Cultures, épisode 5

05/11/2017 Non Par cborne

C’est le gamin qui a récupéré la PS4 ces derniers temps, je joue un peu sur PC. C’est assez intéressant de voir qu’il n’existe quasiment pas de compromis entre le triple A et le jeu 8 bits. Je suis un peu dans la caricature, mais on peine à trouver du jeu intermédiaire. Avec du recul, on se rend compte que la diversité du jeu vidéo n’existe pas, et pour être encore dans la caricature, pas grand chose n’a changé depuis plus de 30 ans que je joue à part les graphismes. Mon fils joue à ARK: Survival Evolved, c’est une histoire de survie, de domptage de dinosaures, c’est curieux son obsession pour les jeux de survie. En vieillissant, les sim city, les civilisation, les jeux de construction, non seulement je n’ai pas le temps, mais en plus je n’ai plus l’envie, il me faut désormais du très grand spectacle, du défi, ou du fun, c’est le cas de shadow bug, pas pour le grand spectacle mais pour le fun et pour le défi. Il s’agit d’un jeu initialement pour tablette ou smartphone, votre personnage ne peut faire que trois actions, gauche, droite, et sauter comme un fou avec ses sabres sur un ennemi. Avec ces possibilités on va pouvoir voler, ou se déplacer à travers certains murs. Le jeu va forcément jouer avec vos nerfs, puisque vous allez passer des zones complètes dans les airs avec des pics en dessous ce qui peut faire penser quelque part au concept de flappy bird. C’est amusant, c’est joli techniquement, mais on va se retrouver avec la problématique du jeu qui gonfle la difficulté de façon incohérente en fin de parcours. Vers les derniers niveaux, ça doit être 33 ou 34, on se retrouve avec trois tuyaux dans lesquels on va avoir des rayons lasers qui vont pulvériser tout ce qui se trouve sur le chemin. On arrive tant bien que mal à s’en sortir pour se retrouver dans le vide, avec les mêmes rayons, la perte des repères des tuyaux devient difficile à gérer. On finit par passer le cap, content de retrouver ses trois tuyaux pour se rendre compte qu’ils ont mis des scies qui tournent de façon aléatoire. Des réflexes oui, mission impossible non, avec cette nostalgie du 8 bits et les actions à mener au pixel, sans tomber dans le casual, on rencontre désormais du jeu difficile à outrance, pas exigeant comme peut l’être un Soul, juste difficile. Je ne verrai jamais la fin du jeu ou sur Youtube, tant pis.

La petite boule noire avec les sabres c’est le héros qui se propulse d’un clic de souris quand on appuie sur un monstre. On comprend bien que si on rate le monstre, la chute est douloureuse.

En parlant de Youtube, la chaîne vidéo à regarder c’est Clique, il s’agit d’une émission de télé mais comme je ne regarde plus la télé, je vais considérer que c’est une chaîne Youtube. Clique c’est une série d’interviews plus ou moins réalisées par Mouloud Achour et c’est très bien. Mouloud Achour c’est le pur produit Canal+ et chez Canal on savait recevoir les invités au point d’être parfois consensuel. Néanmoins, quand on voit comment désormais les gens se font agresser pour créer du clash, faire du buzz, je préfère mieux cette version même si elle a tendance à brosser dans le sens du poil. C’est vraiment le seul reproche et encore c’est discutable, si on invite des gens chez soi c’est quand même pour être aimable, pas pour s’engueuler. Le garçon pur produit parisien, va faire défiler des rappeurs en pagaille, des stars américaines, françaises ou parfois comme c’est le cas pour le morceau choisi, quelqu’un qu’on n’attend pas forcément comme Honorine la doyenne des français. Les interviews sont de grande qualité pour au moins trois raisons : pas de temps défini, certaines vidéos, je pense à celle de Black M vont durer 40 minutes quand d’autres durent 20 minutes en moyenne. Achour ne coupe pas la parole aux gens et c’est très appréciable, les invités dans ce cadre parlent en toute franchise, on a réellement l’impression d’assister à une discussion posée. J’ai regardé deux groupes de personnes, des acteurs français : Kasso, Canet, Dupontel, Gainsbourg et des rappeurs en pagaille de la génération actuelle que je ne connais que de nom, étant donné qu’il m’est impossible d’adhérer à leur musique.

Les rappeurs c’est vraiment intéressant. Beaucoup de lucidité dans les propos de ces jeunes hommes, pour la plupart une trentaine d’années avec une culture du paradoxe tout de même ou pas tant que ça, l’argent étant certainement une réponse à pas mal de questions. Ils ont quitté la cité pour s’installer ailleurs, se revendiquent des quartiers, veulent pour leurs enfants une éducation loin des tours, et j’en passe. Ce qui montre qu’il y a une forte part de business là dedans, c’est que leurs inspirations c’est le rap des années 90 et pourtant ils ne font plus de rap engagé car ils expliquent que la jeunesse ne veut que du rap distraction ce qui explique pourquoi Jul ou PNL sont les plus gros vendeurs. Ils expliquent aussi que les jeunes sont de gros consommateurs de musique si bien qu’il faut produire beaucoup pour rassasier une masse qui oublie vite. Les hommes sont intéressants, souvent cultivés, loin des clichés qu’ils affichent dans leurs clips, ont du vocabulaire, Médine par exemple, qui aura suscité de nombreuses polémiques explique qu’il participe aux développements d’actions sportives ou sociales, qu’il croit à l’action locale, le tout dit avec un vocabulaire riche. Pour les acteurs, on trouve de façon récurrente un rejet total de la télévision, de la pensée en 140 caractères, de l’information BFM.

Après avoir regardé pas mal d’interviews, le ressenti c’est une certaine forme d’amertume, face à des gens qui sont lucides sur les médias, sur le public, et qui pourtant vont continuer d’en jouer le jeu pleinement, de faire les plateaux télés, d’alimenter les polémiques pour faire parler de soi et se remplir les poches. Le regard d’Honorine sur le monde est juste, à 113 ans cette dame explique que la télé c’est super parce qu’on peut regarder des reportages, découvrir des choses auxquelles on n’avait pas accès mais regrette les excès et la haine gratuite. A méditer.

Ma vie de réac est une bande dessinée issue d’un blog bd, dans laquelle il est difficile de ne pas se retrouver. Le père de famille, deux enfants, une femme patiente, qui a tendance à donner des opinions tranchées sur la société, à lutter contre le renoncement ambiant. Il va s’insurger contre les téléphones portables mais surtout contre les parents qui laissent faire, qui voient tout comme une fatalité, qui ne voient pas qu’en faisant comme les autres, ils sont leur propre bourreau. C’est curieux car cela fait partie de mes interrogations du moment, où commence la lutte, le renoncement, que faut-il laisser passer, autant d’interrogations inhérentes à notre société où on a de plus en plus la sensation de perdre le contrôle. On a quand même franchement l’impression de tourner en rond au bout d’un certain temps, et si on se sent rassuré de voir que quelqu’un pense de la même manière, la bande dessinée n’apporte pas de réponse, elle se contente d’un constat amer et sans espoir de celui qui regarde le monde tomber sans rien faire. Saudade est une bande dessinée de 165 pages avec un dessin en noir et blanc, très minimaliste, dépouillé même, parfois même pas de décors, des histoires courtes racontant une tranche de vie d’individus différents parfois avec un rapport entre eux ou sans. De ce père qui décide de se suicider car il se sent coupable de la mort de sa fille, de cet homme qui part à la retraite et qui regrette sa machine qu’il pense être la seule à le comprendre. Ce fils qui va respecter la dernière volonté de son père en dispersant ses cendres, qui explique l’ironie de la situation, le fils toujours vu comme un incapable par son père, qui ne sera même pas là pour voir que finalement il a fait ce qu’il attendait de lui en accomplissant sa dernière volonté. Profond, intime, bien pensé, à lire.

Sérum n’est pas une bande dessinée facile à comprendre, c’est vraiment à la fin qu’on arrive à suivre le cheminement de l’histoire ainsi que son contexte qu’on suppose. Dans un monde d’anticipation, on suit Kader, un homme froid qui travaille dans une grande ferme éolienne. Le futur décrit par Cyril Pedrosa pourrait faire rêver, très écolo, des heures de veille (il est interdit de consommer de l’électricité la nuit), une présidente qui s’adresse chaque jour aux français en faisant le serment de dire la vérité, une société où tout le monde travaille, on produit tout en respectant des règles strictes pour le bien de la planète. C’est vraiment bien pensé, car on voit ici des pensées particulièrement écolos, qui vont dans le sens de la survie de l’homme, pour le bien de l’homme, mais qui sont appliquées de façon dictatoriale ce qui laisse le lecteur perplexe une dictature du mieux vivre, sauf qu’on ne vit pas mieux. Je ne vais vous donner qu’un simple spoil, le sérum, c’est celui de vérité, c’est celui qu’on administre aux condamnés de façon à être certain de leurs faits et gestes, c’est le Sérum qu’on a inoculé à Kader. Excellente bande dessinée, déroutante, mais qui mérite qu’on s’accroche pour un final bien vu. Un homme sillonne une route des États Unis, il a l’air un peu perdu, las. La conversation se passe mal, l’attitude dégagée du (le) voyageur et certainement le fait que le conducteur ne soit pas bien dans sa tête, il finit par se faire tuer. On le retrouve donc dans le futur … Et c’est ici que réside l’intrigue de la bande dessinée qui pousse le concept de l’immortalité dans ses derniers retranchements, car quand la majorité des auteurs vont centrer leurs histoires sur le personnage, sur la difficulté d’être immortel et de voir tout le monde mourir, ici Koren Shadmi va jusqu’au bout, jusqu’à la fin du monde. Une bande dessinée originale, qui nous tient en haleine sur plusieurs points : c’est quoi la fin du monde ? Comment se fait-il que le voyageur soit devenu immortel ? Et la fin de l’histoire bien sûr. Dans la même veine, à savoir la fin du monde mais présentée de façon différente, l’adaptation de la machine à explorer le temps de HG Wells en bande dessinée. Dans les voyages dans le temps, l’idée principale, c’est d’aller dans le passé pour aller changer l’histoire, comme dans retour vers le futur, ici au contraire, l’auteur veut savoir ce qui se passe dans le futur. La bande dessinée nous raconte un saut dans le futur, où l’inventeur reste coincé. Classique mais efficace, soutenu par un dessin particulièrement dynamique aux couleurs vives.

J’ai commencé par un jeu vidéo, je finirai donc par un jeu vidéo. J’ai écrit plus haut qu’il était difficile de trouver un compromis entre un jeu triple A et un jeu en 8 bits, voici l’une des exceptions qui confirme la règle. Hob, est un jeu réalisé par Runic Games et ça a son importance, il s’agit de ceux qui ont fait torchlight. Ils se situent justement dans ce créneau, l’intermédiaire entre le triple A et le jeu de pauvre, avec des jeux vendus aux environs de 20 €. C’est important aussi de savoir que c’est Runic Games, car Torchlight 1 et 2 étaient techniquement très réussis, c’est souvent ici quand on n’a pas de moyens que ça pêche. C’était au niveau de l’intérêt du jeu, trop facile, trop long, avec un level design pas intéressant que ça coinçait, nécessairement quand on voit débarquer Hob, on peut avoir quelques réticences. Hob est un excellent jeu, qui n’a qu’un seul défaut c’est la maniabilité catastrophique de son personnage et les bugs de décors qui vont avec. Rater un saut c’est un classique, finir dans le décor et ne pas pouvoir en sortir, aussi, c’est particulièrement pénible et c’est certainement ce qui gâche le potentiel pour en faire un hit. Pour le reste, il s’agit tout simplement d’un Zelda, avec un air de celui de la Super Nes mais en 3D, l’univers par contre est complètement différent. Dans Hob, il n’y a pas de parole, si bien que beaucoup de choses sont à la libre interprétation du joueur. On incarne ici une bestiole qui pourrait faire penser au chaperon rouge, sur une planète où on sent qu’il s’est passé quelque chose entre les machines et la nature qui aurait repris ses droits. Vous êtes aidés au début du jeu par un robot, qui finira par vous donner son bras mécanique. Les possibilités sont très classiques, le bras pour faire grimper, casser des murs, ouvrir des portes, l’épée pour tuer les monstres. Très joli, très original dans sa conception, il s’agit d’un monde qui fait penser à un automate, il faut alimenter en électricité certaines parties pour que des actions deviennent possibles. On va tirer une manette et soudain c’est un bout de monde qui apparaît, c’est vraiment magique. Hob est un jeu que j’ai apprécié, jamais difficile, joli, la seule complexité c’est de trouver la petite zone que vous aviez ratée et qui vous permettra d’accéder au levier qui vous permet d’avancer dans l’histoire.

c’est comme le chaperon rouge mais avec un poing mécanique et une épée.