Cultures, épisode 26

03/10/2018 Non Par cborne

Robert Downey Junior n’est pas seulement Iron Man à ses heures perdues, il est aussi un avocat qui ne défend que les riches. Malheureusement les riches sont souvent coupables, ils ont juste les moyens de se payer les meilleurs avocats. C’est donc sans aucun remord que notre héros sans armure vit dans une maison magnifique, conduit une magnifique voiture, mais se fait tromper par sa femme toute aussi magnifique qui demande le divorce. Un coup de fil va tout changer, il apprend la mort de sa mère, il revient dans la terre de son enfance pour affronter le juge. Robert Duvall, un monument dans le territoire, un homme sévère, respecté, des relations déplorables entre le père et le fils. Après une engueulade de plus, Robert Downey Junior claque la porte, pour finir par revenir sur ses pas, son père est accusé d’un meurtre, c’est le fils qui va devoir le défendre. Plus de 2h20 de film, jamais un moment de lassitude, on est happé par cette histoire d’hommes, de justice, de relation père fils, c’est admirablement bien joué par tout le monde.

Albert Dupontel s’ennuie profondément dans sa vie, quasiment dépressif, il est entré dans un mutisme profond, il a perdu la passion de la photographie, son métier. Son mariage forcément en prend un coup, sa femme finit par le quitter pour son prof de sculpture. Un soir de beuverie, il achète une poupée gonflable, qu’il va baptiser Monique, sa vie va reprendre du sens. Il trouve en Monique quelque chose qu’il n’espérait plus, une femme qui se taise, qui ne lui fait aucun reproche, qui n’a aucune attente. Les réactions de son entourage vont de l’incompréhension au mépris, mais son attitude si positive, le fait qu’il revive, finit par faire éclater la vérité de chacun, tout le monde est malheureux, se contente de vivre dans les apparences et dans les conventions. Le film a 15 ans révolus et ne passerait certainement pas aujourd’hui, trop sexiste, la femme idéale est une poupée gonflable. Néanmoins et c’est certainement ici que la critique est encore plus acerbe, c’est que le film est réalisé par Valérie Guignabodet, une femme. Un peu répétitif mais à voir, le film est servi par une excellente bande originale avec notamment le groupe Shivaree.

Garulfo est une grenouille, un mâle, qui en a marre de l’espèce animale, de ces crapauds qui le prennent pour une femelle, de ces animaux qui cherchent à le manger ou même de Fulbert son ami le canard qui mange des têtards. Pour lui la race supérieure c’est l’homme, il y voit  de l’invention de l’intelligence et il se dit qu’il faut absolument qu’il devienne un être humain. Après avoir échoué au baiser de la princesse, il va voir la bonne fée qui est une sorcière pour se faire ensorceler, son aventure commence. Garulfo est une bande dessinée finie en 6 tomes, écrite entre 1995 et 2002, elle est construite ouvertement sur la parodie des contes de fée. Tout y passe, la princesse prétentieuse, l’ogre qui collectionne le cristal, les tournois de chevalier avec le chevalier noir gigantesque, etc … J’insiste sur la date, puisque la bande dessinée s’achève en 2002 et c’est seulement en 2001 qu’apparaît Shrek qui mange exactement dans le même râtelier, avec le succès qu’on lui connaît. Deux cycles composent Garulfo, les deux premiers tomes, c’est la découverte et la déception du monde des humains, les quatre tomes suivant, on découvre Romuald qui n’est autre que le corps humain de Garulfo. Les deux personnages vont vivre l’aventure ensemble dans le corps de l’autre, chacun voulant bien sûr récupérer sa vie. Très drôle, très inventif, extrêmement bien dessiné, un must have de la bande dessinée franco-belge.

C’est l’histoire de l’émission favorite des Français pour la matinale, une équipe formée par Clovis Cornillac le gars désagréable qui fait penser à Maurice l’animateur de Skyrock qui animait les nuits de la radio, Manu Payet le challenger, Pascal Demolon le vieux beau et quelques autres. Malheureusement à force de faire n’importe quoi, ils sont tellement déchirés qu’ils ne se lèvent pas un matin, c’est un stagiaire qui anime. La nouvelle tombe, ils ne sont plus numéro 1 mais numéro 2, pour les punir le chef de la radio va les forcer à faire tous les trous de France pour aller à la reconquête de leur public. Radio Stars est une comédie que j’ai trouvée particulièrement drôle, qui retranscrit bien l’univers qu’on imagine des émissions de radio. La caricature est épaisse mais elle est plaisante, les gars désabusés, très parisiens qui se retrouvent face au spécialiste de la charcuterie ou le dresseur de faucons dans le fin fond de la France. Il y a un passage du film que je trouve assez énorme, on le doit à Alice Belaïdi qui n’avait pas la carrière qu’on lui connaît aujourd’hui et qui joue l’épouse d’un rappeur. Elle fait une crise de nerfs façon racaille à son mari qui pour moi restera dans l’histoire du cinéma, un rappeur qui chante des horreurs mais qui dans le fond rêve de guitare acoustique.

George Clooney a un métier bien particulier, il traverse les états-unis d’Amérique pour renvoyer des gens. Cynique, sans attache, cette vie dans l’avion lui convient parfaitement. Sa seule ambition c’est de faire partie des hommes qui auront franchi le seuil des dix millions de miles. Sa vie va être perturbée par deux événements, la rencontre avec une femme qui vit comme lui et pour qui il commence à éprouver des sentiments, l’arrivée d’Anna Kendrick qu’il va devoir former. Les relations avec la jeune femme sont particulièrement difficiles, elle veut révolutionner sa profession en proposant le licenciement par visio-conférence, pas vraiment compatible avec des kilomètres d’avion à faire. In the air est un excellent film, dont on trouvera certainement la morale à la fin, l’importance de l’être aimé, de la famille, des enfants, tout ce que Clooney fuit.

Quai d’Orsay c’est le ministère des affaires étrangères, c’est aussi une bande dessinée qui raconte les années Dominique de Villepin à cette époque. Enfin c’est l’adaptation au cinéma de cette bd par Bertrand Tavernier. C’est Thierry Lhermitte qui s’y colle, et je me doute que l’ancien ministre n’a pas dû forcément rigoler, tant la caricature est épaisse. Concrètement le ministre passe son temps à s’agiter dans tous les sens, veut placer des phrases de Héraclite dans tous les discours, est pénible avec ses collaborateurs, pour ne pas servir à grand-chose, un acteur ou un pantin c’est selon. Le film est amusant, Lhermitte est très à l’aise dans ce personnage haut en couleur, sans aucune nuance, quand il fait une crise de nerfs pour un stabilo ou qu’il cherche impérativement à côtoyer des intellectuels. Il faut dire que tout le monde est franchement bon, Niels Arestrup n’a pas volé son césar du meilleur second rôle dans un film, seul personnage à essayer de vivre dans l’ombre du ministre sans faire les courbettes, c’est lui qui gère toutes les situations difficiles pendant que Lhermitte continue de brasser du vent.

Pandara box est une bande dessinée en 8 tomes, comme on peut l’imaginer en lien avec la boîte de Pandore, la boîte qui dans la mythologie grecque contient tous les maux du monde. On trouve donc sur chaque album, les 7 péchés capitaux dans une version modernisée, le dernier album s’appelant espérance, en lien avec le premier tome du nom d’orgueil, je ne peux pas vous donner l’intrigue le spoil serait trop important. Pour comprendre un peu l’univers, prenons par exemple la gourmandise, c’est à pas grand-chose une intrigue qui tourne autour de la vache folle. La paresse, c’est sur un champion d’athlétisme vieillissant qui se laisse attirer par le dopage. Très plaisant à lire, avec comme on peut s’en douter une petite morale à la fin de chaque tome mais qui n’est pas celle que le lecteur avait prévue.

J’ai relu dernièrement Lanfeust de Troy qui fait partie des gros succès de la bande dessinée franco-belge. L’histoire est pour le moins basique, dans un monde médiéval fantastique, de nombreux habitants possèdent des pouvoirs, Lanfeust par exemple a la capacité de chauffer le métal, il est naturellement forgeron. Un jour Lanfeust en réparant une épée réalise qu’il a tous les pouvoirs possibles et imaginables. Il se trouve qu’il n’est pas le seul dans cette situation, Thanos, un méchant a la même capacité. Les deux hommes vont s’affronter sur huit tomes pour l’avenir d’Eckmül. Arleston le scénariste n’est pas le dernier pour piquer les bonnes idées et les mettre à sa sauce. On avait vu que pour Troll de Troy qui est un spin off de Lanfeust, on avait largement mangé dans le râtelier d’Astérix et d’Obélix. Pour Lanfeust il faut chercher du côté de la littérature fantastique avec les mondes magiques de Xanth de Piers Anthony où chaque personnage possède lui aussi son propre pouvoir magique. Les références à Zorro, à la publicité, à Conan le barbare, on retrouve même les personnages des maîtres cartographes. Avec certains épisodes qui se déroulent dans le Darshan c’est une référence aux petits dieux de Pratchett, où les dieux sont d’autant plus puissants qu’on croit en eux. On retrouve même dans cette façon de faire, un copier-coller de Goscinny qui prenait un malin plaisir à placer des références culturelles contemporaines. La question qu’on est en droit de se poser, c’est de savoir s’il ne s’agit que d’un patchwork de clins d’œil ou d’une vraie bande dessinée. Je pense qu’on pourrait faire sauter largement plus de la moitié de la bande dessinée si on retirait les jokes, les références et le reste. La bande dessinée a rencontré un très grand succès et on sent de façon palpable qu’on a fait traîner pour arriver à la fin. On ne s’étonnera pas non plus, d’avoir deux suites et nombre de spin off. Malgré l’aspect singulièrement commercial de la bande dessinée, c’est de l’aventure, c’est rigolo, c’est dynamique, le succès reste mérité.

Mathilde Seigner tient une mercerie, elle vient d’ouvrir un blog qui est plutôt populaire, elle est heureuse. Sa vie, ses amies, son couple avec Marc Lavoine lui convient parfaitement et lorsqu’elle gagne 18 millions à la loterie, elle est plus embêtée qu’autre chose, car elle voit dans cette somme d’argent, un problème, pas une solution puisqu’il n’y a pas de problème. Cet argent changerait nécessairement sa vie, pour quoi faire, alors que pour elle tout va bien. C’est le concept de la liste de mes envies, une  interrogation sur la vie, sur l’argent qui ferait le bonheur ou non. La critique allociné est acerbe, la critique des lecteurs aussi, je trouve que c’est injuste. Marc Lavoine dans le rôle du mari pas très intelligent, moins que son épouse, est parfait, je trouve que c’est fort de jouer les gens pas très intelligents, plus que la comédie, il faut réussir à nuancer pour jouer le type pas très à l’aise, pour qui apprendre est difficile. Mathilde Seigner avec sa curieuse philosophie de la vie nous embarque dans un film qui réserve quelques surprises. Un film original, plaisant, à voir.