Cultures, épisode 66

05/12/2020 Non Par cborne

À la base j’étais contre toute forme de reboot, remake et j’en passe. Le passage au live d’un dessin animé apparaît franchement sur le papier comme une aberration financière de plus, à savoir qu’on y voit un tour de passe-passe des producteurs pour gagner de l’argent sans effort. Je vais aujourd’hui un peu modérer mon propos. Certains films, comme la trilogie Pagnol, ou d’autres, ont des dialogues excellents, des histoires solides, mais le noir et blanc, le cadrage, et le reste ne répondent pas aux critères actuels. Si pour moi le reboot toutes les trois semaines de Spiderman c’est du grand n’importe quoi, pour des films anciens, ça se discute. Aladin par exemple, le Dessin Animé de Disney a plus de 25 ans et quand il bluffait tout le monde avec ses effets 3D à l’époque, le 4/3 aujourd’hui ça pique franchement les yeux même pour quelqu’un de 45 ans. Comprendre quelqu’un qui a joué à des jeux en 8 couleurs. Le film avec Will Smith offrait donc un dépoussiérage intéressant en ne proposant pas un dessin animé, moyen artificiel de faire de la nouveauté et une histoire proche mais pas totalement copiée collée pour encore créer de la nouveauté de façon artificielle.

Mulan est le film maudit, puisqu’il devait sortir durant la crise COVID. Disney a fini par le repousser puis comme on se rend compte que le cinéma c’était mieux avant, une décision de le diffuser dans le monde sur Disney + et pour certains pays à 30 balles d’euros. Forcément 30 balles d’euros quand tu payes un abonnement et que tu vas le regarder sur la télé du salon ou sur ton smartphone alors qu’à moins de 15 balles c’était au ciné pop-corn compris, on se rendait bien compte dès l’annonce que c’était perdu d’avance. Le film a donc été diffusé « gratuitement » pour tout possesseur d’abonnement Disney +. Comme si ce double raté, sortie pendant la COVID, 30 balles, n’était pas suffisant, le film a été fortement critiqué sur son positionnement par rapport à la Chine,

Les critiques sont assez catastrophiques pour la simple et bonne raison que si on pardonne à n’importe qui de refaire Spiderman tous les cinq ans, on se doit de comparer de façon obligatoire Mulan 2020 et Mulan. Alors forcément ça ne chante pas, il n’y a pas le dragon Mushu et le film fait peu dans l’humour. La sensation que j’ai personnellement si je fais abstraction de l’original, c’est d’avoir un film à la histoire de fantôme chinois où ça castagne de façon très sérieuse. Bien évidemment, la sauce Disney est bien présente avec la moralisation à outrance, le prétexte féministe, mais le film est réussi. Au niveau du pitch, c’est la guerre, on vient recruter dans chaque village un homme de chaque famille. Malheureusement dans la famille de Mulan, le seul homme c’est le père, un homme assez âgé. Mulan qui n’est pas du genre à vouloir se marier mais qui est la reine de la baston, se sauve et prend la place de son père. On comprend dès lors la complexité pour dissimuler le fait qu’elle soit une femme tout en marave des tas d’ennemis. Bien évidemment le happy end où elle finit par sauver le royaume, l’empereur, d’honorer sa famille, est une piste sérieuse pour toutes les petites filles, prendre un sabre plutôt qu’une Barbie.

Le reste du monde est une bande dessinée apocalyptique à la française, et force est de constater qu’on n’a rien à envier aux Américains pour le dégueulasse. L’histoire commence dans un village de montagne où la fin des vacances arrive pour une enseignante et ses deux fils. C’est bientôt la rentrée, la femme très disciplinée vit très mal le fait que son mari soit parti avec une femme bien plus jeune qu’elle. Et puis c’est la catastrophe, la montagne s’effondre, le groupe découvrira plus tard que ce n’est pas que la montagne. La narration est dure, le trait est assez grandiose, rien n’est épargné et reprend un peu tous les schémas qu’on est capable d’imaginer sur la fin du monde : la faim, les pillards, la maladie, une entraide inexistante. Bande dessinée difficile, classique et réussie, je pense qu’on a plus de 600 pages sur quatre tomes qui se lisent d’une traite.

On avait laissé le tueur sur une fin plutôt pas terrible, un petit quelque chose qui manquait franchement d’élégance. Il faut dire que d’une part, la série commençait un peu trop à s’étirer, d’autre part, il n’est jamais évident de faire arrêter ce type de personnage sans une fin avec panache, sans balle dans la tête. Le tueur reprend du service, il travaille désormais pour la France, on ne lui laisse pas trop le choix, et c’est sous la couverture d’un cadre de la DRH qu’il est infiltré, en attendant sa cible. Bien sûr, le fait de se retrouver en entreprise nous permet d’avoir droit à la philosophie de comptoir que nous sert Matz à chaque épisode, la pollution, la politique de base, l’entreprise, tout y passe. Si j’étais vachard, j’écrirais qu’on pourrait faire un tueur dans le monde de la bd où le héros philosopherait sur les auteurs qui ressortent leurs vieux succès pour jouer la carte de la sécurité et éviter de devoir se réinventer. L’histoire est prenante, mais c’est moins passionnant, c’est moins puissant, comme le dessin de Luc Jacamon qui a perdu de sa superbe quand celui-ci s’offrait des planches imprévues, des jeux de couleur, on est ici en toute sobriété. Le tueur dans cet univers improbable de la bande dessinée pourrait alors philosopher sur ces lecteurs qui achètent par nostalgie ou par habitude, certainement pour se rassurer et qui embarqueront dans cette nouvelle aventure même si c’est moins bon.

Borat est un personnage de Sacha Baron Cohen l’humoriste qui va au-delà du film, pour un mélange entre fiction et réalité. Concrètement certains passages sont totalement réels, les gens sont filmés sans savoir qu’ils participent à la comédie. Et il faut le reconnaître, non seulement c’est surréaliste, car les gens sont prêts à tout, et encore plus surréaliste qu’ils acceptent de passer à l’écran. Le personnage de Borat est donc un journaliste du Kazakhstan un pays où les gens sont des caricatures des racistes, consanguins, pédophiles et j’en passe, une dictature dépravée en quelque sorte. Borat est de retour aux États-unis où il doit peser dans la candidature américaine et accessoirement marier sa fille de quinze ans. Si la première partie du film est particulièrement carrée, drôle, le film tire en longueur dans la seconde moitié. Dans l’ensemble, c’est drôle, surréaliste, par exemple, Borat veut faire gonfler la poitrine de sa fille âgée donc de quinze ans, met 20000 dollars sur la table en liquide, la secrétaire va prendre le temps de tout recompter et refuser l’opération pour 72 dollars manquants. L’image de l’Amérique en sort une fois de plus ternie, reste à distinguer le vrai du faux.

Emmanuelle Devos est nez, c’est une experte dans son domaine. Dans les missions qu’on lui confie, faire disparaître l’odeur d’un sac qui sent un peu trop le cuir ou sentir une grotte. Elle fait son métier avec passion, tout est odeur pour elle. Femme seule, désagréable au possible, elle ne conduit pas et a besoin de façon systématique d’un chauffeur dans les nombreuses missions qu’elle réalise. Elle se retrouve avec Grégory Montel un type un peu sans le sou qui cherche à conserver la garde de sa fille. Filou mais franc, il refuse de se faire traiter comme un esclave et le courant finit par passer entre les deux individus. Les histoires de personnes que tout oppose, on les a toutes faites, il nous en manquait certainement une dans les odeurs. Le film est agréable, c’est une comédie convenable mais qui a été vu des centaines de fois. Les parfums ne sera certainement pas le meilleur film d’Emmanuelle Devos rare en ce moment au cinéma, et c’est d’autant plus regrettable de la retrouver dans une comédie passable.

Pas si loin de Borat, Jean-Pascal Zadi est un comédien raté qui se fait connaître par des vidéos Youtube très provocantes sur la cause noire. À la recherche du succès qu’il ne trouve pas au cinéma, il décide de se lancer dans une marche pour défendre la cause noire. Tout simplement noir raconte son parcours où il essaie de rallier tout le gratin du show-biz de couleur à sa cause pour participer à sa marche. Présenté comme un documentaire, on va suivre l’acteur dans une soirée chez Joey Starr qui dégénère, ou encore chez Ramzy accompagné de Jonathan Cohen qui proposent d’ajouter juifs et musulmans et l’on imagine encore que ça va dégénérer encore avec les insultes qui fusent entre les deux religions. La force du film c’est de tomber dans les clichés les plus absurdes, les plus racistes, de la façon la plus naturelle possible. On a une scène totalement délirante entre Fabrice Eboué et Lucien Jean-Baptiste qui en viennent à s’invectiver violemment à propos du film case départ et première étoile, sur les noirs d’Afrique et des îles, à se traiter de Bounty. C’est globalement bien joué, j’entends par là que Eboué et Jean-Baptiste s’offrent une scène d’anthologie quand Soprano est arrivé ici par accident, ça fait un guest de plus. L’ensemble est très drôle, très pertinent et vise particulièrement juste. Je vous invite en complément à lire cet article sur le personnage.

Goran est un père de famille qui élève seul sa fille aux lourds problèmes cardiaques avec sa propre mère. Immigré d’Europe de l’Est, il vit honnêtement dans la cité, il est chauffeur livreur. Les choses dégénèrent lorsqu’il perd son permis, il accepte de faire une livraison de drogue et se fait arrêter. Il devient alors Gost 111, indic pour un super flic qui lui met une pression pas croyable pour obtenir des renseignements sur les délits en cours. Goran plutôt que de se laisser écraser par le système va au contraire l’utiliser, entre banditisme, dénonciation et coup sur l’échiquier pour faire tomber les personnes qui le gênent. Lire Gost 111 c’est un peu comme regarder un film d’Olivier Marchal sur la police, la précision des termes, les scènes, tout donne l’impression d’être extrêmement documenté et c’est normal, la bande dessinée est signée par un commissaire de police anonyme. J’ai dévoré les plus de deux-cents pages d’une traite, c’est passionnant.

L’histoire de nailbiter commence par un coup de téléphone. Un agent spécial chargé des interrogatoires compte se suicider, il a cogné trop fort dans un interrogatoire, l’homme est mort. Alors qu’il a le pistolet sur la tempe, une de ses relations l’appelle pour lui dire de se rendre d’urgence dans le village de Buckaroo. Il s’agit d’un trou paumé, qui a donné naissance à seize des plus grands serial killer des États-unis dont le nailbiter, un homme qui ne supportait pas qu’on se ronge les ongles et qui tuait donc ces personnes. Quand notre agent arrive sur place, il se rend compte que le « naibiter » a été relâché, que son ami a disparu, il va commencer à mener l’enquête dans cette petite bourgade où forcément il y a quelques questions à se poser. Comics composé de six tomes, j’ai lu les cinq premiers, il faut dire que c’est prenant, c’est assez bien pensé, cette confrérie des serial killer, ces secrets qui pèsent sur cette ville, les mystères qui tombent et d’autres qui apparaissent. J’attends de me procurer le tome 6 avec impatience.

Chloé 16 ans, est amoureuse, elle sort avec Abdelaziz et c’est le drame pour sa mère. Maman est comme on peut s’en douter raciste, et va tout faire pour perturber la relation de sa fille. Ma fille, mon enfant réussit à pulvériser le record de clichés sur le racisme, et sur les clichés de la famille de façon générale, je crois d’ailleurs que l’idée c’est de pulvériser les records de clichés dans tous les domaines. On ne s’étonnera donc pas que le papa est forcément formidable, au courant de tout, pendant que maman est la méchante, empêtrée dans son racisme. On ne s’étonnera pas de voir que les parents d’Abdelaziz sont parfaits, et que finalement, la pauvre maman est bien seule, enfermée dans ses idées stupides parce que le racisme c’est mal. Comme la collection grand angle est quand même souvent au-dessus d’un téléfilm de TF1, un événement dramatique va se produire au milieu de la bande dessinée pour pouvoir rajouter une dose de clichés supplémentaires. Dispensable sauf si vous voulez faire un cours à des CM2 pour dire que le racisme c’est mal.

Au début des années 10, 1910, une jeune fille de 14 ans est retrouvée morte dans son entreprise, à cette époque on ne se pose pas de question sur le travail des enfants. Très rapidement les soupçons se portent sur deux hommes, un noir et un juif. L’emballement médiatique est tel autour de l’affaire que sous la pression des journalistes, erreurs d’enquête, faux témoignage, expertises non réalisées et j’en passe. Léo Franck (ils ont tué), comptable, chef d’entreprise et juif est désigné comme coupable. Récit particulièrement intéressant d’un fait historique, une affaire Dreyfus à l’américaine qui montre qu’on n’a pas attendu le XXI° siècle pour avoir une presse à sensation et des coupables idéaux.