Cultures, épisode 29

01/12/2018 Non Par cborne

La Ballade de Buster Scruggs est le dernier film des frères Coen, il a pour particularité de ne pas être passé par la case cinéma mais sorti directement sur Netflix. Par le fait, c’est plus qu’un film, c’est un test, une référence. Les frères Coen sont des réalisateurs connus et reconnus, ces derniers ont affirmé que Netflix leur a donné une liberté qu’Hollywood ne donne plus sauf si bien sûr tu fais un block buster avec des personnages de comics à l’intérieur. Il est certain que lorsqu’on voit la Ballade de Buster Scruggs, force est de constater que tout le monde n’ira pas parier sur ce film. Plus de deux heures, un rythme lent, un découpage en plusieurs scènes qui vont raconter des tranches de vie dans l’époque Western. L’as de la gâchette, la jeune femme qui traverse les États-Unis pour trouver son futur mari, ou encore le chercheur d’or. Les frères Coen utilisent des effets spéciaux quand on ne s’y attend pas, la chanson, le tout dans un même film dans un contexte qui ne s’y prête pas vraiment. Le film est assez réussi, toutes les scènes ne sont pas du même niveau, on est globalement captivé. Si on en revient à la polémique du début, je pense que tout le monde est gagnant ou pas. Il est fort à parier que les frères Coen ont dû encaisser un très gros chèque pour ce film. Ce film dans cette forme n’aurait peut-être pas trouvé les financements avec le cinéma actuel. Se payer les frères Coen pour Netflix c’est se payer une légitimité. Le point noir ? La façon de consommer le film. En cherchant des informations à la radio sur les gilets jaunes, je suis tombé sur une critique du film, ou plutôt une critique dans la façon de voir le film. Le journaliste évoquait sa déconcentration, mettre en pause pour se lever, regarder le téléphone, ce qu’il n’aurait pas fait dans une salle de cinéma dernier rempart face à notre inattention. Si on est captivé par la première scène, le reste est plus laborieux et je me suis retrouvé effectivement dans la même situation que le critique, ne pas payer sa place une dizaine d’euros a finalement un prix.

Searching est le meilleur thriller que j’ai vu depuis un bon moment avec une construction très originale, entièrement basée sur l’informatique, les réseaux, les médias. On est dès le début du film placé dans l’ambiance, l’ordinateur sous Windows XP qui arrive à la maison, les photos, les évolutions technologiques et la disparition de la fille à l’époque d’Instagram, Facebook, ou Youtube. Le père mène l’enquête en commençant par les comptes de sa fille sur les réseaux, à la recherche d’indices comme chacun d’entre nous pourrait le faire quand nous avons un doute sur l’un de nos proches. L’enquête que l’on suit à travers ce père minutieux est passionnante tout comme le traitement d’une disparition dans le film qui n’est pas sans faire penser à la bande dessinée ceux qui restent. Les hashtags dans Twitter, les anciens « meilleurs amis » qui font des vidéos sur Youtube, la façon dont l’internet et les médias prennent possession de l’enquête. ÉNORME ! Vous aurez envie de faire un applaudissement progressif à la fin du film. A noter l’impressionnant travail de traduction réalisé pour la version française, chaque page internet présentée a été refaite en français, chaque vidéo, etc …

La bande dessinée millénaire n’est pas sans faire penser au rêve de Jérusalem ou croisade. L’époque est différente, nous sommes à l’aube de l’an 1000. La similitude c’est l’intervention du fantastique dans l’histoire. Il est ici question de goules ou de trolls, mais aussi de sylphes des êtres supérieurs qui manipuleraient les hommes pour arriver à leurs fins. Le personnage principal c’est Raedwald un homme particulièrement intelligent qui a pour fidèle compagnon Arnulf, une brute épaisse qui lui doit sa liberté alors qu’il allait être vendu aux marchés des esclaves. Les deux hommes mènent l’enquête à chaque tome avec pour trame principale l’agissement des sylphes. Le dessin est impeccable, les histoires sont passionnantes, avec un petit parfum de nom de la rose pour les enquêtes cléricales. Le problème est indéniablement ce fil rouge, ces sylphes, anges déchus, extra-terrestres, quelles sont leurs motivations, on a du mal à le savoir. Millénaire offre donc un bon moment de bande dessinée mais laisse sur sa fin le lecteur qui aurait voulu comprendre, qui cherchait un épilogue, une explication, quelque chose, il devra se contenter de chaque tome de façon individuelle.

Le pitch de l’esprit de Warren est particulièrement complexe à faire, en parler c’est en dire trop, l’histoire en quatre tomes est de plus à la pulp fiction, avec un découpage pas vraiment linéaire, ce qui rajoute au potentiel de spoil. L’histoire démarre avec un jeune homme qui se fait agresser chez lui. Après avoir tué sa copine, il explique à sa victime que c’est terminé, les deux hommes se connaissent depuis l’enfance. L’un connaît parfaitement la cause des agissements de l’autre. Avec Warren dans la bande dessinée, on a deux personnages, le père, un homme blanc qui est devenu leader de la cause indienne et condamné à la peine capitale, le fils sa réincarnation sur le papier, qui doit se venger ou venger son père de toutes les personnes qui l’ont amené à la chambre à gaz. C’est une histoire complexe, qui va des origines du père au devenir du fils, certainement l’un des meilleurs scénarios de la bande dessinée franco-belge.

Il y a des jeux, la question récurrente, c’est comment. Comment le site jeuvideo.com a-t-il pu mettre 15 à une daube pareille ? Comment en 2015 on peut faire un scénario aussi ridicule ? Comment afficher des propos aussi sexistes, des caricatures aussi grossières ? Comment sur une console Wii U qui permet d’avoir des titres aussi jolis que le dernier Zelda on peut faire un jeu aussi moche ? Toutes les réponses à ces questions sont dans Devil’s Third. Ivan est un terroriste et c’est pour cette raison qu’il purge une peine d’une centaine d’années dans une prison inviolable. Il finit par y avoir une émeute, Ivan s’évade et c’est la prise en main de votre personnage pour un truc qui démarre plutôt rigolo. Baston et fusil, on est face à un beat them all très moche mais qui fait rire, quelque chose de simple, qui détend. D’un point de vue scénario c’est du lourd, l’ancienne équipe d’Ivan a décidé de réduire la terre en miette, entre missiles nucléaires et virus qui transforme en zombi, rien n’est épargné. Ivan dans des tas de missions aussi linéaires les unes que les autres, va tuer des centaines et des centaines d’ennemis, soldats, zombis, tanks, ce genre de choses. Ivan est une montagne de muscle qui se promène torse nu et qui est capable de recevoir des balles, des coups de sabre, sans se porter trop mal. Ses ennemis sont taillés dans le même moule, des chargeurs et des chargeurs dans la tête, ils continuent à vous courir après comme si de rien n’était. Le ridicule est omniprésent, je pense que la palme revient au boss geisha en string … Si au départ j’ai trouvé le jeu plutôt amusant, un exutoire, la suite augmente en niveau de difficulté par des ennemis plus difficiles à détruire, plus nombreux, sans pour autant avoir l’impression d’affronter un véritable challenge, juste une ennuyeuse répétition. Rajoutons à cela une maniabilité plus que douteuse avec la mablette pas vraiment faite pour et on obtient une belle catastrophe trop XX° siècle.

On a beaucoup fait autour de Sherlock Holmes, films, série, série moderne, dessin animé, si bien qu’il n’est pas forcément évident de réinventer la roue. Avec les quatre de Baker Street, les auteurs de cette bande dessinée en sept tomes pour l’instant présentent le mythe du célèbre détective sous l’angle d’enfants qui travaillent pour lui. Les quatre sont deux garçons, une fille, un chat, qui sont les informateurs de Sherlock. Ils vont donc être entraînés dans des enquêtes, en tout cas pour les premiers tomes, retrouver une jeune fille enlevée, aider un jeune noble à épouser sa promise. Même si le contexte est sombre avec ces enfants des rues, chacun avec un lourd passé, l’ensemble de la bande dessinée est plutôt léger, dynamique, accompagné par un dessin très coloré qui contribue à l’ambiance. Par la suite, c’est plus lourd, et c’est en lien avec Sherlock Holmes qui se fait passer pour mort et qui vole un peu la vedette aux enfants qui grandissent. Et c’est peut-être ici ce qu’ont voulu montrer les auteurs, l’innocence qui s’envole, certains mythes qui s’effondrent, ce Sherlock plus présent nous dévoile ses failles, un homme égoïste, prêt à tout pour arriver à faire éclater la vérité. Il est évident que c’est une excellente bande dessinée, que c’est bien foutu, notamment dans la prise d’âge de nos héros, les questionnements, certains sentiments qui apparaissent, mais je trouve la série de plus en plus sombre, de plus en plus triste, presque trop.

Orelsan vient de rééditer son dernier album la fête est finie, avec une édition qui s’appelle épilogue. La fête est finie c’est l’album de la maturité comme on aime à le dire, c’est l’album de la reconnaissance avec des victoires de la musique, l’album « commercial ». Le mot commercial est certainement mal choisi, on va dire que c’est l’album qui s’est le mieux vendu, l’album le moins irrévérencieux, l’album qui est suffisamment consensuel pour ne pas envoyer son auteur au tribunal sans pour autant fâcher les fans qui écoutaient des titres comme Saint Valentin ou perdu d’avance. Quand on connaît le parcours du garçon, la franchise des textes, le grand n’importe quoi, j’ai envie de croire qu’il s’agit d’un malheureux concours de circonstances, qu’il continue d’écrire comme il le fait parce qu’il a besoin de le faire, et que la gravité des textes qui reste certainement à relativiser c’est le poids de l’âge qui fait son office. Tu n’écris pas la même chose à 25 ans qu’à 35.

À l’époque à la sortie de l’album, j’avais écrit qu’il me faudrait certainement de nombreuses écoutes pour apprécier, c’est le cas, et on finit par se surprendre à aimer une chanson dont on n’était pas nécessairement fan au début, dans ma ville on traîne est certainement l’une des plus réussies et qu’on devrait étudier en géographie tant elle est révélatrice de la province. 

C’est ici qu’on voit que l’auteur est quand même un type qui réfléchit, certainement trop, il écrit des chansons sur ses propres chansons. Avec la famille, la famille, c’est le complément de défaite de famille, un énorme titre qui se ramène à une lapidation lors d’une fête familiale, et qui montre l’envers du décor. Il reprend chacun de ses personnages dont il n’a présenté que les mauvais côtés pour dire qu’ils sont aussi capables d’autre chose donnant un titre positif, qui sonne juste, loin de la caricature, une forme de réparation. Ces chansons sont très bonnes, on passe du n’importe quoi avec une chanson hommage à ses grands parents à dis-moi, une chanson très rythmée qui fera certainement un carton, où il raconte qu’il picole et qu’il a du mal à gérer de façon générale. Et c’est ici que l’homme est intéressant dans sa capacité d’écrire tout et son contraire, dans discipline il raconte comment il est capable de résister à toutes les tentations, qu’il a la discipline pour ne pas boire, pour ne pas sauter sur tout ce qui bouge, ou pour ne pas prendre la grosse tête. D’un point de vue sonorité c’est encore ici qu’on voit que le bonhomme est fort, capable de rapper à l’ancienne ou sur des rythmes actuels sans se rater.

Je dis bravo, les titres s’enchaînent, les expériences se multiplient que ce soit à travers les casseurs flowters ou au cinéma, les sons et les textes changent avec parfois une grosse piqûre de rappel bien aigrie, l’homme n’a jamais déçu. C’est tellement inquiétant d’avoir été aussi bon jusque-là que c’est presque un coup à réellement tout arrêter, pour rester sur cet épilogue, tant la barre est montée haut.