :

un bien beau paquet

Nous sommes donc vendredi, nous arrivons à la fin, et je suis en train de faire la correction du brevet blanc à mes élèves. Toutes les personnes qui ont eu la joie de m’avoir comme prof vous diront que quand j’envoie, ça ne fait pas semblant. Le ton monocorde, ce n’est pas le genre de la maison. La première heure, je cherche mon souffle, la seconde heure, j’envoie une élève au tableau. On finit l’après-midi dans le même esprit, la sensation d’avoir fait le marathon, je saute dans la voiture, encore du mal à retrouver mon souffle. Je franchis la porte, je salue ma femme qui commence quand même à s’inquiéter parce qu’elle n’a pas l’habitude de me voir dans un sale état et après avoir fait tourner le cadran de plus de douze heures, ça ne va pas mieux.

Tu le sais public, le Borne ose tout et c’est à ça qu’on le reconnaît, je pars seul aux urgences. Je sais que je n’ai rien, je sais que j’ai trop encaissé, je sais que je suis à la croisée des chemins du burnout et de la grosse fatigue. Je vais vous raconter une anecdote qui résume mon état actuel. Vendredi matin à la récré, je saute dans la voiture et je vais apporter une boîte de chocolats à mon garagiste. Ça peut sembler étonnant mais cet artisan est formidable, lui et son équipe m’ont vraiment dépanné avec le sourire, à pas cher et à chaque fois que c’était vraiment la merde. Quand on sait la relation que j’entretiens avec mon Partner, le truc qui pisse régulièrement par tous les trous tous les liquides possibles, il est important d’avoir un bon garagiste. Mon geste l’a tellement surpris, il avait l’air tellement heureux pour une simple boîte de chocolats, que j’ai failli chialer et le prendre dans mes bras. Cet état d’hyperémotivité chez moi je le connais, c’est quand je suis au bout du rouleau, je me rappelle un lendemain de gastro avoir passé mon temps à chialer devant un long dimanche de fiançailles. Je sais que je suis épuisé, mais pour rassurer ma femme d’un côté et pour le cas où de l’autre, je préfère mieux commencer mes vacances en fanfare et démarrer par les urgences.

Alors que la salle est pleine, quand la secrétaire voit ma tête, se rend compte que je n’ai jamais mis les pieds aux urgences pour moi et que ma carte vitale est neuve, je passe le premier malgré la foule. L’infirmière franchement gentille comme tout le trop nombreux personnel médical que je suis amené à croiser dans ma vie, n’arrive pas à me faire l’électro cardiogramme, trop de poils elle me rase. Je vous montre cette photo, ça fait marrer mes gosses :

la différence entre les petits garçons et les vrais bonhommes : le poil. Vous comprenez pourquoi on me traite d’ours.

Tension OK, électrocardiogramme OK, on me plante un cathéter c’est la première fois en 43 ans. Ma dernière prise de sang remonte à 2000, la date de mon mariage. Vous voyez que je n’ai pas été trop pénible avec le système de santé et que la sécu devrait me donner une médaille.

On me fait patienter dans une chambre, le fait de savoir que je n’ai rien me fait baisser la pression, je commence à raconter le truc sur Facebook parce que certains de mes collègues ont vu que j’étais essoufflé, j’appelle ma mère pour la rassurer, j’écris à mon père, je tape la discute au téléphone avec mon frère, j’envoie mes dernières volontés à ma femme. Les résultats sont négatifs pour les traceurs cardiaques, on finit par me laisser partir. Le médecin urgentiste me dit de prendre un rendez-vous chez le cardiologue pour faire un test d’effort, au cas où, mais il me dit que cela sera négatif, il pense comme moi que je suis en train de me faire rattraper par mon mode de vie.

Pour ma part, je pense que je suis allé aux urgences pour rien, et qu’il aurait fallu que je me repose. Néanmoins je suis dans la quarantaine, si Michel Berger est mort à 44 ans d’une crise cardiaque, Cyrille BORNE peut faire la même à 43 sans jouer au tennis. J’ai commencé à récupérer, ce n’est pas encore formidable, il faut que je prolonge ma cure de sommeil.

La question que forcément je me pose, c’est sur quoi j’aurai pu gratter ce coup-ci ? Je n’ai pas le temps de jouer ces derniers temps, j’écris de moins en moins, à quoi j’aurai pu renoncer alors que ma vie se limite à la famille et au travail ? Si c’était malheureusement à refaire, j’aurai pu difficilement faire autrement et c’est ici le véritable problème. Je vais me contenter de me dire, pour me rassurer, que si ma vie est compliquée, elle l’a été un peu plus ces derniers temps. Que les gilets jaunes c’est pas tous les quatre matins, que ma fille qui se casse la gueule non plus, que ma femme qui se fait opérer ça va se tasser, et que les inondations qui font quinze morts dans l’Aude c’est rare. On va donc se contenter d’appliquer la méthode Coué et se dire que c’était vraiment une merde exceptionnelle même si à la même époque l’an dernier j’étais au sens propre dans la merde de mes canalisations et que demain est un autre jour, un jour meilleur. En vous souhaitant de bonnes fêtes, je vais essayer de récupérer pour mes prochaines aventures.