Cultures, épisode 33

17/02/2019 Non Par cborne

La légende dit que Jésameth est parti avec son armure et son épée pour aller sur l’île des Dieux afin de leur demander la clémence pour les hommes, et depuis tout le monde vit heureux et prospère. Jésameth est désormais sur l’île des dieux qu’il n’a jamais quittée. Ça c’est sur le papier. Dans les faits, on a une société par caste, une société où le pouvoir religieux est omniprésent, une société dans laquelle faire voler un cerf-volant est un sacrilège. Alim le tanneur, qui élève seul sa fille de quatre ans avec son beau-père ne connaît pas la prospérité promise, il fait partie des hors caste, les proscrits de la société. Il est une forme d’équarrisseur pour les gros animaux qui viennent s’échouer sur la plage, une tâche particulièrement ingrate. Alors qu’il découpe une énorme baleine, il trouve ce qui ressemble à la tenue du prophète, remettant en cause les fondamentaux de la religion, Jésameth ne serait jamais arrivé sur l’île, il aurait fini dans le ventre d’un gros poisson. Alim et sa famille vont devoir fuir le pays, une aventure originale sur quatre tomes dénonçant les travers de l’extrémisme et du pouvoir.

Voilà c’est fait, le mari de Glenn Close vient de remporter le prix Nobel de littérature, rien que ça. Personnage imbu de lui-même, exubérant quand elle est discrète, dans son ombre, passant son temps à le recadrer, à s’occuper de lui, elle se rend compte qu’elle ne le supporte plus. Et si le malaise était plus profond que l’attitude de son mari ? The wife est un excellent film, Glenn Close égale à elle-même, exceptionnelle de sobriété. Ce couple d’écrivains n’est pas sans faire penser à Mr & Mme Adelman avec Nicolas Bedos et Doria Tillier en moins rigolo quand même, néanmoins il y a de fortes similitudes avec l’intrigue.

Mélanie Thierry partage sa vie avec le même homme depuis 15 ans, ils ont décidé de faire le retour à la terre, vivre de leur production de façon saine, pas de wifi, pas de téléphone, des vrais rebelles de la forêt. Pour aller plus loin dans cette expérience saine, ils font appel à un ingénieur qui vient poser une éolienne dans leur ferme. Elle qui n’a jamais quitté sa campagne natale, pétrie de bonnes intentions, va être troublée par ce baroudeur qui a fait le tour du monde et qui a peu de scrupules pour l’avenir de la planète. Je suis assez partagé avec ce film, le vent tourne, jeu de mots entre les sentiments de Mélanie Thierry et le vent qui fait tourner l’éolienne, élément central du film. Partagé parce que l’intrigue amoureuse est assez peu crédible, le type qui débarque et qui fait exploser le couple en dix minutes, on ne voit ça que dans les films. Ce qui est toutefois plus intéressant et bien mieux traité, c’est la façon dont peuvent exploser nos illusions, nos rêves, ce qui paraissait comme une évidence et qui ne l’est pas vraiment. On reste quand même sur de la philosophie de base où l’idée c’est de vivre sa vie et pas les rêves d’un autre.

Le personnage du Meta-baron apparaît dans l’Incal, bande dessinée culte de Jodorowsky, ce super guerrier invincible méritait bien son spin-off avec la caste des Méta-barons. Tonto est le robot des Méta-barons depuis de très nombreuses années, il attend le retour de son maître qui est parti. Pour tuer le temps il raconte l’histoire des Méta-barons à Lothar un autre robot. Des origines de la caste avant de devenir le premier Méta-baron, sur une planète de guerriers qui possèdent un secret qui va changer le voyage spatial, une huile qui annule la gravité, jusqu’au Méta-baron actuel. Il s’agit pour moi d’une des bandes dessinées les plus abouties de Jodorowsky et d’un chef-d’œuvre de la bande dessinée, tellement fort, tellement riche qu’il est impossible de l’adapter au cinéma. Du space-opéra avec des combats délirants, Gimenez ne ménage pas ses efforts, des centaines de vaisseaux illustrés, des monstres gigantesques, des paysages oniriques, des personnages extraordinaires, riches, des histoires d’amour passionnées et dramatiques. Jodorowsky pour une fois met sa folie au service de sa bande dessinée, tout est cohérent, original, passionnant.

La caste s’étale sur huit tomes et s’achève avec sans-nom le dernier des Méta-barons, comme le nom de la série qui lui est consacrée, la suite. Sans-nom s’est fait deux promesses : ne plus tuer personne, ne pas avoir d’enfant. La seconde raison s’explique par le fait que pour devenir un Méta-baron, il faut tuer son père. Actuellement en six tomes, la série n’est plus écrite par Jodorowsky ni dessinée par Gimenez, les auteurs néanmoins ne déméritent pas, même si on est un cran en dessous et pour le dessin et pour l’histoire. Le Méta-baron du fait d’être dans le désœuvrement va s’orienter vers la planète Marmola, la planète d’origine des Méta-barons. Il découvre que l’épiphyte, l’huile qui permet d’annuler la gravitation est en train de disparaître, cette extinction doit entraîner la fin de l’univers. Alors que dans la caste, les Méta-barons s’enchaînent, les auteurs pour trouver une parade aux changements de personnages tous les deux tomes mettent principalement en avant les ennemis du Méta-baron. Indéniablement moins bon, mais vu les sommets atteints c’était difficile de faire mieux, l’esprit n’est pas dénaturé, on n’est plus dans l’exceptionnel, on est dans le très bon.

Si après avoir lu les quatorze tomes actuels de la série vous n’êtes pas dégoûtés, vous pouvez lire Castaka, qui remonte aux origines des Méta-barons, avant même leur présence sur la planète Marmola. L’intrigue démarre sur une planète médiévale ou disons qui refuse les technologies pour donner l’impression d’être au Japon médiéval, où deux clans passent leur temps à se taper dessus. Le premier tome nous raconte l’affrontement des rivaux, la suite comment les Castaka derniers survivants de la planète finissent sur Marmola après avoir embrassé une carrière dans la piraterie. Un diptyque pas indispensable, mais plaisant, à lire pour compléter l’univers de la série.

Pendant les aventures de Lanfeust, Cixi qui à l’époque n’est pas encore l’officielle de Lanfeust, désolé pour le spoil, pète un câble, laisse toute sa famille en plan, part pour Eckmül devient la fiancée de Thanos et accessoirement l’ombre de la nuit, vengeuse masquée qui défend les gens face à la dictature. On voit quelques bribes de ce passage dans les aventures de Lanfeust mais Arleston a décidé de faire un spin-off du nom de Cixi de Troy, pour raconter en détail l’histoire. Sur le premier tome Cixi s’embarque sur un navire pirate de femme et apprend le métier, c’est ainsi qu’elle devient une spécialiste de la baston, les deux derniers albums développent son aventure dans Eckmül. Aux commandes du dessin Vatine à qui l’on doit les premiers épisodes d’Aquablue qui ne se fait pas franchement violence sur les personnages, pour un résultat convenable mais pas extraordinaire, l’histoire quant à elle tient la route et est plutôt plaisante.

Matthias Schoenaerts et Reda Kateb ne sont pas amis d’enfance mais originaires du même quartier, ils ont grandi ensemble mais la vie les a séparés. Le premier est devenu trafiquant de drogue quand le second travaille à la brigade des stupéfiants. Les deux hommes, frères ennemis vont s’entraider quand un de leurs amis se fait abattre. Vous l’aurez compris, on ne peut pas dire qu’on a troué le plafond de l’originalité avec une situation déjà vue mille fois au cinéma, les deux hommes que tout oppose mais qui vont faire cause commune. Néanmoins c’est réussi, c’est bien joué, on y croit, on est plongé dans cette aventure très masculine des quartiers, dans laquelle il ne faut pas vraiment chercher de morale, juste se laisser porter par l’intrigue. Il est à noter la présence du rappeur Sofiane, qu’on aime ou pas, NTM s’est appuyé sur lui avec 93 empire pour sortir un nouveau titre et attirer une jeunesse qui ne connaît pas les classiques, je trouve que c’est une sacrée reconnaissance. Le jeune homme est particulièrement à l’aise dans son rôle de dealer des cités, on a presque envie de parler de rôle de composition. Il faudra toutefois qu’il sorte rapidement du cliché de mauvais garçon pour envisager une autre carrière. Joey Starr a réussi, pourquoi pas lui.

La vie de Célestin (gobe la lune) commence sur un malentendu. Abandonné par sa mère à la naissance, il est recueilli par des nobles qui le rejettent aussitôt, l’enveloppant dans un tissu riche. Recueilli par une aubergiste, alors qu’il est né pauvre, il pense qu’il est riche, et veut retrouver son rang. La seule chose que sait faire le jeune homme très paresseux c’est séduire les femmes, si bien qu’il tente de se marier avec un riche parti. Par une suite d’imprévus, il va se retrouver au centre de la révolution, quand Célestin aspire à devenir noble, le peuple cherche à supprimer les privilèges. Diptyque réussi, et par le dessin et par l’écriture, l’univers est un croisement de Molière, de révolution française, le tout dans un esprit très bon enfant.

Liam Neeson est un gangster ce qui nous change un peu, qui va se faire tuer dans un coup. Sa femme, et celles de ses hommes de main se retrouvent veuves. Elles découvrent que leurs maris n’ont pas été prudents, qu’elles sont endettées, et qu’un malfrat leur réclame une forte somme d’argent. La seule possibilité pour s’en sortir, c’est de mener à bien le coup qu’avait prévu Neeson pour se sortir de l’impasse. Le problème c’est qu’elles sont totalement amatrices dans les braquages, elles n’ont pas d’autres choix que d’apprendre sur le tas. Bien pensé, joué, original. À noter que la chanson de fin a été réalisée par Sade, j’ai reconnu la chanteuse en moins de trois secondes, preuve que Sade chante la même chanson en boucle depuis trente ans mais surtout que c’est une grande artiste, reconnaître les gens si facilement c’est preuve de talent.

Romain Duris travaille dans un entrepôt qui fera indiscutablement penser à Amazon. Les fins de mois difficiles, une implication de plus en plus importante dans le syndicat de l’entreprise pour dénoncer les conditions de travail, deux enfants, sa femme vendeuse dans un magasin de vêtement. Un jour, c’est le drame, alors que rien ne laissait présager, son épouse disparaît du jour au lendemain sans donner de nouvelles. L’homme va devoir apprendre à vivre dans cette situation difficile, de l’homme qui se retrouve seul à devoir tout gérer et pour seul réconfort une carte postale. Nos batailles me laisse un sentiment partagé. Accrocheur bien sûr, avec sa part de suspense, l’épouse va-t-elle revenir, tout le monde joue très bien, mais on est trop dans le cliché pour réussir à en tirer une véritable morale. Les clichés de l’entrepôt où les salariés sont exploités, le cliché inversé de l’homme qui se retrouve seul alors que d’habitude c’est la femme qui se retrouve à gérer l’éducation de ses enfants. À la sortie du film, on n’a pas plus réfléchi, on n’a pas plus appris. Le film aurait peut-être mérité d’être davantage travaillé pour qu’on en sorte tous grandis.

Zorglub c’est le méchant de spirou et fantasio, comme on peut être méchant dans une bande dessinée à destination du grand public. Caricature du savant fou, il essaie de dominer comme il peut le monde, avec un gros penchant pour la gaffe. Munuera qui est tout sauf un débutant dans le monde de la bande dessinée donne à ce personnage un spin-off assez plaisant. Zorglub est désormais père célibataire d’une adolescente de 16 ans qui lui en fait voir de toutes les couleurs. Elle, gentille, empathique, est en constante opposition à ce père protecteur mais qui développe des armes de guerre pour s’enrichir. Très joliment fait au niveau du dessin, très accrocheur au niveau de l’histoire, une réussite.

Hans est le maître d’armes du roi, chaque année le titre est remis en jeu. Et cette année c’est le drame, un match nul, les deux combattants sont dans un tel état qu’il faut arrêter le combat. Alors que son adversaire cherche impérativement à prendre sa revanche, Hans lui laisse le titre, et prend sa retraite à la frontière Suisse. La raison est simple, la rapière. Alors que Hans ne jure que par l’épée, François premier a autorisé son prétendant à utiliser une arme qu’il ne trouve pas noble. L’affaire aurait pu s’arrêter là jusqu’à ce qu’un de ses amis, l’ancien médecin du roi, lui demande son aide pour passer la frontière afin de faire éditer une bible en français. S’en suit une poursuite à la blues brothers en moins drôle et plus sanglante, entre des intégristes religieux des montagnes et l’adversaire de Hans qui veut terminer son duel. Un one shot passionnant.