Cultures, épisode 43

11/09/2019 Non Par cborne

Catherine Frot est une cuisinière dans un coin paumé, mais qui possède toutefois une forte réputation internationale. Elle est convoquée un beau jour pour devenir la cuisinière privée du président, Jean d’Ormesson, qui fait penser à François Mitterrand. Ce dernier cherche une cuisine simple, une cuisine qui lui fait penser à celle de sa grand-mère. On va donc suivre les aventures de cette dame dans un monde masculin impitoyable, entre les jalousies, les difficultés, la santé du président qui ne peut pas manger n’importe quoi, les annulations et les changements de dernière minute. Les saveurs du palais est un bon film qui tient la route, plus pour le jeu des acteurs avec une Catherine Frot toujours facile que pour son histoire trop classique dans les coulisses du pouvoir.

Ahmed Sylla jeune de base des quartiers du 93 est amoureux de Alice Belaïdi mais elle préfère le repousser et jouer les dures. Elle lui dit qu’elle veut un homme sérieux, un homme qui s’engage, et c’est ainsi qu’il se lance dans l’ascension de l’Everest sans absolument aucune expérience. Des images magnifiques, un film classique sur le comique de situation avec le gars absolument pas à sa place mais qui réussit. Il faut dire que le jeune de banlieue qu’on met à n’importe quel endroit on peut en faire des centaines. C’est très réussi, ça file la patate, c’est positif, c’est à voir.

Pourquoi un homme d’une quarantaine d’années se met en tête de participer à un concours célèbre aux states où il faut épeler des mots difficiles ? Un concours réservé aux enfants ? C’est l’histoire qui nous est racontée dans bad words de et avec Jason Bateman. Et puis surtout pourquoi cette obsession, chez cet homme prêt à tout pour gagner au point de traumatiser les gosses qui l’accompagnent. Bad words est une excellente comédie qui n’est pas connue, sortie directement en France en DVD, à tort, c’est un must. Je suis un grand fan de Bateman avec son air pince sans rire, excellent dans ce film comme souvent, en type que tout le monde déteste. Le film est original, les dialogues excellents, et les situations cocasses.

Alors qu’on nous fait croire que la casa de papel a révolutionné le genre, il faut malheureusement se dire que tout ou presque a déjà été fait. En 2006, Spike Lee avec inside man propose un film sur un casse pour le moins original avec Denzel Washington en enquêteur et Clive Owen en braqueur de banque. Le film se déroule en deux temps différents, celui du casse et celui des interrogatoires. C’est ici que se joue toute la subtilité, les braqueurs ont fait enfiler la même tenue qu’eux à chaque otage et il est impossible de savoir qui est qui. Très efficace, on brouille les pistes, on part dans de nombreuses directions, c’est intelligent, c’est passionnant, c’est étonnant.

Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde est une satire du monde de la finance un peu cliché, franchement cliché en fait. François Xavier Demaison qui a bossé dans la finance avant de devenir artiste n’est pas sans faire penser à Bernard Tapie, le modèle de réussite à la française. Le film est présenté sous forme de documentaire, un classique, avec Laurent Lafitte en gauchiste de base qui veut dénoncer le capital. Par jeu, par souci de transparence, ou surtout par manipulation, Demaison se prête au jeu en affichant une famille idéale, un homme d’affaires généreux quand on voit clairement qu’il est un salopard. Si la satire est grosse, jouant sur tous les tableaux y compris celui du faux reportage faisant penser au Groland, l’ensemble est réussi avec une fin plutôt pertinente.

Enfant, Déborah François passe un concours de piano devant Catherine Frot, une pianiste connue. Cette dernière n’est pas très concentrée, signe des autographes, discute, si bien que la petite perd ses moyens et échoue. Devenue adulte, elle prépare sa vengeance pour se mettre au service de la pianiste et devenir sa tourneuse de pages. Elle s’immisce dans sa vie privée pour mieux l’anéantir. Classique cette histoire de vengeance, on en a vu en pagaille des comme ça, ni moins bon ni plus exceptionnel qu’un autre, la tourneuse de pages fait le job. Mention particulière tout de même pour Déborah François qui à l’époque devait avoir vingt ans à tout casser, qui joue les garces manipulatrices à la perfection.

Chaque jeu Quantic Dream réussit à faire parler de lui principalement parce que bon nombre de joueurs demandent s’il s’agit réellement de jeux. En effet, les animations, le graphisme, tout est tellement magnifique, qu’à ce niveau il est difficile de faire mieux qu’une grosse cinématique comme c’est le cas actuellement. Pour les plus anciens parmi vous et sans être mauvaise langue, on a la sensation de jouer à Dragon’s Lair sur Amiga 500, le jeu où il faut mettre le joystick dans la bonne direction au bon moment. Globalement, vous pouvez bouger votre personnage, et à certains endroits orienter la manette, ou faire des combinaisons de touches. Parfois dans des scènes d’actions complètement folles, c’est de l’ironie, vous avez droit à de lourdes séances de QTE. Concrètement, le jeu nous projette dans un futur pas si éloigné où les androïdes ont pris une place de plus en plus importante dans notre société. Le jeu pointe du doigt d’ailleurs un côté dystopique ou une belle anticipation, avec un taux de chômage qui augmente en flèche et la violence des humains envers ces machines.

Des événements au départ isolés se produisent, des androïdes se mettent à péter les plombs et tuer leur propriétaire, on les appelle des déviants. Vous allez incarner durant le jeu trois personnages. Connor, un androïde ultra-sophistiqué issu de la société qui fabrique les machines et qui mène l’enquête pour comprendre pourquoi ça cafouille. Kara, une androïde nounou chez un père très violent qui va se positionner pour défendre Alice sa fille et tenter de fuir vers le Canada, pays où il n’y a pas de législation pour machines. Markus, qui s’occupe d’un vieux peintre riche et qui à l’instar d’un Spartacus va se lancer dans la libération des esclaves.

Le jeu est coupé en séances, vous passez d’un personnage à l’autre et vous allez prendre des décisions, faire des choix, qui vont avoir une influence sur le jeu. Je suis à un moment avancé du jeu, et j’ai choisi pour Markus de faire une révolution dans un bain de sang quand j’aurais pu le faire de façon pacifique. Par le fait, l’opinion publique va détester les machines et il y aurait, j’utilise le conditionnel, des influences sur le reste du jeu. Toujours dans la même veine, une mauvaise décision, un personnage meurt. À la fin de chaque séance, vous avez un arbre d’accomplissement, vous montrant le pourcentage de réalisation. On comprend alors que si vous avez décidé de tuer une personne dans une séance, vous prenez un embranchement et il faudra recommencer le jeu pour prendre un autre embranchement.

Et c’est ici pour moi, la véritable interrogation qui se pose pour ce Detroit : become human. Je sais pertinemment qu’il y aura quelques changements par rapport à mes décisions mais que l’aventure ne sera pas radicalement différente. Certaines séances, déjà réalisées à 100%, il faudra les refaire à l’identique. Qui aura alors la patience de recommencer le jeu sept ou huit fois pour arriver à visionner toutes les possibilités ? Certainement pas moi. Le système de jeu étant particulièrement mou, si on prend beaucoup de plaisir à faire cette aventure, ce serait, pour moi, un calvaire de la recommencer. Ce jeu faisait partie des gratuits du playstation plus, et c’est tant mieux, je ne l’aurais pas payé.

James Franco est un interviewer américain de génie, il réussit à faire dire aux stars des secrets totalement inavouables. Pas franchement intelligent pour ne pas dire complètement débile, il est dirigé dans l’ombre par Seth Rogen, un journaliste brillant mais qui n’a pas fait la carrière qu’il mérite. Une opportunité se présente aux deux hommes, réaliser l’interview de Kim Jong-un président de la Corée du Nord. Les services secrets américains profitent de l’occasion pour utiliser les journalistes afin d’assassiner le dirigeant. Film à l’humour particulièrement gras pour ne pas dire vulgaire, il n’en reste pas moins un pari particulièrement osé des réalisateurs tant le sujet est franchement sensible et dans la façon dont il est mené, dans le sens où on ose franchement tout. À voir pour les amateurs de comédies potaches.

Rémi Bezançon est un réalisateur qui sait parler aux hommes de ma génération. Mariage, responsabilité, paternité, et cette fois-ci nostalgie. C’est l’histoire d’un homme qui a tout pour être heureux, une jolie femme, une belle maison, un poste à grosse responsabilité. Le jour de son anniversaire, il voit défiler de vieilles images sur lesquelles se trouve Pio Marmaï qui a été son meilleur ami au lycée. Lui n’a pas changé, il est resté le même gamin, quand Pierre Rochefort est devenu un adulte particulièrement triste. Les deux hommes décident alors de remonter une fête comme à l’époque et d’inviter tous leurs amis d’enfance. Nos futurs s’inscrit totalement dans ce que fait Rémi Bezançon, la nostalgie des hommes qui ont des responsabilités, le souvenir d’une jeunesse plus drôle, plus facile. Jolie fable, pas le meilleur, très plaisant tout de même.

Walk hard the Dewey Cox story est un film avec John C. Reilly, on peut imaginer qu’il ne s’agit pas d’un drame et c’est le cas, il s’agit d’une parodie des chanteurs des années 50. L’histoire commence dans une ferme où enfant il découpe son frère en deux à la machette ce qui restera le drame de sa vie. Très rapidement, il fait du rock qui rend fou tout le monde, se marie, multiplie les maîtresses, les enfants et abuse de toutes les drogues. Il s’agit d’une comédie absurde, mais surtout d’une formidable parodie des biopics musicaux sur la gloire et la décadence des chanteurs. John C. Reilly est parfait dans le film, il va traverser les époques, rencontrer le King, les Beatles, chanter comme Dylan. Deux heures de film, c’est un peu long mais ça mérite d’être vu pour la performance.

Dans les années 70, à Djibouti, un bus bourré de gamins français est pris en otage, direction la Somalie. Le bus tombe en panne à proximité de la frontière, on fait appel à l’équipe d’Alban Lenoir pour réaliser l’intervention qui mènera à leur libération. Le film est censé retracer l’histoire de ce qui deviendra plus tard le G.I.G.N. Que penser de ce film aux dialogues improbables, aux situations improbables où chaque acteur est un Chuck Norris en puissance évitant les balles, tenant debout pendant les explosions, tout en plaçant des tirs de précision que même dans Fortnite on ne peut pas le faire. Que penser de ce final où Alban Lenoir se fait saluer spontanément par l’ensemble des militaires dont il a acquis le respect pour finir par s’effondrer en larmes ? Si on le prend au premier degré, avec cette unité d’élite où les gars sont habillés en pattes d’éléphants et en chemise à carreaux, parés pour danser la fièvre du samedi soir, il y a fort à parier qu’on pense à une parodie, sinon, le cerveau posé sur la commode, ça passe.

C’est l’histoire d’un homme et de son fils, sauf que l’histoire n’est pas si banale. Le père raconte sa vie comme un roman d’aventure, à la limite de la science-fiction. Une histoire un peu prétentieuse dans laquelle il aurait travaillé dans un cirque, serait devenu un héros de guerre, aurait pêché un poisson gigantesque (big fish) et plein d’autres encore. C’est tellement énorme que cela fait penser à la chanson d’Orelsan dans laquelle il dit, papy raconte nous la fois où tu as tué Hitler. Je me permets d’ailleurs avec cette parenthèse Orelsan de préciser qu’à un moment Danny Devito dit à Ewan McGregor qu’il était un gros poisson dans une petite mare, titre d’une des chansons du rappeur. Et pour la raconter son histoire, il la raconte, il la raconte à qui il veut l’entendre, et même à qui ne veut pas l’entendre, notamment son fils qui n’en peut plus d’avoir un père mythomane. Et c’est sur son lit de mort que se retrouvent les deux hommes, le fils n’en pouvant plus de vivre avec un père dont il ne connaît rien sauf les mensonges. C’est cette histoire extraordinaire qui nous est racontée et l’enquête que mène son fils, pour un des meilleurs Tim Burton.