Cultures, épisode 68

28/12/2020 Non Par cborne

Le cinéma de François Ozon c’est quand même assez particulier et ça finit quand même souvent au lit. J’avais trouvé plutôt pas mal le jeune et jolie, parce que la jeune qui était jolie se prostituait sans raison apparente, ne manquant pas d’argent, ne manquant de rien en fait. Avec été 85, on se retrouve à nouveau avec des jeunes face à l’amour, cette fois-ci c’est un garçon qui découvre l’amour avec un autre garçon de son âge. Le film se situe après un événement qu’on comprend plutôt grave, au point que l’un des jeunes se retrouve au tribunal. On ne peut pas dire que le film ne soit pas plaisant, ça se laisse regarder pourtant une fois arrivé à la fin, on se rend compte qu’on a regardé un truc qui pouvait se raconter en cinq minutes, comme une chanson de Joe Dassin, on s’est aimé, n’en parlons plus, et la vie continue. Un film qui se regarde, mais en faisant quand même quelque chose à côté pour ne pas avoir l’impression d’avoir perdu tout son temps.

Flavia est une gosse des favelas, son père meurt assez rapidement, une balle perdue. Sa maman pour trouver un peu d’argent fait des ménages, et dans ses clients un vieil homme en fauteuil roulant, passionné de musique qui va lui apprendre les bases du piano. Persévérante, talentueuse, elle va poursuivre sa passion, obtenir une bourse pour Paris afin de devenir concertiste. Forté est une bande dessinée qui manque de toute évidence d’originalité, avec sa construction façon Dragon Ball où son héroïne franchit les étapes dans les concours de musique et les difficultés financières. Trop de clichés sur les gens, trop gnangnan, c’est une bande dessinée qui cumule les défauts et pourtant ça marche bien. La volonté de transmettre la passion du classique est bien présente, la sensibilité, la rigueur, c’est réussi.

Hector le boucher est un one shot qui aurait pu être écrit par Jean-Pierre Jeunet (Amélie Poulain). Une histoire étrange, des personnages caricaturaux, des passages oniriques, des événements un peu délirants. Hector vit heureux avec son père et sa mère, sa maman meurt dans un accident domestique, Hector vit toutefois heureux avec son père qui lui enseigne les ficelles du métier : boucher. Malheureusement c’est au tour du père de Hector de décéder, il sera éduqué par ses grand-parents avec pour seul espoir, monter sa propre boucherie. Derrière cette bande dessinée rocambolesque, l’auteur explique l’origine de l’histoire : un véritable boucher, un peu d’histoire personnelle, et la volonté d’illustrer l’opposition entre la grande distribution et l’artisanat.

L’histoire de chambre obscure se déroule au début du XX° siècle, il s’agit d’un diptyque où l’auteur explique qu’il cherche à rendre hommage aux séries comme Arsène Lupin. On est donc dans une histoire qui tient de la pièce de théâtre, avec des personnages hauts en couleurs, des emphases. L’histoire démarre avec le retour d’une tante aventurière qui revient dans la demeure familiale, celle du frère qui a repris l’entreprise du père, un père devenu sénile. De mystérieuses lettres d’amour, un cambriolage, des secrets du passé, tous les éléments sont réunis pour faire une bonne histoire et c’est le cas. Des personnages attachants, de bons mots, un récit dynamique, une bande dessinée plaisante à lire.

Chaque jour la gamine attend son père, un homme âgé, suffisamment pour être son grand-père. Parfois il vient, parfois il ne vient pas, la fille qui vit seule avec sa mère, une femme jeune, belle, qui aime faire la fête, est dans cette attente. À chaque fois, c’est pour elle le festival, l’homme l’emmène au musée, lui fait partager la culture, les livres, son érudition. Et pourtant la sensation d’un lourd secret de famille est bien présent, cet homme qui ne partage pas vraiment leur vie et qui a une autre famille. Dans son ombre est un one shot dont je retiendrai plus les qualités graphiques, que l’histoire. Tout en noir et blanc, le dessin est magnifique, largement plus que l’histoire pas très bien inspirée. On comprend que l’homme a une double vie mais les contours sont assez mal définis, la relation entre son père et sa mère pas vraiment claire. L’histoire reste suffisamment prenante pour nous faire tenir le livre jusqu’à la fin.

L’histoire sans fin, ce film où Bill Murray revit en boucle le jour de la marmotte a inspiré quelques films, mais pas tant que ça, il faut dire que l’idée est tellement excellente, tellement connue, qu’on aurait forcément l’idée du plagiat. Palm spring fait le choix de ne pas faire dans la demi-mesure mais dans l’excessif, le graveleux, un dépoussiérage un peu trash. L’histoire se passe sur une scène de mariage qui se rejoue tous les jours, la différence c’est que notre héros entraîne avec lui une jeune femme dans la boucle temporelle. Ils vont, comme on peut s’en douter, faire beaucoup d’excès, et tomber amoureux. C’est assez drôle, c’est prévisible, ça se laisse voir par ces temps de disette cinématographique.

J’avais écrit que le chanteur perdu était indiscutablement l’une des meilleures bd que j’ai pu lire, cette histoire où Tronchet est à la recherche du chanteur dont les textes ont accompagné sa vie. Quelle surprise de retrouver dans « sur la vie de ma mère », à nouveau Jean-Claude Rémy, le fameux chanteur mais sous un autre angle, celui de son fils. L’histoire démarre à Nîmes devant la statue des arènes, une signification particulière pour moi qui suis Nîmois, sur un décès, celui de la mère de Alain Rémy alias Gaston. Il va raconter sur plus de 300 pages la vie de sa maman, de sa famille, une femme atypique qui les a fait vivre dans le monde entier, enseignante de mathématiques qui a désiré quitter son Jura natal pour enseigner dans tous les pays possibles, une bougeotte assez incroyable. Travail très personnel, qui vise à décrire la famille, les expatriés, mais aussi une certaine forme de liberté sexuelle qui n’existe plus vraiment aujourd’hui. Comme je l’ai précisé en introduction, c’est assez étonnant de voir cet homme apparaître dans deux bandes dessinées, j’ai essayé de trouver une interview, une explication, des auteurs, rien. Sacré coïncidence, qui tient désormais du mystère.

La licorne est une bande dessinée qui avait rencontré un certain succès à l’époque, fantastique, enquête policière, dessin qui claque. C’est l’une des rares bandes dessinées que j’ai dû relire plusieurs fois pour comprendre. C’est sans aucune surprise quand j’ai commencé à perdre le fil du bourreau (le), que j’ai compris qu’il s’agissait du même auteur, Gabella. Et c’est pourtant dommage, l’histoire démarre super bien, une sorte de Batman au Moyen-Âge. Le principe de la bande dessinée est le suivant : le bourreau est une espèce de super héros vengeur, si on lui donne un objet il est capable de retrouver le meurtrier de son propriétaire et de le tuer à l’heure qu’il a choisie. Totalement indestructible, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, si une enquête ne tournait pas mal, un enfant à tuer et un bouffon aux supers pouvoirs qui le fait disparaître sous ses yeux ébahis. Il n’avait jamais rencontré quelqu’un comme lui, ni connu l’échec. Trois tomes pour une bande dessinée finie qui pour ma part méritait mieux, le même défaut que la licorne, un scénario qui finit par devenir complexe, et je pense que c’est impardonnable pour une bd. La bd c’est avant tout l’expression par le dessin et la parole conjugués, faire court pour tout dire, ou faire long pour montrer le maximum de détails mais en aucun cas perdre le lecteur. Je trouve dommage que ce garçon qui a vraiment de bonnes idées, n’arrive pas à raconter ses histoires plus clairement.

Je suis un grand fan de la bande dessinée donjon, qui réalise la performance de reprendre parfaitement les codes de l’héroic fantasy mais à la française, en y rajoutant une énorme dose d’absurdité dans un univers qui réussit à rester cohérent. Après de très nombreux tomes, plusieurs époques, on pensait la série terminée. Antipodes relance la série en plaçant des événements 1000 ans avant et 1000 après l’histoire principale du donjon. Cette première histoire qui se déroule dans un lointain passé, présente une bataille avec des orcs contre des elfes, les orcs finissant par se faire massacrer. On va suivre les aventures d’un chien à la recherche du cadavre de son maître. L’esprit y est c’est indéniable mais c’est décevant. Ce qui fait le charme de donjon c’est de retrouver des éléments du passé qui vont influencer le futur et réciproquement. En jouant la carte d’une histoire si distante, c’est une forme de reboot que s’offrent les scénaristes, quelque part une facilité, celle de pouvoir écrire des histoires farfelues en s’éloignant du contexte du donjon. Pas vraiment déçu parce qu’on s’y retrouve, néanmoins on est en droit de s’interroger sur la motivation des auteurs, s’ils avaient encore des choses à raconter, il suffisait de l’intercaler avec le reste comme ils ont su le faire avec talent pendant de nombreuses années. (Spoil : syndrome d’Arleston ou de la poule aux œufs d’or).

J’ai une affection assez particulière pour la saga des Dark Siders que j’ai commencée si j’en crois Wikipedia en 2010, il y a plus de 10 ans. À l’époque, le jeu sorti sur PC qui était ma plateforme de jeu, lorgnait largement du côté de God Of War. Boucherie à volonté, monstres gigantesques. C’était franchement sympa, le fait de se promener entre les enfers, l’humanité détruite et le paradis à arracher les ailes des anges, entre les différents complots, franchement grande classe. Le second opus, beaucoup plus laborieux avec Death qui n’en finissait plus de faire trois fois la même mission, m’avait moins convaincu et j’avais dû me faire violence pour arriver à la fin. THQ, l’éditeur du jeu a connu des déboires assez importants, la saga s’est arrêtée pendant pas mal de temps pour revenir avec l’épisode trois aux commandes de Fury, j’avais consacré un billet complet pour écrire que c’était vraiment chouette, et que le côté emprunté aux souls était plutôt séduisant.

Je n’attendais pas ce Dark Siders Genesis et encore moins sous cette forme, à savoir un hack and slash à la diablo. Il faut reconnaître que quand tu n’as pas d’argent, tu peux avoir des idées, et force est de constater que le hack and slash c’est franchement moins cher à réaliser qu’un jeu en 3D où ça bouge dans tous les sens. Les quatre cavaliers, il manquait Discorde mais c’est finalement à deux que va se faire l’aventure puisque Guerre est de la partie. L’histoire se déroule avant les événements que l’on connaît, à savoir l’apocalypse qui se déclenche dans le premier épisode. Discorde et Guerre sont en mission pour le conseil, ils doivent enquêter sur ce qui se passe dans les enfers, des monstres se tapent encore plus dessus qu’à l’habitude. Il apparaît que Lucifer a filé des super pouvoirs à certains démons. Vous allez faire affaire avec Samael, qui est un habitué, avec pour hub central sa cachette dans laquelle se trouve Vulgrim le vendeur d’objets.

D’un point de vue gameplay on ne va pas se mentir, c’est un hack and slash. L’intérêt c’est de varier entre les deux personnages, Guerre qui est le gros bourrin de base et dont on récupère tous les artefacts bien connus comme le shuriken géant ou le point, Discorde dans le combat à distance avec d’autres possibilités comme créer des portails de téléportation. La moralité c’est qu’on tue, on tue beaucoup, c’est très agréable quand on aime le genre. Si je ne devais mettre que deux bémols, à part les problèmes de collision liés à la vue de dessus, c’est le doublage français catastrophique et la gamification poussée qui ne donne pas envie de s’investir. Petite explication sur ce dernier point, fléau du jeu vidéo actuel. Dark Siders Genesis est riche, il est généreux, non seulement vous avez dix-sept chapitres de tripailles, mais en plus vous avez des arènes pour en remettre une couche, il y en a aussi dix-sept, et après un mode infini. Si bien sûr on fait les arènes pour le plaisir de la boucherie, on le fait pour les bonus mais aussi pour faire un 100%. J’ai fini Dark Siders Genesis, j’ai fait pas mal de missions annexes, de bonus tout ça pour finir à 21% du jeu dans le monde du Playstation Store. La moralité c’est que lorsqu’on a fini le jeu, l’aventure principale, faire les arènes n’a plus vraiment d’intérêt et tenter de platiner un jeu c’est vraiment une histoire de perversion.

Bien sûr, on n’est pas obligé de participer au « game » mais il faut reconnaître que la gamification, le bonus, c’est toujours sympa, un peu comme un like.