Cultures, épisode 28

22/11/2018 Non Par cborne

Après le mauvais Lego Avengers je me suis lancé dans le Lego Star Wars le réveil de la force. Le jeu retrace le premier film de la dernière trilogie avec pour prologue la fin du dernier volume, le combat entre Luke, son père Dark Vador et l’empereur pour terminer avec Rey qui retrouve Luke. Les deux jeux sont sortis à la même époque et pourtant la différence est de taille. Déjà, on a un scénario qui colle au film et pas à un ensemble de films, sur le principe c’est plus cohérent même si c’est discutable, le problème vient toutefois de moi, je m’explique. J’ai réalisé que je n’avais aucun plaisir à revivre un film, je trouve que ça manque de personnalité, de surprise, en même temps dans les Legos, on n’est pas là pour vivre la grande aventure, on est là pour tout casser.

Le jeu est réussi, contrairement à Lego Avengers, pas de bugs, pas de multiplication inutile des personnages, pas de trucs bizarres non plus du genre qu’on comprend assez rapidement ce qu’il faut faire. Le jeu offre des phases différentes avec bien sûr le classique, je casse tout, j’utilise les possibilités de mes deux personnages pour avancer mais aussi des scènes de tir ou de combats spatiaux. À certains moments on doit se mettre à l’abri dans le décor et tirer sur un certain nombre d’ennemis. On a souvent une tourelle protégée par un champ de force, il faut alors interagir avec un élément du décor pour avancer, faire effondrer une statue par exemple. Les combats spatiaux sont plutôt bien foutus, deux phases différentes de jeu, le vaisseau est guidé automatiquement on tire sur tout ce qui bouge, la zone est fermée on doit balayer l’ensemble pour détruire les vaisseaux ennemis en toute liberté.

Un bon épisode Lego, bon esprit, les propriétés des personnages sont variées et bien exploitées, je me suis bien amusé.

Guillaume Tranchant alias Gringe est la moitié du groupe Casseurs Flowters avec Orelsan. Orelsan c’est le gars qui chante des horreurs, qui chantait des horreurs, la quarantaine approchant on finit par se calmer. Orelsan c’est pour moi l’un des derniers rappeurs écoutables en 2018. Il y a deux problèmes dans le RAP aujourd’hui, les textes qui sont une véritable catastrophe, les sons et la façon de rapper qui ne correspondent plus à mes critères, comprenez du rap hardcore de la fin du XX° siècle. Orelsan ne revendique rien, ses textes sont souvent drôles et cassent avec les critères joyeux ou violents, même si quand on écoute c’est franchement violent mais sans la drogue et les armes à feu. D’un point de vue sonorité, Orelsan est capable de faire des titres qui sont rythmés variés, contrairement aux rythmes lourds qui se ressemblent tous d’une chanson à l’autre.

On aurait pu imaginer avec ce premier album de Gringe quand on sait qu’il a participé à Saint Valentin ou à d’autres titres comme nouvelle paire, qu’on aurait un truc de drôle, un Orelsan bis, c’est raté. Gringe colle aux sonorités actuelles pour faire un album lourd, répétitif, avec des textes qui ont du mal à m’interpeller, c’est très très triste. Pour ainsi dire sur la quinzaine de chansons, je n’en ai retenu qu’une, on danse pas, avec ce qu’il faut de vulgarité, de jeux de mots à deux balles et un rythme particulièrement dansant. J’ouvre les paris pour dire que ce sera le succès de l’album.

Gringe fera certainement une plus grande carrière d’acteur, très bon dans carbone ou dans la série bloqués, que de rappeur, en tout cas en carrière solo où il n’apporte absolument rien de plus à ce qui existe. Faudrait d’ailleurs que j’essaie de trouver quelqu’un qui apporte un peu de renouveau au rap français, comprendre quelqu’un qui rappe à l’ancienne.

Sandrine Kiberlain vient déclarer la disparition de son fils au commandant Vincent Cassel. Elle est la mère irréprochable qui s’occupe de ses deux enfants, le garçon de 16 ans sans histoire et une fille trisomique. Lui, c’est la caricature du policier alcoolique, avec son propre fils impliqué dans un vaste trafic de drogue. C’est peut-être le principal reproche qu’on peut faire au film de Zonka, les personnages sont taillés à la hache. Si au départ Cassel est persuadé qu’il s’agit d’une simple fugue, l’enquête s’emballe quand on sait que le gamin est élève dans un lycée où deux élèves sont partis en Syrie rejoindre des mouvements extrémistes. Très vite on se rend compte qu’il n’y a aucun rapport, Romain Duris, professeur de français, voisin et proche de la famille entre en jeu. Fleuve noir c’est du classique, du caricatural comme je l’ai écrit plus haut, mais c’est surtout un excellent film, du polar noir comme je n’en avais pas vu depuis un bout de temps.

J’évoquais dans mon dernier billet pour le rêve de Jérusalem, la bande dessinée croisade qui ont pour point commun de mêler du fantastique au fait historique. Avec croisade on va un peu plus loin, la ville par exemple s’appelle Hiérus Halem et les chrétiens cherchent à récupérer le X3 qui serait le Christ vivant encore dans un tombeau. La liberté que prend Dufaux avec le fait religieux, historique est surprenante, même parfois bizarre. Ce qui m’avait plu dans le rêve de Jérusalem c’était la sensation que ces événements fantastiques auraient pu exister mais qu’on a fini par les oublier, ici on est dans un monde parallèle. Une fois qu’on a accepté le choix du scénariste, il en reste une bande dessinée sur huit tomes cassés en deux cycles plutôt agréable. Xavier offre un dessin magnifique et pour les personnages et pour les scènes de bataille, jusqu’à du jamais vu dans une bande dessinée avec une planche gigantesque qui se déplie au milieu de l’album. Les personnages sont très chevaleresques ou particulièrement mauvais, on ne fait pas dans la demi-mesure, les actions sont épiques ou cruelles, on nage dans le manichéisme et dans les bains de sang. Une belle saga à lire.

Blacksad est un énorme carton de la bande dessinée franco-belge, du fait certainement de son extraordinaire dessin, sur une idée qui pourrait être discutable. Blacksad c’est du policier dans les années 50 aux états-unis, on a l’impression de voir des épisodes de Mike Hammer tant la caricature du détective privé est importante. L’époque post seconde guerre mondiale permet d’aborder le jazz, le racisme, le communisme, le nazisme, la bombe nucléaire, très classique donc. La particularité, l’originalité de la bande dessinée c’est que les personnages sont des animaux. Le dessin est une véritable tuerie, on dirait du Disney, un Disney bien sûr adulte, avec des relations sexuelles, des morts, de la violence, c’est magnifique. Bien sûr, chaque espèce va répondre à ses clichés, Blacksad étant la série des clichés, les rhinocéros sont des gardes du corps, les fouines des journalistes, etc … Le racisme est décrit non pas par espèces mais bien par couleur, Blacksad est un chat noir, on lui fait bien sentir. C’est ici que je trouve que l’idée est discutable, on va retrouver Hitler sous forme d’animal, le fait historique est parfaitement conservé, l’idée qui aurait pu être intéressante, davantage poussée n’est finalement qu’un artifice pour faire un dessin qui claque au profit d’histoires pas si terribles que ça et qui se dégrade d’épisode en épisode. Indiscutablement une bande dessinée à regarder plus qu’à lire.

À la fin de Lanfeust de Troy, Lanfeust a tous les pouvoirs, et il s’ennuie. Plus d’aventure, plus rien à faire, et puis le peu qu’il y a à faire a encore moins de sens quand on est aussi puissant qu’un Dieu. Il se trouve que la planète Troy est une expérience qui visait à développer les pouvoirs psy, on l’explique dans les conquérants de Troy, que Thanos et Lanfeust ont réussi l’expérience, on vient donc les chercher pour les présenter aux maîtres de l’univers. Un ennemi menace la galaxie, grâce à la magie, on pourrait éradiquer le danger. À cette étape, la série Lanfeust tombe sur un écueil, c’est le phénomène Dragon Ball. Les personnages deviennent tellement puissants que tu ne sais pas trop quoi en faire, plus de limites. Avec Lanfeust des étoiles, on arrive à remettre les pendules à zéro, les pouvoirs peuvent être annulés grâce à la « crypte tonique ». Lanfeust passera le gros de la bande dessinée sans ses pouvoirs pour que l’aventure soit plus difficile. La construction de la bande dessinée est mauvaise, sur les trois ou quatre premiers album on a la sensation qu’on est dans le concours des vannes à deux balles, des clins d’œil, la bande dessinée est totalement parasitée par ça, avec une histoire qui est assez difficile à suivre. On notera un catastrophique saut temporel avec les paradoxes que cela implique, pour une entrée dans l’histoire très pénible. La fin est plutôt réussie avec un côté space opéra qu’on attendait pas forcément dans cette bande dessinée, l’humour potache, ces fameuses références sont mises en retrait au profit de l’histoire. Lanfeust des étoiles est un second cycle important par rapport aux éléments qu’il apporte et on ne pourra pas le contourner. Il est dommage que l’auteur ait oublié qu’une bande dessinée d’aventure est avant tout une aventure et pas une succession de plaisanteries ou de références mises bout à bout qui prennent le pas sur l’histoire.

La comparaison entre Anachron et Lanfeust des étoiles tombe plutôt bien, les bandes dessinées ont de nombreux points communs, en fait elles sont presque taillées dans un scénario inversé. Sur terre, dans un monde futuriste, les derniers nazis parviennent à s’évader en vaisseau spatial, sur la planète Anachron. Il se trouve qu’après avoir rencontré les civilisations extra-terrestres, les terriens se sont retrouvés à être les gestionnaires de cette planète qui en est globalement au moyen-âge. Dans les missions bien sûr, à l’instar d’un Valérian, réguler, c’est-à-dire éviter que des objets technologiques tombent aux mains des autochtones et qu’ils ne progressent trop vite. Forcément avec un vaisseau spatial nazi qui s’écrase, cela fait un peu désordre. Les nazis vont réveiller une vieille divinité magique qui va déclencher la pagaille sur la terre. Les héros sont une association de terriens et de personnages d’Anachron qui les prennent pour des sorciers. Quand dans Lanfeust ce sont les personnages médiévaux qui vont vers les étoiles, dans Anachron c’est l’inverse. La bande dessinée est elle aussi placée sur le ton de l’humour, mais n’en fait pas une priorité, ou disons ne donne pas l’impression que le scénario est un prétexte à placer des vannes à deux balles. Nous sommes face à une aventure solide, en quatre tomes, deux tomes complémentaires qui se déroulent dans le même univers, sympathique mais pas indispensable.