Cultures, épisode 39

30/07/2019 Non Par cborne

Juliette Binoche, la cinquantaine, professeur de français, parle à sa psy. Elle lui raconte comment elle est en arrivée là. Divorcée, elle a trouvé un peu de réconfort dans les bras d’un jeune homme d’une vingtaine d’années qui un beau matin la plante sans donner de nouvelles. Un peu obsessionnelle, elle crée un faux profil facebook avec une bombasse en photo pour hameçonner l’intégralité de l’entourage du jeune homme. Ça prend avec son colocataire qui va s’emballer comme un foufou dans cette histoire d’amour plus ou moins virtuelle. Celle que vous croyez est un film qui vous tient aux tripes alors qu’il ne se passe rien. Binoche n’a pas volé ses prix d’actrice, elle est époustouflante en cougar psychopathe sur le retour, à voir.

Gilles Lellouche est content, sa boîte de prestation de service en informatique vient de décrocher un énorme contrat. Malheureusement il se fait tomber dessus par des contrôleurs des impôts. L’ensemble des subventions qu’il a obtenues parce que son entreprise est installée en zone sensible de la région parisienne, ont été reçues illégalement. S’il possède bien un bâtiment à la Courneuve, le siège de son entreprise se trouve dans les quartiers chics de Paris. Il est donc contraint par l’administration fiscale à rembourser l’intégralité des sommes et mettre la clé sous la porte ou s’installer pour de vrai à la Courneuve entre les délinquants, les dealers et les très nombreux clichés que vous pourrez voir dans le film. Cliché, c’est le fil conducteur, sur les ingénieurs bobos qui prennent des cours avec Malik Bentalha qui à 30 ans va devoir de façon urgente changer de registre, ou sur les trafiquants de drogue qui viennent prendre des cours de marketing, tout y passe. Néanmoins, jusqu’ici tout va bien, fait partie de ces comédies fraîches, sympathiques, dans lesquelles on a envie de se laisser embarquer, et ça fonctionne plutôt bien.

Exfiltrés raconte l’histoire d’une femme qui fait croire qu’elle part en vacances avec son gamin, sauf qu’elle part en Syrie pour rejoindre les forces de Daesh. Convertie récemment à l’islam, elle rejoint les anciens amis de son quartier. Son mari Swann Arlaud tombe des nues, la DGSE, le ministère, tout le monde lui fait comprendre que c’est mort au sens propre. Il se trouve que dans l’hôpital dans lequel il travaille, le fils de Charles Berling, l’excellent Finnegan Oldfield est en Syrie, on ne sait pas trop ce qu’il fait, mais il sait le faire. Il va monter une opération pour faire sortir la femme et l’enfant du pays. Tout le monde est très bon, une vraie tension, on y croit vraiment, ce film n’a rien à envier aux standards du genre américain.

Swann Arlaud qui à mon sens va voir sa carrière commencer à sérieusement décoller, Melvil Poupaud, et Denis Ménochet ont en commun d’avoir été abusés par un prêtre durant les camps de scouts. Lorsqu’ils découvrent que le prêtre officie encore auprès des enfants, ils se lancent dans un combat contre l’église pour le faire tomber. À mi-chemin entre le film et le biopic, puisque le prêtre pédophile et les différents intervenants comme le cardinal Barbarin ne sont pas des personnages de fiction, François Ozon ne fait pas dans la dentelle. On ne s’étonnera pas qu’une tentative de procès ait eu lieu pour faire retarder la sortie grâce à Dieu, afin de préserver « l’anonymat » de certains protagonistes, sauf que les faits étaient déjà connus du grand public. Les trois hommes crèvent l’écran, Swann Arlaud qui joue parfaitement les hommes brisés, Denis Ménochet qui va s’imposer rapidement comme un des poids lourds du cinéma français passant du mari violent dans jusqu’à la garde en combattant farouche dans le film, et enfin Melvil Poupaud impeccable dans ce rôle de père catholique convaincu qui va prendre les armes malgré les répercussions familiales. À voir.

Dans le début du XX° siècle, une famille d’Anglais débarque en Italie, un héritage. Le papa un homme jovial et inventif décide de se lancer dans la pêche avec un bateau à vapeur, ce qui déplaît fortement aux locaux, tout déplaît d’ailleurs aux locaux. Pendant ce temps-là, le petit William dix ans, découvre d’autres gosses de son âge, et quand je dis de son âge, c’est exactement son âge, les quatre enfants sont nés exactement le même jour. Parmi les enfants, Lisa, une gamine qu’ils suivent tous comme un chien, leur fait faire un rituel particulier qui les fait voyager dans le temps. Ils se connaîtraient d’avant, d’une autre vie. La bande dessinée, où le regard ne porte pas, est cassée en deux tomes. La fin du premier volume c’est l’enfance, qui s’achève sur un événement dramatique, le second tome, on retrouve les quatre gamins à l’âge adulte, 20 ans plus tard. Lisa qui est partie, leur demande de venir à son chevet, elle vient de faire une fausse couche et veut embarquer en Amérique du sud à la recherche de son amant qui s’est embarqué à la recherche d’un mystérieux trésor. Ils trouveront dans ce voyage, la réponse à une question qu’ils ne se posaient pas, l’origine de leur lien. Excellente bande dessinée devenue un classique.

La Maison de la plage est un one shot classique, famille et vacances, plutôt réussi, plutôt émouvant. Une famille se retrouve dans la maison … de famille, la maison des grands-parents, aujourd’hui disparus. La réunion se fait sur un ton dramatique, la petite-fille enceinte vient de perdre son mari dans un accident de la route, parmi les trois frères propriétaires de la maison, l’un d’eux veut vendre, c’est un peu la consternation. Et puis on réalise que cette maison a ses secrets, ils nous seront tous dévoilés par un petit voyage dans le temps, vous aurez certainement droit à votre petite larme à la fin.

Après un très bon Batman Arkham Asylum, voici le retour de Batman dans Arkham City. Le concept est en gros similaire au premier opus, sauf que de la prison en monde fermé, on passe au monde ouvert de Arkham City, une prison de la taille d’une ville. Bruce Wayne est un peu dans l’embarras, il se fait kidnapper par un mystérieux professeur du nom de Hugo Strange, qui non seulement connaît son identité secrète mais est aussi à l’origine d’un mystérieux protocole 10. Batman va donc mener l’enquête avec un problème supplémentaire, sa propre survie. En effet, désolé pour le spoil, le joker qui avait pris du Titan est en train de mourir, et il contamine Batman avec son propre sang pour qu’il puisse trouver un antidote. Ce qui à mon sens avait fait l’intérêt du premier, c’était les rencontres de la panoplie de supers méchants au coin d’une cellule. Ici on est largement servi, le docteur Freeze, Gueule d’argile, le pingouin, le Joker, et bien d’autres. On notera aussi quelques alternances avec le personnage de Cat Woman, plus fragile, plus rapide. Le monde ouvert n’apporte pas grand-chose, et le jeu fait l’erreur de tomber dans l’Assassin’s Creed, le toujours plus. Si on peut saluer une plus grande souplesse pour le personnage où l’on pestait parfois de ne pas pouvoir éviter la charge d’un mutant à cause de la lourdeur de Batman, l’augmentation du nombre de possibilités pour le personnage n’apporte rien de plus. La stratégie d’élimination poussant le joueur à aller au plus efficace plutôt que de tenter d’utiliser la panoplie de nouveaux jouets de Batman. Concrètement, foncer dans le tas et grosse marave, passer par derrière et utiliser les gargouilles pour la discrétion. Le jeu est excellent, très bien scénarisé, prenant.

Peter Mullan est un homme violent, il a tendance à taper sur tout ce qui bouge. Un jour où ça ne va vraiment pas, il se réfugie dans la boutique d’Olivia Colman, une femme particulièrement croyante qui va réussir à l’apaiser. Malheureusement celle-ci a ses propres problèmes, on comprend qu’elle est une femme battue. Les deux individus vont se lier dans une relation difficile, lui la brute, elle qui vit avec une brute. Tyrannosaure est un très beau film, simple sur la complexité des relations humaines, à voir.

Sandrine Kiberlain, maman dynamique, divorcée, a des enfants d’une vingtaine d’années qui font leur vie, sauf son bébé (mon) qui passe son BAC, et qui doit partir au Canada, la laissant seule à la maison. La vie au quotidien dans cette année du départ, les flashbacks avec le divorce, l’enfance des petits, le premier amour de sa fille, la jalousie de ses aînés, son père dont elle doit s’occuper, la jeunesse, la peur de vieillir, tout y passe. Tout y passe d’ailleurs un peu trop dans cette relation mère fille étouffante, où tout est un peu trop caricatural à mon goût. Le film fait néanmoins le job et se laisse regarder avec une Sandrine Kiberlain facile, qui porte le film sur ces épaules, même si pour ainsi dire il n’y a rien à porter.

Julie Depardieu et Emmanuelle Béart sont deux sœurs que tout sépare. La première est aussi intelligente que la seconde est nombriliste. Julie Depardieu est dans une mauvaise passe, son mari Samuel Le Bihan au chômage quitte le domicile conjugal pour se lancer dans l’élevage de crocodiles (les yeux jaunes des). Sur la paille, timide, avec une fille qui la méprise, elle va jouer les nègres de sa sœur, une femme qui a tout pour elle, la beauté, l’argent, un gentil mari, Patrick Bruel, mais à qui il manque une reconnaissance intellectuelle, une crédibilité. Très bon film, très bien joué par tout le monde, même si Emmanuelle Béart en fait peut-être trop, avec une vision un peu triste de la vie où tout le monde est plus ou moins malheureux dans sa vie.

Pierre Niney est déménageur, mais aussi écrivain raté à ses heures perdues. Tous les manuscrits qu’il envoie sont rejetés de façon systématique, même pas de motif, c’est dire à quel point c’est mauvais. Dans un déménagement, il trouve dans les affaires d’un homme qui vient de mourir seul, ses carnets relatant la guerre d’Algérie. Comme on peut s’en douter, il l’envoie et c’est le succès qui commence. Malheureusement, la belle histoire d’usurpation aurait pu s’arrêter là, à deux détails, il faut bien sortir un deuxième livre, il y a toujours un corbeau dans l’affaire. Particulièrement classique, remarquablement prenant et bien joué, un homme idéal est un excellent thriller.

Daniel Auteuil est marié avec Catherine Frot qui le trompe un peu avec Bernard Lecoq. Pas une vie très rigolote, le garage a fermé depuis un moment, mais ce ne sont pas les difficultés qui vont faire exploser le couple, c’est le caractère de Daniel Auteuil. Raciste, désagréable, fâché avec leur fille, taciturne en permanence. Et puis un jour elle fuit pour retrouver Lecoq qui a rejoint une maison de retraite pour jeune senior. Pendant ce temps-là Daniel Auteuil part à la reconquête de sa femme, avec un petit fils qu’il ne connaît pas dans les jambes, sa fille malade. Qui m’aime me suive ! est une comédie qui ne casse pas des briques, qui fait le job et qui vous donnera au moins l’occasion d’avoir de superbes images du Lac du Salagou que les Héraultais reconnaîtront du premier coup. Il faut dire que le bus Hérault transport en orange est assez inratable.

Je suis un grand fan de Thomas Ngijol qui a vraiment un humour bien pourri, qui incarne dans chacun de ses films un couillon franchement lâche, avec un humour qui passerait pour totalement raciste s’il n’était pas noir. Dans Black Snake la légende du serpent noir, il ne fait absolument aucun effort pour arriver à un résultat plus que passable. Dans les années 70, Thomas Ngijol revient de la France pour l’Afrique où il retrouve le grand-père qui l’a élevé façon kung fu … Dans son pays, l’oppresseur est incarné par un dictateur qui fait régner la terreur, accompagné de l’ambassadeur français Edouard Baer qui fait du Edouard Baer comme Ngijol fait du Ngijol en parfait colonialiste. Seul un héros va pouvoir changer la donne, Black Snake, le super héros africain dont Ngijol a hérité des pouvoirs en se faisant mordre par un serpent blanc. Le film est un énorme cliché qui fait forcément parfois sourire, mais la caricature est tellement grosse, c’est tellement long parce que ça s’essouffle si vite, que ce n’est absolument pas drôle. On sent que Ngijol se fait plaisir, malheureusement il doit être l’un des rares, les critiques sont mauvaises notamment celles du public. Il y a par contre quelque chose dans ce film de notable c’est sa bande originale avec un excellent morceau d’Orelsan qui montre sa grande capacité à faire du RAP à l’ancienne et qui nous rappelle que le RAP c’est comme pas mal de choses, c’était mieux avant.

À quand un album à l’ancienne ?

Tshegue qui n’a à son actif qu’un EP mais qui nous offre l’un des meilleurs morceaux que j’ai pu entendre dans ces dernières années. Rock, funk, Afrique, extrêmement rythmé, ça donne envie de danser. L’EP de Tshegue à écouter sur bandcamp.

Oxmo Puccino à l’instar d’un Orelsan qui nous pond un titre à l’ancienne et qui nous rappelle qu’il est aussi encore capable de rapper comme ça loin de toutes les expériences bizarres qu’il nous a données ces dernières années.

Dans black desperado Oxmo Puccino venait sauver le RAP français, c’est peut-être le temps de vous y mettre sérieusement les gars et tant pis si le zouk grille à la rôtissoire mais ça c’est une autre histoire …