Cultures, épisode 30

24/12/2018 Non Par cborne

Du premier Bayonetta j’avais gardé un souvenir mitigé, un beat them all très coloré, trop japonais avec des cinématiques trop longues, une histoire qui ne tient pas la route, enfin bref, un jeu trop XX° siècle. Bayonetta 2, une presse unanime, quasiment la note maximale, je me suis lancé. On retrouve notre héroïne dans les périodes des fêtes, quelque chose se trame, une bataille contre les anges, elle invoque un de ses démons et c’est le dérapage, il s’en prend à Jeanne qui intervenait dans le premier épisode. Jeanne va mourir, Bayonetta n’a d’autre choix que de partir dans les enfers pour aller chercher son amie. Direction une montagne, qui permet de passer au paradis ou en enfer, elle croise la route d’un enfant poursuivi par un magicien. L’enfant a perdu la mémoire, on sait juste qu’il a de grands pouvoirs, il sait qu’il faut impérativement qu’il aille sur la montagne, sans savoir pourquoi. L’histoire m’a semblé moins pesante que le premier même si on ramasse encore de la cinématique à tous les étages, le level design est nul, digne d’un générateur de niveau, par contre le caracther design est toujours aussi bluffant, les monstres et les personnages ont vraiment la classe. L’amusement est au rendez-vous, pas le défi, le jeu est simple, trop simple. Les attaques, on les voit venir vraiment à l’avance encore plus quand on est joueur de Dark Souls, on se contente d’appuyer comme un dingue pour tuer tout ce qui bouge dans de grandes scènes d’actions confuses, mais c’est pas grave on continue de frapper. On essaie pourtant de varier les séances de jeu avec des combats de méca, des combats sous l’eau ou aériens, mais la mécanique reste quant à elle la même. Bayonetta c’est beau, c’est coloré, c’est sympa, c’est ridicule avec l’héroïne qui danse le disco ou qui fait de la pole dance, mais ce n’est certainement pas le beat them all du siècle.

#Humanité dernier album de Saez est une bizarrerie, il sera de façon indéniable l’album de la trahison ou l’album de trop pour certains. Alors que la majorité des gens s’indignent face aux textes, parce qu’en 2018 s’en prendre de façon crue aux instagrammeuses dans notre société où il ne fait plus bon être un homme et rouler en diesel, pour ma part le problème est essentiellement musical. Comprenez que Saez qui fait une énième provocation, pourquoi pas, ce qui est particulièrement malaisant pour moi c’est le fait que les musiques sont quasiment du copier coller de précédents albums. Par exemple, ma religieuse, semble être intégralement calquée sur mon européenne, ou elle aimait se faire liker qui me fait penser aux webcams de nos amours. C’est une impression récurrente, une sensation de paresse musicale, qu’on retrouve aussi au niveau des textes, on est très loin de Châtillon-Sur-Seine. J’évoquais dans le dernier billet, Orelsan, une évolution sur les dix dernières années, un artiste qui grandit, la comparaison n’est pas si déplacée, Saez c’est un roc, il y a fort à parier que dans dix ans, il chante encore la même chanson, sans une once d’évolution, s’en prenant à la tendance qui l’exaspère du moment. La vulgarité omniprésente dans les textes, la violence, ne me choquent pas car Saez c’est celui qui a écrit tous les gamins du monde, et c’est certainement, c’était certainement, l’un des charmes de l’auteur, sa capacité d’écrire des horreurs, de dégueuler sa colère à la face du monde puis de placer un texte magnifique. On ne peut pas dire que #Humanité est un mauvais album, on peut juste dire qu’il tombera rapidement dans l’oubli, il n’y a pas de chanson qui marque au fer rouge. Il y a tout de même quelque chose qui devient de plus en plus gênant avec l’auteur, notamment lorsqu’il fait un album à thème pour cracher sur le système, c’est qu’il vit pleinement de ce système. Celui qui se définit comme un paysan, une petite entreprise qui serre le poing ne vend pas son album en vinyle chez les disquaires qui restent, mais chez Apple, cette société qui vend des téléphones à 1200 € pour se prendre en photo et les poster sur Instagram. Il faudra faire mieux la prochaine fois, camarade.

Dans un royaume, sept princes, un roi. Le roi, de peur de perdre le pouvoir, a utilisé la règle ancestrale qui dit que le roi se doit d’avoir une bonne vue si bien qu’il a éborgné ses enfants. Les fils se rebellent et sous l’emprise du marquis son conseiller, il décide de les faire tuer. Le dernier succombe et finit par tomber dans un jardin magique qui a pour pouvoir de tout régénérer. Son œil étant mort, il développe un don de seconde vue et devient le roi cyclope, un roi sans royaume qui organise la résistance contre le marquis. Bande dessinée en trois tomes écrite et dessinée par Isabelle Dethan, on est très loin des stéréotypes et de la testostérone, tout n’est que nuance. Le marquis, personnage cruel est amoureux d’une bohémienne, Thalès le roi cyclope qui représente le héros est prêt à tout pour battre le marquis. L’ensemble est réussi et par son dessin et par la façon dont est menée cette histoire plutôt classique.

Règlement de contes est une bande dessinée qui fait indiscutablement penser à Black Sad, du fait d’avoir des animaux à « forme humaine ». L’idée est assez bizarre, en tout cas il fallait l’inventer, l’ensemble des personnages qui ont été humanisés sont des personnages de contes. L’action se déroule dans un univers western, Blanche, la chèvre, se fait assassiner par des loups, Seguin est forcément très triste à la ville. Cette même ville est dirigée par l’un des trois petits cochons, le frère aîné, les deux autres sont respectivement le shérif et l’homme de main. Cette population « animale » partage son quotidien avec les hommes, le racisme est particulièrement palpable, la peur aussi puisque le cochon continue de finir dans l’assiette de l’homme. La bande dessinée est écrite en quatre albums, deux fois deux diptyques. Le premier permet de mettre en place un ensemble de personnages, Scarlett une femme qui semble issue de autant en emporte le vent, Pierre le trappeur qui doit sortir de Pierre et le loup, Wolf qui n’est autre que le grand méchant loup. L’histoire principale tourne autour d’un complot dans lequel monsieur le maire à savoir le plus âgé des cochons intriguerait contre ses concitoyens. La deuxième partie est pour moi largement plus réussie, elle raconte les origines, comment on en est arrivé là. Les cochons ont émigré aux États-Unis, et ont fini par construire un village de pierre pour se protéger du reste du monde. Suite à des tensions entre les deux frères, celui qui deviendra dans la première partie le shérif, va s’isoler et construire sa cabane en bois, ce qui est un clin d’œil plutôt réussi. Une excellente bande dessinée.

Donjon est typiquement ce qui fait l’intérêt de la bande dessinée franco-belge. Plus de quarante albums d’une série complètement délirante au scénario et au dessin difficiles d’accès. Plus d’un million d’albums vendus, un succès populaire sur une série sur laquelle commercialement on pourrait difficilement parier. Comprenez que Donjon ne se limite pas à parodier les univers Héroic Fantasy, il utilise les codes pour monter son propre univers pour une histoire originale, folle, et dans son dessin et dans sa réalisation. En effet il ne s’agit pas d’une série, mais de cinq pour le même univers et contrairement à un Lanfeust qui a fait au fur et à mesure pour être sûr d’être commercialement viable, Donjon fait tout en même temps. Trois époques, Donjon Potron-Minet, la mise en place du donjon, Donjon Zénith qui se rapproche le plus de ce qu’on connaît avec les aventuriers, le trésor et le fonctionnement d’un point de vue entreprise, Donjon Crépuscule, la fin du Donjon et de l’univers, on ne fait pas les choses à moitié. Donjon Parade et Donjon Monsters complètent la série en racontant des aventures de personnages secondaires.

L’histoire commence avec Hyacinthe de Cavallère fils de chevalier, que son père envoie à la ville pour faire son éducation, au service de son oncle. Pétri de bonnes valeurs, naïf, il découvre un monde nauséabond et devient un justicier. Au fur et à mesure de ses actions, il délivre des monstres qui vont fuir dans le château de son père, on comprend qu’à terme ce sera l’origine du Donjon. Donjon Zenith c’est à proprement parler le fonctionnement du Donjon, le maître que l’on ne nomme pas à part à certains moments n’est autre que Hyacinthe, les personnages principaux sont Marvin et Herbert. Marvin est un dragon, c’est le bras droit, très puissant, Herbert un lâche qui va par hasard tomber sur l’épée du destin, un des sept objets qui régissent la destinée du monde. Herbert de lâche et pas franchement costaud va s’affirmer au fur et à mesure comme un guerrier affranchi. C’est dans Donjon Crépuscule qu’on retrouve les deux protagonistes à l’approche de la fin du monde. Herbert est devenu le maître du monde, le grand Khan, il passe son temps à massacrer des gens, un vrai super méchant. Marvin quant à lui se fait appeler le roi poussière, il attend la mort mais elle ne vient pas, il décide finalement de remettre Herbert dans le droit chemin.

Donjon n’est pas une bande dessinée facile, les dessins ou le scénario de Sfar, Trondheim, Larcenet, Bezian ou Boulet, ce n’est pas du Lanfeust de Troy. On peut être rebuté par le dessin qui est loin des standards du croisement manga, comics coloré comme on le voit depuis des années, et par l’histoire complètement délirante, pas toujours évidente à suivre car les blancs laissés entre les tomes sont conséquents et laissent une forte place à l’imagination du lecteur.

Je pense qu’il faut avoir un certain âge pour le lire, mais c’est une bande dessinée qui vaut vraiment le détour, une bande dessinée qui se mérite.

À travers le monde, les gens sont pris de tendances suicidaires, de façon massive, Sandra Bullock, forcément à l’évocation de son nom on commence à sentir le gros piège, est une mère de famille qui essaie de rejoindre le dernier endroit au monde où les gens ne se suicident pas. Bird box est loin de faire dans l’originalité, je dirais même au contraire, la recherche de la terre promise dans les films apocalyptiques est un très grand classique. Le principe du suicide on l’a déjà vu en 2007 avec phénomènes le film de M. Night Shyamalan où les gens se suicidaient en masse. La différence c’est qu’ici il s’agit de monstres, c’est lorsqu’on les voit qu’on devient suicidaire, pour l’auteur du sixième sens c’était mère nature qui pour exprimer son ras-le-bol balançait une toxine qui poussait les gens à la mort. Dès lors, les survivants n’ont pas d’autre choix que de se déplacer à l’aveugle, ce qui n’est pas sans faire penser à Blindness le film où les gens devenaient tous aveugles par un virus et que les aveugles de naissance devenaient les rois du monde. On est donc face à un film classique, avec des gens qui meurent au fur et à mesure et Sandra Bullock qui essaie de sauver ses enfants. Plutôt réussi dans l’ensemble, on y croit, Bullock rappelle qu’elle n’est pas la si mauvaise comédienne qu’on voudrait faire croire.

Une femme réussit à pénétrer chez un homme, un homme d’une taille gigantesque et le maîtrise. Elle commence à lui sortir des pièces de son dossier, et lui prouve par A+B que c’est un ogre. L’échange est assez intéressant car le style graphique s’adapte par rapport à l’époque. Par exemple l’ancienne policière, raconte sa première rencontre avec l’ogre et le dessin prend les couleurs criardes de la bande dessinée des années 70. Un homme de goût ne serait-ce que pour cette idée intéressante, parfaitement menée, de changement de style vaut le détour. L’histoire n’est pas en reste, ça change des vampires, avec un personne bonhomme, lucide sur sa véritable nature. Un très bon diptyque.

Kheiron c’est une des figures que l’on a pu découvrir pour beaucoup dans Bref, il jouait l’esprit pervers de Kyan Khojandi. Je pense que c’est une série à voir pour qui a franchi le cap des trente ans ou dans la trentaine. C’est un gars qui a une vraie tête de méchant, c’est d’ailleurs assez étonnant à un point pareil, il a su trouver une véritable reconnaissance avec le film nous trois ou rien qui raconte l’histoire de ses parents, opposants politiques en Iran. Dans mauvaises herbes, il incarne le rôle d’un jeune dans les combines qui vit avec Catherine Deneuve et qui va se retrouver employé un peu par hasard par André Dussollier en tant qu’éducateur pour jeunes qui se sont faits exclure de l’école. On ne peut pas dire que le film est mauvais, on peut simplement dire qu’il est étonnant qu’un garçon qui a l’air d’avoir une sensibilité et une intelligence en béton armé soient tombés dans des clichés aussi important. On retrouve dans les enfants, un noir, un arabe, un gitan, une juive, les problèmes de drogue, la sœur de l’une des enfants qui est terriblement séduisante, et à l’instar de tous ces films de profs où l’enseignant n’a pas la tête de l’emploi, le triomphe de l’éducation. Sauver les autres pour se sauver soi-même, on l’aura quand même vu des centaines de fois au cinéma. Dans l’ensemble, le film n’est pas désagréable, quelques moments amusants, d’autres poignants, et des inquiétudes évidentes pour Catherine Deneuve qui finit une carrière à la Nicolas Cage.