Cultures, épisode 23

17/08/2018 Non Par cborne

Andrej Delãny rentre au pays, il a été exilé depuis des années, il vient retrouver son fils, c’est un charnier qu’il découvre. Il ne reste que Frédéric, un garçon âgé de douze ans, qui lui demande de l’aider à retrouver sa mère. Un bouquin qui s’appelle la chronique des immortels, on peut supposer qu’il y a une histoire d’immortalité. Au rang des immortels, à part les highlanders, les dieux, on n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent, à part les vampires bien sûr. Mettre sous la dent, vampire, meilleur jeu de mots de l’année 2018. On a beaucoup écrit sur les vampires, la particularité ici du personnage c’est de ne pas savoir quelle est sa nature. Il sait qu’il cicatrise vite, qu’il n’est jamais malade, qu’il est excité par le sang, sans le boire. La construction de la bande dessinée est un peu particulière, je vous invite à lire l’explication de l’éditeur.

tiré du forum bdgest

C’est très bon. Surtout le premier cycle, la suite est plus classique. Si vous avez lu la situation, il y a un changement de dessinateur, ce n’est pas que ce n’est pas bon, c’est juste moins bon, les premiers albums sont tout simplement magnifiques. C’est très bien écrit, le personnage central nous fait partager ses réflexions, les personnages sont très bien travaillés, les relations. On apprend très vite que Frédéric est un vampire, malheureusement il est un peu psychopathe ce qui va mettre Andrej dans des situations souvent délicates.  A l’heure actuelle, pas de nouveau cycle de prévu, je me laisserai bien tenter par les bouquins quand j’aurai fini ma pile de bandes dessinées.

Avec la cliente, j’écrivais qu’un film sur la prostitution masculine, d’un point de vue d’une cliente c’est original, avec jeune et jolie, on reste dans le même thème et c’est aussi différent que les classiques. C’est l’histoire d’une fille de 17 ans, qui n’a pas de problème particulier dans la vie, qui n’a pas besoin d’argent avec une mère médecin, et qui se met à se prostituer. C’est l’intrigue du film, on ne sait pas pourquoi elle fait ça et je pense que chacun ira de son interprétation. Le film est décomposé en trois parties. La découverte de la sexualité, la prostitution, et l’attitude de la famille. Un événement se produit, la famille et les amis finissent par être au courant. C’est cette partie que je trouve la plus pertinente avec la jeune fille qui met la pression sur tout le monde, les femmes qui se méfient d’elles et qui sortent les griffes par rapport à leur homme, son image d’enfant passant loin derrière celle de la professionnelle. Mon seul regret c’est comme je l’ai écrit plus haut, trop soumis à l’interprétation. J’ai parcouru quelques articles, si on peut tous être d’accord que cela peut être un signal d’alerte pour les parents avec des adolescents capables de mener une double vie, l’indifférence de la jeune fille en fait un très mauvais film pédagogique : argent facile, pouvoir sur les hommes, facilité de mise en relation, tout est fait pour donner de mauvaises idées.

Imaginez un monde où la monnaie c’est le temps. Votre corps est figé à l’âge de 25 ans, vous travaillez vous avez du temps. Par contre vous consommez, vous donnez du temps. Lorsque le compteur est à zéro, vous êtes mort. C’est la base time out, une dystopie avec Justin Timberlake, le meilleur des Justin. Pour réussir à faire une histoire avec ça, on nous présente un Justin Timberlake ouvrier, qui galère pour réussir à avoir son quota de temps. Le film insiste bien sur les inégalités, sur les difficultés, la pauvreté, le racket de temps, le stress des gens qui courent tout le temps, c’est bien pensé, on sent une réelle pression sur tout le monde. Un jour, un homme rentre dans le bistrot où Timberlake joue aux cartes, il a un siècle au compteur. Comprenez qu’avec une « somme » pareille, il risque de se faire tuer, c’est ce qu’il cherche. Justin est un brave gars, il le sauve, l’homme lassé, qui a décidé d’en finir, lui fait don de son temps. Justin décide alors de faire une virée chez les riches et de tout changer. Alors qu’on nous présente sans cesse des univers post apocalyptiques, la pollution, les maladies qui ravagent tout le monde et j’en passe, time out est certainement l’une des dystopies les plus originales que j’ai eu l’occasion de voir. L’intelligente transposition de l’argent en temps et les situations qui en découlent sont parfaitement pensées, un excellent film.

Sandrine Kiberlain rencontre Agathe Bonitzer dans une soirée, elles ont 25 ans d’écart et sont pourtant la même femme à des âges différents de leur vie. C’est le postulat de la belle et la belle, avec pour choix de la réalisatrice, le naturel. Comprenez que ces deux femmes qui rapidement comprennent qu’elles sont la même personne, ne sont pas choquées par la situation. Et justement, ça n’aide pas le film car il n’en sort aucune intrigue, seulement des moments et l’absurdité de la situation avec quelques dialogues bien sentis. Dans quand je serai petit, Jean-Paul Rouve avec son film sorti en 2012, cinq ans plus tôt, imagine une situation similaire entre lui-même âgé de quarante ans et un enfant qu’il croise dans une croisière et dont il a la conviction que c’est lui-même. Comme ici ce n’est pas une évidence, il commence à mener l’enquête et s’immiscer dans la vie de son « moi » du passé au détriment de sa propre vie. Dans les deux cas, si on comprend bien que le but c’est d’imaginer pouvoir revenir en arrière pour corriger les erreurs du passé, pour tout changer, pour effacer les regrets, l’exercice est trop casse-gueule pour que ce soit réussi.

C’est l’histoire d’un roi qui a tellement peur de la mort, qu’il décide de l’enfermer derrière un miroir. La mort est vaincue, sauf que les gens continuent de vieillir et les corps se mettent à pourrir, à l’état de zombis. Et que se passe-t-il si le corps est inutilisable, la tête tranchée par exemple, l’âme du « défunt » passe dans le corps le plus proche. Afin d’éviter les zombis, on a inventé les laminoirs, on tranche à la hache les têtes des morts vivants, les lamineurs étant des réceptacles d’âmes qui seront eux-mêmes « tués » pour atterrir dans le lamineur ultime qui contient toutes les âmes des personnes mortes depuis que la mort ne fait plus son œuvre. Loin du tumulte des villes deux enfants, Zorn et Dirna, ont développé un pouvoir singulier, ils sont capables de donner la mort lorsqu’ils se concentrent. Ce qui apparaissait avant comme un fléau devient un enjeu, une libération. On apprend que Zorn et Dirna ont été soustraits à leurs parents, le père est devenu chasseur de zombis professionnels, la mère a fini dans le corps d’un lamineur, un gros barbu super fort, on se doute que lorsque la famille va être recomposée, les relations parentales risquent d’être difficiles. Bande dessinée finie en six tomes, Zorn et Dirna profite de son dessin enfantin pour faire une aventure particulièrement sale, qui frôle systématiquement le malaise, entre ses psychopathes, ses corps décharnés, ses massacres et ses zombis sans jamais l’atteindre. Prenant, drôle, c’est réussi.

Restons dans le concept de la mort avec Assassins, un diptyque plutôt réussi. Les Haschischins, la secte, détiennent un grand secret, celui de la mort. En effet, lorsqu’un homme meurt, il voit des portes, il lui suffit d’ouvrir l’une d’entre elles pour revenir à la vie. Tous les hommes n’ont pas le même nombre de portes, cela dépend de l’homme, quand il n’y a plus de portes à ouvrir, il n’y a plus de retour et c’est le grand voyage  dans l’inconnu. Les assassins sont terrés dans des tombeaux du côté de Jérusalem et se sentent dans l’obligation de transmettre leur savoir, et c’est vers Laurence D’Arabie qu’ils se tournent. Il part avec le dernier des assassins, un enfant qu’il éduque comme son fils, au beau milieu des années 20. Les années passent et arrivent nos ennemis favoris : les nazis ! Hitler découvre le secret des assassins et forme une brigade, les phénix, des supers soldats qui ne craignent pas trop la mort. Laurence d’Arabie et son gamin le dernier des assassins, n’ont d’autre choix que de traquer Hitler, lui et toutes ses vies. Le concept est bien mené, avec une explication de la résurrection au passage et un final bien senti que je ne vous dévoilerai pas pour ne pas spoiler.

La série sept fait partie de ces nouvelles séries à concept qui permettent de redonner un coup de frais dans la bande dessinée francophone. Parmi les très nombreux maux de la bande dessinée, le temps de production d’un album. On a trouvé une astuce qui consiste à faire des collections où l’on fait désormais intervenir une flopée d’artistes sous la direction d’un coordonnateur. L’exemple le plus marquant de ces dernières années, c’est efles ou nains, où vous avez cinq tandems différents qui travaillent en parallèle pour réussir à produire de nombreux albums, donnant l’illusion d’une rapidité de sortie. Sept c’est dans la même veine, en dix ans, plus de vingt tomes, soit en gros un tome tous les six mois quand attendre trois à quatre ans c’est la routine dans cet univers. L’idée est simple, sept personnages, une mission, un one shot à chaque fois. Alors si l’idée est simple, elle reste très difficile à mener. Le one shot c’est difficile, car il faut réussir à faire rentrer le lecteur dans une histoire courte, ce n’est pas simple. La complexité est supplémentaire car il faut que le lecteur dans un nombre de pages si court soit capable d’identifier les sept personnages. Cela nécessite une force graphique pour une véritable identité, mais aussi l’intelligence du scénariste pour donner vie à des personnages l’identité suffisamment marquée pour que le lecteur réussisse à faire la différence, éventuellement s’attacher. Les thèmes sont variés, sept fous qui vont tenter de tuer Hitler, sept clones qui vont tenter d’assassiner le premier président de la terre qui doit rencontrer les extra-terrestres, sept missionnaires qu’on envoie évangéliser  des vikings. Dans l’ensemble c’est plutôt réussi, graphiquement c’est impeccable, au niveau des histoires ça peut être inégal, on va de l’excellent à je me suis arrêté de lire, cela ne s’est produit qu’une fois avec les personnages de Molière qui enquêtent sur son décès. C’est plaisant, ce n’est pas lassant, cela fait partie des séries à lire.

Après un très très très mauvais dying light qui reste anormalement bien noté, j’ai lancé Horizon Zero Dawn, 18 chez jv.com, 7 sur gamekult qui je trouve devient une caricature de la notation sévère, ce qui n’aide pas vraiment. Et oui, entre les sites qui mettent 18 à chaque jeu, une majorité, on a l’impression qu’il faut se positionner dans la sanction systématique pour se démarquer des confrères, ce qui n’est finalement pas mieux. Horizon Zero Dawn est une exclusivité PS4, et fait partie de ces jeux qui légitiment l’achat de cette console. On se retrouve dans un univers post-apocalyptique dans lequel les hommes sont retournés à l’état sauvage au milieu des ruines de l’ancien monde. Pas vraiment en ruine, les machines, à représentation animale, des robots chevaux, taureaux, tigres, enfin toute la faune. On incarne Aloy un personnage qui est assez intéressant et au niveau de l’histoire bien sûr, et au niveau de sa conception. Aloy contrairement aux héroïnes sexy du jeu vidéo, est limite asexuée, on aurait pu incarner un garçon ça aurait été pareil, le jeu néanmoins s’essaie par certains aspects à une petite couche féministe, sans trop forcer non plus. Au niveau de l’histoire, Aloy est une paria, les membres de la tribu n’ont pas le droit de lui parler. Enfant, elle tombe dans une ruine et trouve une petite oreillette qui lui permet d’analyser les technologies, les mouvements et pas mal d’autres bricoles, elle développe ainsi la connaissance. Arrivée à l’âge adulte, elle peut participer à une épreuve, si elle la remporte elle pourra alors connaître le secret de ses origines. Qui est sa mère ? Qu’a-t-elle fait pour être une paria ? 

Autant de questions qui vont trouver les réponses, au milieu d’un univers que j’ai trouvé particulièrement cohérent. Ici les ruines, là les gens superstitieux qui vivent dans la peur, les guerres de pouvoir et j’en passe. Ça fonctionne très bien. D’un point de vue technique la mécanique du jeu est parfaite ou presque. Deux seuls bémols, une caméra pas toujours au top, une gestion des stocks qui m’a gonflé. En effet, avec les pièces de robots que vous trouvez ou les morceaux d’animaux vous pouvez dépecer vous pouvez améliorer votre équipement ou acheter chez les marchands des armures et des armes. Comme le nombre d’emplacements est limité, il faut abandonner des objets, on perd donc du temps dans la gestion des trouvailles. Le jeu ne se voulant pas d’un réalisme monstrueux, on aurait pu faire du tout illimité sans gravité. Les combats sont dynamiques, on ne ressent jamais la lassitude. J’ai fait la quasi-totalité des quêtes du jeu, celles que je n’aurais pas faites c’est que je les aurais ratées dans cette carte qui est immense. Les quêtes se limitent à pister, tuer, chercher, mais comme précisé c’est tellement bien fait, qu’on se régale de massacrer les robots avec tout l’arsenal disponible, en sniper, au contact, en posant des pièges, tout est possible.

L’histoire est particulièrement prenante, on va comprendre ce qui a pu se passer pour que l’humanité revienne au point de départ. Très joli, très fluide, un excellent gameplay, une très bonne histoire, que demande le peuple ?