Cultures, épisode 27

04/11/2018 Non Par cborne

J’ai écrit dernièrement qu’il fallait arrêter de regarder n’importe quoi et notamment les block busters du cinéma américain. J’avais raison. J’ai regardé le dernier Antman, ça s’agite dans tous les sens, ça essaie d’être drôle, de rajouter de l’émotion et du suspense et dans l’ensemble c’est plutôt réussi. Néanmoins on se rend compte qu’une fois qu’on a regardé le film, on l’a déjà oublié, c’est dire à quel point ce n’est pas marquant, c’est mauvais. Plus marquant, le Deadpool 2, on a fini par comprendre qu’à force de faire 50 films de comics par an, des séries télévisées, il était temps de se démarquer, c’est chose faite, vulgarité à tous les étages. Alors effectivement je dois reconnaître que je suis bon public et comme tout bon public qui se respecte, pipi caca prout, jambes coupées et plaisanteries grasses vont nécessairement atteindre mon cœur. Oui j’ai honte, j’ai ri, mais pas pour les bonnes raisons. 

Le comics c’était franchement mieux avant, j’ai récupéré la Wii U ces derniers temps et j’ai décidé de me faire l’intégrale des jeux Lego. Le jeu Lego c’est bien, c’est le degré zéro de l’engagement, ce qui me convient parfaitement avec mon emploi du temps de ministre. On passe son temps à tout casser, reconstruire parfois, accumuler un tas de pièces, trouver de nouveaux personnages, c’est rigolo. On en profite pour revivre les aventures de nos héros préférés, de nos films cultes. Le problème c’est quand le film devient moins culte et c’est ici que j’ai eu la bonne idée de me lancer dans Lego Avengers. Le jeu mange dans tous les râteliers des films des Avengers, on a le premier Avenger, on a du Thor, on a du capitaine America, l’histoire n’est pas forcément simple à suivre, en même temps on est juste là pour tout casser et ramasser des pièces. C’est le genre de jeu qui n’a pas d’histoire et qui doit envoyer une énorme dose de dopamine au joueur sans la moindre contrariété, c’est raté. Des bugs à tous les étages, avec notamment un bug qui m’a obligé à reprendre une partie, plus de quarante minutes de jeu inintéressant de perdues, des bugs de collision, des ralentissements, une caméra déplorable et parfois des énigmes qu’on ne voit pas. J’ai été choqué dès le premier niveau, un jeu pour les gosses où je reste coincé parce que je n’ai pas trouvé ce qu’il y avait à détruire. Du fait qu’on doit en être au douze millième jeu Lego, ils ont tenté la carte de l’originalité avec des petits mondes ouverts, une ville par exemple. On rajoute donc de la perte de temps à la perte de temps qui consiste à trouver comment avancer dans le niveau, si bien qu’après avoir vraiment la sensation globale de perdre son temps, on stoppe le jeu. Je salue franchement celui qui aura la patience de trouver les dix mille personnages du jeu, qui n’apportent rien à l’aventure dans les pouvoirs spéciaux. Capitaine America avec casque ou sans casque, vous reconnaîtrez que ça ne donne pas vraiment envie de chercher dans tous les recoins pour débloquer les suivants.

Point totalement indispensable que j’ai oublié, vos personnages comme à chaque fois ont des pouvoirs qui les rendent différents des autres. Vous vous doutez bien que dans la centaine de personnages, on s’est concentré sur les personnages principaux. Du fait qu’il faille tout détruire, que ce n’est pas visible facilement, je ne peux que vous conseiller de jouer avec un personnage comme Iron Man qui envoie des missiles de partout pour faire le ménage. Les personnages qui détruisent à main nue sont lents de plusieurs secondes dans leurs actions, déjà que c’est long, c’est encore plus long. Et comme le jeu est quand même très mal foutu, dans certaines phases vous êtes attaqués par des armées de personnages qui reviennent en non stop et qui vous gênent dans vos actions …

En gros. Vous avez un personnage qui casse tout lentement, ça ralentit sévèrement du fait du mauvais moteur de jeu, vous n’arrivez pas à trouver l’endroit pour avancer et comme la caméra est mauvaise ça n’aide pas. Pendant ce temps-là vous vous faites marave par des personnages qui vous poursuivent. Voilà ce qu’est Lego Avengers, un jeu plutôt raté où le plaisir de l’amusement, du casual est annihilé par un mauvais développement.


Encore heureux que la bande dessinée est là pour nous sauver. C’est l’histoire d’un enfant, le soir un monstre débarque dans sa chambre, un monstre qui lui propose de le suivre pour l’aider à vaincre les méchants qui envahissent son royaume. L’enfant le suit, il disparaît. Et nécessairement à la lecture de ce court pitch, vous imaginez un enlèvement d’enfant. C’est sur ce postulat qu’est construit l’excellente bande dessinée ceux qui restent, la vision convenue de la réalité, sauf qu’ici l’enfant part vraiment avec un monstre pour sauver son royaume. On découvre au fur et à mesure des pages ce que nous sommes malheureusement trop habitués à voir à la télé, les appels, les parents qui demandent qu’on leur rende leur enfant jusqu’à la surprise. L’enfant revient un beau jour et raconte ses batailles qu’il a livrées pour délivrer le royaume. Personne ne le croit, jusqu’à ce qu’il disparaisse à nouveau et que les parents sont désignés comme les coupables … Je n’en dirai pas plus, c’est parfaitement mené, jusqu’au bout, une histoire qui n’est pas sans faire penser au rasoir d’Ockham, sauf qu’ici la vérité est la réponse qui paraît la plus surréaliste.

Niveau cinéma on a donc pas grand-chose à se mettre sous la dent, je n’évoquerai pas Bécassine qui est ma cousine, j’ai tenu 37 minutes. Bécassine qui est émerveillée par tout, Bécassine qui sort de sa campagne, je passe mon tour, j’ai du mal. J’ai préféré le doudou, même si c’est facile, j’ai ri quelques fois et de bon cœur alors qu’on n’est pas dans le pipi caca. Malik Bentalha qui est un garçon débordant d’énergie travaille dans un aéroport. Irresponsable, mauvais dragueur, il tente sa chance avec toutes les hôtesses de l’air, il vient de rompre avec sa copine, cherche toujours une combine pour essayer de gagner quatre ronds. Et la combine il la sent venir avec Kad Merad, à la recherche du doudou de sa fille, récompense à la clé. Les deux hommes vont s’engager dans une aventure un peu folle, vont rencontrer des personnages haut en couleur, le traditionnel agent de sécurité qui croit que son chien est une chienne, Guy Marchand à la maison de retraite et quelques autres. Les situations sont comiques, Kad Merad ne fait pas du Kad Merad, il est sobre pour laisser la place à Bentalha qui fait le show, c’est un choix judicieux. Une comédie française plutôt réussie, suffisamment réussie pour que j’arrive jusqu’à la fin, en cette période, cela tient du miracle. 

Et c’est donc en désespoir de cause qu’il m’arrive parfois de regarder des films que j’ai déjà vus, j’ai revu dernièrement Edge Of Tomorrow. Les aliens ont débarqué, comme souvent ils ne sont pas contents, et nous marave. Tom Cruise un gradé, travaille pour la communication, se fait envoyer sur le front par un général qui ne l’aime pas. Bien sûr il se fait tuer, mais il se trouve qu’avant de mourir, il a réussi à massacrer un alien un peu spécial qui lui a communiqué un don, celui de recommencer au point de départ après sa mort. Que celui qui n’a pas vu le jour de la marmotte avec Bill Murray se jette la première pierre, se jette même dans un tas de pierre puisqu’il s’agit dans un univers de science-fiction de la transposition exacte de la comédie romantique. Quand Bill Murray apprenait le piano et les arts pour devenir un virtuose, Tom Cruise devient un super guerrier, chaque mort lui permettant d’acquérir une expérience supplémentaire jusqu’au but final, tuer la maman des aliens. Un très bon film du genre.

On pourrait penser que Didier la cinquième roue du tracteur et kraken sont deux bandes dessinées que tout sépare et pourtant j’ai envie de les traiter en même temps. Didier est agriculteur, il en est le cliché. Solitaire, il vit avec sa sœur, et il cherche l’amour. Ces deux bandes dessinées sont comparables car elles jouent dans les très gros clichés. Pour Kraken c’est un gamin qui vient chercher une ancienne gloire de la télévision, un journaliste qui présentait une émission sur les monstres. L’enfant est le seul rescapé d’un naufrage qui a conduit à la mort son frère, son père faisant déjà partie de la longue liste de noyés des pêcheurs du village. Alors que dans Didier on s’attarde à dépeindre le milieu agricole, les foires, chevalines, la bibine, mais aussi les fermes qui font faillite et les suicides d’agriculteurs, dans Kraken, le manque de poisson, la station de forage qui s’est installée en mer, les femmes qui attendent les marins au port, les superstitions qui ont la peau dure. Ces deux bandes dessinées ont fait le choix de présenter les conditions sociales des habitants en jouant comme je l’ai expliqué, sur les clichés qui nous sont déjà présentés largement dans les médias. Alors que le Kraken est une enquête policière avec des enfants qu’on retrouve assassinés, le gamin étant persuadé que c’est le Kraken, un monstre surnaturel qui les tue, dans Didier, c’est la vie du couple frère et sœur qui est dépeinte avec comme trame de fond, la recherche de l’amour. Les deux bandes dessinées sont totalement opposées par le dessin, très coloré pour Didier, très sombre dans les teintes de vert et de noir pour le Kraken. Ces deux one shots sont réussis, rapides et plaisants à lire avec dans un cas comme dans l’autre une histoire qui accroche malgré le sentiment évident de déjà vu.

Manu Payet et Jonathan Cohen sont deux amis, ils partagent le point commun de n’être pas épanouis dans leur job. Le premier est écrasé par sa hiérarchie, le second par sa femme avec qui il travaille, c’est la fille du patron. Après une journée pourrie, Manu Payet finit par envoyer un coup de poing dans son boss, c’est à ce moment-là que Jonathan Cohen lui propose de monter une affaire qui va tout changer. L’idée est simple, organiser des enterrements de vie de garçon à Budapest où tout est démesuré. Un tarif dérisoire pour réaliser tous les excès. La comédie va gratter indéniablement du côté de very bad trip à la française, les plaisanteries graveleuses, le côté tout est possible, les situations improbables mêlant les filles, la drogue, l’alcool, la fête et les armes à feu. On s’amuse plutôt, je pense que c’est difficile de ne pas être entraîné par le jeu des acteurs, notamment Jonathan Cohen et son énergie débordante.

La bande dessinée oracle vient rejoindre la liste qui devient de plus en plus longue des bd à plusieurs mains comme elfes, nains ou encore les maîtres inquisiteurs. L’intérêt est fortement commercial, dix tomes en trois ans, un tandem classique formé par un dessinateur et un scénariste pourrait difficilement réaliser la performance. Ici on quitte l’héroic fantasy pour la mythologie grecque. L’idée est assez intéressante puisqu’elle est similaire avec ce qui a été fait avec l’héroic fantasy, on connaît les codes et on les réutilise pour créer de nouvelles histoires. Alors que l’heroic fantasy impose plus ou moins des « races » avec une grande liberté quant aux personnages, la mythologie grecque quant à elle, est très encadrée. C’est donc un véritable défi que de faire vivre à Zeus, Apollon, Héra et les autres de nouvelles aventures. Le conteur c’est donc l’oracle, un personnage qui va de ville en ville pour raconter ses histoires, un être à part qui a le don de divination. Le personnage central qui finira par devenir oracle à son tour, c’est Homère d’enfant à vieillard. Au départ il suit l’oracle pour écouter ses histoires dans un cycle de cinq tomes. Par la suite il sera accompagné d’une femme qui a défié Zeus et devient oracle à son tour. Le premier cycle est excellent, le second est plus inégal, et dans le dessin, et dans les histoires.

On a de vraies réussites, le premier tome notamment, important le premier tome dans une série. La Pythie a été abusée par Apollon, pour se venger elle révèle une fausse prophétie aux spartiates qui vont aller jusqu’à l’Olympe pour tuer Zeus lui-même. Les dieux sont présentés comme des êtres particulièrement vils, et c’est ici que la bande dessinée prend des libertés sur les codes, ils ne seraient pas si immortels. Chaque album plus ou moins, c’est un humain qui défie les dieux, souvent par vengeance. On retrouvera par exemple Sisyphe qui s’évade du Tartare délivrant les titans des enfers pour relancer une nouvelle guerre contre les dieux. Dans l’ensemble, à part peut-être deux albums nettement moins bons, la bande dessinée est excellente. On peut saluer le travail d’appropriation qui fait revivre la mythologie, un style un peu ringardisé aujourd’hui.

A la fin de la guerre de sécession, une femme et ses deux enfants font le maximum pour récupérer son mari, un colonel capturé par les nordistes. Si la volonté sentimentale est bien présente, un motif bien moins noble se dissimule. Durant la guerre, le colonel a informé sa femme qu’il ne pourrait donner aucune nouvelle durant trois mois, une mission tellement particulière qu’elle pourrait changer le cours de la guerre. On le sait, la seule chose qui peut tout changer, c’est l’argent, nous voilà à la recherche du trésor du colonel. Gibier de potence est un très bon western avec une construction comme je les aime, on ne sait absolument pas où la bande dessinée va nous conduire. Les deux premiers albums sur les quatre constitués, c’est la recherche du trésor, les deux derniers la chasse à l’homme, puisque nos protagonistes principaux restent des rebelles sudistes. La construction des personnages est excellente, notamment Lopeman, le soldat nordiste qui est à la charge de retrouver la famille, tueur sanguinaire, inflexible, incorruptible. On a de la graine de héros qu’on aurait aimé retrouver dans d’autres histoires. Le dessin est plus classique, il fait penser au travail de Vatine plus jeune, ce qu’on pouvait voir dans Aquablue, pas extraordinaire mais ça passe. Une série à lire.

À la fin du XI° siècle un enfant a de très grands pouvoirs de guérison, mais c’est uniquement en présence de sa mère qu’ils se déclenchent. Sa mère voit en lui un envoyé de Dieu sur terre, l’église ne l’entend pas de cette oreille et tente de le tuer. Un miracle se produit, il est téléporté loin de la braise, et est recueilli par des gitans qui lui apprennent le vol, le spectacle. Adulte il croise la route d’un chevalier qui a découvert le Christ et qui a hérité d’un don de double-vue qui lui permet de savoir si un homme est bon ou non. Il voit en lui comme sa mère auparavant, un envoyé de Dieu sur terre et il se trouve que tout comme sa mère, il a lui aussi le pouvoir de déclencher le pouvoir chez le jeune. Ils partent en croisade pour aller délivrer Jérusalem. Le rêve de Jérusalem est une série en quatre tomes que j’ai trouvée assez originale. A l’instar de la bande dessinée croisades, on va mettre dans un contexte historique, du fantastique ou du religieux ce qui rend original le scénario. Si cette part de la bande dessinée, les miracles, est importante, c’est certainement la relation qui lie les deux hommes qui l’est plus. Ils sont en effet amoureux de la même femme, la reine d’une secte de guerriers qui a un pouvoir incroyable sur les hommes et qui joue avec l’un comme avec l’autre. Les deux hommes liés par ce pouvoir qu’ils partagent, arriveront-ils à mener à bien leur quête ?