Cultures, épisode 53

21/02/2020 Non Par cborne

Amédée est un SDF qui vit avec ses deux amis sous un pont parisien. Un beau jour, alors que la police veut les faire partir pour qu’ils arrêtent de faire fuir les touristes, il se retrouve héritier d’une grande maison d’une tante éloignée. L’aubaine quand on n’a pas de toit. Il y a toutefois une contrepartie, celle de devoir prendre en charge Nicolas, le fils trisomique de la tante passionné par Youri Gagarine. La préface de cette bande dessinée en deux tomes est écrite par l’association perce-neige, l’association de Lino Ventura qui vient en aide aux enfants handicapés. Il est évident que pour le plus jeune public cela n’évoquera pas grand-chose, mais je pense que cela a son importance et ce pour deux raisons. La première c’est que l’association cautionne le traitement de la trisomie dans cette bande dessinée, et c’est vrai qu’on n’est pas dans le pathos, ni dans les clichés. La seconde c’est qu’on retrouve des dialogues particulièrement riches et travaillés qui ne sont pas sans faire penser aux tontons flingueurs avec ce même Lino Ventura. À coucher dehors est une excellente bande dessinée, fraîche, avec un très bon dessin, très vivant, coloré, de très bons dialogues comme précisé plus haut que je vous recommande vivement.

Flora et les étoiles filantes ne révolutionnera pas la bande dessinée, néanmoins c’est une bd qui vaut le détour pour ses qualités graphiques et son ambiance. Flora la quarantaine, larguée par son mari, se cherche un nouveau compagnon. Si on peut considérer que tous les clichés y passent et c’est vrai, les sites de rencontre, la jeune cousine qui était une adolescente moche et qui est devenue une bombe faisant de l’ombre aux femmes de quarante ans, le poids de l’âge, le traitement est bien réalisé, implacable. Dur pour celles qui veulent recommencer une nouvelle vie où Flora se voit dans l’obligation de revoir ses critères à la baisse. De ce côté-là, la bande dessinée joue franc jeu, pas d’eau de rose, juste la triste réalité des gens qui sont seuls.

Et à l’opposé Jane adaptation de Jane Eyre le livre. Jane est une jeune femme qui vient à la ville, orpheline, elle trouve une place de nounou auprès d’un riche veuf, trop beau, trop ténébreux qui élève sa petite fille seule, tellement chouki. Élever est un bien grand mot, il est tout le temps en voyage. Alors que les nounous se suivent et se ressemblent, Jane quant à elle s’implique et comme on peut s’en douter réussit à faire plier le papa dans toutes les positions. Une belle histoire qui commence mais le papa cache un terrible secret. Qui a-t-il dans l’étage interdit de la maison ? L’adaptation a été réalisée par Aline Brosh McKenna à qui l’on doit entre autres le diable s’habille en Prada ou 27 robes. Dire qu’on tient une spécialiste de la comédie romantique est un euphémisme et c’est ce qui transpire dans cette bande dessinée. Je l’ai lue d’un trait, ne me demandez pas pourquoi, certainement l’adolescente qui se cache en moi et qui rêve de belles histoires d’amour avec un happy-end.

Corbeyran est certainement comme on dit l’un des auteurs les plus prolifiques de sa génération, je dirais certainement trop prolifique. Auteur des Stryges pour ne citer que cette série qui est devenue un bourbier, l’auteur se disperse dans des dizaines de séries, trop de séries. Cognac a l’intérêt d’être en trois tomes, une série finie qui ne casse pas des briques mais qui est plaisante à lire. Anna-Fanély Simon une journaliste de guerre, n’en peut plus des atrocités, elle demande une pause. Elle est envoyée pour faire un article bateau dans le monde du cognac, ce qui sera l’occasion pour l’auteur d’étalier sa culture ou ses recherches, on sent que ça lui tenait à cœur. Il se trouve qu’une de ses anciennes amies est morte, son mari l’aurait tuée avant de se suicider, seulement ça ne colle pas. Des vins précieux ont disparu, notre journaliste mène l’enquête. Si je devais synthétiser de façon très simple, je dirais qu’il est étonnant que cette série ne fasse pas partie de la collection série B de Delcourt et qu’elle n’y figure pas au sommet de la pile.

J’avais bien aimé ces lendemains qui disparaissent de Timothée le Boucher. Je n’étais pas le seul, la bande dessinée avait fait un carton à l’époque. Il faut dire que l’histoire de cet homme qui perd des jours de sa vie au profit de sa seconde personnalité était assez singulière. Avec le patient, on passe à un roman graphique de plus de 200 pages qui cette fois ne brille pas du tout par son originalité. On cherchera le plaisir ailleurs, la psychologie des personnages ou la mise en scène. Dans une famille, c’est la boucherie, la sœur tue au couteau l’intégralité de sa famille sauf l’un des frères, 15 ans, qui survit. On le retrouve à l’âge de 21 ans, il se réveille, entièrement paralysé, il se dit observé par un individu. Si au départ on ne sait pas si on est dans du fantastique ou de l’imaginaire, la bande dessinée très rapidement ne laisse pas la place au doute. Il s’agit d’un classique, la victime qui n’en est pas une et c’est certainement le principal reproche, le seul, le manque de suspense dans cette histoire très prévisible. Pour le reste, rien à dire, le traitement graphique, l’ambiance de l’hôpital, les personnages, tout est excellent, les 200 pages se lisent d’une traite.

Quand on évoque Lupano dans la bande dessinée, on pense directement aux vieux fourneaux, personnellement je pense directement à Alim le tanneur. Il y a d’ailleurs un point commun entre ces deux séries, c’est le fait de mettre en avant des gens qui ne sont pas des héros dans une bande dessinée. Une bande de vieux pour le premier, un vieux, son gendre et sa petite-fille dans le second, et c’est encore le cas avec ma révérence où Lupano est au sommet de son art avec deux énormes loosers qui vont faire le braquage de leur vie. C’est l’histoire de Vincent qui décide de braquer un fourgon. Il nous explique tout au long de ce récit d’environ 130 pages, sa vie avec des parents racistes, la femme qu’il a rencontrée en Afrique, avec qui il a eu un enfant, la fuite, la peur de rentrer dans le moule. Ce détournement, c’est la chance de se refaire, retrouver sa compagne et refaire sa vie. Il s’est choisi pour compagnon d’infortune un gars avec des santiags, qui écoute du Johnny et du Dick Rivers, le type le plus lourd de la terre. Un récit énorme, un côté Pulp Fiction avec les nombreux flashbacks où Vincent raconte sa vie, des événements totalement imprévisibles pour un happy end mérité. Bravo Lupano, quand on voit la production de bandes dessinées faciles, ce récit sur ces perdants magnifiques est tout simplement génial.

Le concept de Murdered : soul suspect, est, il faut le dire, particulièrement séduisant. Vous êtes un policier qui intervenez sur une infraction dans un domicile. Tête brûlée, vous y allez tout seul pour finir défenestré et tué par votre arme de service. Vous avez été tué par un psychopathe que la police recherche. Alors que vous allez au bout du tunnel, votre épouse disparue vous annonce qu’il est trop tôt pour la rejoindre et que vous avez quelque chose à finir, de toute évidence enquêter sur votre propre mort.

Le jeu se déroule dans une Salem moderne, mais avec l’aspect fantôme, vous avez une superposition entre le passé et le présent. Vous ne serez donc pas étonnés de trouver une naufragée des années 1800 totalement perdue, il faudra lui expliquer après enquête qu’elle a sauvé des vies avant de périr en mer pour la délivrer. L’idée de Salem permet de faire un tour de passe-passe et expliquer que les bâtiments sont protégés, vous ne pouvez pas traverser tous les murs. Si au départ l’idée d’être un fantôme est franchement sympa puisqu’une fois dans les bâtiments rien ne vous arrête, la mise en œuvre est franchement plus laborieuse, on peine à se guider, au point qu’on revienne douze fois sur ses pas. La caméra de façon générale est capricieuse. Le gameplay est je trouve intéressant et particulièrement bien amené avec des possibilités de fantôme qui se rajoutent au fur et à mesure. Au départ vos possibilités sont limitées, vous pouvez prendre possession des individus pour lire ce qu’ils voient, lire leurs pensées. Par la suite vous pourrez vous téléporter pour accéder à des endroits inaccessibles, prendre la possession d’un chat ou encore jouer les poltergeists en activant des appareils.

Si sur le papier l’idée est vraiment sympa, la mise en œuvre est finalement plus laborieuse pour ne pas dire qu’une fois de plus nous sommes dans un film un peu interactif. Il n’y a pas d’association d’objet, il n’y a pas de pénalité si vous ne mettez pas les énigmes dans l’ordre, résoudre l’enquête se résume à trouver les objets sur les scènes de crime. Le peu d’interaction c’est parfois de faire s’agiter un ventilateur pour faire apparaître les feuilles qui sont en dessous. Pour finir de gâcher le jeu, il y a des démons. Ces démons s’ils vous attrapent vous tuent, il est possible toutefois de leur passer derrière et de les faire exploser. Malheureusement ni la caméra, ni la maniabilité du jeu ne sont destinées à le faire correctement. Moralité vous mourrez plusieurs fois, c’est lassant et surtout inintéressant par rapport à l’enquête dont on aimerait bien savoir les tenants et les aboutissants. J’irai certainement regarder les vidéos sur Youtube.

Comme je le faisais remarquer à ma femme, je ne sais pas comment je faisais plus jeune pour faire des jeux de rôles où les personnages au nombre de huit avaient trois pages de caractéristiques. Je prenais du temps pour bien choisir chacune d’entre elles alors que finalement l’incidence sur le jeu était quasiment nulle. Aujourd’hui quand je joue, dire que je suis en recherche de simplicité est un euphémisme, c’est pour cela que je viens de me faire en ligne droite shadows of the damned. Attention histoire en béton : Garcia Hotspur est un chasseur de démons, quand le roi des démons kidnappe Paula sa femme sous ses yeux, il part la rejoindre. Pauvre Paula, rien ne lui sera épargné, elle est décapitée, noyée, découpée durant tout le jeu. Garcia massacre tout ce qui bouge dans un bain de sang avec son crâne, ancien démon qui peut se transformer en fusil, en flingue ou en mitraillette. De ce côté-là, on n’est pas envahi par la complexité, quelques possibilités d’upgrade mais particulièrement sommaires.

Ce jeu est une boucherie, c’est graveleux, mais c’est franchement drôle et plaisant même si la visée pose des problèmes, ce qui est un souci de fond pour un jeu de shoot. Néanmoins malgré quelques passages rendus difficiles par la maniabilité parfois aléatoire du flingue on progresse. L’action est assez variée, on aura même droit à un shoot-em-up en 2D où l’on retrouve les éléments du jeu dans un univers de papier. Dans les idées assez intéressantes du gameplay, la notion de lumière. Certaines zones sont envahies par les ténèbres, il faut tirer dans des têtes de boucs pour les allumer. Certaines zones ne sont accessibles que dans les ténèbres, des interrupteurs par exemple, y rester trop longtemps finit par vous tuer.

J’avais écrit que lolipop chainsaw était un bon délire, mais pas assez d’éléments pour en faire un véritable jeu. Ici même si la difficulté n’est pas très relevée, on prend quand même bien du plaisir à tirer sur tout ce qui bouge pour un petit challenge bien distrayant.