Cultures, épisode 31

08/01/2019 Non Par cborne

Morvan est un auteur de bande dessinée qui fait dans le sanglant, on l’a vu avec le très gore Zorn et Dirna, Naja n’échappe pas à la règle, puisque l’histoire se déroule chez des tueurs. Naja est une tueuse implacable, froide, masochiste. Elle est la troisième tueuse dans l’organisation de Zéro, un homme à la tête d’un réseau criminel très puissant. Un jour, elle se fait ligoter à son domicile par un jeune homme qui lui explique que le numéro un des tueurs cherche à l’éliminer. Et ce même jeune homme en profite pour dire au numéro deux qu’il pourrait tenter sa chance. La narration est extraordinaire, le cynisme n’est pas sans rappeler le tueur, à chaque pays, on explique pourquoi Naja n’aime pas les habitants, on a la sensation d’avoir la chanson suicide social d’Orelsan. Le dessin simple, efficace, très inspiré manga correspond parfaitement à l’ambiance. Le seul bémol et pas des moindres c’est la chute, que j’ai trouvée particulièrement mauvaise. Néanmoins on est tellement tenu en haleine qu’on arrive à cette fin sans problème.

Les vieux fourneaux c’est une bande dessinée qui vient d’être adaptée en film récemment, on va commencer par le pitch du film qui recoupe en gros le premier épisode et le troisième avec un raccord malheureux parce qu’il fallait bien tenir une heure trente. C’est l’histoire d’un vieux qui vient de perdre sa femme, ses deux vieux copains du village sont présents. Sa femme pour dernière volonté lui a demandé d’aller chez le notaire pour y lire une lettre. Il découvre qu’elle a eu une relation il y a plus de 50 ans avec son ancien patron, propriétaire d’un énorme laboratoire pharmaceutique devenu gaga et qui a laissé un trou de cent millions dans les caisses. Fou de rage, lui le syndicaliste qui s’est battu pour la cause ouvrière toute sa vie, il prend sa voiture pour la Toscane où se repose le vieil homme pour le tuer. Ses deux copains partent à sa poursuite avec la petite fille du veuf, enceinte de six mois pour l’empêcher de commettre l’irréparable. La bande dessinée est très bonne, et c’est ici qu’on retrouve le pouvoir de la bande dessinée franco-belge. Les héros sont de vieux syndicalistes et une femme enceinte, et c’est ici qu’on voit la différence avec les standards, l’homme blanc dans la force de l’âge qui va sauver le monde et qui a une belle poupée à son bras. Le deuxième tome qui est éludé dans le film montre la lutte assez originale du vieux incarné par Pierre Richard, c’est plutôt drôle. Des groupes de vieux vont investir des meetings de Copé ou des boîtes de nuit pour jouer au scrabble et faire fuir les jeunes, ou pire profiter qu’un des leurs est capable d’être incontinent sur commande.

Le film est mauvais et je pense que c’est principalement dû au jeu des acteurs. Alors qu’on est dans la retenue dans la bande dessinée, Pierre Richard est surexcité, Eddy Mitchell ne va pas assez loin dans le personnage d’Émile très en recul, Roland Giraud et Alice Pol s’approchent plutôt bien des personnages qu’ils incarnent. Le passage au cinéma est souvent difficile et les vieux fourneaux n’y échappe pas, il manque de la finesse, de la nostalgie, il manque l’essence même de la bd pour donner une comédie trop classique et sans profondeur. Lisez la bande dessinée, oubliez le film.

L’exercice des boucles temporelles est toujours casse gueule, et ils sont nombreux à s’être ratés, les paradoxes sont parfois trop gros et ça part en cacahuète. L’astuce étant d’embarquer le lecteur ou le spectateur dans un rythme de fou, de laisser quelques indices et de ne pas être trop rigoureux pour que le lecteur ne se pose pas trop de questions qui pourraient noyer sa compréhension. Les 4 princes de Ganahan n’est pas trop mauvais à ce jeu-là, quatre albums avec un dessin coloré et dynamique à destination d’un public adolescent. Ganahan est une contrée séparée en trois « planètes », les trois entités commencent à méchamment se rapprocher les unes des autres, on imagine que lorsqu’elles vont se rencontrer ça va faire boum. Trois adolescents venant de chaque contrée se voient confier la mission de récupérer des pierres sacrées qui pourraient empêcher la catastrophe comme l’auraient fait des ancêtres éloignés. Malheureusement un quatrième personnage, doté de grands pouvoirs et qui serait originaire de cette époque cherche à contrecarrer le sauvetage. De l’action, quelques surprises, un dessin agréable, une bonne série.

On avait laissé Lanfeust à la sortie des étoiles, dix ans de décalage avec le reste du monde suite à un petit saut temporel dans lequel il a perdu ses pouvoirs. Cixi son amour de toujours est devenue maître marchand avec un fils de seize ans quand lui-même n’a pas la vingtaine, Lanfeust devient un étranger pour tout le monde, il repart sur Troy où il a demandé qu’on le laisse tranquille. Il continue de se promener avec son compagnon de toujours le Troll Hébus. La série Lanfeust a subi un problème à la Dragon Ball c’est-à-dire qu’il était difficile de faire mieux que de posséder tous les pouvoirs, il repart à zéro avec pour seule possibilité, faire fondre le métal. Il n’en reste pas moins un guerrier très balèze et c’est un élément à prendre en compte dans cette nouvelle série, Lanfeust Odyssey. Alors qu’il passait pour un benêt jusqu’à maintenant, on a un gars qui est désormais capable de prendre des décisions, de régler les problèmes à l’épée, il assume enfin son rôle de héros. Lanfeust Odyssey démarre sur un diptyque qui permet cette fois-ci de retrouver C’ian son ancienne fiancée, qu’on avait perdu de vue, devenue souveraine d’une des baronnies à la tête de nombreux gamins. Alors qu’on pouvait s’attendre à un ensemble de diptyques, à compter du tome trois, on démarre sur une nouvelle aventure qui s’achève au tome 10. C’est donc une bizarrerie, et je pense qu’il y avait certainement une interrogation commerciale, après avoir arrosé de spin off, l’ensemble de l’univers doit dépasser les 70 tomes, on s’est peut-être posé la question sur la viabilité d’un Lanfeust de plus. Lanfeust Odyssey est une bonne surprise, le dessin est magnifique et Arleston fait preuve enfin de davantage de sérieux quand Lanfeust des étoiles donnait l’impression d’être une longue série de calembours. Bien sûr, les références à Pratchett sont très, trop visibles, mais l’aventure est intéressante, cohérente, très bien menée, avec du bon cliffhanger et des surprises. Lanfeust est confronté à une entité qui a traversé une porte des étoiles et qui se gave des humains tout en les hypnotisant. Sa source de pouvoir étant la magie, elle essaie de s’en prendre au Magohamoth. C’est bien, il faut du talent pour relancer une série qu’on a massacrée, c’est ici qu’on voit qu’Arleston sait faire du scénario et pas que de l’animation façon grosses têtes.

Nicolas Duvauchelle est en couple avec Ana Girardot, il la mène de toute évidence par le bout du nez, il joue en permanence les bonhommes. Et puis un soir, elle conduit, un mauvais geste et son compagnon vient s’écraser le crâne contre le pare-brise. Après le coma, il n’est plus le même, simple d’esprit et obsédé sexuel, elle doit composer avec, persuadée que son amour arrivera à le sauver. Le trait un peu gros, Nicolas Duvauchelle qui va piocher son registre de jeu chez rain man mais c’est réussi. C’est de l’humour de base, ça manque de crédibilité, mais la mayonnaise prend sans aucun problème, à voir.

Les plus anciens d’entre vous se rappelleront la N64, c’est sur cette génération de console qu’on a vu apparaître une variante des aventures de Mario avec Mario Paper. En gros, on prend l’univers de Mario, et on aplatit le tout pour donner une nouvelle dimension au jeu, si je puis me permettre. Paper Mario color splash, s’inscrit dans cette idée. Au niveau du pitch, Mario reçoit une lettre, enfin un toad plié qui l’invite à se rendre sur une île. Toutes les couleurs ont disparu et c’est Mario qui va devoir s’y coller pour récupérer les étoiles qui correspondent aux couleurs de l’île. Le jeu est magnifique, tout est fait en carton, papier, d’un point de vue design c’est vraiment très bien fait, la musique est excellente. Le jeu se présente comme un RPG avec des combats réalisés au tour par tour. Mario prend la carte marteau, il faut attendre le bon moment pour appuyer sur le bouton qui va bien et frapper plus fort. Le jeu est assez amusant, on essaie de varier les phases, les univers mais c’est trop long. Le niveau se termine quand vous avez récupéré l’étoile de fin et c’est ici que c’est gênant, il y a parfois trois étoiles dans le niveau, il faut donc revenir trois fois avec les monstres qui sont à la même place et que parfois on ne peut pas éviter. L’autre problème, c’est la répartition des grandes étoiles de couleur. J’en suis à un nombre conséquent d’heures de jeux, je n’en ai que deux ce qui rajoute au découragement. Rajoutons à cela que les combats deviennent de plus en plus difficile, de plus en plus long, et que les points de sauvegarde ne sont pas légion. J’abandonne à une phase de jeu assez pénible, il s’agit d’un mini-jeu, ils sont nombreux, dans lequel il faut avoir l’intégralité des cartes qui vont bien et les identifier dans différentes séquences. Cartes fusionnées, masquées, etc, cela n’a pas vraiment d’importance. Pour posséder toutes les cartes, il faut payer 1000 pièces d’or à un gars à l’entrée du niveau, la faute à pas de chance, j’ai dépensé ma fortune pour me payer des cartes indispensables pour combattre. Il faudrait donc que je farme pour récupérer de l’argent, je dis stop. Très bon jeu pour qui a la patience, pour ma part la répétitivité est trop pesante.

Lorsqu’un dragon apparaît, il développe une zone, le veil. Ce veil corrompt tout ce qu’il touche sur son passage, la nature, et puis les hommes qui peuvent subir des transformations physiques ou intellectuelles. Il apparaît que les seules capables à terrasser les dragons, sont des vierges … On pourrait penser à une parodie en 2019, à cette époque où l’on ne peut rien dire, ne rien écrire, sans penser au féminisme, mais les premiers tomes de la geste des chevaliers dragons c’est principalement des filles qui se baladent en tenue légère et qui finissent par massacrer un dragon. Présenté comme ça, on a la sensation d’assister à un vieux fantasme masculin et pourtant la bande dessinée est beaucoup, beaucoup plus subtile qu’elle en a l’air. La bande dessinée exploite quelques pistes qui ne sont pas inintéressantes, le pouvoir donné à ces femmes, la responsabilité, l’impossibilité d’être aimée, la jalousie des hommes qui sont impuissants face aux dragons, les querelles de pouvoir au sein de l’ordre lui-même. Pas toujours évident à suivre de façon chronologique tant les aller-retours sont nombreux, on va retrouver certains personnages qu’on a aperçu dans un tome, pour revenir plus âgés, revenir à l’origine de la création de l’ordre, celui qui aura le courage de se pencher sur toutes les interconnexions aura bien du mérite. Une époque est notable toutefois, la scission de l’empire et l’émergence d’un second ordre. Chaque tome est un défi graphique, les auteurs s’en donnent à cœur joie, c’est une bande dessinée qui vaut le détour et qui ne serait se résumée à un prétexte pour voir une fille en petite tenue dézinguer des gros bestiaux. C’est un univers solide, très bien pensé, parfaitement maîtrisé par le tandem d’auteurs Ange.

Alcyon est une bande dessinée qui porte mal son nom, il s’agit d’un des héros de la bande dessinée mais il partage la vedette avec deux autres enfants, son amie d’enfance, et un garçon mis à l’épreuve pour devenir citoyen de Spartes. L’histoire se situe dans un contexte mythologique, pour réparer un affront, on demande à des villageois la récupération d’un collier maudit. Mission impossible pour tout le monde mais les trois enfants tentent l’aventure tout de même. Un peu à la Blues Brothers, ils sont poursuivis par les trois harpies, des mercenaires qui veulent empêcher les enfants de récupérer le collier et leurs pères. Une bande dessinée qui me fait penser aux mystérieuses cités d’or avec ce trio, le dessin aussi, croisement bien connu de la bande dessinée franco-belge et du manga. En trois tomes, agréable, qui ravira certainement les plus jeunes.

Les bandes dessinées romantiques ne sont pas légion, on préfère quand même la SF, la fantasy ou les blagues à deux balles, Sambre fait partie des rares exceptions dans le style à ma connaissance. Sambre c’est le nom d’une famille maudite et c’est le nom d’une série qui a démarré il y a maintenant 30 ans. J’ai souvent écrit en plaisantant qu’il y avait de bonnes chances de mourir avant d’avoir lu la fin. La bande dessinée démarre, pas l’histoire j’y reviendrai plus loin, avec Bernard fils de bonne famille qui tombe amoureux de Julie fille aux yeux rouges. Le travail graphique est exceptionnel, à part une planche intégralement dans les verts, tout est dans le sombre, avec des gris, des noirs, et se détache le rouge pour une robe ou pour les yeux. Tout pourrait se passer dans le meilleur des mondes possibles sauf si le père Hugo, n’était pas mort après s’être crevé les yeux et écrit un livre du nom de la guerre des yeux avec des méchants aux yeux rouges. Sambre s’étale donc sur huit tomes, narrant l’amour impossible entre les deux personnages et embraye sur leur descendance. Les auteurs sont partis dans les deux directions opposées en même temps, ce qui est assez rare. Sambre c’est la descendance, la guerre des Sambre, c’est l’ascendance. Parmi les cycles, on va retrouver Hugo, le père de Bernard et comprendre l’origine de son obsession pour les yeux. En dot, il hérite d’une mine dans laquelle on trouve un crâne avec une pierre rouge dans l’orbite. Curieusement, il se trouve qu’Iris, comédienne et courtisane se produit à Paris, une femme avec les yeux rouges dont il va tomber éperdument amoureux. Même si on n’est pas forcément fan de ce qui pourrait sembler être une bande dessinée à l’eau de rose, c’est vraiment une série qui vaut le détour. Très bien écrit, magnifiquement dessiné avec un contexte historique entre le XVIII et le XIX° siècle qui prête à des tenues, des décors où il est difficile de ménager son travail expliquant peut-être le temps de réalisation de chaque album, une cohérence parfaite entre les albums, à lire. Je vais tout de même juste évoquer ce qui me semble un bémol, mais il ne concernera que les collectionneurs. Les premiers tomes conformément à la charte Glénat de l’époque sont sortis avec des couleurs blanches. Peut-être qu’à cette époque on osait moins la fantaisie et qu’une bande dessinée avec une couverture intégralement rouge aurait pu paraître trop agressive. Je pense que c’est au cinquième tome, la bande dessinée est parue intégralement avec des couvertures rouges. Dans une bibliothèque, la différence entre les tranches est telle qu’on a l’impression qu’il s’agit de deux séries différentes. Bien sûr, les premiers tomes ont été réédités en rouge histoire d’inciter le collectionneur à racheter afin d’avoir une cohérence dans sa bibliothèque. Anecdotique bien sûr pour le lecteur, beaucoup moins pour le collectionneur qui s’attachera à ce genre de détails et qui une fois de plus aura la sensation qu’on lui manque de respect et qu’on le prend pour une vache à lait.