Cultures, épisode 54

08/03/2020 Non Par cborne

Nick est hypermnésique, c’est une pathologie qui fait qu’il se rappelle de tous les éléments de sa vie. J’ai regardé, ce n’est pas de la SF, ça existe réellement. Il enchaîne les jobs minables qui ne demandent aucun effort intellectuel de façon à éviter d’engranger trop d’informations supplémentaires qui lui feraient sauter la tête. Une vie qu’il essaie la plus simple possible quand elle est compliquée, et elle devient un jour plus compliquée quand des hommes armés le kidnappent. Le père de Nick était un brillant chercheur, mort dans un accident de voiture avec des documents capitaux qui pourraient changer la face du monde. Et si Nick enfant à l’époque, avait lu ces documents ? Bande dessinée de Corbeyran, le gars qui écrit trop, de mémoire est une bande dessinée convenable, trop classique certainement, qui ne laisse place à aucune surprise. Seul le personnage central, charismatique, relève un peu le niveau. On reste dans le moyen.

Harmony se réveille dans un lieu qu’elle ne connaît pas, plus ou moins séquestrée par un homme qu’elle ne connaît pas et qui lui dit qu’il n’a pas informé les autorités de sa présence. Amnésique, elle entend des voix dans sa tête et se rend compte assez rapidement qu’elle a des pouvoirs psychiques, elle peut déplacer des objets. Elle n’est pas seule, d’autres enfants ont des pouvoirs, si au départ on pense que c’est grâce à un médicament, ils sont en fait les descendants d’une civilisation perdue. Très joli dessin coloré, le scénario qui mange à tous les râteliers, l’Atlantide, Akira, destinent principalement cette bande dessinée à des adolescents chez qui elle fera certainement mouche.

Fahim et son père débarquent du Bangladesh, ils ont laissé la maman derrière, ils ont dû quitter leur pays pour des problèmes politiques mais aussi parce que Fahim est champion d’échecs et qu’il se verrait bien faire carrière. Dans le dénuement, sans papier, ils sont récupérés par un foyer, et le jeune garçon s’inscrit dans un club d’échec dirigé par Depardieu, un homme qui comme on peut s’en douter est taciturne et pas facile. Il serait vachard de dire que le film de Pierre-François Martin-Laval est mauvais. Le film se regarde, il fait parfaitement le job. On appréciera de voir Depardieu en état et jouer de façon juste mais facile ce maître d’échecs qui se retrouve avec ce garçon brillant mais rageux. Le problème profond du film pour moi, c’est la multiplication de tous les clichés possibles et imaginables sur les gosses, sur les relations entre le maître et l’élève, c’est une collection.

Au moment où j’écris ces lignes, je réfléchis si on a des bandes dessinées d’horreur taillées sur le modèle américain des filles sexy et des adolescents idiots qui finissent par se faire découper par un monstre quelconque. Pas d’idée, ce qui est sûr c’est que s’il n’y a pas, Bikini Atoll vient compléter parfaitement cette lacune. Il s’agit d’un groupe de touristes qui fait du tourisme extrême, en allant sur l’île où les essais nucléaires ont eu lieu. Les radiations ont laissé des traces, un monstre tueur et un requin mutant. Les tomes deux et trois sont une suite au premier épisode où il reste des survivants, je ne spoilerai pas. Bande dessinée pas prise de tête, même si le côté, vilains américains qui ont déporté les populations locales est assez marqué, l’ensemble se hisse au niveau des classiques américains. Du mauvais goût, des jolies filles et des tripes à l’air. Ça se laisse lire.

La bande dessinée parfois ça ne tient pas à grand-chose. Tu prends un gars célèbre, Vatine pour ne citer que lui, qui s’est fait connaître pour la série Aquablue. Il fait un one shot où il s’appuie sur une nouvelle de Stefan Wul l’un des piliers de la science-fiction, ce qui évite de se fouler pour le scénario. Tu t’adjoins les services d’un dessinateur qui claque, Varanda, à qui l’on doit le premier tome de la geste des chevaliers dragons, la série qui a commencé à devenir intéressante au bout d’une dizaine de tomes après avoir joué la facilité des filles en culotte qui luttent contre des dragons sur des doubles planches magnifiques. L’ensemble vous donne la mort vivante. Dans le futur, la terre est sous les eaux, les terriens sont exilés sur vénus, pourtant certaines personnes continuent d’exploiter la terre. Martha en fait partie, elle récupère des antiquités pour les revendre au prix fort. Sa fille Lise, 10 ans fait une chute, elle meurt. Avant de mourir, un contact se produit avec un poulpe géant qu’on a déjà vu dans l’univers de Wul, on se doute que ce contact ne sera pas anodin. Martha fait appel à un généticien pour cloner la petite et la ramener de façon artificielle à l’âge de sa mort. Une histoire qui tient forcément la route, une mise en scène prodigieuse grâce à un dessinateur qui claque, un vrai travail de scénariste pour réduire l’histoire à quelques planches, sans aucun doute la mort vivante remplit les cases à cocher de la bonne bd.

Les bandes dessinées qui se déroulent pendant l’occupation sont assez nombreuses, et il est difficile d’ajouter sa pierre de façon originale à un édifice déjà bien rempli, les souliers rouges aura du mal à se démarquer de la concurrence. J’ai fait le choix de vous montrer la couverture du second album, le premier est moins parlant, la couverture fait penser à du Gibrat qui est un peu le spécialiste de ce type d’histoire, je trouve que ça aide encore moins à se démarquer. Pour l’histoire, en deux tomes finis, l’histoire d’un duo formé par un paysan du coin et d’un homme qui a fui la Russie pour se réfugier dans un petit village de Bretagne aux environs de la fin de la guerre. Les Allemands sous pression car ils savent qu’ils perdent vont commettre l’irréparable. La bande dessinée fait incontestablement le job, c’est plaisant, néanmoins les clichés sur les collabos, les allemands qui n’étaient pas tous des pourris, ont été vus et revus un grand nombre de fois. À lire donc, on appréciera encore plus si on n’a pas déjà vu cinquante ouvrages du même type.

La première chose que j’ai faite quand j’ai fini de regarder le film hors normes, c’est d’aller voir la part de vérité là-dedans. Le film se termine en effet sur des images de Stéphane Benhamou et Daoud Tatou joués par Vincent Cassel et Reda Kateb et tout est vrai. Tout est vrai sur la base, si on ne tient pas compte des éléments scénarisés, mais la base est totalement vraie ce qui est un peu fou. En Seine Saint-Denis, Vincent Cassel est à la tête d’une association qui facilite la vie des autistes dont plus personne ne veut. Des autistes très violents, des gamins qu’on ne sait pas gérer, et qu’on a tendance à bourrer de cachets pour avoir la paix. Vincent Cassel se fait aider par Reda Kateb qui quant à lui tient une association de réinsertion de jeunes en difficultés qu’il forme pour devenir éducateurs. Le lien entre les deux associations est évident, les jeunes de Reda Kateb aident les autistes de Vincent Cassel. Le titre hors norme s’applique à tout dans ce film. L’association est sous le feu d’une enquête car elle est hors norme, les personnes encadrantes n’étant pas diplômées. Les autistes sont hors normes, parce qu’ils n’ont pas le comportement rationnel qu’on attend d’un individu. Pour ma part ce qui m’a paru totalement hors norme et je suis allé vérifier si Eric Toledano et Olivier Nakache n’avaient pas placé cet élément pour l’ambiance, Stéphane Benhamou est juif pratiquant quand Daoud Tatou est musulman. On trouve des interviews de Stéphane Benhamou, des photos où il apparaît de façon systématique avec une kippa sur la tête.

C’est donc dans une ambiance totalement hors norme, qu’on voit dans le film des juifs en tenue traditionnelle accompagnés de jeunes musulmans des cités venir en aide à de jeunes autistes, où tout le monde se fout du côté communautaire pour former une communauté d’entraide. Ces hommes méritent le prix Nobel de la paix, certainement celui de l’intelligence et de la débrouille.

On pourrait reprocher à Nakache et Toledano d’essayer de la refaire comme intouchables, un film inspiré d’une histoire vraie, sur la différence et le handicap, de retenter le coup à 20 millions d’entrées. Alors qu’on sait que je suis le type le plus aigri de France, je n’y ai pensé que l’espace de quelques secondes. Nakache et Toledano font plus qu’un film, c’est un reportage. Un reportage engagé qui montre la fragilité de ces associations de terrain qui font un travail extraordinaire sans vraiment en avoir le droit au pays de la paperasse où rien n’est facile. Chapeau les artistes.

Patrick Timsit est le père de Leïla Bekhti, Géraldine Nakache. La première travaille dans le milieu médical, on dira qu’elle est froide, introvertie. La seconde est chanteuse, elle fait de l’animation dans les mariages. Elle participe à un casting pour recruter une choriste pour Céline Dion à travers un concours de la meilleure Céline. Timsit, père hyper-présent, qui a accompagné sa fille sur toutes les étapes, ne pourra pas assister à la finale, il est atteint d’un cancer et doit commencer une chimio. Il demande à Leïla Bekhti de l’accompagner, les deux sœurs que tout oppose ne se sont pas vues depuis un an. Troisième film de Géraldine Nakache, ça partait plutôt pas mal. Les deux sœurs doivent passer plus de temps que prévu ensemble, car la faute à pas de chance elles arrivent le jour de la mort de René, le mari de Céline. Les quelques scènes qui tournent autour de ces chanteurs caricaturaux sont amusantes, le film prend par la suite un côté sombre, beaucoup moins plaisant. J’irai où tu iras a réussi à m’amener jusqu’à la fin du film, j’aurais certainement arrêté s’il avait été un peu plus long. Dommage.

C’est l’histoire d’un gamin très protecteur de sa petite sœur. Il faut dire que la situation n’est pas simple, la maman est décédée après un passage en asile psychiatrique. Un soir sa sœur s’endort et ne se réveille pas, il se retrouve au pays des doudous abandonnés guidé par son chat pour retrouver sa sœur qui se serait perdue dans ce monde. Obscurcia est une bande dessinée en trois tomes avec un scénario qui n’est pas très original, un dénouement non plus, mais le traitement quant à lui est une vraie claque. L’idée des doudous est excellente, ceux-ci auront des pouvoirs d’autant plus importants que le lien avec leur propriétaire était fort. La majorité des doudous sont devenus fous, on est donc dans des combats particulièrement gores dignes des plus grandes scènes de baston dans un style qui mélange manga et comics. Très belle découverte.

Richard Jewell (le cas), fait partie de ces personnages qu’on pourrait qualifier de caricature dans le cinéma américain. Un homme bedonnant, qui donne l’impression d’être un peu limité, qui vit seul avec sa mère, la passion des armes à feu, la volonté de devenir policier mais sans jamais y arriver. Il travaille à la sécurité d’une salle de concert et devient un héros lorsqu’il découvre une bombe. L’action se déroule dans les années 90, il s’agit d’une histoire vraie que raconte Clint Eastwood, cet homme qui montre quand même qu’on n’est pas forcément mort à 89 ans. Le FBI se saisit de l’enquête et avec les moyens de l’époque, conclue de façon très rapide, que le malheureux Richard Jewell est le coupable. Logique, il voulait changer de vie et devenir une star, il a posé la bombe lui-même, le principe du pompier pyromane. Une histoire classique mais efficace, le film se laisse bien regarder.

Dans les comics, les dystopies ne manquent pas, elles sont mêmes utilisées dans les films, il suffit de penser aux X-Mens où l’on multiplie les univers parallèles. Imaginez que Superman ne soit pas tombé aux États-Unis d’Amérique mais en URSS. Élevé par Staline face à l’ennemi américain c’est le pitch de ce Superman : red son. Je ne vous dévoilerai pas le film mais il faut reconnaître que les scénaristes sont allés assez loin. Superman finit par devenir le maître de l’URSS et va affronter Batman qui a grandi dans un goulag et qui devient terroriste. Inspiré, avec un dessin et une animation convenables sans être extraordinaires, c’est un anime à voir.