Cultures, épisode 65

25/10/2020 Non Par cborne

Durant l’été 63 un père de famille apprend à son fils qu’il a une sœur née au Vietnam. C’est une grande claque forcément pour le jeune qui avait une autre image de son père et c’est le rejet direct, la sensation d’avoir été trahi par son géniteur et sa grand-mère qui était au courant. C’est justement chez elle qu’ils vont, avec la petite qui débarque tout droit de son pays d’origine. En 63 forcément, ce n’est pas la fête au Vietnam et on comprend que la petite a été éloignée pour sa sécurité. Le diptyque raconte au cœur de l’Auvergne la relation difficile entre le frère et la sœur, mais pas seulement, le racisme des locaux, la France des années 60 et j’en passe. Trop cliché, trop de clichés, une machine à clichés sur tous les thèmes. La guerre c’est pas bien, les paysans racistes c’est pas bien, être jeune et con c’est pas bien, mais à la fin on sait qu’il va devenir un gentil grand frère et parce que la rédemption c’est bien. Le récit est agréable à lire malgré tout.

Dans un hôtel luxueux, une jeune femme plaque mari et enfants pour partir avec un jeune surfeur. Tout le monde la condamne sauf un écrivain qui explique que la vie peut basculer. L’une des anciennes pensionnaires lui raconte une histoire, une histoire où sa vie à elle aussi a basculé en moins de 24 heures. 24 heures dans la vie d’une femme est l’adaptation d’un livre, on s’en rend compte assez rapidement car le niveau de français est particulièrement soutenu pour une bande dessinée, c’est même parfois décalé, ça fait un peu too much. L’histoire de jeunesse que nous raconte cette vieille dame, une passion amoureuse d’une journée est pour le moins passionnante. À lire.

Hippolyte c’est le nom de la bande dessinée mais c’est aussi le nom d’une ville secrète, uniquement tenue par des femmes qui ont décidé de se réfugier dans un univers western particulièrement violent. Violent, c’est vraiment ce qui ressort principalement de cette bande dessinée, plus que l’aspect féministe, c’est vraiment d’une sauvagerie assez rare. Ces femmes pour assurer leur survie se sont transformées en bandit qui ne laissent aucune chance à leur victime. Tout pourrait aller dans le meilleur des mondes possibles si un homme n’avait pas trouvé l’emplacement et si une ancienne membre qui avait quitté la ville n’était pas de retour. Plutôt accrocheur même si je trouve l’ensemble relativement décevant à la sortie, on se rend compte qu’on s’est contenté de lire une simple boucherie.

Au VII° siècle, pour une raison inexpliquée les morts ne meurent plus et deviennent des zombis. De l’autre côté de l’atlantique, plusieurs siècles plus tard, chez les Aztèques qui n’ont pas subi les invasions Européennes, on a ramassé de ces zombis qui sont arrivés sur les côtes. Le vieux roi qui les conserve depuis des années comme dans un zoo, imagine qu’ils détiennent le secret de l’immortalité puisqu’ils ne vieillissent effectivement pas. Il envoie son fils dans le vieux continent à la recherche de ce qu’il pense être la fontaine de jouvence. Nous les morts, est vous l’aurez compris une uchronie, uchronie d’autant plus surprenante qu’elle mélange tous les genres avec un côté prononcé pour the Walking Deads, mais qui utilise surtout une idée de Valérie Mangin dans Luxley. Souvenez-vous, il s’agissait des peuples d’Amérique du Sud qui attaquaient l’Europe et c’est robin des bois qui s’opposait. Le copier coller est d’autant plus frappant qu’ici aussi on a développé des navires de guerre volants. Pour en revenir à la bande dessinée, les personnages sont assez bien travaillés et on suit avec un certain plaisir ce monde en proie aux morts-vivants. Quatre albums pour une série finie qui si elle se laisse lire ne marquera pas franchement les esprits.

Le chanteur perdu est la meilleure bd que j’ai eu l’occasion de lire en cette année 2020 et c’est d’autant plus surprenant que cela vient de Tronchet, auteur bien connu de fluide glacial. J’entends par là qu’on n’est pas dans l’humour le plus fin au monde et on a ici une enquête passionnante, humaine, intelligente. C’est l’histoire d’un bibliothécaire qui fait un burnout. Aussi paradoxal que cela puisse paraître dans une profession où il ne se passe pas grand-chose, il ne supporte plus la masse de bouquins à lire, de vidéos à voir, l’infobésité en quelque sorte. Il se rappelle alors de sa jeunesse et de ce chanteur qui l’accompagne depuis une trentaine d’années, Rémy Bé. Et c’est à la recherche de ce chanteur au disque introuvable qu’il va se lancer du fin fond de la France jusque sur une île perdue. Drôle, émouvant, passionnant et le plus fou : vrai. Vous avez à la fin de la bande dessinée un carnet qui raconte comment Tronchet est vraiment parti à la recherche du chanteur de sa jeunesse. Plutôt que d’offrir un cadeau de merde à Noël, offrez cette bd.

Je suis joueur de la saga des Trine depuis le premier opus et j’ai envie de dire que je suis joueur de la saga des Trine depuis The Lots Vickings sur Amiga. Le concept est assez simple, vous incarnez trois aventuriers, un voleur, un magicien et un guerrier. Chacun a des capacités particulières qu’il est nécessaire de combiner pour pouvoir progresser dans l’aventure. On va donc enchaîner les casse-têtes qui vont permettre de retrouver un prince qui incarne ses cauchemars en monstre. Très joli jeu comme tous les Trine, mélange de 2D et de 3D, le jeu est dans la digne succession des autres et j’ai envie de dire que c’est un peu regrettable. Si on ne change pas une équipe qui gagne, on l’entend, reproduire pour la quatrième fois le même jeu finit par devenir lourd. Alors que j’ai tendance à terminer les jeux, j’ai arrêté celui-ci à mi-chemin. Dans les Trine, c’était le compromis entre l’aventure, l’action, les plateformes et la réflexion qui fonctionnait plutôt bien. Je trouve ici que c’est la réflexion qui est très largement mise en avant, trop, au point qu’on finit par se lasser. Je suis tombé sur une sorcière, un boss de fin, il est nécessaire de faire bouillir sa marmite en guidant un rayon de lumière. Après avoir réalisé trois parcours différents, je n’arrive pas à faire le quatrième, et je n’ai même pas envie d’aller regarder comment on fait sur Youtube. Comprenez que le jeu n’est jamais assez accrocheur pour donner envie, et que la répétition des énigmes n’apporte rien à une aventure qui n’a rien de bien passionnant.

Au far west, un cow-boy arrive, un taiseux, il a avec lui le corps de deux malfrats. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles si celui-ci ne portait pas le nom d’un homme qui avait fait du grabuge dans la ville des années plus tôt et tué par le shérif. On pense alors à une vengeance, toutes les spéculations vont bon train mais aussi les histoires passées qui reviennent à la surface. Après la nuit est un one shot efficace à l’intrigue surprenante.

C’est toujours avec grand plaisir que je lis les bandes dessinées de Lupano à qui l’on doit par exemple Alim le tanneur, Célestin Gobe la lune ou ma révérence. C’est certainement bateau comme phrase mais je le pense, il s’agit certainement d’un des meilleurs scénaristes de sa génération. Avec l’assassin qu’elle mérite, l’auteur nous embarque à l’exposition universelle du début du siècle dans une histoire qui commence à Vienne. L’intrigue démarre avec deux hommes, des bourgeois, des hommes qui passent leur temps à faire la fête, à provoquer, abusant et jouissant de leur richesse. Ils relèvent le défi de créer une  » œuvre d’art », à savoir un jeune homme qui n’a rien et le transformer en danger de la société. C’est Victor, un garçon écrasé par la pauvreté et par son père qui va être l’heureux élu. Comme toujours avec Lupano, très difficile de savoir où l’on va, et comme toujours chez Lupano c’est drôle, c’est fin, c’est violent, c’est très bien écrit, et on se laisse embarquer dans l’aventure.

D’habitude à la Toussaint nous partons nous promener. Jamais très loin de la maison mais pas à la maison quand même. On ne va pas se mentir, mais dans un contexte COVID particulièrement prononcé, dans un contexte d’épisode Cévenol attendu mais qui pour l’instant n’a pas eu lieu, nous restons dans les parages. Il faut toutefois reconnaître qu’en termes de situation géographique on aurait pu vivre dans un endroit plus pourri, face à la mer, dans l’Aude, ça va. Ma femme comme j’ai dû l’écrire est fan de jeux de société, mon fils ça ne lui déplaît pas, ma fille c’est difficile il faut réfléchir et moi de force, la PS4 et ses zombis c’est mieux. Pour faire sortir mes gamins, ce n’est pas compliqué, il faut leur promettre à bouffer, pour une tartine de Nutella ils feraient le tour du monde. Le compromis donc c’est le comptoir ludique de Carcassonne un restaurant qui permet de jouer sur place.

Il s’agit d’un restaurant tenu par deux jeunes, en même temps je suis entré dans la tranche où les gens sont souvent plus jeunes que moi, tout est fait main, et c’est plutôt orienté végan. On mange bien pour pas cher, le repas complet et à 11 ou 14 €. Si vous voulez jouer, il faudra payer 2 € par personne, vous avez des gâteaux franchement bons à 3.5 €. À quatre 81 € ce qui est peu cher quand on sait que les gosses ça reprend forcément du gâteau. L’endroit est assez petit et n’a pas désempli du temps sur lequel nous sommes restés.

Il s’agit de notre premier « bar » à jeux et il est intéressant de se dire que ma femme pensait essayer des tas de trucs. Sauf qu’il apparaît que lorsque tu es dans un endroit bruyant, entre la vaisselle, les gens qui parlent, il est difficile d’appréhender de nouvelles règles. C’était donc une expérience intéressante pour elle, elle sait désormais qu’il faut qu’elle potasse les règles avant d’aller dans ce genre d’endroit. Pendant qu’ils étaient en train de se battre sur un jeu mystérieux avec mon fils, je devais occuper la fille qui a besoin de règles de jeux simples.

Nous avons sorti un unlock, que je ne connaissais que de réputation. Que de réputation, parce que dans la famille nous sommes très partagés sur le concept de jeu jetable. Trente balles pour trois heures de jeu et puis c’est fini, puisqu’il s’agit d’une aventure unique, d’un escape game. Le concept est assez simple, c’est d’ailleurs pour cela que je l’ai sorti, vous posez des cartes, chacune des numéros, vous résolvez des énigmes par des additions qui vous permettent d’atteindre d’autres numéros de cartes et vous arrivez à atteindre la sortie. On notera que vous devez parfois saisir des codes, ces codes sont validés par l’application qu’il est indispensable de télécharger sur le smartphone ce qui rend à mon sens le jeu doublement jetable. J’entends par là que les gars qui ont développé l’application doivent la mettre à jour pour qu’elle soit compatible pour les douze prochaines versions d’Android. Alors que le jeu sur table a la force de justement éviter l’informatisation, les écrans, pour assurer une jouabilité même lorsqu’il n’y aura plus d’électricité sur terre après une attaque de zombis, le mélange des genres est pour moi très mal venu.

Alors que ma femme et mon fils ne comprenaient rien dans le jeu qu’ils avaient sorti, ils ont fini par nous rejoindre pour une expérience à plusieurs plutôt convaincante. On en fera certainement un autre quand on y retournera, mais de là à acheter la collection, c’est une autre histoire.