Cultures, épisode 4

31/10/2017 Non Par cborne

Il a été demandé à mon fils de faire un journal de lecture, je suis ravi de découvrir cette nouvelle joyeuseté pédagogique. C’est sur un secret. Concrètement on ne demande pas le résumé du livre, mais de bloguer autour du livre, je fais vraiment dans le raccourci. Le livre fait 200 pages, on attend de lui qu’il fasse environ une dizaine d’entrées dessus. Je vous donne un exemple : J’allais me coucher, j’ai lu les premières pages, et on sent bien le malaise du gamin autour d’un secret de famille, du non dit. Étant un enfant adopté (bonus de culpabilité pour le professeur), je sais qu’il y a une forme de secret autour de ma propre identité, je me sens donc très proche du personnage principal. Il est possible de rajouter des dessins, de faire des comparaisons avec des choses qu’on a déjà vues. Sur le principe, c’est intéressant, dans le sens où on a un appel au ressenti, à la culture puisque le jeune peut faire la comparaison avec d’autres œuvres. Je vous donne un autre exemple. Le triangle rose est une bande dessinée sur la déportation pendant la seconde guerre mondiale. La particularité, c’est qu’il nous présente le cas de jeunes homosexuels allemands, ce qui est un traitement rare culturellement. La bande dessinée insiste sur la montée du nazisme plus que sur les camps, le paradoxe de certains homosexuels qui ne sont pas choqués du traitement qui peut être infligé aux juifs, pensant qu’ils sont à l’abri, en tant que vrais allemands. Le parallèle avec le secret où le film ne présente pas les camps, mais la montée du nazisme en France, pourrait faire partie des fameuses entrées dans le journal de lecture.

L’idée est intéressante, sur le même principe que l’enfer est pavé de bonnes intentions. On se dit qu’avec une France où les jeunes ne lisent plus, c’est intéressant d’adopter une autre posture face au livre, plutôt que de lire et de résumer. Que celui qui n’a pas dans son adolescence utilisé un résumé du livre me jette la première pierre. Avec l’internet aujourd’hui, on comprend que l’exercice de la synthèse est désuet, qu’on attend de l’élève autre chose, un travail qui sera forcément personnel puisqu’on y inclut ses propres pensées, c’est pour cela que je fais le lien avec le blog.

La problématique ici, c’est que la lecture est déjà une punition, l’écriture une plus grande punition, la culture telle que nous la connaissons n’intéresse pas les jeunes de cet âge, si l’exercice a du sens, notamment d’un point de vue pédagogique, il va surtout pointer les lacunes des jeunes et rendre la tâche beaucoup plus ardue que le résumé. Je souligne tout de même qu’on ne se limite pas seulement à la comparaison avec d’autres œuvres, le jeune peut aussi faire un dessin où à un instant t imaginer la suite, donner son ressenti sur les personnages ou sur une situation. Je salue mes collègues de français pour cet exercice, il est certain que lorsqu’on donne un DM de maths pour se rendre compte que 17 copies sont identiques, c’est lassant. Je fais d’ailleurs souvent le contrôle sur le DM pour voir qui est à l’origine du travail … Pauvre France.

Pour en revenir à la bande dessinée, elle fait partie des bouquins à lire, un autre point de vue sur l’horreur de la guerre et de l’homme en général, pour un secret, je lui ai mis le film car je ne sais pas s’il avait tout compris à l’approche de la fin de son bouquin, ça lui donnera peut-être une entrée de lecture supplémentaire. Pour ceux qui ne connaissent pas un secret, il s’agit d’un enfant un peu malade qui grandit avec un frère imaginaire, un frère qui saurait tout faire et qui répond aux attentes de son père. Une amie finit par lui révéler le secret de famille, il a bien eu un frère issu d’un premier mariage de son père, déporté parce qu’il était juif. Jeu remarquable de tous les acteurs, un beau film à voir.

20 ans ferme, forban et le travailleur de la nuit sont trois bandes dessinées sur le banditisme, sur l’univers carcéral et sur la société de façon générale

 

20 ans ferme est une critique du système carcéral, contrairement aux deux autres albums, le personnage central se fait arrêter dès le début du bouquin, on va le suivre de prison en prison. Je suis très partagé sur l’œuvre. Le choix du braqueur de banque c’est facile. Comprenez que l’argent de la banque, c’est l’argent de tout le monde, de personne, ce n’est pas un sac qu’on a volé à la petite vieille. Dès lors, sans avoir un héros, on a finalement un personnage qu’on veut pas si méchant, presque noble. L’histoire ne pourrait pas tenir s’il s’agissait d’un violeur, d’un pédophile, d’un assassin, du fait qu’il soit braqueur de banque, on a envie de s’intéresser à son cas. Forte tête, il revendique des droits, de l’humanité dans la prison, des conditions acceptables si bien que le système tente de le casser. Je suis partagé car les conditions telles qu’elles sont décrites nous font bien comprendre que la prison n’est pas la solution, un univers de violence et de haine où le détenu n’apprendra rien de sa peine. On est donc interpellé sur cet univers et on se dit qu’il faudrait autre chose, quelque chose de mieux. De l’autre, la présentation de gardiens de prison pire que les détenus, avec par exemple une magouille sur le dossier du personnage central pour le faire passer pour un violeur afin que les autres prisonniers lui mènent la vie dure fait perdre en crédibilité et en force à la bande dessinée. Si on voulait faire passer un message, il est biaisé par le manichéisme des personnages qui nous ferait oublier tout de même qu’il n’y a pas que des innocents en prison.

Forban pour sa part est dans l’aventure, pas de vrai message, il présente un homme qui met un an à faire un braquage, une réussite, mais qui tombe. Il s’évade de prison et devient un bandit de grand chemin. Il finira par fonder une famille, avoir un enfant. L’idée ici c’est qu’il n’est pas possible de concilier vie de famille et grand banditisme, il finira donc par trouver la rédemption. Ici encore le système carcéral et son inefficacité en prend pour son grade, la bande dessinée entièrement en noir et blanc est plus pragmatique, son héros voulant vivre la grande vie a peu de moralité.

C’est le travailleur de la nuit que j’ai préféré parmi les trois ouvrages, Alexandre Marius Jacob est le personnage qui aurait inspiré Arsène Lupin. On est donc face à un autre état d’esprit, même si le personnage qui aura vécu les deux guerres, dont l’une au bagne, critique de façon cinglante la société dans laquelle il vit, les bourgeois, les résistants de la dernière heure, le système judiciaire en faveur des riches. Un très joli dessin, un personnage haut en couleur à l’humour décapant, une véritable histoire d’amour entre une mère et son fils. Une très belle bande dessinée.

Un autre style de chaîne avec ce qui nous lie, le dernier film de Cédric Klapisch qui fait partie des rares films que j’ai finis ces derniers temps, même s’il n’est pas extraordinaire ou disons qu’il essaie un peu trop de jouer sur les terres de Rémi Bezançon à qui l’on doit par exemple le premier  jour du reste de ta vie ou de façon plus évidente premiers crus.

Pio Marmai, acteur fétiche de Rémi Bezançon est l’aîné, alors qu’il vit en Australie il rentre à la terre, une terre qu’il a quittée, qu’il a fuie plutôt, classique. Le père est à l’hôpital, il va mourir, il retrouve sa sœur Ana Girardot très compétente mais qui a dû mal à s’affirmer et François Civil le plus jeune, marié, un enfant, écrasé par le beau-père un grand propriétaire terrien. On se doute que la fratrie va reprendre le contrôle de l’exploitation et lutter contre leurs démons, leurs peurs. Les flashs backs à l’enfance, les références au père, il n’y a rien à dire la vie est vraiment bien croquée, c’est un très joli film mais qui passe quand même le travail de Bezançon. Je rappelle que premiers crus c’est l’histoire de Jalil Lespert que j’adore devenu grand critique parisien qui retourne à la terre donner un coup de main à son père, Gérard Lanvin qui est sans aucun doute le meilleur de tous les Gérard. Si effectivement, les conditions sont différentes, un père bien vivant d’un côté, contre le père dans un lit d’hôpital, le monde viticole, les traditions, la présence forte du père qu’il soit présent ou absent, trop de similitudes pour ne pas y voir un parallèle.

J’espère que vous apprécierez ce journal de lecture que j’ai réalisé de façon insidieuse, et comme il faut y rajouter une expérience personnelle, je vous informe que je vais à la douche pendant que Cascador va corriger mes fautes.

On continue ici