Cultures, épisode 3

24/10/2017 Non Par cborne

C’est l’histoire d’un père de famille, un peu du Zola, qui n’a plus de travail, son épouse est morte, et c’est l’anniversaire de son fils, à qui il n’a pas les moyens d’offrir un cadeau. Et pourtant son fils est méritant, c’est vraiment un brave gosse, un enfant vraiment gentil. La vie est parfois bien faite, sur sa route une boutique de cadeaux à pas cher, mais malheureusement ses poches sont tellement vides, qu’il n’a les moyens que de payer une boîte de carton. L’enfant qui est vraiment ravi, on l’a déjà dit c’est un brave gosse, va réaliser avec son père un magnifique boxeur en carton … qui va prendre vie. L’histoire aurait pu s’arrêter là, sur un remake de Pinocchio mais la bande dessinée va plus loin, puisqu’elle va tendre plutôt vers Terminator. En dire plus serait spoiler, je vais donc m’arrêter ici pour le pitch. L’effet carton est une excellente bande dessinée, tout public, qui donne la sensation d’être originale avec son univers de carton, alors que ce n’est absolument pas le cas. L’auteur a eu la bonne idée de piocher ici ou là du grand classique, comme la création qui échappe à son auteur pour l’adapter dans son univers, et donner une bande dessinée particulièrement plaisante que je vous recommande. Pour la culture, sachez que l’auteur n’est autre que le créateur de Earthworm Jim, le ver de terre super héros de l’espace, un jeu vidéo que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. On le découvre sur le quatrième de couverture, et à y réfléchir, il y a un petit quelque chose entre le personnage de jeu vidéo et le boxeur en carton.

Le nouvel album d’Orelsan vient de sortir après six ans d’absence. Orelsan est pour moi le rappeur le plus intéressant de ces dix dernières années, moi qui reste très ancré dans le rap des années 90. Orelsan est blanc, vient d’Alençon, a grandi avec des parents issus de l’enseignement. Il n’a donc pas cette posture obligatoire du gars de la banlieue, qui se sent obligé de raconter sa misère, la violence, la drogue et ce genre de choses, il raconte d’autres histoires. Ce qui est réellement particulier chez Orelsan c’est cet aspect d’adolescent attardé pleinement assumé, la provocation, l’aspect culturel indéniable, un côté fainéant, et lorsqu’on le voit dans les interviews, on a réellement l’impression qu’il est comme ça. Je vous invite à regarder le planet-rap de SkyRock où il participe à l’occasion de la sortie de l’album, on voit ses copains qui rentrent et qui sortent, un gars avec une canne à pêche qui passe, des geeks, loin des stéréotypes du rap. Donc six ans d’absence personnelle, mais six ans de vraie présence, plusieurs albums, une série télé, un film, des lives. C’est aussi pour ça que j’apprécie le personnage, il vient de passer toutes ses années avec son copain Gringe, à faire autre chose, un groupe, les casseurs flowters, la sensation qu’il y a du plaisir derrière tout ça, un manque de calcul. De leur collaboration, la série bloquée, qui raconte l’histoire de deux jeunes dans la trentaine qui glandent dans un canapé, 120 épisodes sont parus. Kyan Khojandi à qui l’on doit la série bref participe à l’écriture, ceux qui ont aimé, devraient voir cette série de courts qui est très drôle. Je vous montre le jeu du Johnny Depp qui symbolise bien l’esprit de la série

On a donc nos deux gars qui traînent devant le canapé, apparaît à leur côté un personnage récurrent qui possédera son spin off, Jonathan Cohen alias Serge le Mytho. Serge raconte ses nombreuses aventures qui démarrent à sa naissance où il a été kidnappé par les Chinois pour devenir le plus grand joueur d’échec au monde à l’âge de trois ans, puis intégrer par la suite la prestigieuse league de docteur Maboul. A l’âge de 11 ans, il travaille pour Joey Starr, en l’absence de Kool Shen il devra assumer un concert, il sera brillant. La série bloquée repose sur un univers qui était suffisamment solide pour donner le film comment c’est loin, où Orelsan et Gringe ont 24 heures pour réaliser une chanson, difficile pour eux quand on sait qu’ils sont les rois de la procrastination. On y trouve d’ailleurs une partie autobiographique, puisque dans le film Orelsan travaille dans un hôtel à plier des serviettes, ce qui aura été le cas pendant trois ans de sa vie après une école de commerce, celle où il a rencontré Skread son producteur. Le film est plus ou moins une comédie musicale, on pourrait trouver qu’il manque de rythme mais cela traduit parfaitement l’ambiance de la série, des gens qui ne font rien. A voir réellement pour les fans de l’univers, du chanteur, pour les autres c’est moins pertinent. On notera que Gringe a non seulement un énorme flow de rappeur mais un vrai talent de comédien. Dans la série bloqués quand il fait le gars qui s’énerve tout seul devant sa télé, il est très bon, il sera à l’affiche de carbone, le prochain film d’Olivier Marchal aux côtés de Benoît Magimel ou Depardieu.

Pour ce nouvel album, c’est toujours du grand n’importe quoi, de l’aigreur bien sûr, le genre d’album où le garçon finira de se fâcher un peu plus avec le reste du monde. La fête est finie, la chanson qui fait office de titre de l’album c’est la chanson de la maturité, la prise de conscience qu’on a pris un coup de vieux et qu’on n’a pas fait ce qu’on avait prévu de réaliser. Défaite de famille qu’il faut que j’essaie de placer dans une réunion, avec des profs par exemple, les clichés sur la famille, l’oncle alcoolique, les histoires de grand-père et j’en passe. On doit se poser quelques questions si on fait partie de la famille d’Orelsan. On notera encore la chanson tout va bien, où Orelsan ment à un enfant pour ne pas lui dire la réalité telle qu’elle est. Dans les balles il y a des vaccins, c’est pour ça que les hommes se tirent dessus, et si la voisine porte des lunettes de soleil ou qu’elle crie trop fort, c’est qu’elle attend que le soleil revienne après la pluie et qu’elle a des problème d’audition, on comprend que c’est une femme battue. Enfin après cette première écoute, on ne pourra pas échapper au très dansant Christophe avec Maître Gims où Orelsan fait son autoportrait, en racontant le décalage dont il fait preuve par rapport aux standards du rap, ses tenues vestimentaires, son apparence, le fait qu’il soit blanc. C’est assez rythmé et bizarre, puisque le refrain ce sont des chanteurs qu’il répète en boucle comme Christophe Maé …

Dans l’ensemble j’ai moins accroché que sur les premiers albums ou sur les casseurs flowters, mais c’est normal, il faudra écouter plusieurs fois pour apprécier. Quand on connaît le titre suicide social du rappeur, un titre oppressant, avec des textes lourds, il faut vraiment une écoute attentive et répétée pour se faire une idée. Ce qui est sûr c’est que l’esprit est toujours le même, le côté pessimiste de l’album est passé de la difficulté à gérer la starification, à une prise de conscience d’avoir pris un coup de vieux et d’être une star assumée.

J’ai enfin réussi à regarder un film en entier, ne vous attendez pas à un chef d’oeuvre, c’est un navet de seconde zone du nom de la babysitter que je vais devoir vous spoiler. C’est l’histoire d’un adolescent américain de base, un peu introverti, brillant, qui est la victime des brutes de son école. Du fait de manquer de confiance en lui, ses parents le confient à une babysitter, une jeune femme blonde magnifique, trop cool en plus, qui connaît toutes les répliques geeks. La meilleure copine de notre adolescent lui dit que de façon très clichée, lorsque le gamin dort, les babysitters reçoivent leur petit copain pour se faire des papouilles. Notre garçon va donc entrouvrir la porte et assister à un meurtre en direct. Le film la babysitter joue sur les clichés de tous les teen movies, un début un peu long pour poser les personnages et créer la surprise du film que je vous ai dévoilée, pour finir dans un film d’horreur totalement décomplexé et vraiment drôle. Certainement pas le film du siècle, mais un film qui sait jouer avec les codes et créer la surprise, ce qui relève de plus en plus du défi dans le cinéma américain.