Cultures, épisode 36

26/04/2019 Non Par cborne

Okko est une série finie en 10 tomes décomposée en 5 cycles de 2 tomes. Eau, air, feu, terre, néant. Il s’agit du travail de Hub, au scénario et au dessin, assez rare dans la bande dessinée, et surtout assez rare que les deux tiennent la route. Souvent chez un individu, la force tient dans le scénario ou dans le dessin, rarement les deux à la fois, ici on est à un haut niveau pour les deux. Le personnage central de la série, Okko, est un rônin, un homme qui maîtrise le sabre comme personne et qui s’est spécialisé dans la traque des monstres, fantômes en tout genre. Le premier cycle pose les personnages, Okko donc, Noshin un moine qui communique avec les esprits élémentaires, Noburo un demi démon ce qu’on peut trouver paradoxal quand on connaît la profession de Okko, et Tikku le narrateur. Il s’agit d’un jeune garçon rencontré pendant le premier cycle et qui va se mettre au service de Okko et de sa troupe pour payer la libération de sœur kidnappée par des monstres. On le retrouve au fil des différents cycles devenu un vieux moine respecté, il raconte ses aventures. C’est très bon, c’est très gore, la trame se met en place au fur et à mesure et tous les mystères sont révélés lors du dernier cycle pour une bande dessinée efficace et carrée.

On avait laissé Manu Larcinet il y a y dix ans, il ne s’agit pas d’une faute de frappe, mais de l’avatar de Manu Larcenet dans sa bande dessinée légère, le retour à la terre, le tome 6 vient de sortir. C’est typique de Larcenet, il raconte sa vie dans le combat ordinaire, pour la re-raconter dans le retour à la terre, une partie de son œuvre reste autobiographique, une forme de psychanalyse. Le début démarre très fort, sa femme est à nouveau enceinte et lui en pleine dépression comme toujours, il est à l’écriture de « plast », comprendre blast, sa série particulièrement sombre. On insiste bien lourdement sur le fait que Ferri travaille sur Astérix et qu’il n’a pas le temps, qu’il est important, on retrouve toujours les mêmes personnages, la petite vieille, la gosse, le voisin Henri, l’ermite, les cartons qui sont toujours dans la maison. C’est une série que j’aime beaucoup, de la tendresse, les angoisses réelles de Larcenet qui ressortent quand même dans ce travail, énormément d’autodérision.

Pauline parisienne de base, part à la campagne pour réviser ses partiels. Comme toute parisienne de base, elle passe son temps à se plaindre, et à être sarcastique. Elle rencontre Erwan, un bon garçon, qui va lui donner un coup de main et l’héberger parce que sa voiture est en panne. Erwan lui explique sans grande conviction, qu’il doit réaliser un voyage vers le petit monde, un monde parallèle au nôtre, ou un monde minuscule dans le nôtre, la bande dessinée est assez approximative à ce sujet, étroitement lié à la terre. Par un mauvais concours de circonstances, elle se retrouve embarquée avec lui, dans ce qui n’est pas une visite touristique, mais une mission, celle du passeur de la connaissance entre les quatre peuplades du petit monde. Sa venue va bouleverser notre univers, puisqu’elle va tout simplement déclencher l’apocalypse. Le grand mort est une bande dessinée co-scénarisée par Loisel, avec un dessin magnifique qui pourrait faire penser que c’est Loisel lui-même qui était aux commandes. Le dépaysement sur les deux premiers tomes est garanti, des personnages bien travaillés, une intrigue, et puis pour le reste, c’est la description trop longue de notre terre qui meurt. À la sortie, après huit tomes, la bande dessinée vient de s’achever il y a peu, on se dit que quatre albums auraient été largement suffisants, et que les promesses de la série n’ont pas été tenues. Lorsqu’on voit « la fin de la bande dessinée culte » sur la couverture du dernier album, on peut très largement modérer l’enthousiasme de l’éditeur, le grand mort est une bonne bande dessinée, avec un très bon dessin pour une histoire plutôt banale et trop longue.

La légende raconte que le sabre et l’épée deux armes exceptionnelles ne devaient être portés que par les meilleurs combattants au monde et ce fut le cas. Pour des raisons que je ne vous donnerai pas, notre histoire commence avec un très bon sabreur et un vieux. Le sabreur a pour mission de tuer chaque personne qui a un sabre et qui veut traverser le village, on lui a dit que lorsque le nombre de mort coïnciderait avec son âge, alors il deviendrait le meilleur sabreur au monde. Il lance un défi au vieux qui lui sort une épée cassée, il ne faut pas sortir de polytechnique pour comprendre quelle est cette épée. Le sabreur refuse de tuer le vieil homme et part un peu par hasard à l’aventure. Quatre tomes, une histoire très solide, un dessin qui fait penser aux estampes, c’est bien mené, carré, efficace.

Agnès Jaoui la cinquantaine est une femme très investie dans les associations humanitaires, notamment dans ses cours d’alphabétisation. Très investie, certainement trop investie, elle délaisse son mari, ses enfants, pourrit les repas de famille avec ses idées. Son monde bascule lorsque la concurrence débarque, une jeune femme, plus efficace. Elle accentue alors encore plus le n’importe quoi et va se lancer dans des cours de conduite avec ses élèves, pour faire mieux que l’autre enseignante. Mal noté par la critique, je trouve que les bonnes intentions intéressant. Agnès Jaoui joue un personnage profondément égoïste alors qu’elle a l’impression de sauver le monde, d’être une femme généreuse. Plus que la comédie sociale, avec les clichés notamment dans la panoplie de personnages qui apprennent le français, l’africain, le roumain, la fille asiatique, la bombasse de l’Europe de l’Est, c’est cet aspect de ce qu’on croit être la générosité que je trouve le plus pertinent dans le film.

Attention je suis dans l’obligation de spoiler, puisqu’il s’agit de la suite de l’ombre du Mordor que j’avais présenté dans le dernier volet. Dans l’ombre du Mordor nous découvrions Talion un rôdeur qui se fait assassiner lui et sa famille et qui revient d’entre les morts partageant sa vie, ou sa mort c’est selon avec un elfe. Il apparaît dans le jeu que l’elfe amnésique est Celebrimbor le créateur des anneaux, le forgeron et ancien associé de Sauron. Les deux compères après s’être vengé de la mort de Talion décident de marave Sauron, rien que ça. C’est ainsi qu’ils vont créer un nouvel anneau, un anneau qui sur le principe est exempt de toutes cochonneries. Ceux qui auront fait le premier ne seront pas déçus par le second, qui n’est pas vraiment un second mais une version 1.5. Les graphismes sont identiques, les pouvoirs quasiment les mêmes par rapport au premier, c’est juste l’inflation sur certains points, notamment les cinq cartes et les forteresses à conquérir. À l’instar du premier j’ai passé pas mal de temps pour faire le maximum de quêtes et finir à 83% du jeu, qui reste très répétitif mais qui engage peu, ce qui est une bonne chose. Ce qui est particulièrement appréciable ici c’est toujours cette espèce d’univers vivant, avec les orcs qui font leurs petites vies, qui vous trahissent, qui vous tendent des embuscades, le Mordor donne réellement la sensation d’être un univers qui fait sa vie. Un effort a été fait en termes de scénario, et notamment dans le travail sur les personnages. On sent assez rapidement qu’il y a une tension entre Talion et Celebrimbor, quand Talion n’a qu’une idée c’est de marave Sauron, Celebrimbor souhaite surtout se monter une grosse armée et donne l’impression de vouloir être le calife à la place du calife. Un scénario de qualité, des moments épiques, notamment les bastons avec les Nazgûl ou contre un balrog. Je trouve que c’est culotté d’avoir dévié l’histoire du seigneur des anneaux de cette façon et que ça tient particulièrement la route.

Dans la version que j’ai achetée deux DLC. Je ne m’étendrais pas sur l’histoire de Baranor où l’on essaie de vous faire croire à Dark Souls. Concrètement, Baranor est un capitaine que vous rencontrez dans l’aventure, vous pouvez mener une campagne avec lui. Malheureusement le personnage est humain si bien qu’on ramasse des bouteilles pour se régénérer et il n’a qu’une vie. Forcément quand on a pris l’habitude de marave et de récupérer sa vie au fur et à mesure on ne fait pas très attention. Comme il est mortel, on a qu’une vie, le jeu s’arrête quand vous êtes mort et il faudra reprendre au début … sans intérêt. Eltariel la lame de Galadriel, c’est autre chose, beaucoup plus intéressant. Eltariel est une elfe envoyée par Galadriel pour tuer tous les porteurs de l’anneau, les Nazgûl et Talion dans la foulée parce qu’on ne sait pas trop comment ça va tourner. Elle possède un anneau de lumière qui permet au joueur de faire un gameplay totalement différent. Bouclier de lumière, explosion de lumière, récupération de vie, c’est assez différent. Le personnage est plus faible que celui de Talion et va vous obliger à faire preuve d’astuce et de ténacité. Quand certains personnages sont insensibles à la lumière, à l’élimination, il faut vraiment faire preuve d’astuce pour réussir à les tuer. Au niveau du scénario, Eltariel n’a pas de contrôle sur les orcs si bien qu’elle va faire des missions pour réussir à les embaucher. Les personnages ne sont plus des PNJ de base mais ont de vrais caractères, on regrettera que ce DLC ne dure que 5 heures, fini à 100%

La lame de Galadriel est à mon sens indispensable pour l’aventure car il se situe après l’ombre de la guerre et notamment un évènement énorme dans le jeu. Difficile de savoir s’il y aura une suite, je trouve qu’un dernier opus serait intéressant même s’il est complexe à placer, sachant qu’on sait que Talion et Celebrimbor ne peuvent pas être des personnages majeurs face à la lutte contre Sauron.

Lola et ses frères est un film de Jean-Paul Rouve et c’est palpable, des tranches de vies, des moments, des films dans lesquels il ne se passe pas grand-chose, c’est une forme de marque de fabrique. Ludivine Sagnier, José Garcia, Jean-Paul Rouve sont frères, ils ont pour rituel de se retrouver sur la tombe de leurs parents et de s’engueuler de façon systématique. Elle est avocate spécialisée dans les divorces et va rencontrer Ramzy Bedia l’un de ses clients, qui montre ici qu’il est capable de jouer autre chose que les débiles et c’est bien parce qu’Eric et Ramzy c’est le bien. José Garcia, père célibataire d’un garçon surdoué se fait licencier, trop fier pour l’avouer à son entourage, il est dans l’impasse. Jean-Paul Rouve quant à lui en est à son troisième mariage avec une femme plus jeune qui veut un enfant quand lui ne veut pas être père. C’est joli, c’est un peu lent, mais c’est joli, alors on regarde.

Fabrice Luchini est un homme pressé, comme dans la chanson éponyme de Noir désir. Très haut poste dans une société d’automobile, il passe son temps à courir, jusqu’à des donner des cours à sciences po où étudie sa fille. Seulement à force de courir, il finit par se faire rattraper par la santé et tombe raide, un AVC. Si ses capacités intellectuelles sont parfaitement conservées, la parole quant à elle est atteinte. C’est là où on réalise que Luchini est fort, puisque le comique de situation c’est le gars qui mélange tous les mots, il apprend des répliques qui sont totalement impossibles à mémoriser. Le film n’est pas formidable, dans le sens où l’homme pressé qui pense qu’il est indispensable, réalise que lorsque cela ne va plus, face à l’entreprise, l’amitié, il n’y a plus personne. Trop facile, trop moraliste, mais tellement bien joué qu’on regarde avec grand plaisir.

Ben est de retour (Ben is back), Ben c’est le fils de Julia Roberts qui gère toujours aussi bien sa carrière, Ben c’est un toxicomane récidiviste. Il sort du centre après une énième cure pour rejoindre le domicile familial pendant la période des fêtes de Noël. Il a l’air d’aller mieux mais malheureusement son passé le poursuit, un passé de violence, de moments minables, de petite amie morte, tout ça dans une petite commune toujours prête à lui rappeler. Une film simple, joué à la perfection par tout le monde, captivant. A voir.

En 1980 avec la foire aux immortels, Enki Bilal proposait une bande dessinée délirante avec les dieux égyptiens qui stationnait au-dessus d’un Paris moderne, des dieux en rade de carburant. Un dessin reconnaissable entre mille, une histoire originale et la carrière de Bilal était faite. Bilal fait son retour avec BUG, qui nous place en 2040, un monde dominé par la technologie comme on peut s’en douter. Pour une raison qui ne s’explique pas, la machine s’enraye complètement, les données ne sont plus accessibles, les appareils de haute technologie commencent à dysfonctionner créant des drames comme on peut se l’imaginer. Le problème semble être lié à un homme contaminé par un parasite dans une mission spéciale et qui aurait récupéré l’intégralité des connaissances du monde. Si la description du monde qui s’effondre est plutôt bien faîte, l’ensemble qui se résume à la chasse à l’homme qui sait tout s’essouffle bien vite pour une bande dessinée qui tourne en rond dès le second tome. Alors que la majorité des dessinateurs évoluent dans leur trait, proposent quelque chose de nouveau, Bilal continue de proposer la même chose, jusqu’aux visages qu’on pense avoir croisé dans une autre de ses bandes dessinées. Bug fait donc le buzz parce que c’est Bilal qui le fait, si on oublie que c’est une super star de la bande dessinée, il en reste une bande dessinée pas très originale, plutôt brouillonne et qui s’enlise.