Cultures, épisode 32

25/01/2019 Non Par cborne

C’est l’histoire d’une guerrière qui est tellement forte qu’elle marave tout le monde. La faute à pas de chance, dans un combat un peu délicat elle manque de se faire tuer par un géant. Mais c’était sans compter sur la présence d’un barbare qui tue le monstre d’un seul coup. Forcément, ils se marièrent et eurent deux jumeaux. L’histoire pourrait s’arrêter là, quelques monstres à tuer entre deux tétées, mais le destin en a décidé autrement. Un soir, le couple accueille un voyageur, il tue le barbare dans son sommeil et abuse de la guerrière qui ne manque pas de le décapiter. Elle accouche de deux enfants de plus dont Arawn, le héros de cette série qui naît sans sexe. La prophétie veut que ses quatre gosses vont joyeusement s’entre-tuer et que l’un d’eux deviendra un dieu, pas trop de suspense de ce côté-là pour savoir qui. Bande dessinée magnifique d’un point de vue dessin qui n’est pas sans rappeler le travail de Simon Bisley jusqu’au personnage d’Arawn ou de son jumeau qui fait penser à Lobo, le scénario ne démérite pas en offrant du bourrinage basique et efficace qui réjouira n’importe quel homme avec des poils.

Un jeune homme apprend au décès de sa mère qu’il est le fils de Guy Jamet, une vieille gloire passée. Pour se rapprocher de ce père qu’il n’a pas connu, il lui propose de faire un reportage sur lui, la caméra au poing toute la journée, comme une émission de télé-réalité. Guy c’est avant tout une performance d’acteur, celle d’Alex Lutz qui incarne une espèce de patchwork de tous les chanteurs connus, Sardou, Claude François avec un fond de Jean-Paul Belmondo et quelques autres encore, à un âge avancé. Il est bluffant dans le rôle de ce vieil homme, dinosaure de la chanson française. Le film est plaisant et pourtant il ne se passe rien. On suit la tournée, il chante, il fait des interviews, on le voit chez Drucker, on le revoit à l’époque avec des clips montés à l’ancienne, on sent quand même la volonté du réalisateur d’afficher un réalisme, de se rapprocher au plus près d’un documentaire, sauf que c’est de la fiction. J’ai beaucoup aimé, malgré les lenteurs, les chansons, Alex Lutz crevant complètement l’écran.

Vincent Lacoste va tripler sa première année de médecine, élève sérieux, passionné, il veut devenir médecin. William Lebghil glandeur, fils de médecin, se retrouve en première année un peu par hasard. Les deux garçons vont devenir amis et travailler ensemble pour réussir le concours. J’ai regardé ce film avec une certaine angoisse, pour qui a fait des études c’est se replonger dans les heures de travail jusqu’à plus tard, travailler jusqu’à en crever. On sent que le film a été réalisé par quelqu’un qui connaît, il sonne très juste. Il sonne d’autant plus juste qu’alors que Vincent Lacoste est investi, sérieux, travailleur, il réussit moins bien que William Lebghil pour qui c’est plus facile intellectuellement, financièrement parlant etc … On a tous connu des bêtes à concours qui sont devenus enseignants ou qui ont réussi sans avoir une once d’humanité ou de pédagogie, juste des machines. Excellent, passionnant, il touchera indéniablement toutes les personnes qui ont traîné sur les bancs de l’université, une période que je ne regrette absolument pas.

Bouncer est un western écrit par Jodorowsky ce qui veut dire qu’on va avoir une bande dessinée avec du sexe, de la violence, de l’ésotérisme et du gros délire. Le pitch de la série est assez difficile à faire, sur les dix tomes actuels, on a une large série de personnages qui s’enchaînent, on va s’attacher donc plus au héros qu’à une bande dessinée avec trop d’événements pour pouvoir synthétiser. Bouncer est une espèce de videur dans un saloon, il a la particularité de n’avoir qu’un bras. Une triste histoire dont on connaît rapidement l’origine, fils d’une prostituée, les premiers tomes sont un règlement de compte avec son frère qui est à l’origine de ce bras de moins. Une querelle à propos d’un diamant que cachait leur défunte mère. Le fait qu’il soit manchot est en fait anecdotique, inutile, tireur d’élite, extraordinaire à la marave, séducteur, le personnage cumule les clichés, dont être le fils d’un indien, il deviendra le protecteur de la tribu, et avoir le chic pour ne s’attirer que des ennuis. La bande dessinée si on la prend avec un peu de recul est ridicule, tout n’est que caricature, comme son chien à trois pattes qui affronte un loup et devient chef de la meute … On pardonne, parce que c’est agréable à lire, parce que c’est Jodorowsky et que la bande dessinée fait le travail si on est à l’aise avec l’absurde.

Il y a bien longtemps auprès d’un grand arbre vivaient tous les animaux et les transparents. Les transparents sont comme des petits hommes, mais qui disparaissent quand il n’y a pas de lumière. Les transparents étaient l’espèce préférée du grand arbre, mais un drame se produisit. Un furet tomba amoureux d’une transparente, un amour interdit, ils eurent deux jumeaux. Les autres espèces demandèrent à ce que les transparents et les furets soient chassés, le grand arbre accepta mais en contrepartie, il garda les jumeaux en lui, priva les autres espèces de parole et mis tout le monde dehors. C’est ce que la légende raconte, aujourd’hui des transparents et des furets vivent sur les bords de l’amalou (les lumières) et les événements commencent à se précipiter. Des furets provenant d’une autre colonie s’écrasent chez eux en avion et c’est une première, le village va être noyé et ils n’ont pas d’autres choix que de s’enfuir, Théo un transparent mène un jeu bien curieux pendant que les jumeaux ont réussi à s’évader de l’arbre qui se meurt. Bande dessinée en cinq tomes, c’est la seule œuvre de Claire Wendling avec un dessin qui n’a cessé de se bonifier. On pourra difficilement éviter la comparaison avec Loisel tant les traits sont similaires, on regrette que l’auteur n’a pas fait plus. Une histoire originale, avec de la trahison, des mystères, à lire.

Dans les années 90, les élections pour la ville de New-York, s’opposent l’ancien maire républicain, paresseux et contrôlé par la mafia à une candidate démocrate, une femme qui a œuvré toute sa vie en faveur des démunis. Pendant que la campagne fait rage, dans la ville des meurtres, des citoyens sont assassinés. Apparaît alors un groupe, le pouvoir des innocents qui va former les gens à l’auto-défense et les appuyer dans leur démarche de protection. Et si ce groupe faisait partie d’un complot bien plus vaste ? C’est ce qu’explique la bande dessinée sur cinq tomes passionnants où l’on remonte dans l’enfance de certains personnages qui ont tous fait partie d’un centre d’aide géré par la candidate démocrate. Une œuvre magistrale, qui sait brouiller les pistes, pour un final surprenant.

Comme je l’écrivais dans le dernier épisode, les paradoxes temporels avec la machine à voyager dans le temps, restent souvent un essai casse-gueule pour les auteurs et pourtant certains passent l’épreuve avec brio, plus encore, c’est le cas d’Universal War One qui est une œuvre magistrale. Nous sommes dans un contexte de sciences-fictions où les héros sont les membres d’une unité spéciale appelée purgatory. Le purgatoire pour ces hommes et ces femmes, des militaires, qui ont tous un dossier très lourd, au point de passer devant la cours martiale. Ils participent à des missions dangereuses pour éviter les barreaux de la prison, et c’est le cas dans le début de la bande dessinée. Un énorme mur noir, impénétrable est apparu dans l’espace, il continue de grossir et de grossir encore au point de couvrir le tiers de la vue terrestre en direction du ciel. Le monde a bien changé et les relations terriennes sont particulièrement tendues avec les colonies qui réclament leur indépendance, on comprend alors que le phénomène n’est pas naturel mais commandité. Il est difficile d’aller plus loin sans spoiler, je me contenterai de dire qu’on se rapproche de la perfection dans cette bande dessinée intégralement réalisée par Denis Bajram. Une histoire géniale, cohérente et difficile à mener car il sera question de voyage dans le temps, un dessin digne des plus grands space opéras qu’on peut voir dans la bd franco-belge, un travail des personnages remarquables, tout est bon dans UW1.

Aladin n’est plus le voleur de la lampe, c’est désormais un vieil homme de 70 ans. Encore propriétaire de la lampe, il a épuisé ses trois vœux, le génie reste plus ou moins à son service. On est ici loin du génie sympathique du dessin animé, mais un personnage maléfique qui dévore la chair humaine. Il est d’ailleurs à noter que le très talentueux Pierre Alary s’est largement inspiré du personnage de Disney qu’il a déformé pour le transformer en être odieux. L’histoire commence quand Aladin demande au génie son avenir, ce dernier lui annonce qu’il sera tué de la main de son fils. Le génie prend alors la liberté de décimer tous les enfants du harem, sauf un que sa mère fait s’échapper dans un panier d’osier, une inspiration de plus, et qui sera recueilli par un pécheur pour devenir Sinbad le marin. Arrivé à l’âge adulte le jeune homme va tout faire pour retrouver ses parents, il sera aidé d’une panthère qui se transforme en femme, il devra affronter une sorcière prisonnière du corps d’une enfant, Alibaba et les quarante voleurs et bien d’autres aventures. J’écrivais à propos de Lanfeust Odyssey, qu’Arleston était un scénariste de talent et pas seulement un type qui tentait de battre le record de mauvais calembours à la page, il le prouve dans cette bande dessinée en trois tomes où il remanie de façon très plaisante les contes ayant pour thème l’orient.

Les désastreuses aventures des enfants Baudelaire, c’est avant tout une série de livres que je n’ai pas lue, mais c’est surtout un film avec Jim Carrey qui aura marqué les esprits, beaucoup d’esthétisme et un film avec Jim Carrey qui n’est pas un bide dans lequel il passe son temps à se contorsionner c’est suffisamment rare pour être noté. Netflix qui n’en finit plus de produire du contenu propose désormais une série télé en trois saisons. C’est l’histoire de trois enfants très brillants qui se retrouvent orphelins du jour au lendemain, leurs parents sont morts dans l’incendie de la maison. Ils vont être confiés à Neil Patrick Harris parfait dans le rôle du comte Olaf, on pourra peut-être lui reprocher une imitation de Carrey pour son jeu, qui va tout faire pour récupérer la fortune des enfants. La série est très noire, alors qu’on cherche à les assassiner en permanence, personne ne les croit, les enfants passent de foyer en foyer dans les relations de leurs parents, et vont découvrir qu’ils appartenaient à une société secrète. C’est assez réussi dans l’ensemble, esthétiquement parlant, dans le jeu des acteurs, mais le style très décalé ne plaira pas à tout le monde. Pour ma part, j’ai apprécié la série même si de nombreux épisodes sont inutiles, la première saison met bien en place le concept, la seconde le prolonge de façon laborieuse, la troisième est une excellente conclusion.

Lewis Trondheim fait partie de ces auteurs aux dessins bizarres, à l’humour bizarre, et aux histoires franchement bizarres comme ses copains Sfar ou Larcenet. On a vu dans un épisode précédent qu’il avait étroitement collaboré à la série fantasy Donjon, impossible de ne pas évoquer cette série quand on aborde la bande dessinée Ralph Azham. Et pour cause, le héros, un canard humanoïde fera indéniablement penser à Hubert, pas mal de traits communs entre les deux personnages, pas très courageux mais qui vont avoir de grandes responsabilités, ainsi que tout l’univers, jusqu’à certaines similitudes avec des héros déjà croisés. Et c’est d’ailleurs assez rare pour être remarqué, Trondheim fait un récit qui bien sûr est douzième degré mais particulièrement cohérent, disons plus solide que Donjon où ça part dans toutes les directions. Dans un monde médiéval fantastique, les enfants qui naissent avec les cheveux bleus sont dotés de pouvoirs plus ou moins importants, et on attend l’élu. Ralph s’est fait recaler, il est la honte de son village, d’autant plus qu’il a un don particulièrement pénible, celui de dire combien les personnes ont d’enfants ce qui créé de lourdes tensions dans les couples. L’élu c’est celui qui parviendra à vaincre la horde, les armées du pays ennemi qui massacre les bleus. Ralph va se retrouver embarqué dans une aventure où à l’instar d’un Néo dans Matrix, celui qui ne partait pas pour être l’élu est peut-être celui qu’on attend. Très drôle, avec un humour douzième degré, attachant et remarquablement carré pour du Trondheim, une bande dessinée qui ravira les fans de donjon et les autres.

Roschdy Zem a fui l’Algérie suite à la période sombre des attentats dans les années 90. Homme discret, il vit avec sa femme et sa fille, son autre fille, l’aînée est partie à la capitale pour devenir coiffeuse. Les fêtes de Noël approche, la parisienne dit qu’elle ne descendra pas, au grand désespoir de sa mère. Le père décide de partir à sa recherche, désarmé face à la technologie, à la ville, au monde qui l’entoure, il part avec la plus jeune de ses filles qui maîtrise mieux les codes de notre monde actuel. Rapidement, le père et sa fille vont se rendre compte que la plus grande, ment, elle ne travaille pas dans un salon de coiffure mais fréquente le milieu de la nuit. Très classique, le père qui mène l’enquête avec tous les clichés sur l’immigration, sur Paris, sur le rejet du modèle familial, sur l’argent facile, sur la préférence pour un enfant d’où le jeu de mots ma fille alors qu’il en a deux, néanmoins c’est bien joué, accrocheur, on attend le final.

Finnegan Oldfield qu’on avait vu dans le très bon Marvin ou la belle éducation parle quatre langues et fait de la traduction pour un homme politique. Il a des projets, partir au Canada avec sa copine pour travailler dans une ONG. Par hasard, il va se retrouver assistant d’Alexandra Lamy, vingt ans de carrière politique, cynique, froide, manipulatrice, pour apprendre les rouages et devenir à son tour une machine politique. Le poulain n’est pas sans faire penser à quai d’orsay, adaptation d’une bande dessinée qui montrait les coulisses politiques sous un œil candide. Les points communs sont d’autant plus nombreux que Mathieu Sapin, le réalisateur est lui même auteur de bandes dessinées. Les critiques sont mauvaises sur Allociné, les spectateurs notant plus sévèrement que les critiques cinéma ce qui est assez rare pour être souligné et pourtant j’ai beaucoup aimé. Bien sûr le trait est très gros, les ficelles épaisses, mais j’ai trouvé que l’hypocrisie, les faiblesses humaines, les dents qui rayent le parquet étaient particulièrement bien retranscrites. A voir.