Cultures, épisode 7

30/11/2017 Non Par cborne

Quand on n’a pas de moyen, qu’on n’a pas vraiment d’idée, il reste toujours à se replonger dans ce qu’a pu produire le jeu vidéo et faire un peu mieux. Je suis un peu sévère mais pas si loin de la réalité. Viking Squad est un beat them all plutôt réussi, un style dessin animé, une jolie musique, le dessin est vraiment sympa et nous change de l’héroic fantasy traditionnelle, le niveau supérieur du on n’a pas de moyen, on n’a pas d’idée. Au niveau du scénario, pas bien compliqué, à l’aide de son Viking, plusieurs personnages au choix, on fait de nombreux niveaux dans lesquels on castagne de nombreux monstres pour finir par bastonner un boss un peu plus important. Le jeu n’est pas vraiment facile, il est particulièrement tactique, il faut apprendre les « patterns » de chaque ennemi pour réussir à s’en sortir, ça devient largement plus complexe quand il y en a sept ou huit. Le jeu est plaisant et ne décourage pas le joueur dans le sens où à chaque fois qu’on perd, on retrouve le village avec l’intégralité de son butin, de ses victoires. Le jeu possède une caractéristique jeu de rôle si bien qu’on peut augmenter la vie, la puissance de frappe ou encore gagner des armures ou des armes plus efficaces. Perdre avec la totalité de son argent c’est ainsi la possibilité de revenir au combat avec une nouvelle épée, plus de vie, une potion ou un bonus de force qui fait que le nouveau tour sera plus facile. Si le descriptif que j’en fais est plutôt positif, malheureusement le gameplay étant ce qu’il est, se contente d’être une variation de nouveaux monstres avec un « pattern » plus ou moins similaire qui tapent franchement plus fort et qui viennent plus nombreux. La répétitivité de l’action entraîne la lassitude et ce n’est pas l’univers aussi sympathique soit-il qui vient réhausser l’intérêt du jeu où l’on finit par franchement s’ennuyer.

Dans les années 20, dans un trou perdu du nom de Notre Dame des Lacs, à proximité de Montréal (au Canada, pas dans l’Aude), la vie d’un village et de ses habitants. Avant d’évoquer l’histoire on va revenir sur deux trois détails techniques, notamment sur le fait que Tripp vit au Canada et que c’est donc une bande dessinée entièrement écrite en Québécois. La lecture est donc parfois fatigante mais c’est globalement dépaysant. L’autre détail, pour moi c’est un détail, pas pour les auteurs, c’est que la bande dessinée est réalisée par un dessinateur virtuel. En fait Loisel commence à faire un gribouillis, bon on se doute que pour l’auteur de la quête de l’oiseau du temps, un gribouillis de chez lui c’est l’œuvre d’une vie pour certains, Tripp complète en passant par derrière ce qui donne un dessin « original » qui ressemble fortement à du Loisel. La bande dessinée s’est bien vendue, comme chaque Loisel, 100.000 exemplaires par album et c’est un succès mérité car la bande dessinée fait l’exploit de captiver le lecteur alors qu’il ne s’y passe pour ainsi dire absolument rien ou presque. L’histoire donc c’est celle d’un village, avec pour personnage principal Marie, une jeune veuve qui tenait le magasin avec son mari. Marie n’a connu que cet homme, ne sait pas trop ce qu’elle va faire, si elle sera capable de s’en sortir toute seule, comment va-t-elle se débrouiller ? Le premier tome nous montre que la vie continue, installe le décor, quand le second pose réellement les bases de l’histoire, l’arrivée de Serge, un homme distingué, cultivé, beau gosse qui reste coincé dans le village après une panne de moto. On se doute dès lors qu’une certaine tension va se créer autour des deux personnages. Magasin général dépeint des personnages attachants, comme le nouveau curé du village qui rêvait d’être ingénieur et qui a du mal à gérer sa paroisse. Il trouve du réconfort chez l’athé du village qui construit un bateau en bordure du lac, les deux hommes liant une très solide amitié. C’est ça magasin général, du sentiment, des petits riens, pour arriver à une très belle bande dessinée avec son lot de rebondissements comme on en a dans la vraie vie.

J’ai regardé le film Valérian et la Cité des mille planètes, qui correspond globalement à l’ambassadeur des ombres, l’un des meilleurs épisodes de la série. Je vais vous faire le pitch de la bande dessinée. Dans l’espace s’est construite une cité monumentale avec des blocs issus de toutes les planètes, de toutes les races, c’est donc la foire complète. Valérian et Laureline ont pour mission de protéger l’ambassadeur qui doit prendre la gouvernance de cette ville si complexe. Celui-ci se fait kidnapper avec Valérian dès le début de la bande dessinée et c’est Laureline qui va mener l’enquête pour retrouver les deux hommes. Il est à noter que les bouquins qui ont été écrits dans les années 70 pour une part sont avant-gardistes à de très nombreux niveaux, notamment dans la position de Laureline qui est l’égale de Valérian, elle vient le sauver très régulièrement. Alors que cette histoire a pour personnage principal Laureline, dans le film ce n’est pas vraiment le cas, on passe à du 60/40 en faveur de Valérian. A l’instar de tous les Valérian, c’est du gigantisme, Christin et Mézières n’ont jamais fait dans la demi-mesure avec un univers original et rarement égalé. Il y a des bandes dessinées, on se dit que ça coûtera trop cher pour les réaliser, un suicide cinématographique potentiel par exemple serait de tenter d’adapter la caste des Méta Barons, qui fait partie de ces univers délirants avec des batailles ahurissantes. Chez Valérian c’est la richesse des environnements, les habitants de toutes les planètes plus que les conflits spatiaux, une réalisation difficile, forcément onéreuse. Besson s’est donc attaqué à l’Himalaya par la face la plus difficile et quoi qu’on puisse penser du réalisateur, c’est extrêmement courageux de s’attaquer à ce mythe et c’est bien de faire connaître une bande dessinée française à l’internationale.

On a beaucoup tiré sur l’ambulance de 200 millions de budget, à tort, ce n’est pas un mauvais film, c’est un film qui fait de nombreuses fautes quand on connaît la bande dessinée, et la principale c’est sans ambiguïté les personnages et leur relation. La relation entre Laureline et Valérian dans le film est ridicule, Valérian fait une demande en mariage au début qui n’a aucun sens. La relation dans la bande dessinée est plus claire, ils sont globalement en couple, Valérian est un macho de base, militaire au sens du devoir, un énorme bourrin accompli quand Laureline est joyeuse, plus intellectuelle que son compagnon, plus humaniste, ils se complètent. Le Valérian ici étonne tant il éloigné du personnage physiquement, trop jeune, trop foufou, comme Laureline qui passe son temps à faire la gueule. Le film cultive l’inutile comme la scène avec Rihanna pour nous montrer qu’on a Rihanna dans le film ou le début du film qui ne nous fait pas rentrer assez vite dans le sujet. Pour le reste c’est très bien foutu, c’est un bon film de sciences fictions qui rend hommage à la bande dessinée à sa façon.

Après le très rythmé basique, Orelsan a fait le choix que je trouve courageux de sortir « tout va bien » qui tient plus de la comptine que du rap. Il s’agit d’une chanson dans laquelle il ment à un enfant pour lui dire que tout va bien, où il donne de fausses explications sur les hommes qui se tirent dessus, la misère, les femmes battues. Le clip est très réussi, la chanson pas vraiment chantante et commerciale, pari plutôt osé donc.

Nous nous quittons avec du Rap Togolais qui m’a été proposé par un très très très vieux lecteur, il s’agit d’Elom 20ce, pas le vieux lecteur c’est Joker VB. La sonorité fait RAP à l’ancienne, les paroles dénoncent les mêmes choses qu’on peut voir en France, la drogue, l’alcool, la violence, les revendications qu’on trouvait dans les années 90 et qui ont laissé la place en France à des chansons autour du bling bling et de la fête. Pour les gens qui aiment le rap à l’ancienne, on adhère, ce qui est plus difficile c’est le texte, sa compréhension, on n’est plus dans le descriptif de nos banlieues au bord de l’explosion, on parle de l’Afrique, d’un autre continent qu’on ne connaît pas, qu’on ne comprend certainement pas.