Cultures, épisode 64

30/09/2020 Non Par cborne

Journées rouges et boulettes bleues c’est l’histoire d’un homme de 45 ans (sic), qui part en vacances avec ses deux fils, un ado caricature de l’ado et un gamin caricature du gamin, le chien. Sa femme est restée à Paris, il l’attend, elle travaille. Destination le village où il passait tous ses étés, à la recherche d’un passé perdu. Le chien disparaît et il le retrouve malheureusement écrasé, il dissimule son cadavre mais n’ose pas l’avouer à son jeune fils qui est déjà assez insupportable comme cela. Le reste c’est une succession de quiproquos, d’interrogations sur le sens de la vie quand on est à mi-parcours. J’ai bien accroché même si les auteurs font dans la facilité et dans les clichés, chacun jouant son rôle de cliché à la perfection jusqu’à la petite copine d’enfance retrouvée et qui a bien grandi …

Comme j’aime souvent à le rappeler, Netflix c’est quand même franchement le Canada Dry du cinéma. Ça ressemble un peu à du cinéma suffisamment pour ne pas trop ressembler à ces fameux films sortis directement en DVD avec Nicolas Cage ou Bruce Willis, mais pas assez pour concurrencer le cinéma traditionnel en termes de qualité. Freaks You’re one of us est une tentative de films de super héros du Netflix allemand et curieusement ça refroidit tout de suite. Mais pourquoi pas, soyons fous, Captain América et la fête de la saucisse à la bière, osons. L’histoire démarre avec une gosse à côté d’un énorme trou, on la retrouve des années plus tard dans un fast-food. Un SDF lui dit d’arrêter de prendre ses pilules, et lui explique qu’elle est un d’entre eux, il se jette enfin du haut d’un pont, sacrée conclusion pour un discours. C’est quand elle le voit quelques jours plus tard qu’elle est intriguée, et qu’elle arrête son traitement pour réaliser qu’elle est trop forte. Alors bien sûr à l’instar de tout film de super héros, il y a les gentils et les méchants, il y a les gens du gouvernement qui sont là pour tout contrôler. La problématique des films de ce genre c’est qu’à part dans incassable où l’on réussit à faire la performance de ne placer qu’un seul effet spécial avec une levée de voiture, le reste étant psychologique, le film Freaks You’re one of us on a un peu d’ambition. La moralité c’est que ça fait film de pauvre, déjà vu, ça fait passer un moment, on l’oubliera bien vite.

J’ai lu la série Elfes pendant pas mal de temps, j’avais d’ailleurs fait un billet spécial sur les séries elfes et nains, et puis j’ai un peu décroché. Après la bataille contre la nécromancienne, la série a perdu de son intérêt, on a franchi le cap des 28 tomes, la série étant divisée en six univers d’elfes différents, j’ai trouvé qu’il était devenu complexe de réussir à suivre. J’ai lu par hasard le tome 26, Raïten Kalhaal. Voici l’illustration de ma difficulté. Athé’non est le fils du roi d’Elsémur, c’est un personnage, qui je pense est intervenu dans les précédents albums, c’est un prince déchu. Pour oublier la mort de sa compagne mangée par les goules qu’il a dû tuer d’une flèche dans la tête, il s’est réfugié dans la drogue. Il a la mauvaise idée de voler une caravane, comme il est dans un sale état, il se fait capturer par des hommes. Ces derniers le traînent dans une ville où l’on fait combattre des elfes, des nains et des orcs, les hommes voulant l’anéantissement des autres races. On retrouve à mon sens, les qualités de la série, c’est-à-dire de la marave à tous les étages, des personnages charismatiques, des batailles épiques. Le problème par contre pour moi reste entier, la sensation d’avoir raté un épisode, et c’est la faute de la construction de la série qui à force de multiplier les personnages a fini par perdre le lecteur.

J’écrivais que Netflix c’était le canada dry du cinéma, ça marche aussi avec le documentaire. The social Dilemna est un docu drama sur les réseaux sociaux. Le docu drama c’est le documentaire qui mélange témoignage et image de fictions, je trouve que c’est une mauvaise idée. Les entretiens réalisés sont pertinents car ils réunissent de nombreux acteurs de la tech, des gens qui ont, qui ont eu des responsabilités dans de très grandes entreprises. Vous aurez donc droit à tous les poncifs du genre, la manipulation et j’en passe, c’est donc plus que du réchauffé, le documentaire n’apporte rien qu’on ne sait déjà et c’est certainement cela que je trouve le plus tendancieux. On dénonce souvent dans les réseaux sociaux la fameuse bulle de filtre, à savoir qu’on va suivre des gens qui vont nous conforter dans nos propres opinions. Avec un format particulièrement long de 1h40, les gens qui regarderont sont les gens qui ont la capacité de suivre un reportage de 1h40 sur une thématique qui les tient à cœur. Comprenez que le jeune, qui est pourtant le premier concerné sur la manipulation et les addictions, ce format n’est pas fait pour lui, aucun de mes élèves n’aurait la patience de suivre jusqu’au bout. Le reportage cible donc ceux qui savent sur la même mécanique que les réseaux, et n’apporte aucun nouvel éclairage à la situation. Passez votre chemin. À noter l’analyse de la journaliste de Numerama, j’ai écrit mon texte sans avoir lu le sien.

Maléfices – les contes d’Alombrar est typiquement la bande dessinée qui pour moi démarrait mal et finit particulièrement bien, je suppose que je ne suis pas le cœur de cible non plus. Une bande dessinée qui sera appréciée par les adolescents, avec un style qu’on retrouve de plus en plus, une influence profonde manga tout en pointant une appartenance à la bande dessinée franco-belge le tout dans des couleurs très vives. Le pitch donc, pas franchement original, dans un pays trois royaumes coexistent, deux royaumes humains, un royaume de démons. Le fils d’un royaume humain a disparu, le père prépare donc la guerre. Dans l’autre royaume, le roi envoie ses deux fils à tour de rôle, pour aller épouser la fille du roi des démons, et former une alliance afin d’apaiser les tensions. Le premier fils, un gros dragueur, finit dans le royaume des sirènes et passe son tour. Le second c’est quant à lui un homme avide, il fait donc une halte dans le royaume des nains pour profiter des trésors, et passe son tour. Il ne reste donc que la petite dernière, le roi tente la supercherie de la faire passer pour un homme. La malheureuse n’ayant reçu aucune éducation, a bien du mal à traverser la forêt, elle est secourue par une jeune femme qui est en fait la princesse des démons. Elles vont vivre des tas d’aventures, mais je n’en dirais pas plus pour éviter le spoil.

Bande dessinée donc franchement gnagnan sur le papier, encore plus quand tu as 45 ans et que tu apparais en guest star à côté de la définition du mot aigri dans le dictionnaire. J’ai pourtant dévoré ce one shot qui est très positif, très joliment dessiné, féministe de façon indéniable avec un côté les hommes c’est des pas beaux qui finit par se voir mais ça passe pourtant bien. Un agréable moment de lecture.

Lanfeust de Troy aura quand même fait des dégâts dans la bande dessinée franco-belge, à savoir un courant potache, limite du vulgaire où la forme d’humour qu’on essaie de faire passer nuit à la bande dessinée et c’est dommage. Questor fait typiquement partie de ce type de bédé qu’on sent de l’école de Troy, et c’est regrettable, l’intrigue n’est pas si mauvaise, le dessin est remarquable. À la fin de la guerre de Troie, un guerrier grec décide de devenir le premier enquêteur de l’humanité, écœuré par les massacres, il veut se dévouer à rendre la justice. Accompagné par son fidèle esclave qu’il décide d’affranchir, on le retrouve vingt ans plus tard, le plus grand enquêteur du monde grec. La justice a surtout laissé la place à l’argent, la fête, le vin et les femmes. On vient le chercher pour mener l’enquête en Atlantide, où l’on essaie de discréditer les prêtresses, les accusant d’avoir ouvert les portes qui retiennent l’eau de la cité. C’est donc assez prenant, même si c’est globalement bateau, le dessin est franchement réussi, mais l’humour raté omniprésent finit par rendre l’ambiance très lourde. On se rend compte du malaise dès les premières pages, quand le héros explique qu’il a bien connu Homère, sa femme Marge, ses enfants Bart et Lisa … Les mauvais gags s’enchaînent au détriment de la narration, on ne s’étonnera pas qu’on attende le tome 4 depuis 2014.

Florent est un jeune homme qui tombe amoureux d’une jeune fille anglaise. Elle lui dit qu’avec elle se sera l’amour vrai, la gosse qui s’appellera Lili et une maison en Normandie à manger du fromage. C’est effectivement la vie qu’ils ont eue, mais il n’avait pas prévu qu’il se retrouverait veuf à 40 ans. La bande dessinée arrive très rapidement sur un ferry au retour de son voyage d’Angleterre pour enterrer sa femme, et c’est un drame de plus, il perd sa fille. Ceux qui me restent est une bande dessinée complexe et si je vais trop loin je vais spoiler, néanmoins le titre vous donne une indication avec la typographie qui s’efface. Récit déstabilisant au départ, il devient particulièrement concret quand on a compris, et il faut reconnaître que c’est remarquable, dans le dessin, dans la construction des personnages, dans la narration. À lire.

Enrique Fernandez est un auteur et dessinateur qui fait des bandes dessinées très très joliment dessinées. Il s’était fait connaître il y a quelques années avec une adaptation du magicien d’Oz en trois tomes. Avec l’île sans sourire, il signe un one shot avec un dessin encore magnifique pour une histoire qui ne casse pas trois pattes à un canard. C’est l’histoire d’un géologue très triste, car il porte un lourd secret, qui vient étudier les pierres sur une île toute aussi triste que lui ou presque. Il est logé chez une dame dont la nièce est particulièrement joyeuse, invente des tas d’histoires extraordinaires et va essayer de redonner le sourire à ce pauvre homme. Alors effectivement l’histoire est plutôt bateau, le dessin et les dialogues réussissent à faire passer très bien l’ensemble.